22.11.2009
On maîtrise!
Bigger is beautiful. Plus c'est gros, plus c'est centralisé, plus c'est concentré, plus c'est homogène, mieux c'est.Tels sont le crédo et le mot d'ordre du système économique et politique actuel et de quasiment toutes les institutions chargées de le "réguler".
Rappelons-nous le propos de Tim Geithner, le 9 février 2009, quelques mois avant la crise des subprimes, alors qu'il était président de la FED de New York (il est à présent secrétaire d’État au Trésor): « Le fait que les banques soient plus fortes et le risque plus largement réparti, devrait rendre le système plus stable. Toutefois, nous ne le savons pas avec certitude. Nous l’expérimenterons la prochaine fois que le système menacera de s’effondrer ».
Nous avons vu les résultats. Et qu'a-t-on fait à la faveur des subprimes ? On a concentré une fois encore. Et on parle d'une monnaie mondiale unique. Avec l'idée que, plus un système est concentré, homogène et centralisé, mieux il est sous contrôle, donc sûr. C'est une illusion d'inspecteur qui confond l'aisance de sa mission avec la capacité du système à bloquer la propagation d'un sinistre. Demandez aux systèmes mutualistes qui, malgré le lobby néolibéral qui sévit à Bruxelles, subsistent encore aujourd'hui. Les injonctions incessantes de leurs autorités de tutelle, commissions de ceci et de cela, vont toujours dans le même sens: "Je ne veux voir qu'une seule tête!" Croyez-vous que ces autorités se sont rendu compte que moins ils étaient centralisés moins ils avaient participé à la catastrophe ? On ne voit que ce qu'on est préparé à voir.
Le contrôle est toujours ex post. On ne contrôle que le passé. Or, à la vitesse où un séïsme peut se produire, lorsqu'une mission d'inspection trouve des chiffres significatifs - si elle les trouve - c'est déjà trop tard. C'est comme ces haies que, par souci d'efficacité agricole, on a arrachées. Quand l'eau tombe du ciel, plus rien ne la freine, elle prend rapidement de la vitesse et dévaste tout sur son passage. De source de vie, elle devient fléau.
Ce qui est grave, c'est que nous en faisons de même avec tout: avec les espèces animales et végétales, avec les langues, les cultures ou les profils personnels. Vive l'unique! Une seule variété de grain ou de pomme, un seul volapuk, une seule médecine, une seule croyance, un seul mode de vie (le nôtre évidemment), un seul et même désir pour la planète tout entière! Peut-être est-ce l'héritage monothéiste. Nous ne tirons pas la leçon de nos grands problèmes qui nous montrent pourtant que la résilience d'un système quel qu'il soit, humain, génétique, écologique, financier, psychique même, est au prix de sa diversité interne. Vous avez vu ce que c'est un homme qui n'a qu'une seule idée, qui veut appliquer la même solution à tout ce qui se présente ? Croyez-vous qu'il survivra longtemps dans un univers mouvant ? C'est pourtant l'image actuelle d'une grande partie de l'humanité, celle qui se croit d'ailleurs à la tête du monde.
12:00 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mondialisation, néolibéralisme, management
18.11.2009
Mortel paradoxe
Certains patients ont fait l'expérience de remèdes qui soulagent leurs maux tout en en développant d'autres parfois pires. Je pense à certains traitements de l'arthrite rhumatoïde qui ralentissent la progression du mal mais attaquent les reins et les poumons (j'en connais un qui va se reconnaître).
La reprise économique que certains voient poindre pourrait entraîner en 2011 une nouvelle crise alimentaire... Combien de temps allons-nous continuer à jouer le jeu d'un tel système ?
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e95ea2e0-d3c1-11de-993e-3...
08:03 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise, reprise, crise alimentaire, mondialisation
16.11.2009
Apprentis sorciers (2)
A la suite de ma précédente chronique, une lectrice m'a fait parvenir ce document qui, s'appuyant sur des études, explique comment une véritable pandémie pourrait être la conséquence d'une campagne de vaccination mal avisée car accélérant en fait la mutation du virus H1N1:
http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/grippe-a-les...
