<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> <?xml-stylesheet type="text/xsl" href="/rss20.xsl" media="screen"?> <rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" version="2.0"> <channel> <title>Indiscipline intellectuelle - aveuglement</title> <description>Thierry Groussin</description> <link>http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/aveuglement/</link> <lastBuildDate>Sat, 17 May 2008 02:52:57 +0200</lastBuildDate> <generator>blogSpirit.com</generator> <copyright>All Rights Reserved</copyright>  <item> <guid isPermaLink="true">http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2008/05/03/fractale.html</guid> <title>Fractale</title> <link>http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2008/05/03/fractale.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Thierry)</author>   <category>Aveuglement</category>   <pubDate>Sat,  3 May 2008 11:20:00 +0200</pubDate> <description> En lisant - ce qui est mon métier - divers récits de management, je suis resté un moment pensif. Il y avait comme quelques notes de musique, pas tellement distinctes, mais qui suggéraient un air que je ne parvenais pas à saisir. Ayant perdu le fil de ma lecture, je suis revenu en arrière jusqu'au passage où mon attention avait décollé et j'ai essayé de me concentrer sur ce que racontait l'auteur. Il y était question d'un &lt;em&gt;winner&lt;/em&gt; qui réalisa un jour qu'il avait besoin d'un adversaire pour réussir. Et l'auteur de commenter: quand il n'avait pas d'adversaire, il s'en créait un.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La petite musique, c'était celle de la compétition. Une fois identifiée, elle s'est présentée à moi sous les variations les plus diverses. Etre le meilleur à l'école, la plus grande gueule, le vendeur le plus performant. Avoir la voiture la plus récente, la plus rapide, la plus écrasante. Acheter son appartement dans un quartier financièrement inaccessible - et ne parler bien sûr que des commodités que cela procure. Porter des vêtements griffés ou dégriffés - à la fois les plus chers et obtenus au meilleur prix. Avoir eu la marque d'intérêt du maître, avoir eu le dernier mot, la plus grosse augmentation. J'en passe pour rester correct, mais je vous invite à écouter les conversations. Tendez bien l'oreille. Dans combien n'entendrez-vous pas en filigrane ce &quot;Je suis meilleur que toi&quot; ? En permanence, fût-ce à fleuret moucheté, nous nous mesurons les uns aux autres.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La compétition est une fractale de notre société. Les individus, dès l'école, sont en concurrence. D'ailleurs, on les y encourage et pendant des années leur sort va dépendre d'une stratégie purement égocentrique. Il y avait même, dans certains établissements, une épreuve d'entrée qui était du registre explicite de l'ordalie: une joute oratoire où tous les coups étaient quasiment permis. Dans certains milieux, le darwinisme - je ne dis pas celui de Darwin, mais l'ogm qu'on en a tiré - est une religion. Depuis des années, les consultants ultra-libéraux théorisent &quot;l'hyperconcurrence&quot;. Avec le jeu que nous appelons &quot;mondialisation&quot;, les entreprises, naturellement, sont prises dans cette tourmente qui les déracine. Eh! mec, tu as vu mes ratios, ma capitalisation boursière ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Les villes, les régions, les pays sont entraînés dans cette dynamique de la compétition généralisée. Où sont les paradis fiscaux ? Où la main d'oeuvre est-elle la moins chère ? Où la règlementation environnementale ou sociale est-elle la moins contraignante ? Dans quel pays les autorités locales ferment-elles le plus facilement les yeux au meilleur prix ? Et cette tempête qui brasse tout retombe sur l'individu qui, à travers le marché du travail et les nouvelles technologies, se retrouve en concurrence à la fois avec son voisin et avec des gars qu'il ne verra jamais, à Delhi ou ailleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L'humanité fait une pause en matière de grandes invasions armées et de migrations massives, mais les civilisations et les modes de vie se retrouvent néanmoins dans l'arène. Certains ont appris à créer un critère, à le faire admettre et à se donner pour référence. Ils diffusent leur production audiovisuelle, mythifient leurs marques, s'emparent des organismes internationaux - qui légifèrent même pour ceux qui en ignorent l'existence. Ils dictent les programmes académiques. Ils forment - de manière formelle ou informelle - les futures élites, politiques ou administratives, des régions à conquérir. Le mode de calcul du Produit Intérieur Brut disqualifie les économies non