28.10.2009
Douche écossaise
Je vais passer pour un laudator tempori acti, mais ill fut un temps où la grandeur était celle des valeurs qu'incarnaient les dirigeants. "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France" écrivait Charles de Gaulle. Je me demande quelle idée de la France on peut bien se faire aujourd'hui dans certains milieux. Je serais prêt à parier que c'est celle d'une pauvre gogol qu'on culbute derrière les poubelles, la jupe sur le nez, tout en lui subtilisant ses pièces jaunes.
Depuis qu'on s'aligne sur la ploutocratie américaine et qu'aux valeurs agissantes on substitue le story telling et le spectacle, l'aune de la grandeur est le coût des banquets. Il est vrai qu'encore récemment on prétendait que les ouvriers étaient fiers quand leur patron changeait de voiture. Alors, qu'est-ce qu'ils doivent être orgueilleux de leurs suzerains les manants d'aujourd'hui quand il voit comment se font traiter leurs maîtres:
http://www.france-info.com/france-politique-2009-10-28-la...
Difficile quand même de trouver légitime que les invités d'une soirée pince-fesses y mangent chacun pour 5000 € - vous m'avez bien lu - tout cela pour se donner l'impression qu'ils vont améliorer le sort du monde. Et cela pendant que, dans les ténèbres extérieures de la France d'en bas, d'autres se demandent quand ils seront licenciés sur l'autel du néo-libéralisme et de la sainte Mondialisation. Je pense à cette scène que décrit Proust quand des gamins miséreux, la machoire décrochée, fascinés, regardent derrière les vitres embuées du Grand Hôtel de Cabourg les pensionnaires qui mangent leur potage en évitant de mettre les coudes sur la nappe. Je pense aussi à mon père, orphelin d'un ouvrier agricole vendéen mort au front, à Soissons, en 1917, dans cette honteuse et stupide boucherie que fut la guerre. Sa mère, jeune veuve avec trois enfants, ne pouvait se séparer de lui, qui était l'aîné. Alors, avec un cousin, il s'était loué comme journalier. Contrat: logé sous la soupente et repas à la table du maître. Il trouva rapidement étrange que les rations fussent aussi maigres et, un soir, regardant par une fente des volets, il découvrit que les maîtres, après le départ des journaliers, se remettaient à table et prenaient leur vrai repas. C'est comme cela qu'on met un sens derrière le mot démocratie.
Armand Braun, dont le bon sens a toujours quelque chose de révolutionnaire, racontait récemment qu'il avait vu, à quelques minutes d'intervalle, près du métro Sèvres-Babylone, deux jeunes gens entrer successivement dans un fast food et demander l'un "ce qu'il y avait de moins cher" et l'autre "ce qu'il pouvait y avoir de chaud pour cinq euros".
Quand l'Etat dépense sans compter alors que nombreux sont les citoyens qui comptent sans dépenser, il y a quelque chose de pourri. La grandeur de la démocratie n'est pas dans ses dépenses.
23:30 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sommet méditerranéen, dépenses publiques, cour des comptes
22.10.2009
Economie simpliste
Avec mes idées simplistes – mais peut-être ne le sont-elles pas davantage que le concept de l’agent économique rationnel sur un marché parfait – je me représente les flux monétaires liés à l’économie réelle - celle qui produit des biens et des services utiles - comme un système hydrologique. Les rivières descendent des hauteurs et font tourner les moulins - consommation et production - qu'on a placés le long de leur parcours. En chemin, une partie de leur eau s’évapore, puis elles se jettent dans la mer où l’évaporation se poursuit. Se condensant en nuages, l’eau revient au dessus des terres et des montagnes, retombe en pluie et nourrit à nouveau le sol, les sources, les ruisseaux et les nappes phréatiques. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Seulement voilà, cela fait un certain temps que nos moulins voient se ralentir leur cadence. Il y en a même qui s’arrêtent carrément au grand dam de la population alentour. Diagnostic des Diafoirus patentés : crise d’adaptation à un nouveau modèle économique enfin efficace parce que plus fluide et mondialisé. Tellement fluide, ai-je envie de dire, que l’évaporation y domine ! Mais souvenez-vous : dès 1975 le mot « crise » fleurissait à la une des journaux. Un peu long pour une crise, surtout "d’adaptation" ?