11:32 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, h1n1
12.11.2009
Tyrannie des braves gens
Croyez-vous que le totalitarisme soit le fait d’un tyran et de ses vassaux ? Hélas, non. Ce serait trop simple. Le totalitarisme est le fait d’une multitude de braves gens qui, recherchant chacun dans leur coin quelque facette d’une sécurité ou d’une perfection plus ou moins illusoires, en arrivent inconsciemment à créer les diverses pièces de ce qui pourra devenir un piège. Le tyran souvent ne fera que s’improviser en voyant le parti qu’il peut tirer, en les assemblant, de tous ces dispositifs épars. L’outil précède l’abus de pouvoir, l’inspire et le permet.
Regardons l’actualité de ces jours derniers. Il y a eu la décision de nous ficher afin d’avoir un tableau de bord de la campagne de vaccination contre le H1N1. Avoir un tableau de bord, pour un bon gestionnaire qui travaille avec sincérité au bien commun, quoi de plus légitime ? Je le dis sans ironie aucune. Aujourd’hui, à la une du Monde, autre sujet : l’extension de la vidéosurveillance dans toutes les villes de France. D’ici 2011, nous serons sous l’œil de soixante-mille caméras. Dites-moi que ce n’est pas pour une bonne raison: ne s’agit-il pas de protéger les biens et les personnes et de détecter plus facilement les fauteurs de trouble. Dans le registre de la technologie, savez-vous d’ailleurs qu’est d’ores et déjà commercialisé un mini-hélicoptère, de la grosseur d’un œuf, qui embarque une caméra de surveillance ?
Mais il y a plus et pire que les outils : il y a les comportements auxquels on accoutume les gens qui font aussi le lit du totalitarisme. Grâce à Dieu, le peuple français semble avoir conservé une bonne dose d’indiscipline. 10% de vaccinés contre le H1N1 au sein du personnel médical, qu’on peut penser mieux informé que quiconque des risques et des enjeux, c’est significatif d’une capacité au doute et à la résistance. J’ai découvert d’ailleurs que 20% seulement se font vacciner contre le virus saisonnier: on peut parler d’indiscipline comme certains, mais pourquoi ne pas parler tout simplement de liberté de penser ? Cela dit, si avec la conviction réelle de protéger les populations la politique de santé devient coercitive, qui résistera à un dispositif plus musclé ?
Le problème est rarement contemporain des mesures qu’on prend : il apparaît lorsque ce que l’on a construit tombe en d’autres mains que celles qui étaient prévues. Réunissez tout ce qui se met en place du point de vue de la santé et de la sécurité, ajoutez-y les comportements d’un peuple qui aimerait naturellement la discipline ou qui se serait laissé endormir, un peuple pour qui mettre en doute quelque autorité que ce soit serait déjà insupportablement subversif : vous avez là les ingrédients du totalitarisme.
Une autre chose m’inquiète. François Mauriac – un prix Nobel de littérature soit rappelé en passant – disait que nous avions en France « la droite la plus bête du monde ». Nous venons d’en avoir une illustration supplémentaire, s’il en était besoin, avec la prétendue affaire du prix Goncourt (et merci à Bernard Pivot d’avoir remis les choses en perspective et les pendules à l’heure). Le mauvais démon de la droite, c’est la dérive d’une valeur qui en elle-même n’est pas contestable : celle de l’ordre. On ne construit et ne conserve rien sans un certain ordre. Mais lorsque l’ordre devient une obsession, lorsqu’on ne supporte plus rien d’autre que lui, il se passe deux choses redoutables. La première, c’est que la créativité déserte. La seconde, c’est que derrière la créativité, la liberté à son tour se fait la malle.
Il reste le moment – est-il prévisible ? - où tout cela cristallise. Quand le pouvoir ne supporte plus l’impertinence, quand ceux qui exercent les plus hautes charges sont plus sensibles à la critique qu’à ce qui la motive, quand ils s’emparent d’un éclat de voix pour en faire une pendule, je commence à avoir des frissons. Si Brassens n'était pas mort, ils le mettraient à l'index. Au nom de la morale politique.
