30.11.2009
Citation
«Toute personne croyant qu'une croissance exponentielle peut continuer à l'infini dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste.»
Kenneth Boulding, économiste.
12:17 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise, économistes, croissance
29.11.2009
Minarrêt
Ainsi, nos voisins suisses ont voté contre les minarets. A une "majorité écrasante" disent certains médias. Si, à moins de 60 %, une majorité est jugée écrasante, comment la qualifiera-t-on lorsqu'elle atteindra 80 % voire 90% ? Plus d'un citoyen helvétique sur trois n'a pas voté l'interdiction: serait-ce qu'il n'existe plus ? C'est la première remarque que j'ai envie de faire: nous sommes tellement habitués à la pensée binaire - zéro ou un, blanc ou noir, mort ou vif - que les minorités finissent toujours par échapper à notre regard. Or les minorités sont le refuge de la diversité, une diversité où l'avenir peut venir puiser, ne nous en déplaise, les solutions aux problèmes que les majorités ont créés. En l'occurrence, la minorité d'aujourd'hui en Suisse - plus d'un citoyen sur trois - est recèle selon moi un espoir de paix pour la société helvétique.
Car la peur et l'inimitié, sa compagne, sont rarement conciliables avec la paix. Refuser à une population - que l'on a accueillie et qui, de diverses manières, contribue à l'économie du pays - le droit d'ériger ses lieux de culte est politique de Gribouille qui conduit à se jeter dans la mare de peur d'être mouillé par la pluie. Je prédis que le vote d'aujourd'hui sera pour la Suisse, et peut-être pour ses voisins, l'un des problèmes de demain. Car, enfin, que va penser cette population de l'interdit qu'on lui inflige ? Que va-t-elle ressentir à l'endroit de ceux qui l'ont formulée ? Une telle décision fait le lit de ceux qui voudront la pousser vers l'extrémisme et qui auront beau jeu de s'appuyer sur les ressentiments que ne peut pas ne pas engendrer ce vote. Il n'y a pas meilleur moyen de radicaliser une religion que de lui offrir la frustration en mariage. Si ceux qui ont poussé à ce vote avaient dans l'idée de susciter ou d'accroître des tensions pour avoir demain des raisons d'en découdre, ils ont réussi. Sinon, ce sont des autruches à qui ce vote permet de garder la tête dans le sable.
Il y eut un instant magique dans l'histoire de notre pays, ce fut lorsque les trois religions issues du Livre coexistaient à la cour des comtes de Toulouse. Cela ne fut pas du goût de tout le monde et les cathares fournirent un bon prétexte à la papauté et à la soldatesque nordiste pour mettre fin à cette gabegie. L'une put s'approprier des terres, l'autre évacua de son marché toute forme de concurrence religieuse. On peut aussi se prendre à rêver que la coexistence similaire qui avait fini par se tisser en Espagne eût perduré au point qu'aujourd'hui autour de la Méditerranée, le fait religieux ne prête pas à affrontements. L'histoire des religions juive, chrétienne et musulmane se mesure à l'aune des siècles: ce n'est pas d'hier qu'elles se connaissent et ce ne sont que des circonstances singulières qui peuvent leur donner l'envie anachronique de reprendre les armes les unes contre les autres. Que ce risque cependant persiste avec vigueur ne montre qu'une chose: c'est que certains parmi nous préfèrent avoir des ennemis que des amis.
23:42 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : minarets, suisse, religion, démocratie
Hybris et Némésis
L'hybris, ou démesure, était pour les Grecs de l'Antiquité la dérive d'un orgueil qui ne se retient plus. L'hybris attire un châtiment: la némésis, la destruction. Prométhée, Icare, Lucifer illustrent ce fatal enchaînement. Saisi du même enivrement, Bellérophon, chevauchant Pégase et se jugeant digne de séjourner parmi les dieux, avait entrepris de voler jusqu'à l'Olympe. Lloyd Blankfein pourrait bien être le Bellérophon des temps modernes, qui se voit déjà assis dans les nuages à la droite de Zeus. Président de Goldman Sachs, il a déclaré: "La banque est en train de faire le travail de Dieu". On ne sait encore quel taon Zeus enverra piquer à la bourse la monture de ce présomptueux, provoquant la ruade qui le précipitera dans le vide. Mais si l'hybris annonce fatalement la némésis, alors tous ceux qui envisagent une prochaine descente aux enfers de l'économie mondiale pourraient bien avoir raison. Il est étonnant de voir comment l'Histoire est la plus redoutable des dramaturges.
http://www.lefigaro.fr/societes/2009/11/20/04015-20091120...