Si on ne veut pas se faire rouler dans la farine jusqu’à la fin des temps, il faut raisonner brutalement. Il y a, depuis longtemps, des pertes en ligne sur le circuit de l’eau et vous pouvez sortir les théories que vous voulez, un moulin qui s’arrête c’est autre chose qu’un discours à faire tourner les girouettes. Alors, la précieuse énergie hydraulique, où s’en est-elle allée ? « Il faut travailler plus pour gagner plus ! » Quand la rivière est si basse qu'elle n'entraîne plus le moulin, quand on vous licencie, quand on vous fait comprendre que vous rendrez service en vous suicidant, c’est comme une prière à saint Cucufa pour que tout s’arrange. Je préfère penser au père Ford qui voulait produire ses voitures à un prix tel et rémunérer ses salariés de telle manière que ceux-ci pussent acheter celles-là. Pas de pertes en ligne. Vous allez l’accuser lui aussi de simplisme, de socialisme ou – pire à notre époque ! – de philanthropie ?
La question, pour moi, n’est plus de savoir si on respecte les éructations des économistes de Wall street, la scholastique de l’école de Chicago ou les vaticinations de Picrochole qui croit tellement aux vertus de la libre concurrence qu’il oriente sa progéniture vers l’exploitation des chasses gardées. La question, c’est : comment remettre de la vie là où l’on vit ? Et le plus vite possible. Parce que les annonces d’aube ou de grand soir, de bout du tunnel ou de sortie de crise, ce n’est qu’une manière de continuer à nous faire croire que demain on rasera gratis. Beaucoup sont morts en cultivant leur patience sur la foi de telles promesses.
17:05 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économie, ford, népotisme, néo-libéralisme
22.09.2009
Démence précoce
Daté du 17 septembre 2009, je reçois ce soir un courrier de mon hypermarché préféré qui me dit ceci:
"Chère cliente, cher client,
Par soucis (sic) du respect des mesures préventives mises en place par le Ministère de la Santé concernant la Grippe A, qui préconise d'éviter les regroupements de personnes, cette année, notre soiréee "Foire aux vins" n'aura pas lieu.
Néanmoins, vous faites partie de nos clients privilégiés, c'est pourquoi, nous souhaitons vous offrir vendredi 25 octobre 2009 vos points de fidélité multipliés par 10 sur tous vos achats au rayon Vins et Champagnes".
Faudra m'expliquer comment l'affluence de chalands le vendredi soir ou, mieux, comme d'habitude, le samedi matin est moins dangereuse que la soirée dans les mêmes lieux qui a été annulée.
Je me demande à quoi on joue...
23:04 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, crise, capitalisme, démocratie
12.09.2009
Boutefeu
Les tribulations d’un ministre de la république auront peut-être l’avantage de nous éclairer sur les dérives de la démocratie quand ses serviteurs deviennent courtisans. Courtisans du Prince dont ils peuvent attendre faveurs, honneurs et avantages s’ils ont les mots qu’il faut. Mais aussi, et c’est plus grave selon moi, courtisans du peuple. Comment expliquer sinon qu’un homme intelligent ait pu tenir des propos incompatibles avec une charge qui, pour être exercée avec crédibilité, exige de son titulaire qu’il soit insoupçonnable du moindre arbitraire ? Mais notre homme sait ce que bon nombre de Français, hélas ! pensent et disent. Vraisemblablement, il aura voulu leur donner un signe de complicité.
Chercher les faveurs du prince ou celles du peuple est contraire à l’esprit même de la démocratie. Un vrai serviteur de la démocratie n'est pas là pour caresser le ventre des citoyens. Il est là pour les éclairer. Il doit de ce fait pratiquer la vertu de l’exemple et d'abord dans le langage qu'il tient. Et, tâche difficile et exigeante entre toutes, plutôt que flatter la bêtise, il doit faire comprendre la voie de l’intelligence. L’ascèse propre à ces fonctions, c’est le renoncement au désir de plaire. Etre droit dans ses bottes, ce n’est pas jouer les bravaches ou glapir avec les roquets des jardins de banlieue. C’est penser juste et dire ce qu’on pense. En l’occurrence, filer un couplet raciste, ce n’était pas penser juste. C’était faire d’obscènes papouilles au bof qui sommeille en chacun de nous.