15:48 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : vaccination, démocratie, vidéosurveillance, prix goncourt, pivot
23.10.2009
Trésors alimentaires en péril
La pauvreté n'est pas toujours où l'on croit ou celle que l'on pense. Un article à lire: http://www.fao.org/news/story/fr/item/29647/icode/# sans commentaires...
14:26 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : alimentation, écologie, cultures, gastronomie, santé
20.10.2009
Eloge de Triboulet
Des non-évènements dont les médias ont fait leur potage ces derniers jours, comme d’ailleurs de l’expérience qu’on peut avoir de la vie dans les organisations hiérarchiques, il ressort que la fonction de fou du roi mériterait d’être restaurée. J’entends par là quelqu’un qui ait la licence de tendre un miroir au monarque sans risquer d’encourir les colères dont tous les autres ont une peur castratrice.
Je me souviens d’avoir fréquenté, vers la fin de sa carrière, un homme politique régional. J’étais bien jeune et je faisais là mes premières observations de la société politique – mais quelle société ne l’est pas ? Cet homme, que j’admirais, n’était entouré que de courtisans. Non qu’il les aimât vraiment. Mais si quelqu’un, fût-il animé de bonnes intentions, venait à le contredire, il s’en inquiétait aussitôt, allant même jusqu’à demander : « Pourquoi me trahissez-vous ? Je nous croyais amis ? » En outre, si l’on écarte les intrigants qui avaient tout compris du jeu, tous ceux qui auraient pu lui dire quelque chose se retrouvaient devant lui en culotte courte et ne songeaient plus dès lors qu’à être appréciés, voire aimés de lui. Je n’ai guère connu que mon père qui se permît de ne pas chercher le vent et de parler vrai, fût-ce contre la cour toute entière. En pure perte le plus souvent. C'est ainsi que, sans le savoir, je me suis préparé à comprendre le discours d'Etienne de la Boétie.
Picrochole fait trembler ses familiers. Dès qu’il fronce le sourcil, tout le monde court aux abris. Il paraît qu’il n’y a pas d’autre moyen que cette forme de terrorisme quand on veut asseoir son pouvoir. La moindre dérive, la critique la plus discrète, et le marbre du palais serait affligé d’une fissure qui irait s’élargissant jusqu'à ce que les piliers s'effondrent. Mais le résultat c’est que personne n’ose plus avertir Picrochole des erreurs qu’il commet. Certains même - qui ne lui pardonnent pas la peur qu’il leur inspire - se disent que ce sera bien fait pour lui si les évènements le punissent. Ils s’en remettent à Dieu d’exercer la justice.
07:26 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, chef d'état, népotisme, pouvoir, peur
18.10.2009
Le complexe de Frankenstein
On peut louer le projet Millenium seed bank et l’effort des botanistes pour recueillir et conserver les semences des plantes menacées – et devinez par qui elles le sont ? – à la surface de la Terre. En neuf ans, dans cinquante-quatre pays, 24 200 espèces ont été ainsi collectées.
24 200 ! Impressionnant, n’est-ce pas ? Surtout si l’on ajoute que ces semences sont tenues dans des conditions d’hygrométrie et de température spécifiques afin qu’elles conservent leur capacité germinative. Pour autant, ces 24200 plantes-là ne représentent que dix pour cent de notre patrimoine terrestre. A cette allure, il faudra compter encore quatre-vingt-dix ans et des installations formidables pour constituer cette Arche de Noé des végétaux. D’ici là, que ce sera-t-il passé ?
Pour moi, malgré l’intérêt indéniable de ce projet, c’est un peu comme si on décidait de mettre au réfrigérateur les victimes des guerres dans l’espoir de pouvoir un jour leur rendre, dans un monde meilleur, la vie qu’on leur a prise. Beau sujet pour un écrivain de science-fiction que le drame de ces malheureux ressuscités dans une société qui ne représente rien pour eux, au milieu d’une population qui leur est étrangère. Et je me dis : ne vaudrait-il pas mieux arrêter tout de suite de tuer ?