marchandes. L'enseignement des &lt;em&gt;business schools&lt;/em&gt; fait litière des entreprises non capitalistiques et des économies solidaires. Et la vie matériellement dorée des &lt;em&gt;Desperate housewives&lt;/em&gt; fait honte ou donne envie à la ménagère du fin fond du Brésil, du 9-3 ou de la Creuse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le sport, censé être une élévation de l'être humain, ne fait aujourd'hui que contribuer à cette noria de la concurrence généralisée. Porter la flamme olympique sur le plus haut sommet du monde et marcher en passant sur un peuple méprisé et opprimé: je ne vois là que cynisme et prétention. Se précipiter - qu'on soit spectateur ou athlète - à ce grand rendez-vous des puissances matérielles, ce n'est qu'apporter sa caution à ce jeu destructeur du plus fort. C'est conférer des lettres de noblesse à la barbarie triomphante.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais sur cette lancée, il y a pire encore. L'humanité est entrée en compétition avec les autres habitants de la planète qui pourrait bien, du coup, devenir l'île du Docteur Moreau. Que gagnerons-nous, au bout du compte, à être en compétition avec la vie ? </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2007/11/27/illusionnisme.html</guid> <title>Illusionnisme</title> <link>http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2007/11/27/illusionnisme.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Thierry)</author>   <category>Aveuglement</category>   <pubDate>Wed, 30 Apr 2008 07:22:10 +0200</pubDate> <description> Une amie que, par prudence, je ne citerai pas a quitté il y a une paire d’années son métier de reporter, jugeant qu’elle contribuait davantage à la désinformation qu’à l’information. Etait-ce que la chaîne qui l’employait diffusait des mensonges ? Désolé! &lt;em&gt;A priori&lt;/em&gt;, non ! Beaucoup plus simplement cette chaîne privilégiait l’information susceptible de « faire » de l’audience, ce qui dans certains cas ne recouvre pas exactement l’information que vous jugeriez digne d’être diffusée. Et même - le temps d’antenne étant cher et limité - ce qui peut se faire au détriment de celle-ci.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La confidence de cette amie m’a fait comprendre au moins deux choses. Premièrement, que la qualité de l’information ne se suffit pas de la véracité : tout dépend de ce dont on s’abstient simultanément de parler. Deuxièmement, qu’on peut nous tromper sur l’actualité sans avoir l’intention de nous abuser, sans malhonnêteté en quelque sorte, du seul fait des contraintes économiques inhérentes à un métier ou à une entreprise. De ce fait, le fonctionnement et la survie de la démocratie dépendent en premier lieu – mais pas seulement - de notre capacité à détecter ce dont on ne parle pas, qu’on ne voit pas et qui, très éventuellement bien sûr, pour des raisons diverses, peut nous être volontairement caché. Autant dire qu’elles dépendent de notre propre exigence de lucidité.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un jeu très simple circule sur l'Internet. On vous présente six cartes à jouer et on vous demande d’en choisir une, de la bien regarder et de prononcer son nom à haute voix – par exemple : « roi de trèfle » - en vous abstenant de clicker dessus. Puis on vous annonce que, lorsque vous aurez appuyé sur la touche &lt;em&gt;entrer&lt;/em&gt; de votre ordinateur, le système va la reconnaître et la retirer du jeu. Vous suivez le protocole et, avec un frisson délicieux, vous appuyez sur &lt;em&gt;entrer&lt;/em&gt;. Lorsque le jeu réapparaît, «votre» carte, effectivement, n’y est plus. Extraordinaire, n’est-ce pas ? Vous pouvez recommencer en changeant de carte, cela marche à tous les coups.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Vous voulez la solution ? C’est génialement simple. Le système, évidemment, ne peut deviner celle des cartes que vous avez choisie. Alors, chaque fois que vous faites &lt;em&gt;entrer&lt;/em&gt;, il les change toutes. Seulement, focalisé que vous êtes sur «la vôtre» - et on a tout fait pour cela: &lt;em&gt;«regardez-la bien», «mémorisez-la», «prononcez son nom à haute voix»&lt;/em&gt; - tout ce que vous voyez c’est son absence ! On peut aussi déceler dans ce tour un autre ingrédient, plus subtil : l’envie que vous éprouvez peut-être secrètement de voir quelque chose d’extraordinaire - une envie très humaine mais qui a donné le pouvoir à pas mal d’illusionnistes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, un conseil : chaque fois qu’on voudra obtenir votre attention et qu’on l’orientera vers un de ces mots qui prétendent résumer le monde – au hasard : la &lt;em&gt;bottom line&lt;/em&gt;, la