19.12.2009
Illusionnistes
Pendant que Picrochole, sur la scène de Copenhague, se prend pour de Gaulle le 18 juin 1940 à Londres, son vassal Boutefeux déclare doctement que le « communautarisme » menace la république. Deux beaux numéros de prestidigitation, et vous vous souvenez que tout l'art de la prestidigitation est de nous faire regarder là où il ne se passe rien afin de nous empêcher de regarder là où il se passe quelque chose.
Moi, je croyais bêtement que ce qui menace la communauté nationale - car c'est ce que nous sommes censés être, une communauté nationale - c'est la dissolution de la solidarité au profit des castes, des partis, des groupes de pression, des privilégiés, des initiés, etc. Bref, tout ce qui menace la traduction dans la réalité de notre magnifique devise "Liberté, Egalité, Fraternité". Eh ! bien, non ! Ce qui nous menace, mes chers concitoyens, c'est la burqa.
Je croyais tout aussi stupidement que ce qui nie la république et la démocratie, c'est un système qui laisse s'accroître les inégalités, saigne nos territoires au profit de fortunes étrangères et autorise une ploutocratie à se refaire une santé insolente quelques mois après qu'elle ait provoqué un tsunami financier, vidé la poche des Etats et saigné l'économie réelle. Eh ! bien non, ce qui menace nos 551 000 kilomètres carrés, c'est une poignée de femmes voilées!
Boutefeux fait semblant de s'interroger sur "la compatibilité de la république" (je cite) avec la burqa, dont le port concerne moins de 2000 femmes en France (et il y a quelques mois, bizarrement, les ex-RG n'en trouvaient que 970 sur l'ensemble du territoire). Et la compatibilité de la république avec les faillites de PME-PMI qui vont bon train ? Avec l'extension de la pauvreté qui concerne des millions de personnes ? Avec le scandale des bonus que s'attribue sans la moindre vergogne une classe de privilégiés ? Avec la facilité de faire de l'argent avec de l'argent tout en laissant crever l'économie réelle ? Avec la collusion des intérêts publics et privés ?
Les parasites, les affairistes et les fourbes de tout poil qui dénaturent la république - au détriment des intérêts de la communauté que forment les Français - sont bien plus nombreux que les porteuses de voile. Mais, quand on ne sait pas ou quand on ne veut pas s'en prendre au cancer, on fait des rodomontades devant un phénomène accessoire. On investit dans les arts du spectacle. On a eu la superproduction holliwoodienne "H1N1" qui a fait flop - désolé, tout le monde n'a pas le talent de l'auteur des dents de la mère. Maintenant Boutefeux - Dieu soit béni! - veut nous débarrasser du "voile islamique"! Dites-moi que vous ne vous sentez pas mieux! Déjà, n'est-ce pas, le nombre des chômeurs diminue par milliers, les flux financiers retournent à l'économie réelle, l'exclusion régresse...
Est-ce cela la République, ce spectacle de Guignol qui veut détourner notre attention, cet opium du peuple cosmétique ? Pour peu que, dans les pommades du merlan, il y ait quelques substance allergène, on n'est pas sortis de l'auberge !
00:19 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : burqa, copenhague, vaccination
04.12.2009
Lézards
Vous vous souvenez de la série télévisée « V » ? Notre planète est envahie par des extra-terrestres qui ont l'apparence humaine et qui se prétendent amicaux. Or, ces êtres vert-de-gris, malgré les apparences, n'ont rien d'humain, mais autour d'eux on assiste à des phénomènes bien connus : l'admiration et la collaboration d'une partie de la population, l'aveuglement des naïfs, la soumission des peureux, et quand même l'organisation d'une résistance. Ce qui va trahir la véritable nature des envahisseurs, c'est ce dont ils se nourrissent. J'ai encore une image dans la tête, celle d'une superbe femme brune qui se révèle être un reptile quand elle retire son masque pour avaler un rat vivant. Il m'arrive de revivre cet épisode quand je suis confronté à des réactions qui révèlent inopinément les pulsions archaïques d'un interlocuteur à l'apparence civilisée.