Je vais vous faire entendre un autre son de cloche. Evidemment, la voie que je vais évoquer est sans doute trop peu spectaculaire pour les amateurs de la scène publique - et trop douce pour la violence de ceux que Brassens brocardait en les appelant les « honnêtes gens ». Parmi les femmes remarquables que j’ai la chance de connaître, il en est une qui intervient en ce moment dans des établissements scolaires de la banlieue parisienne. Sa mission : remettre dans une dynamique constructive des jeunes en plein décrochage, voire en désespérance. Si vous imaginez une population bigarrée, vous ne vous trompez pas. Il se trouve d’ailleurs que cette femme est elle-même issue d’une communauté qui a très lourdement payé son tribut au racisme européen. Alors, je vous demande ce que cela vous ferait si vous entendiez un gamin de quatorze ans, d’origine africaine, fermé comme une huître, vous dire enfin: « Je vous remercie parce que vous vous êtes adressée à moi comme à quelqu’un de normal ».
S’il y a quelque chose que nous devons craindre, ce n’est pas la grippe du cochon, c’est la bofitude ! Elle tue à coup sûr. Mais l’esprit seulement. Le bonhomme continue à s'agiter avec toutes les apparences de la vie. C'est trompeur.
16:18 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : économie, société, démocratie
07.09.2009
Et si ce qui nous manquait, c’était le courage ?
Et si ce qui nous manquait, c’était le courage ? Pas l’intelligence ou le savoir, mais le courage ?
Regardez bien. En ne voulant jouer qu’à condition de gagner, nous avons ébranlé l’économie au point qu’elle est au bord de l’effondrement. Car ce n’est pas faute d’avoir multiplié les contrôles et les contrôleurs, les modèles mathématiques et les experts, les officiers de conformité et l’informatisation de la pensée. Et tout cela n’a engendré qu’un gigantesque aveuglement. Et une des conséquences de la crise, c’est quoi ? Gribouille se jette à l’eau par peur de la pluie. Un vent de malthusianisme souffle sur les organisations cependant que, comme sur le Titanic, l’orchestre reprend une nième valse pour les nantis. Tout le monde ainsi contribue peu ou prou au naufrage. Ces paradoxes ne devraient-il pas nous réveiller ?
Ce qui nous manque, assurément, ce ne sont ni vraiment les richesses, ni l’intelligence ou le savoir, mais tout simplement le courage. A commencer, comme l’ont fait tous les résistants, par celui d’entendre ce que disent nos tripes. Ce qu’elles nous disent de la vie que nous vivons. Des souffrances proches ou lointaines dont nous sommes les témoins ou les victimes. Des perspectives qu’offrent à nos enfants les années à venir. Des histrions de la scène politique et économique. De cette lamentable société de consommation où sont de moins en moins nombreux ceux qui peuvent consommer et de plus en plus abrutis ceux qui en suivent les injonctions.
Et, une fois prise la mesure totale de notre dégoût, nous trouverons peut-être aussi le courage de remettre une bonne fois en question ce monde qui est en train de détruire le monde. Nous trouverons le courage de renvoyer au diable toutes les idoles issues de nos fantasmes et à qui nous avons donné le pouvoir par nos choix de consommation, nos votes et les programmes de télé que nous regardons, et, finalement, par nos capitulations larvées. Avec elles nous nous libérerons des croyances qui nous entravent, des tigres de papier qui n’ont de cesse que de nous transformer en marionnettes: bons petits soldats le jour, machines à consommer le soir et le week end.
Le courage de savoir ce que nous disent nos tripes nous donnera celui de transgresser, partout où elle règne, l’erreur dominante. Ce n’est pas en faisant davantage de la même chose qu’on aura des résultats différents de ceux qu’on a déjà eus. C’est en inventant. Comme le dit Hervé Juvin : nous nous trouvons devant le devoir d’inventer. D’autres projets, d’autres façons de répondre à nos besoins, d’autres manières de vivre ensemble, de faire économie et société. Nous ne sortirons du labyrinthe de la crise que par des moyens encore inimaginés. Nos assassins sont ceux qui veulent éviter l’irruption du nouveau.
11:28 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : économie, société de consommation, démocratie
12.07.2009
Du poids de la religion dans la pensée monétaire
Je viens d'écouter cette intéressante émission de France Culture sur l'argent et la crise (merci Martine!): http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emiss... . Quand l'animateur a soulevé la question des monnaies complémentaires - introduite par un pseudo-reportage de 2030 mais qui aurait pu être fait aujourd'hui - j'ai sursauté en entendant l'économiste de service, André Orléans, déclarer que ce serait "une régression"!
