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08/11/2010

Smooth operator

 

Cette note figure désormais dans le recueil

Les ombres de la caverne

Editions Hermann, juillet 2011

15/05/2010

De la finance comme armée d'occupation

 

Dans son autobiographie, Confessions d'un assassin financier, John Perkins raconte comment, en tant que serviteur de ce qu'il appelle "l'empire mondial», il a vu utiliser la dette comme jadis les armes pour faire passer des Etats sous les fourches caudines, et comment il est devenu lui-même un "assassin financier" avant, finalement écoeuré, de se tourner vers la défense des droits de l'homme.

Dans ce jeu planétaire de domination financière puis économique, les prêteurs ne souhaitent pas être remboursés "puisque c'est ce non-paiement qui leur procure une influence sur [les] pays". Des pays que des raisons géopolitiques ou leur richesse en certaines matières premières ont désignés aux prédateurs.

Quand l'arme financière ne suffit pas à faire ployer le genou à la proie convoitée, alors, nous dit Perkins, d'autres sinistres personnages entrent en scène, et on assiste alors des assassinats ou à des renversements politiques providentiels. Une invasion armée, justifiée au nom de la sécurité ou de la civilisation, n'est pas non plus à exclure.

Perkins compare la situation actuelle à celle des colons américains qui, contre la théorie du mercantilisme, ont fait le choix de l'indépendance. Bien qu'on eût essayé de les convaincre qu'il était plus avantageux pour tout le monde que l'ensemble des ressources fussent acheminées vers l'Angleterre, ils ont finalement compris que ce système, qui ne faisait qu'enrichir les forts au détriment des faibles, les conduirait à la servitude. Et ils se sont libérés du joug de l'Angleterre.

http://www.internationalnews.fr/article-confessions-d-un-...

06/05/2010

Cacotopie 1

 

 

Un des grands principe de l'idéologie néolibérale, c'est qu'il faut retirer tout ce qui peut entraver le libre jeu de la concurrence, tout ce qui empêche le marché d'être « parfait ». Enlevez toutes les rigidités et ce sera l'abondance pour tous !

Le paradigme, derrière cette représentation de l'économie, est celui de la mécanique des fluides. Vous allez comprendre. Prenez un seau et remplissez-le de galets : quoi que vous fassiez, il subsistera toujours des vides entre les cailloux à l'intérieur du seau. Cet espace non occupé correspond aux ventes manquées et aux emplois perdus. Retirez les cailloux et remplacez-les par du sable fin: à l'œil nu, tout l'espace est occupé. A l'œil nu cependant, car il y a mieux encore. Remplissez d'eau votre seau : pas un millimètre cube du volume disponible n'est alors perdu. Abordons maintenant une notion complémentaire, celle du transvasement, appelé en économie « théorie du déversement » : les emplois supprimés ici se reconstituent ailleurs. La question est : à quelle vitesse ? Celle-ci, nous dit l'Ecole de Chicago, dépend de l'aptitude et de la volonté qu'ont les gens de changer de job. On retrouve notre mécanique des fluides : moins le liquide que vous aurez versé dans le seau sera visqueux, plus rapide et plus parfait sera le transvasement.

Ainsi, l'être humain qui est suffisamment « liquide » trouvera toujours de quoi gagner sa vie. Le plein emploi, pour ceux qui n'ont pas peur du travail et qui n'ont pas d'attaches stupides à une région, à un métier, voire à une famille, est assuré quand le marché des êtres humains est parfait. Gros avantage : si tout le monde a un job, entreprises et Etats économisent les allocations de chômage et les aides diverses.

Jean-Michel Truong, dans son remarquable roman d'anticipation Le successeur de pierre nous donnait entre autres un aperçu de cette utopie néolibérale qu'assistent les places de marché virtuelles sur Internet. Son héros, traducteur, un geek isolé dans sa bulle, est en concurrence avec tous les autres traducteurs de la Terre. Le livre de la journaliste Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, aborde différemment le même sujet. Il nous ramène près de chez nous, dans notre pays, en l'an de grâce 2009, dans un univers moins technologique, à une échelle locale. Il esquisse la peinture d'un eldorado néolibéral concrétisé : le marché des ménages. On y voit la beauté de la mécanique des fluides appliquée aux êtres humains. Quoi de plus liquide en effet, sans parler du ciel de Normandie, que ces femmes qui acceptent de travailler n'importe où, quelle que soit l'heure et le fractionnement du temps ? Le matin à cinq heures ici, le soir à vingt heures ailleurs, voire en milieu d'après-midi une petite heure au diable vauvert qui coûte presqu'aussi cher en essence qu'elle rapporte en salaire ? Liquide, la rémunération de ces travailleuses l'est aussi car, si le nominal respecte évidemment la loi de notre pays, en revanche les tâches dépassent souvent la durée arbitrairement normée, ce qui fait aussi de la paie une variable d'ajustement.

Zygmunt Bauman appelle cela la "société liquide". Clémentine Jouffroy, qui fait la recension de son livre S'acheter une vie, résume ainsi le propos: "Les membres de la société de consommation sont obligés de suivre les mêmes modèles de comportement auxquels ils souhaitent voir obéir les objets de leur consommation." Le pire c'est quand, en se conformant à ces modèles, on a du mal à gagner sa propre vie.

Ne serait-il point temps d'abandonner cette « cacotopie » comme dirait mon amie Eugénie Vegleris ?

http://www.booksmag.fr/magazine/c/la-societe-liquide-de-z...