C'est ce que vient de vivre Dina Scherrer, ce matin, en banlieue parisienne. Issue d'une famille modeste, Dina a été orientée à son entrée en sixième en « classe de transition » : l'administration avait jugé qu'elle souffrait d'une insuffisance de neurones. Au bout de quelques années, la gamine a fini par sortir du système scolaire avec un CAP de sténodactylo et beaucoup de doutes sur elle-même. Heureusement, la vie professionnelle lui a permis de se découvrir. Elle a trouvé en elle des leviers et des ressources que dissimulait la piètre opinion qu'elle avait appris à avoir d'elle-même. Cela lui a permis, dans les vingt années qui suivirent, d'accéder à divers postes de direction dans des entreprises de premier plan. Puis elle s'est offert le luxe de décrocher un diplôme d'études supérieures universitaires et de réorienter sa vie vers le développement de l'humain. Et, principalement, elle intervient auprès de jeunes qui sont dans la situation qu'elle a elle-même connue pour leur redonner foi en eux-mêmes en s'appuyant sur les recherches de Michael White et sur le postulat de Boris Cyrulnik pour qui « ce que nous nous racontons à propos de ce qui nous arrive est plus déterminant que ce qui nous arrive ».
Dans le cadre de cette activité, elle s'est présentée ce matin à la porte d'un lycée de la banlieue parisienne. Voici son récit :
Je n'en croyais pas mes yeux ni mes oreilles. J'avais devant moi un barrage humain qui m'empêchait de faire mon travail. J'avais l'impression d'être au Chili sous Pinochet. Les professeurs - je n'aimerais pas avoir ces intolérants comme enseignants- n'ont dit que j'appartenais à une secte et que je devais rentrer chez moi au lieu d'exercer mon métier. Alors que je suis tout simplement coach. La veille j'étais venu ici devant des élèves contents de me voir, de s'exprimer, de participer à quelque chose de différent pour eux, tous ouverts à ce que je proposais. Et aujourd'hui, ils étaient tous là à m'attendre.
J'ai l'impression que comme j'ai éveillé l'intérêt de ces jeunes gens, je suis devenue un danger pour la communauté des professeurs. Ma fonction de coach a déstabilisé ces fonctionnaires de l'Education nationale. Ils ont réagi en obscurantistes. On eût dit que j'étais Galilée disant que la terre est ronde à des gens qui croient qu'au bout de l'horizon, les gens tombent. Ils m'ont craint comme ceux qui ont jeté des pierres à Freud, il y a un siècle. Sur la face de ces enseignants, il y avait la burqa d'une confrérie qui a l'impression d'être dépossédée de son gagne-pain. Et puis je ne suis qu'une femme...
J'ai tenu à dire au revoir aux jeunes et à les informer de ce qui s'était passé. Un vote d'enseignants m'empêchait de travailler avec eux (8 pour ma présence contre 9 hostiles). Il suffit d'une voix pour nous couper la tête.
Tout ça a eu lieu en France, le 4 décembre 2009.
On me présente souvent les jeunes que j'accompagne en banlieue comme violents. La violence ce matin ce sont des professeurs qui me l'on fait subir. Si les élèves subissent tous les jours l'humiliation que les professeurs m'ont infligée, je comprends qu'ils m'aient accueillie si chaleureusement. Les élèves ont été courtois et très sérieux, eux.
Cette scène est digne des Sorcières Salem. Je suis sidéré qu'on puisse se laisser emporter ainsi par la paranoïa, porter des accusations aussi graves sur quelqu'un et l'empêcher de travailler. Dina Scherrer m'a dit en outre que ces enseignants étaient invités à assister au séminaire et qu'ils n'avaient pas daigné se montrer. On croirait des ayatollahs qui ont peur de se souiller au contact des roumis. Sans aucun doute, la meilleure façon de continuer à vivre avec ses mensonges c'est de ne pas s'exposer à la vérité.
Je suis triste pour ces jeunes gens qui avaient commencé à faire quelque chose pour eux-mêmes et à qui on n'a même pas demandé leur avis - une autre façon de leur faire comprendre qu'ils ne sont que des nuls. Voudrait-on fabriquer des désespérés et des révoltés qu'on ne s'y prendrait pas autrement. L'Education nationale ? Il y a comme un lézard.