08:38 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : goldman sachs, banque, lloyd blankfein, finance, mondialisation
22.11.2009
On maîtrise!
Bigger is beautiful. Plus c'est gros, plus c'est centralisé, plus c'est concentré, plus c'est homogène, mieux c'est.Tels sont le crédo et le mot d'ordre du système économique et politique actuel et de quasiment toutes les institutions chargées de le "réguler".
Rappelons-nous le propos de Tim Geithner, le 9 février 2009, quelques mois avant la crise des subprimes, alors qu'il était président de la FED de New York (il est à présent secrétaire d’État au Trésor): « Le fait que les banques soient plus fortes et le risque plus largement réparti, devrait rendre le système plus stable. Toutefois, nous ne le savons pas avec certitude. Nous l’expérimenterons la prochaine fois que le système menacera de s’effondrer ».
Nous avons vu les résultats. Et qu'a-t-on fait à la faveur des subprimes ? On a concentré une fois encore. Et on parle d'une monnaie mondiale unique. Avec l'idée que, plus un système est concentré, homogène et centralisé, mieux il est sous contrôle, donc sûr. C'est une illusion d'inspecteur qui confond l'aisance de sa mission avec la capacité du système à bloquer la propagation d'un sinistre. Demandez aux systèmes mutualistes qui, malgré le lobby néolibéral qui sévit à Bruxelles, subsistent encore aujourd'hui. Les injonctions incessantes de leurs autorités de tutelle, commissions de ceci et de cela, vont toujours dans le même sens: "Je ne veux voir qu'une seule tête!" Croyez-vous que ces autorités se sont rendu compte que moins ils étaient centralisés moins ils avaient participé à la catastrophe ? On ne voit que ce qu'on est préparé à voir.
Le contrôle est toujours ex post. On ne contrôle que le passé. Or, à la vitesse où un séïsme peut se produire, lorsqu'une mission d'inspection trouve des chiffres significatifs - si elle les trouve - c'est déjà trop tard. C'est comme ces haies que, par souci d'efficacité agricole, on a arrachées. Quand l'eau tombe du ciel, plus rien ne la freine, elle prend rapidement de la vitesse et dévaste tout sur son passage. De source de vie, elle devient fléau.
Ce qui est grave, c'est que nous en faisons de même avec tout: avec les espèces animales et végétales, avec les langues, les cultures ou les profils personnels. Vive l'unique! Une seule variété de grain ou de pomme, un seul volapuk, une seule médecine, une seule croyance, un seul mode de vie (le nôtre évidemment), un seul et même désir pour la planète tout entière! Peut-être est-ce l'héritage monothéiste. Nous ne tirons pas la leçon de nos grands problèmes qui nous montrent pourtant que la résilience d'un système quel qu'il soit, humain, génétique, écologique, financier, psychique même, est au prix de sa diversité interne. Vous avez vu ce que c'est un homme qui n'a qu'une seule idée, qui veut appliquer la même solution à tout ce qui se présente ? Croyez-vous qu'il survivra longtemps dans un univers mouvant ? C'est pourtant l'image actuelle d'une grande partie de l'humanité, celle qui se croit d'ailleurs à la tête du monde.
12:00 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : mondialisation, néolibéralisme, management
18.11.2009
Mortel paradoxe
Certains patients ont fait l'expérience de remèdes qui soulagent leurs maux tout en en développant d'autres parfois pires. Je pense à certains traitements de l'arthrite rhumatoïde qui ralentissent la progression du mal mais attaquent les reins et les poumons (j'en connais un qui va se reconnaître).
La reprise économique que certains voient poindre pourrait entraîner en 2011 une nouvelle crise alimentaire... Combien de temps allons-nous continuer à jouer le jeu d'un tel système ?
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e95ea2e0-d3c1-11de-993e-3...
08:03 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise, reprise, crise alimentaire, mondialisation
16.11.2009
Apprentis sorciers (2)
A la suite de ma précédente chronique, une lectrice m'a fait parvenir ce document qui, s'appuyant sur des études, explique comment une véritable pandémie pourrait être la conséquence d'une campagne de vaccination mal avisée car accélérant en fait la mutation du virus H1N1:
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/grippe-a-les...