Nos élites ne s'en rendent pas compte, mais elles sont prises dans un paradigme proprement religieux, celui d'un progrès qui consisterait à passer du multiple à l'un, du fractionné au monolithe. Ce n'est plus tout-à-fait "Ein Reich, ein Volk, ein Führer", c'est "un marché mondial, une monnaie mondiale, une idéologie mondiale". Peut-être est-ce un héritage du monothéisme triomphant des polythéismes, dont on retrouverait d'autres traces ailleurs, par exemple dans le "One best way" cher aux apôtres du management moderne.
Pourtant venait d'être évoquée par une autre économiste - dont hélas! je n'ai pas saisi le nom - le fait qu'une monnaie reflète des relations, autrement dit (mais le mot en France ne passe pas plus que celui de "libre-arbitre" devant la sainte Inquisition) une communauté. Or, d'évidence, même l'Europe monétaire et économique n'est pas vécue par ceux qui vivent dans son périmètre comme une communauté. Alors, la monnaie mondiale évoquée, qui serait entre les mains des boursicoteurs et autres traders, que pourrait-elle bien refléter à part l'idéal purement théorique des Diafoirus de l'économie ?
Qu'est-ce que signifie le mot "régression" en l'occurrence, en dehors du registre d'une croyance ? On sait depuis longtemps dans les milieux médicaux qu'il vaut mieux tuer un patient dans les règles que le guérir hors des règles. Les praticiens des médecines parallèles en ont fait maintes fois l'expérience même quand leurs succès plaidaient pour eux. "De par le roi, défense à Dieu de faire miracle en ce lieu!" C'est ainsi que les plans d'ajustement structurels chers à M. Camdessus ont amélioré des normes comptables tout en détruisant des populations et que certains services de l'ONU continuent à encourager les cultures d'exportation, qui multiplient les humains inutiles et affamés et enrichissent les exportateurs, au détriment des cultures vivrières. Une chose est sûre: si je suis le patient, ce que je préfère c'est être guéri fût-ce à l'encontre des grands principes. Dans certains domaines, ceux-ci ont tué plus de gens qu'ils n'en ont sauvé, y compris dans les pays occidentaux. Et si, du point de vue économique, je dois être sauvé par le développement des "monnaies complémentaires" que prônent avec des arguments solides mon ami Bernard Lietaer - quand même un des bâtisseurs de l'Euro - et quelques autres, eh! bien, tant pis pour la Vulgate, tant pis pour le clergé, tant pis pour les convictions religieuses de M. Orléans!
Notre époque a besoin de deux choses pour s'en sortir, seulement de deux, à la fois suffisantes et nécessaires comme on dit en géométrie: sortir du carcan des dogmes et retrouver le goût de l'expérimentation. Nous savons maintenant à quoi ressemble notre fossoyeur. Il nous reste à inventer notre vie.
Allez voir au pays de Tom Sawyer si on s'embarrasse des principes qui font le pouvoir des maîtres: http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-07-02/etats-u...
15:28 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, économie, wall street, monnaies complémentaires, aveuglement, dogmes économiques
30.04.2009
Epidémie de cochons
Deux hommes qui ne se connaissent pas voyagent dans un train, face à face. De temps en temps, l'un d'eux se lève, prend une boîte ronde dans sa valise, baisse la vitre et jette un peu du contenu par la fenêtre.
A la troisième fois, son compagnon de voyage, intrigué, lui demande ce qu'il fait.
L'autre de répondre:
- C'est une poudre contre les tigres.
- Mais il n'y a jamais eu de tigres dans cette région!
- Justement, ça prouve que ça marche!
Pour ceux qui lisent l'anglais et qui veulent entendre un autre son de cloche sur la menace de pandémie liée à la grippe des cochons, je recommande cet article d'un médecin américain:
http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2009/0...