16:13 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : éducation nationale, banlieues, enseignants, échecs scolaires
28.10.2009
Douche écossaise
Je vais passer pour un laudator tempori acti, mais ill fut un temps où la grandeur était celle des valeurs qu'incarnaient les dirigeants. "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France" écrivait Charles de Gaulle. Je me demande quelle idée de la France on peut bien se faire aujourd'hui dans certains milieux. Je serais prêt à parier que c'est celle d'une pauvre gogol qu'on culbute derrière les poubelles, la jupe sur le nez, tout en lui subtilisant ses pièces jaunes.
Depuis qu'on s'aligne sur la ploutocratie américaine et qu'aux valeurs agissantes on substitue le story telling et le spectacle, l'aune de la grandeur est le coût des banquets. Il est vrai qu'encore récemment on prétendait que les ouvriers étaient fiers quand leur patron changeait de voiture. Alors, qu'est-ce qu'ils doivent être orgueilleux de leurs suzerains les manants d'aujourd'hui quand il voit comment se font traiter leurs maîtres:
http://www.france-info.com/france-politique-2009-10-28-la...
Difficile quand même de trouver légitime que les invités d'une soirée pince-fesses y mangent chacun pour 5000 € - vous m'avez bien lu - tout cela pour se donner l'impression qu'ils vont améliorer le sort du monde. Et cela pendant que, dans les ténèbres extérieures de la France d'en bas, d'autres se demandent quand ils seront licenciés sur l'autel du néo-libéralisme et de la sainte Mondialisation. Je pense à cette scène que décrit Proust quand des gamins miséreux, la machoire décrochée, fascinés, regardent derrière les vitres embuées du Grand Hôtel de Cabourg les pensionnaires qui mangent leur potage en évitant de mettre les coudes sur la nappe. Je pense aussi à mon père, orphelin d'un ouvrier agricole vendéen mort au front, à Soissons, en 1917, dans cette honteuse et stupide boucherie que fut la guerre. Sa mère, jeune veuve avec trois enfants, ne pouvait se séparer de lui, qui était l'aîné. Alors, avec un cousin, il s'était loué comme journalier. Contrat: logé sous la soupente et repas à la table du maître. Il trouva rapidement étrange que les rations fussent aussi maigres et, un soir, regardant par une fente des volets, il découvrit que les maîtres, après le départ des journaliers, se remettaient à table et prenaient leur vrai repas. C'est comme cela qu'on met un sens derrière le mot démocratie.
Armand Braun, dont le bon sens a toujours quelque chose de révolutionnaire, racontait récemment qu'il avait vu, à quelques minutes d'intervalle, près du métro Sèvres-Babylone, deux jeunes gens entrer successivement dans un fast food et demander l'un "ce qu'il y avait de moins cher" et l'autre "ce qu'il pouvait y avoir de chaud pour cinq euros".
Quand l'Etat dépense sans compter alors que nombreux sont les citoyens qui comptent sans dépenser, il y a quelque chose de pourri. La grandeur de la démocratie n'est pas dans ses dépenses.
23:30 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sommet méditerranéen, dépenses publiques, cour des comptes
22.10.2009
Economie simpliste
Avec mes idées simplistes – mais peut-être ne le sont-elles pas davantage que le concept de l’agent économique rationnel sur un marché parfait – je me représente les flux monétaires liés à l’économie réelle - celle qui produit des biens et des services utiles - comme un système hydrologique. Les rivières descendent des hauteurs et font tourner les moulins - consommation et production - qu'on a placés le long de leur parcours. En chemin, une partie de leur eau s’évapore, puis elles se jettent dans la mer où l’évaporation se poursuit. Se condensant en nuages, l’eau revient au dessus des terres et des montagnes, retombe en pluie et nourrit à nouveau le sol, les sources, les ruisseaux et les nappes phréatiques. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Seulement voilà, cela fait un certain temps que nos moulins voient se ralentir leur cadence. Il y en a même qui s’arrêtent carrément au grand dam de la population alentour. Diagnostic des Diafoirus patentés : crise d’adaptation à un nouveau modèle économique enfin efficace parce que plus fluide et mondialisé. Tellement fluide, ai-je envie de dire, que l’évaporation y domine ! Mais souvenez-vous : dès 1975 le mot « crise » fleurissait à la une des journaux. Un peu long pour une crise, surtout "d’adaptation" ?