11:32 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, h1n1
12.11.2009
Tyrannie des braves gens
Croyez-vous que le totalitarisme soit le fait d’un tyran et de ses vassaux ? Hélas, non. Ce serait trop simple. Le totalitarisme est le fait d’une multitude de braves gens qui, recherchant chacun dans leur coin quelque facette d’une sécurité ou d’une perfection plus ou moins illusoires, en arrivent inconsciemment à créer les diverses pièces de ce qui pourra devenir un piège. Le tyran souvent ne fera que s’improviser en voyant le parti qu’il peut tirer, en les assemblant, de tous ces dispositifs épars. L’outil précède l’abus de pouvoir, l’inspire et le permet.
Regardons l’actualité de ces jours derniers. Il y a eu la décision de nous ficher afin d’avoir un tableau de bord de la campagne de vaccination contre le H1N1. Avoir un tableau de bord, pour un bon gestionnaire qui travaille avec sincérité au bien commun, quoi de plus légitime ? Je le dis sans ironie aucune. Aujourd’hui, à la une du Monde, autre sujet : l’extension de la vidéosurveillance dans toutes les villes de France. D’ici 2011, nous serons sous l’œil de soixante-mille caméras. Dites-moi que ce n’est pas pour une bonne raison: ne s’agit-il pas de protéger les biens et les personnes et de détecter plus facilement les fauteurs de trouble. Dans le registre de la technologie, savez-vous d’ailleurs qu’est d’ores et déjà commercialisé un mini-hélicoptère, de la grosseur d’un œuf, qui embarque une caméra de surveillance ?
Mais il y a plus et pire que les outils : il y a les comportements auxquels on accoutume les gens qui font aussi le lit du totalitarisme. Grâce à Dieu, le peuple français semble avoir conservé une bonne dose d’indiscipline. 10% de vaccinés contre le H1N1 au sein du personnel médical, qu’on peut penser mieux informé que quiconque des risques et des enjeux, c’est significatif d’une capacité au doute et à la résistance. J’ai découvert d’ailleurs que 20% seulement se font vacciner contre le virus saisonnier: on peut parler d’indiscipline comme certains, mais pourquoi ne pas parler tout simplement de liberté de penser ? Cela dit, si avec la conviction réelle de protéger les populations la politique de santé devient coercitive, qui résistera à un dispositif plus musclé ?
Le problème est rarement contemporain des mesures qu’on prend : il apparaît lorsque ce que l’on a construit tombe en d’autres mains que celles qui étaient prévues. Réunissez tout ce qui se met en place du point de vue de la santé et de la sécurité, ajoutez-y les comportements d’un peuple qui aimerait naturellement la discipline ou qui se serait laissé endormir, un peuple pour qui mettre en doute quelque autorité que ce soit serait déjà insupportablement subversif : vous avez là les ingrédients du totalitarisme.
Une autre chose m’inquiète. François Mauriac – un prix Nobel de littérature soit rappelé en passant – disait que nous avions en France « la droite la plus bête du monde ». Nous venons d’en avoir une illustration supplémentaire, s’il en était besoin, avec la prétendue affaire du prix Goncourt (et merci à Bernard Pivot d’avoir remis les choses en perspective et les pendules à l’heure). Le mauvais démon de la droite, c’est la dérive d’une valeur qui en elle-même n’est pas contestable : celle de l’ordre. On ne construit et ne conserve rien sans un certain ordre. Mais lorsque l’ordre devient une obsession, lorsqu’on ne supporte plus rien d’autre que lui, il se passe deux choses redoutables. La première, c’est que la créativité déserte. La seconde, c’est que derrière la créativité, la liberté à son tour se fait la malle.
Il reste le moment – est-il prévisible ? - où tout cela cristallise. Quand le pouvoir ne supporte plus l’impertinence, quand ceux qui exercent les plus hautes charges sont plus sensibles à la critique qu’à ce qui la motive, quand ils s’emparent d’un éclat de voix pour en faire une pendule, je commence à avoir des frissons. Si Brassens n'était pas mort, ils le mettraient à l'index. Au nom de la morale politique.
15:48 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : vaccination, démocratie, vidéosurveillance, prix goncourt, pivot
23.10.2009
Trésors alimentaires en péril
La pauvreté n'est pas toujours où l'on croit ou celle que l'on pense. Un article à lire: http://www.fao.org/news/story/fr/item/29647/icode/# sans commentaires...