08:12 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : grippe porcine, aveuglement, laboratoires, manipoulations
14.04.2009
Un coup de gueule que je vous recommande
10:37 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : consommation, libéralisme, sncf
07.04.2009
Nom de code : H. R. 875 Profession: tueur
Voilà qu’au pays de la liberté – celui de Barak Obama – une nouvelle loi au nom de robot de dessin animé – H.R. 875 – sera bientôt soumise au Législateur. Elle ne vise rien de moins qu’à tuer les productions jardinières, fussent-elles non-marchandes, en les soumettant à des contrôles financièrement écrasants si elles n’utilisent pas les semences industrielles. Bien entendu, ce projet de loi s’habille de vertu, arguant de la nécessité de protéger la santé des citoyens. Nous sommes bien aise qu’on reconnaisse à la santé le droit de vivre surtout dans un pays où le pourcentage d’obèses est respectable et le système de santé bien mal en point.
Cette affaire du H.R. 875 n’est rien d’autre qu’un avatar à grande échelle de l’imposture emblématique du lait maternisé dans certaines régions d’Afrique. La multinationale que Ziegler surnomme « la pieuvre de Vevey » s’est ouvert un nouveau marché en convainquant des Africaines de la supériorité du lait de ses usines sur celui que produit leur corps de femme. Quelques organismes internationaux, en toute innocence, ont sans doute aidé à la chose en finançant des campagnes d’information sanitaire et en subventionnant la marchandise. Du coup, les jeunes mères nourrissent leurs bébés de granules de lait « maternisé »... qu’elles mélangent à la seule eau disponible qui est croupie...
Il faut voir qui, à coup de lobbying et de dollars, préconise le totalitaire H.R. 875. On y retrouve évidemment le groupe des usual suspects, comme par hasard les grosses capitalisations boursières de la planète. Au sein de cette bande, on reconnaît aisément celui qui a inventé d’introduire la mort dans le cycle de la vie et d’intervenir pour écarter la concurrence que la Nature fait à ses laboratoires. Je veux parler de celui qui a imaginé les semences stériles et qui vise à s’asservir ainsi le monde agricole.
Le moment n’est pas neutre pour pousser le projet de loi H.R. 875. D’une part, la population des « localvores » - ceux qui veulent consommer des produits de proximité - se développe parmi les Américains. D’autre part et surtout, si certains scénarios économiques se réalisent, les Etats-Unis pourraient entrer bientôt dans une récession profonde, avec une accumulation de millions de sans-travail et une décroissance forcée. La survie dans un tel contexte, est de revenir à des économies de proximité pour y trouver la subsistance minimale. On peut imaginer que de grandes exploitations décident de réduire un peu la surface de leurs monocultures pour produire des légumes, et les particuliers qui ont un peu de terrain d’en cultiver quelques rangées pour eux-mêmes et leur famille. Voilà de nouveaux flux financiers qui ne doivent pas échapper à la rapacité des firmes!
D’un point de vue très égoïste, ce qui me tracasse le plus c’est la tendance des législations américaines à traverser l’Atlantique et, poussées par le souffle de l’OMC et attirées par la réceptivité aveugle de nos eurocrates et autres américanolâtres, à contaminer notre propre règlementation. Et, je l’avoue, là, j’éprouve un dramatique sentiment d’impuissance. Que faut-il faire ?
16:30 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : économie, multinationale, agriculture, consommation, liberté
05.04.2009
Parallèles
Mon bon vieux copain Jean-Marie me donne à lire un opuscule qu’il a rédigé sur l’affaire des cathares en Agenais. Certains d’entre mes lecteurs se souviendront peut-être comme moi de la mémorable émission de Stellio Lorenzi, « La camera explore le temps » qui, en quarante avant la Star'Ac, fit découvrir à des millions de téléspectateurs ce drame des XIIème et XIIIème siècles qu’occultait jusque là l’histoire officielle.
A lire le document de mon hérétique agenais, je ne puis m’empêcher de faire des parallèles - un peu osés j’en conviens - avec ce que nous avons sous les yeux. A l’époque des faits, comme on dit dans les enquêtes policières, l’Eglise est une institution incontournable. Sa légitimité dépasse de cent coudées celle des autres structures politiques ou sociales. Elle est tout simplement détentrice et garante de La vérité. Elle a la haute main sur tout, y compris sur les rois et les seigneurs qu’elle peut excommunier. A l'époque, l'athéisme n'existe pas encore. Cependant, les représentants du Christ se font remarquer par leur déliquescence : exactions, prévarications, dissolution des mœurs. Le bon peuple en est à ce point affecté qu’il déserte les offices, d’autant que sont apparus des « bonshommes » dont la vie exemplairement évangélique rend encore plus insupportable l’inconduite des clercs. Je veux bien sûr parler des cathares. L’Eglise va réagir en rappelant d’abord à l’ordre ses représentants. Puis, réaffirmant le dogme, elle dessinera par là-même les contours de l’hérésie, ce qui va lui permettre de judiciariser et de pénaliser le catharisme pour en faire rechercher les fidèles, les interpeler, les conduire devant les tribunaux, les convaincre de crime et les exécuter. Elle va le faire au nom de sa doctrine qui - je vous le rappelle car, dans de telles circonstances, on pourrait l’oublier – est le message d’amour d’un supplicié.