Si on ne veut pas se faire rouler dans la farine jusqu’à la fin des temps, il faut raisonner brutalement. Il y a, depuis longtemps, des pertes en ligne sur le circuit de l’eau et vous pouvez sortir les théories que vous voulez, un moulin qui s’arrête c’est autre chose qu’un discours à faire tourner les girouettes. Alors, la précieuse énergie hydraulique, où s’en est-elle allée ? « Il faut travailler plus pour gagner plus ! » Quand la rivière est si basse qu'elle n'entraîne plus le moulin, quand on vous licencie, quand on vous fait comprendre que vous rendrez service en vous suicidant, c’est comme une prière à saint Cucufa pour que tout s’arrange. Je préfère penser au père Ford qui voulait produire ses voitures à un prix tel et rémunérer ses salariés de telle manière que ceux-ci pussent acheter celles-là. Pas de pertes en ligne. Vous allez l’accuser lui aussi de simplisme, de socialisme ou – pire à notre époque ! – de philanthropie ?
La question, pour moi, n’est plus de savoir si on respecte les éructations des économistes de Wall street, la scholastique de l’école de Chicago ou les vaticinations de Picrochole qui croit tellement aux vertus de la libre concurrence qu’il oriente sa progéniture vers l’exploitation des chasses gardées. La question, c’est : comment remettre de la vie là où l’on vit ? Et le plus vite possible. Parce que les annonces d’aube ou de grand soir, de bout du tunnel ou de sortie de crise, ce n’est qu’une manière de continuer à nous faire croire que demain on rasera gratis. Beaucoup sont morts en cultivant leur patience sur la foi de telles promesses.
17:05 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économie, ford, népotisme, néo-libéralisme
22.09.2009
Démence précoce
Daté du 17 septembre 2009, je reçois ce soir un courrier de mon hypermarché préféré qui me dit ceci:
"Chère cliente, cher client,
Par soucis (sic) du respect des mesures préventives mises en place par le Ministère de la Santé concernant la Grippe A, qui préconise d'éviter les regroupements de personnes, cette année, notre soiréee "Foire aux vins" n'aura pas lieu.
Néanmoins, vous faites partie de nos clients privilégiés, c'est pourquoi, nous souhaitons vous offrir vendredi 25 octobre 2009 vos points de fidélité multipliés par 10 sur tous vos achats au rayon Vins et Champagnes".
Faudra m'expliquer comment l'affluence de chalands le vendredi soir ou, mieux, comme d'habitude, le samedi matin est moins dangereuse que la soirée dans les mêmes lieux qui a été annulée.
Je me demande à quoi on joue...
23:04 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, crise, capitalisme, démocratie
12.09.2009
Boutefeu
Les tribulations d’un ministre de la république auront peut-être l’avantage de nous éclairer sur les dérives de la démocratie quand ses serviteurs deviennent courtisans. Courtisans du Prince dont ils peuvent attendre faveurs, honneurs et avantages s’ils ont les mots qu’il faut. Mais aussi, et c’est plus grave selon moi, courtisans du peuple. Comment expliquer sinon qu’un homme intelligent ait pu tenir des propos incompatibles avec une charge qui, pour être exercée avec crédibilité, exige de son titulaire qu’il soit insoupçonnable du moindre arbitraire ? Mais notre homme sait ce que bon nombre de Français, hélas ! pensent et disent. Vraisemblablement, il aura voulu leur donner un signe de complicité.
Chercher les faveurs du prince ou celles du peuple est contraire à l’esprit même de la démocratie. Un vrai serviteur de la démocratie n'est pas là pour caresser le ventre des citoyens. Il est là pour les éclairer. Il doit de ce fait pratiquer la vertu de l’exemple et d'abord dans le langage qu'il tient. Et, tâche difficile et exigeante entre toutes, plutôt que flatter la bêtise, il doit faire comprendre la voie de l’intelligence. L’ascèse propre à ces fonctions, c’est le renoncement au désir de plaire. Etre droit dans ses bottes, ce n’est pas jouer les bravaches ou glapir avec les roquets des jardins de banlieue. C’est penser juste et dire ce qu’on pense. En l’occurrence, filer un couplet raciste, ce n’était pas penser juste. C’était faire d’obscènes papouilles au bof qui sommeille en chacun de nous.