Dans le même esprit d’ailleurs, arriverait-on à mettre en banque et à faire fructifier les semences de tous les végétaux de la planète qu’on ne pourrait reconstituer l’orchestre qu’ils formaient, ces milliards de subtiles et complexes interactions qui ont mis des millions d’années à s’accorder et qui avaient donné à la vie une résilience que nous sommes en train de lui enlever. D'ailleurs, il manquerait à cet orchestre tout ce que lui apporte, en en accroissant encore la complexité, les autres règnes de la nature: les animaux, les bactéries, les champignons, etc.
On pourrait reprendre ici l'image de Teilhard de Chardin: "la maille de l'univers, c'est l'univers lui-même". Mais nous sommes encore les victimes du complexe de Frankenstein : nous croyons qu’il suffit de collationner et d’assembler des morceaux pour que la vie soit là. Présomption ou aveuglement ?
18:39 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, semences, espèces menacées
07.10.2009
Dialogique
J’ai toujours du mal à me faire comprendre lorsque j’évoque la question de la responsabilité au sein de la société. En effet, je soutiens l’opinion paradoxale que le fauteur de violence est totalement responsable de ses actes en même temps que la société est totalement responsable de l’apparition de fauteurs de violence en son sein. Quand vous vous trouvez sur le mode binaire – 0 ou 1, noir ou blanc, etc. - difficile de comprendre un pareil point de vue. Cependant, il me semble assez clair que nier la liberté de l’autre, c’est lui enlever la possibilité - donc la responsabilité - de se structurer en accord avec les besoins d’une société pacifique. C’est une belle occasion pour lui de laisser impunément libre cours aux impulsions que nous avons tous - cf. la délinquance en costume trois pièces - mais devons impérativement dépasser. Mais, pari passu, considérer que la société n’est pas la matrice de ce qui se produit en elle-même, c’est une erreur d'analyse et c'est aussi offrir un terreau aux maux que partout et toujours la misère et l’humiliation, jointes à la culture de valeurs purement matérielles et narcissiques, ont engendrés. Il y a une responsabilité individuelle et une responsabilité collective et aucune des deux n’est réductible à l’autre. La sagesse des Nations, dit que le fondement de la société humaine est double : le lien et la loi.
14:16 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : société, violence, dialogique
27.09.2009
Bonaguil
Bonaguil est un château-fort majestueux qui s’élève à la limite de Lot-et-Garonne et du Lot. C’est un chef d’œuvre de l’architecture militaire. Sa situation, éloignée de tout point de tir, ainsi que la forme en étrave et l’orientation de son donjon, le rendent insensible aux projectiles de son époque. Les assaillants ne peuvent se présenter à sa porte que de flanc, tout élan cassé. Les enceintes et les fossés font de ceux-ci un gibier qu’on tire à vue. Bref, imprenable. Et jamais pris. Et, d’ailleurs, dans un état impeccable : il n’a jamais essuyé le moindre assaut ! Dissuasif ? Que nenni : c'est tout simplement un anachronisme. Il a été bâti à la même époque qu’Azay-le-Rideau.
Obsédé par des peurs issues des siècles passés, le seigneur des lieux, Béranger de Roquefeuil, rien moins qu’un visionnaire comme vous commencez à vous en douter, voulait en effet ériger une forteresse telle que « ni ses méchants sujets, ni les Anglais leur prît-il le goût de revenir, ne pussent prendre ». La construction dura quarante ans, de 1480 à 1520. Les Anglais sont revenus récemment, pacifiques, rachetant ci et là des maisons qu’ils ont restaurées pour en faire B&B et résidences secondaires ou principales. Le château, aussi fier qu’inutile, domine tout cela et fait le bonheur des touristes.
Je ne sais pas si, dans un lointain futur, on visitera l’arsenal de mesures qui a permis au G20 de partager l’autre jour optimisme officiel et congratulations mielleuses. Le château de Bonaguil, pour inutile qu’il ait pu être, présente au moins une indéniable dimension esthétique. C’est cela qui le sauve bien que son promoteur se soit trompé de siècle.
Mais l’Histoire, dans ses prolongements, peut toujours recéler des surprises et des revanches : on raconte que des héritier de Béranger de Roquefeuil, émigrés en Amérique, y auraient pris le non de Rockfeller. En attendant, gardons-nous de nous tromper de siècle et d'enjeux.