Certes, aujourd’hui, le paysage est moins spectaculairement dramatique. Pour autant, on peut repérer une sorte d’isomorphisme. Nous avons un capitalisme financier qui a convaincu à peu près la Terre entière non seulement qu’il est à la source du progrès et du bonheur des peuples, mais que sa représentation du monde et de la vie est la seule qu’un esprit rationnel peut admettre. Il a ses rites, ses enfants de chœur, ses grands-messes et ses prélats, et comme ses prétentions à incarner le bien résistent à la preuve du contraire, vous serez d’accord qu’on est devant une sorte de religion. La plupart des chefs d’Etat, comme les successeurs de Théodose, ont adopté les croyances proposées - l’idéologie économique et le pouvoir de ses clercs. Gare à eux s’ils sont relaps ! Souvenez-vous du malheureux Allende ou des mésaventures cruelles des PVD face au FMI et à sa doctrine. Les pays sont ainsi à la merci ou à la remorque des décisions d’une poignée de ploutocrates mondiaux et de leurs missi dominici, de même que les Européens du moyen-âge l’étaient des bulles vaticanes et des initiatives des évêques. Survient la crise que nous vivons, épicée de quelques exactions que le bon peuple finit par juger scandaleuses – bonus, primes, abus de biens sociaux, malhonnêtetés punissables ou non – et le Système – à l’instar de l’Eglise du temps des cathares – affiche alors avec conviction sa volonté de se réformer. On va « réguler » le système monétaire, on va « encadrer » les rémunérations des dirigeants, etc.
Mais, depuis un certain temps, les fidèles – qu’on appelle aujourd’hui les consommateurs – sont tentés par d’autres rites, d’autres croyances, d’autres représentations du monde que ceux proposés par le Système. D’abord, ils ne croient plus tellement que celui-ci leur veuille autant de bien qu’il le prétend. Ils commencent à fréquenter le bio, à caresser un idéal de simplicité, de respect de la nature. Ce n’est pas que, au nom de la santé des corps - puisque le commerce des âmes a tiré le rideau – le Système n’ait multiplié les normes définissant du même coup en creux ce qui constitue une des hérésies modernes. Mais, justement, c’est là qu’on retrouve la contradiction fondamentale de l'Eglise. Au nom de l’hygiène canonique, le Système interdit de commercer d’innocentes productions artisanales issues du fond des âges – le purin d’ortie, certains fromages, etc. – alors qu’il autorise la vente du tabac avec la mention « fumer tue ». Au même moment, il disqualifie l’allaitement maternel et encourage des femmes - qui n’ont que de l’eau croupie à mettre dans leurs biberons - à substituer du lait en poudre à celui de leurs seins avec les conséquences qu'on imagine. Par l’intermédiaire de ses apôtres – les marketers – ce même Système stimule dans le monde entier un style de malbouffe, de mal-vivre et de mal-produire qui, il est vrai, accroît en aval le marché de la médecine curative. Et ses évêques – je veux dire ses CEO – détruisent de l’emploi, mais en invoquant les conditions du salut: la concurrence qui profite aux fidèles.
Cette contradiction entre des valeurs prônées de manière coercitive et les résultats qu’elles engendrent dans notre vie ne trouble pas plus les serviteurs du Système que l’éradication de l’hérésie par le fer et le feu au nom d’un Dieu d’amour ne troublait nos ecclésiastiques du Sud-ouest. La question que je me pose : allons-nous en rester au stade du « totalitarisme doux » comme l’écrivait je ne sais plus qui, ou, pour se maintenir et reprendre son développement, le Système risque-t-il un jour de passer à des régimes plus violents ?
14:38 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : capitalisme, économie, écologie, société, eglise