Je vais vous faire entendre un autre son de cloche. Evidemment, la voie que je vais évoquer est sans doute trop peu spectaculaire pour les amateurs de la scène publique - et trop douce pour la violence de ceux que Brassens brocardait en les appelant les « honnêtes gens ». Parmi les femmes remarquables que j’ai la chance de connaître, il en est une qui intervient en ce moment dans des établissements scolaires de la banlieue parisienne. Sa mission : remettre dans une dynamique constructive des jeunes en plein décrochage, voire en désespérance. Si vous imaginez une population bigarrée, vous ne vous trompez pas. Il se trouve d’ailleurs que cette femme est elle-même issue d’une communauté qui a très lourdement payé son tribut au racisme européen. Alors, je vous demande ce que cela vous ferait si vous entendiez un gamin de quatorze ans, d’origine africaine, fermé comme une huître, vous dire enfin: « Je vous remercie parce que vous vous êtes adressée à moi comme à quelqu’un de normal ».
S’il y a quelque chose que nous devons craindre, ce n’est pas la grippe du cochon, c’est la bofitude ! Elle tue à coup sûr. Mais l’esprit seulement. Le bonhomme continue à s'agiter avec toutes les apparences de la vie. C'est trompeur.
16:18 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : économie, société, démocratie
07.09.2009
Et si ce qui nous manquait, c’était le courage ?
Et si ce qui nous manquait, c’était le courage ? Pas l’intelligence ou le savoir, mais le courage ?
Regardez bien. En ne voulant jouer qu’à condition de gagner, nous avons ébranlé l’économie au point qu’elle est au bord de l’effondrement. Car ce n’est pas faute d’avoir multiplié les contrôles et les contrôleurs, les modèles mathématiques et les experts, les officiers de conformité et l’informatisation de la pensée. Et tout cela n’a engendré qu’un gigantesque aveuglement. Et une des conséquences de la crise, c’est quoi ? Gribouille se jette à l’eau par peur de la pluie. Un vent de malthusianisme souffle sur les organisations cependant que, comme sur le Titanic, l’orchestre reprend une nième valse pour les nantis. Tout le monde ainsi contribue peu ou prou au naufrage. Ces paradoxes ne devraient-il pas nous réveiller ?
Ce qui nous manque, assurément, ce ne sont ni vraiment les richesses, ni l’intelligence ou le savoir, mais tout simplement le courage. A commencer, comme l’ont fait tous les résistants, par celui d’entendre ce que disent nos tripes. Ce qu’elles nous disent de la vie que nous vivons. Des souffrances proches ou lointaines dont nous sommes les témoins ou les victimes. Des perspectives qu’offrent à nos enfants les années à venir. Des histrions de la scène politique et économique. De cette lamentable société de consommation où sont de moins en moins nombreux ceux qui peuvent consommer et de plus en plus abrutis ceux qui en suivent les injonctions.
Et, une fois prise la mesure totale de notre dégoût, nous trouverons peut-être aussi le courage de remettre une bonne fois en question ce monde qui est en train de détruire le monde. Nous trouverons le courage de renvoyer au diable toutes les idoles issues de nos fantasmes et à qui nous avons donné le pouvoir par nos choix de consommation, nos votes et les programmes de télé que nous regardons, et, finalement, par nos capitulations larvées. Avec elles nous nous libérerons des croyances qui nous entravent, des tigres de papier qui n’ont de cesse que de nous transformer en marionnettes: bons petits soldats le jour, machines à consommer le soir et le week end.
Le courage de savoir ce que nous disent nos tripes nous donnera celui de transgresser, partout où elle règne, l’erreur dominante. Ce n’est pas en faisant davantage de la même chose qu’on aura des résultats différents de ceux qu’on a déjà eus. C’est en inventant. Comme le dit Hervé Juvin : nous nous trouvons devant le devoir d’inventer. D’autres projets, d’autres façons de répondre à nos besoins, d’autres manières de vivre ensemble, de faire économie et société. Nous ne sortirons du labyrinthe de la crise que par des moyens encore inimaginés. Nos assassins sont ceux qui veulent éviter l’irruption du nouveau.