23:31 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08.09.2009
Communauté
Quand, en France, on a prononcé ce mot, on a tout dit. La communauté, c’est le diable et, pour faire court, ce qui menace la République et l’ordre public. Je me souviens d’avoir essayé, il y a quelques années, de faire passer l’idée d’une fête annuelle des communautés et d’avoir frôlé l’incarcération psychiatrique. « Vous n’y pensez pas ! Mais c’est très dangereux ce que vous proposez là! Vous allez renforcer le fait communautaire ! » Qu’avais-je donc imaginé d’aussi séditieux ? Qu'un peu sur le modèle de la « fête des voisins », chacune des communautés qui, de fait, existent et habitent la capitale – Bretons, Basques, Juifs, Maghrébins, Colombiens, Asiatiques, etc. - s’organise pour, au jour dit, en un lieu choisi, dresser une table et offrir les produits de sa cuisine familiale. Le naïf que je suis n’est pas encore revenu des réactions violentes qu’il s’est alors attirées...
Pourtant, les communautés existent. Les nier, c’est nier un fait et, surtout, c’est nier l’humain. Quand des humains font connaissance pour la première fois, ils se disent très vite d’où ils sont, de Villeneuve-sur-Lot, de Saint-Omer, de Jérusalem ou de Montlignon, de Vendée, de Lot-et-Garonne, du Pas-de-Calais ou de Colombie. C’est-à-dire qu’ils évoquent les lieux où ils ont le sentiment de s’être socialisés. Dans notre pays, la référence culinaire ajoute encore à ces références identitaires. On fait la cuisine à l’huile, au beurre ou à la graisse. Nos mères savent faire le confit, la choucroute, le couscous ou la carpe farcie. Ces simples détails que nous livrons instinctivement montrent qu’à moins de sombrer dans le cauchemar d’une société aussi abstraite que totalitaire, comme celle de La République de Platon, les communautés sont la chaleureuse matrice de l’humain et que rien, sauf quelques ambitieux, des idéologies et les blessures mal guéries de leur histoire, ne les prédispose à s’entretuer.
C’est quand même par une communauté qui s’élargit peu à peu – la famille - que tout commence. C’est d’elle que nous apprenons la langue dite maternelle, que nous prenons nos inflexions, que nous acquérons les valeurs, les sociabilités et les codes qui font qu’on sera capable de vivre ensemble, qu’on recevra la culture qui vient prolonger la nature et fait de nous des humains. Je ne serais pas celui que je suis sans la combinaison d’au moins deux cultures – la gasconne et la vendéenne – qui sans doute m’ont davantage façonné que le mélange des sangs et qui me font ressentir une complicité pour un certain genre d'humains. Suis-je pour autant un mauvais démocrate ? Le penser serait croire, pour reprendre la belle image de Kant, que « l’hirondelle volerait encore mieux dans le vide ». Au vrai, il y a une façon de se représenter le citoyen idéal - et l'agent économique aussi d'ailleurs - qui est de l’ordre du désincarné.
Il n’y a guère que les régimes totalitaires pour imaginer ou réaliser la dissolution de toute identité et de tout lien au profit de l’Etat. Or, si on y regarde de plus près, ceux qui troublent aujourd’hui l’ordre public sont plus souvent les enfants de populations tombées dans l’anomie, défaillantes de structures, que de communautés qui seraient en guerre en tant que telles avec d’autres. Certains de nos Diafoirus feraient bien de revoir West side story, cela leur redonnerait en douceur une petite perspective historique. Puis, si on veut bien en rajouter une couche quant aux causes qu’on ne veut pas voir, on pourra aussi comprendre que la déification du marché parfait – cette Déesse Raison des temps modernes - avec le fantasme de l’agent économique rationnel, ont détruit l’affectio societatis. Mon ami Maurice Obadia aurait bien de choses à rajouter quant au mépris dans lequel est tenue par les « experts » cette économie relationnelle qui, bonne ou mauvaise, sous-tend et précède, qu’on le veuille ou non, aussi bien la théorie politique que l’économie marchande...
17:15 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : économie, politique, communauté, humain