mondialisation, la concurrence, l’Europe ou le PNB, par exemple - méfiez-vous ! On ne sait jamais… Quand le prestidigitateur oriente notre regard d’un côté, c’est ailleurs que cela se passe. Faites l’hypothèse – à titre d’exercice bien sûr - que ce dont nous parlent nos « grands médiatiques » est comme le doigt pointé du prestidigitateur, puis – sans leur retirer de votre intérêt - demandez-vous dans quelle direction vous allez regarder. </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2008/04/22/de-la-pluralite-des-mondes-possibles.html</guid> <title>De la pluralité des mondes possibles</title> <link>http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2008/04/22/de-la-pluralite-des-mondes-possibles.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Thierry)</author>   <category>Aveuglement</category>   <pubDate>Thu, 24 Apr 2008 07:00:00 +0200</pubDate> <description> Pourquoi n'y aurait-il qu'une manière de vivre ? Manfred Max-Neef a montré que c'est la façon de répondre aux besoins fondamentaux qui dessine les civilisations. Jusqu'au XXème siècle, ces réponses étaient considérablement diverses. Puis la solution occidentale, essentiellement fondée sur les relations marchandes, est devenue une référence avant de se poser, finalement, comme norme. Au point qu'elle est en passe, aujourd'hui, de tout uniformiser. &quot;Parce qu'elle est la meilleure!&quot; allez-vous me dire. L'est-elle vraiment ? Et est-elle viable à long terme ? A cette dernière question, à moins d'être aveugles ou de mauvaise foi, nous avons déjà la réponse. Elle n'était viable qu'à condition de rester le privilège d'une fraction de l'humanité - et, d'ailleurs, si elle se perpétue, ce sera à ce prix-là: celui d'une inégalité voulue et protégée.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais revenons à la première question: est-elle la meilleure ? On peut en douter. Il faudrait examiner de près quels humains elle engendre. Si, déjà, pour durer, elle exige que l'on soit capable d'accepter une inégalité radicale et définitive entre les peuples et les personnes, permettez-moi d'en douter. Si son fonctionnement suppose en outre pour carburants des aspirations égoïstes, des comportements prédateurs, dispendieux et irresponsables, je ne vous demande plus la permission de douter, parce que je ne doute plus: il y a sûrement de meilleurs repères en termes d'anthropogenèse!&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cependant, le plus grave, selon moi, n'est pas là. Le plus grave n'est même pas que notre mode de vie périlleux soit jugé souhaitable par la grande majorité des humains. Avoir souffert de cruelles et longues pénuries - avec, en outre, la vision de voisins qui s'empifrent et gaspillent - ne peut que tourner un légitime appétit en avidité insatiable. Je me souviens d'un vieil homme qui, dans sa jeunesse, avait passé plus d'une semaine sans viande: des années plus tard, les Trente glorieuses aidant et nonobstant les objurgations de son médecin, il aurait considéré scandaleux de ne pas avoir de la viande deux fois par jour dans son assiette. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Le plus grave, fondamentalement, c'est la disparition progressive de la diversité des modes de vie. De même que la biodiversité végétale et animale, dans un univers complexe, constitue un facteur d'équilibre dynamique, la coexistence de différentes façons de s'adapter et d'être au monde est une richesse, une source d'inspiration dont nous avons besoin. Peter Schwack expliquait que le simple fait, pour la Shell, d'avoir pu se représenter une crise du pétrole - même si ç'avait été avec scepticisme - dès la fin des années 60, avait ménagé à la compagnie une réactivité supérieure à celle de ses concurrentes. Dans le même esprit, la diversité des modes de vie est un vivier: celui des scénarios de demain tant pour les individus et les familles qui sont à la recherche d'un bonheur différent que pour les sociétés qui se découvriront un jour en quête de sens et de pérennité. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Manfred Max-Neef proposait de réfléchir sur les quatre modalités qui structurent, selon lui, la façon de répondre à nos besoins: l'avoir, le faire, l'être, l'interagir. Quatre variables en interaction, quatre axes sur lesquels, en déplaçant les curseurs, nous pouvons esquisser une nouvelle pluralité des mondes possibles. Encore faut-il que nous cessions de nous représenter l'aventure humaine comme une droite uniquement ordonnée à la croissance des biens matériels. De plus en plus, me semble-t-il, l'Histoire est une exploratrice et le but du chemin est de construire notre humanité. </description>  </item>  </channel> </rss> 