11:28 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : économie, société de consommation, démocratie
12.07.2009
Du poids de la religion dans la pensée monétaire
Je viens d'écouter cette intéressante émission de France Culture sur l'argent et la crise (merci Martine!): http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emiss... . Quand l'animateur a soulevé la question des monnaies complémentaires - introduite par un pseudo-reportage de 2030 mais qui aurait pu être fait aujourd'hui - j'ai sursauté en entendant l'économiste de service, André Orléans, déclarer que ce serait "une régression"!
Nos élites ne s'en rendent pas compte, mais elles sont prises dans un paradigme proprement religieux, celui d'un progrès qui consisterait à passer du multiple à l'un, du fractionné au monolithe. Ce n'est plus tout-à-fait "Ein Reich, ein Volk, ein Führer", c'est "un marché mondial, une monnaie mondiale, une idéologie mondiale". Peut-être est-ce un héritage du monothéisme triomphant des polythéismes, dont on retrouverait d'autres traces ailleurs, par exemple dans le "One best way" cher aux apôtres du management moderne.
Pourtant venait d'être évoquée par une autre économiste - dont hélas! je n'ai pas saisi le nom - le fait qu'une monnaie reflète des relations, autrement dit (mais le mot en France ne passe pas plus que celui de "libre-arbitre" devant la sainte Inquisition) une communauté. Or, d'évidence, même l'Europe monétaire et économique n'est pas vécue par ceux qui vivent dans son périmètre comme une communauté. Alors, la monnaie mondiale évoquée, qui serait entre les mains des boursicoteurs et autres traders, que pourrait-elle bien refléter à part l'idéal purement théorique des Diafoirus de l'économie ?
Qu'est-ce que signifie le mot "régression" en l'occurrence, en dehors du registre d'une croyance ? On sait depuis longtemps dans les milieux médicaux qu'il vaut mieux tuer un patient dans les règles que le guérir hors des règles. Les praticiens des médecines parallèles en ont fait maintes fois l'expérience même quand leurs succès plaidaient pour eux. "De par le roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu!" C'est ainsi que les plans d'ajustement structurels chers à M. Camdessus ont amélioré des normes comptables tout en détruisant des populations et que certains services de l'ONU continuent à encourager les cultures d'exportation, qui multiplient les humains inutiles et affamés et enrichissent les exportateurs, au détriment des cultures vivrières. Une chose est sûre: si je suis le patient, ce que je préfère c'est être guéri fût-ce à l'encontre des grands principes. Dans certains domaines, ceux-ci ont tué plus de gens qu'ils n'en ont sauvé, y compris dans les pays occidentaux. Et si, du point de vue économique, je dois être sauvé par le développement des "monnaies complémentaires" que prônent avec des arguments solides mon ami Bernard Lietaer - quand même un des bâtisseurs de l'Euro - et quelques autres, eh! bien, tant pis pour la Vulgate, tant pis pour le clergé, tant pis pour les convictions religieuses de M. Orléans!
Notre époque a besoin de deux choses pour s'en sortir, seulement de deux, à la fois suffisantes et nécessaires comme on dit en géométrie: sortir du carcan des dogmes et retrouver le goût de l'expérimentation. Nous savons maintenant à quoi ressemble notre fossoyeur. Il nous reste à inventer notre vie.
Allez voir au pays de Tom Sawyer si on s'embarrasse des principes qui font le pouvoir des maîtres: http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-07-02/etats-u...
15:28 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, économie, wall street, monnaies complémentaires, aveuglement, dogmes économiques
30.04.2009
Epidémie de cochons
Deux hommes qui ne se connaissent pas voyagent dans un train, face à face. De temps en temps, l'un d'eux se lève, prend une boîte ronde dans sa valise, baisse la vitre et jette un peu du contenu par la fenêtre.
A la troisième fois, son compagnon de voyage, intrigué, lui demande ce qu'il fait.
L'autre de répondre:
- C'est une poudre contre les tigres.
- Mais il n'y a jamais eu de tigres dans cette région!
- Justement, ça prouve que ça marche!
Pour ceux qui lisent l'anglais et qui veulent entendre un autre son de cloche sur la menace de pandémie liée à la grippe des cochons, je recommande cet article d'un médecin américain:
http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2009/0...
08:12 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : grippe porcine, aveuglement, laboratoires, manipoulations
14.04.2009
Un coup de gueule que je vous recommande
10:37 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : consommation, libéralisme, sncf