14:26 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : alimentation, écologie, cultures, gastronomie, santé
20.10.2009
Eloge de Triboulet
Des non-évènements dont les médias ont fait leur potage ces derniers jours, comme d’ailleurs de l’expérience qu’on peut avoir de la vie dans les organisations hiérarchiques, il ressort que la fonction de fou du roi mériterait d’être restaurée. J’entends par là quelqu’un qui ait la licence de tendre un miroir au monarque sans risquer d’encourir les colères dont tous les autres ont une peur castratrice.
Je me souviens d’avoir fréquenté, vers la fin de sa carrière, un homme politique régional. J’étais bien jeune et je faisais là mes premières observations de la société politique – mais quelle société ne l’est pas ? Cet homme, que j’admirais, n’était entouré que de courtisans. Non qu’il les aimât vraiment. Mais si quelqu’un, fût-il animé de bonnes intentions, venait à le contredire, il s’en inquiétait aussitôt, allant même jusqu’à demander : « Pourquoi me trahissez-vous ? Je nous croyais amis ? » En outre, si l’on écarte les intrigants qui avaient tout compris du jeu, tous ceux qui auraient pu lui dire quelque chose se retrouvaient devant lui en culotte courte et ne songeaient plus dès lors qu’à être appréciés, voire aimés de lui. Je n’ai guère connu que mon père qui se permît de ne pas chercher le vent et de parler vrai, fût-ce contre la cour toute entière. En pure perte le plus souvent. C'est ainsi que, sans le savoir, je me suis préparé à comprendre le discours d'Etienne de la Boétie.
Picrochole fait trembler ses familiers. Dès qu’il fronce le sourcil, tout le monde court aux abris. Il paraît qu’il n’y a pas d’autre moyen que cette forme de terrorisme quand on veut asseoir son pouvoir. La moindre dérive, la critique la plus discrète, et le marbre du palais serait affligé d’une fissure qui irait s’élargissant jusqu'à ce que les piliers s'effondrent. Mais le résultat c’est que personne n’ose plus avertir Picrochole des erreurs qu’il commet. Certains même - qui ne lui pardonnent pas la peur qu’il leur inspire - se disent que ce sera bien fait pour lui si les évènements le punissent. Ils s’en remettent à Dieu d’exercer la justice.
07:26 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, chef d'état, népotisme, pouvoir, peur
18.10.2009
Le complexe de Frankenstein
On peut louer le projet Millenium seed bank et l’effort des botanistes pour recueillir et conserver les semences des plantes menacées – et devinez par qui elles le sont ? – à la surface de la Terre. En neuf ans, dans cinquante-quatre pays, 24 200 espèces ont été ainsi collectées.
24 200 ! Impressionnant, n’est-ce pas ? Surtout si l’on ajoute que ces semences sont tenues dans des conditions d’hygrométrie et de température spécifiques afin qu’elles conservent leur capacité germinative. Pour autant, ces 24200 plantes-là ne représentent que dix pour cent de notre patrimoine terrestre. A cette allure, il faudra compter encore quatre-vingt-dix ans et des installations formidables pour constituer cette Arche de Noé des végétaux. D’ici là, que ce sera-t-il passé ?
Pour moi, malgré l’intérêt indéniable de ce projet, c’est un peu comme si on décidait de mettre au réfrigérateur les victimes des guerres dans l’espoir de pouvoir un jour leur rendre, dans un monde meilleur, la vie qu’on leur a prise. Beau sujet pour un écrivain de science-fiction que le drame de ces malheureux ressuscités dans une société qui ne représente rien pour eux, au milieu d’une population qui leur est étrangère. Et je me dis : ne vaudrait-il pas mieux arrêter tout de suite de tuer ?
Dans le même esprit d’ailleurs, arriverait-on à mettre en banque et à faire fructifier les semences de tous les végétaux de la planète qu’on ne pourrait reconstituer l’orchestre qu’ils formaient, ces milliards de subtiles et complexes interactions qui ont mis des millions d’années à s’accorder et qui avaient donné à la vie une résilience que nous sommes en train de lui enlever. D'ailleurs, il manquerait à cet orchestre tout ce que lui apporte, en en accroissant encore la complexité, les autres règnes de la nature: les animaux, les bactéries, les champignons, etc.
On pourrait reprendre ici l'image de Teilhard de Chardin: "la maille de l'univers, c'est l'univers lui-même". Mais nous sommes encore les victimes du complexe de Frankenstein : nous croyons qu’il suffit de collationner et d’assembler des morceaux pour que la vie soit là. Présomption ou aveuglement ?
18:39 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, semences, espèces menacées

