23.05.2009
Gordon Ramsay
Gordon Ramsay est un mélange britannique de Cyril Lignac et de Super Nanny. Dans l’émission Cauchemars en cuisine, il vient au secours de restaurateurs que menace le naufrage. Le scénario est en gros le suivant. Gordon Ramsay, toujours plein d'entrain, débarque dans une ville où il explore d’abord les alentours de l’établissement. Il s’intéresse au style du quartier, aux chalands, aux ressources locales. Puis, il jauge la façade du restaurant et entre. Il embrasse la salle d’un coup d’œil, échange quelques mots chaleureux avec le propriétaire, prend un repas sur place. Quelquefois, un comparse est déjà là incognito en train de goûter le menu. Ensuite, Ramsay va s’attarder dans les cuisines où il observe soigneusement les comportements individuels et collectifs des marmitons. Il ouvre les frigos, quelquefois regarde dans les poubelles. Le tout est accompagné au petit écran de ses réflexions mezzo voce, rarement piquées des vers. Enfin, il revient vers l'aubergiste, lui livre son diagnostic, lui propose ses remèdes, le tout avec chaleur mais sans trop de précautions oratoires. Le marché est à prendre ou à laisser.
En général, il a trouvé des équipes molles et démotivées, des approvisionnements en surgelés qui font fi des bonnes ressources locales, une carte inutilement compliquée, des plats médiocrement réalisés et un décor qui se trompe de clientèle. Il a trouvé aussi un propriétaire qui a investi son égo au mauvais endroit – dans le nom du restaurant, la carte ou la décoration - et qui, surtout, trop bon gars, ne manage pas son personnel avec la fermeté et l’exigence requises. Ensuite, le scénario est à peu près immuable. Les propositions de Ramsay choquent quelque peu l’aubergiste, mais, comme celui-ci est aux abois et que son interlocuteur est prestigieux, il les accepte.
Le bateau prend l’eau: l'objectif premier est, en quelques jours, de faire remonter le chiffre d’affaire. Ici Ramsay va virer une antique rôtisserie et la remplacer par un grill, là il va supprimer une carte prétentieuse, basée sur du surgelé, et s’approvisionner en poisson frais sur le port. L’homme a indéniablement du talent, il l’a prouvé. Ce qui est intéressant, c'est de le voir à l'oeuvre. Il a l’instinct d’un triangle d’or "chalands – produits – lieu". Son crédo est simple : des produits locaux de qualité et des recettes simples. Puis - "bien faire et le faire savoir" - il n’hésite pas à envoyer l’ensemble du personnel sur le quai de la gare, pour remettre aux banlieusards qui rentrent chez eux la nouvelle carte voire leur en faire déguster un échantillon.
Il a la formule magique. Les clients affluent, le tiroir-caisse tinte, l’espoir revient et le propriétaire retrouve le sourire. Un sourire parfois un peu jaune. La première raison en est que l’équipe a souvent du mal à passer du slow au rock. Le nouveau rythme révèle les mauvaises habitudes, voire les incompétences ou les mauvaises volontés. L’aubergiste doit affronter les conflits que jusque là il évitait. Mais Ramsay prend soin que la dynamique recréée ne soit pas dépendante de sa présence. Il pousse donc le propriétaire à manager vraiment l’équipe, ce qui requiert parfois de lui une forme d’énergie qu’il n’a pas cultivée. La deuxième raison du sourire jaune est que Ramsay conteste des choix que l’aubergiste associe à sa personne : la décoration, le nom de l’établissement, parfois le concept sur lequel il a ouvert son établissement. Mais, le navire ayant repris bonne allure et après une succession de services réussis, Ramsay disparaît pour quelques semaines et le propriétaire se retrouve seul maître à bord après Dieu.
Lorsque Ramsay revient, cependant, le restaurant a rechuté et perd de nouveau de l’argent. C’est là qu’on approche le cœur du problème : l’aubergiste lui-même, et qu’on a l’autre explication de son sourire jaune : il a ressenti une forme de dépit face à la renaissance de son établissement ! C’est que celle-ci est due à l’intervention de Ramsay et, par là même, est blessante pour son égo. Alors, Ramsay parti, l’égo s’est vengé. Et, croyez-moi si vous le voulez, on est revenu aux anciennes pratiques – la carte, les surgelés – et, bien que le chiffre d’affaires replonge, on s’y tient ! Il arrive d’ailleurs que la chose ne couve pas longtemps et se produise en plein « coup de feu », en la présence même de Ramsay. On cherche le propriétaire, censé être en cuisine : il a en fait déserté son établissement en proclamant qu’il n’est plus chez lui. Quand Ramsay lui remet la main dessus, c’est le drame – le psychodrame devrais-je dire - et tout sort. La raison, heureusement, reprend le dessus - on est à la télévision -d’autant que le tiroir-caisse se remet à fonctionner. Le propriétaire ne joue plus à manager un restaurant, il le manage pour de bon, et Gordon Ramsay repart vers de nouvelles aventures.
Je me dis que s’il y avait un Gordon Ramsay qui puisse faire entendre la même voix du bon sens aux seigneurs de ce monde qu’empêtrent leurs idéologies mortifères et leurs égos surdilatés, on assisterait sans doute à de réjouissants psychodrames, mais, en plus, au bout du compte, qu’est-ce que la cuisine serait meilleure !
10:10 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, management, crise financière, restaurants
19.02.2009
Lettre d’un senior à sa DRH
« Pourquoi j’aimerais pouvoir bénéficier d’un bilan de compétences… »: un ami me communique cet extrait d’une demande de « bilan de compétence » formulée par un sénior auprès de sa DRH. Je vous en livre le contenu car j’en trouve l’esprit exemplaire en cette période de crise où tout le monde semble se replier sur soi – les individus comme les organisations, les uns et les autres ne cherchant d'ailleurs qu’à se « lâcher » réciproquement. Il paraît que la DRH a accédé à cette demande.
(…)
« A soixante et un ans, et si mes calculs sont exacts, il me reste, à peu de mois près, trois ans à travailler avant de pouvoir opter (ce n’est pas une obligation…) pour une retraite à taux plein.
Certains diraient « trois ans à tirer » !
Je n’ai pas du tout envie de m’inscrire dans cet esprit même si je peux en comprendre les raisons.
Aujourd’hui, j’ai un travail qui me plaît et qui ne présente qu’un inconvénient : je l’exerce depuis plus de quinze ans. Dès lors la question qui se pose est : vais-je continuer jusqu’au bout à faire ce que je fais, sans grand espoir d’évolution professionnelle et au risque de sombrer dans une routine confortable certes mais peu valorisante - ou ai-je encore les moyens de me donner un nouveau challenge qui dynamise et éclaire mes dernières années de vie professionnelle ?
L’expérience que j’ai désormais me conduit à penser que, si je crois être prêt à relever un ultime défi, je ne le ferai pas à n’importe quel prix.
A n’importe quel prix, cela signifie que je pense connaître mes points forts et mes points faibles et qu’à ce stade, je désire d’abord exploiter mes points forts, considérant qu’il est sans doute un peu tard, ou trop coûteux, pour corriger mes points faibles. Cela ne veut pas dire que je refuse de me former pour m’améliorer, mais que l’investissement que représente un changement doit rester proportionné au temps qu’il me reste.
Pour résoudre cette équation, il me paraît donc utile - autant que profitable pour l’entreprise – que je bénéficie d’un « bilan de compétence ». Cela peut me permettre, en toute sérénité, de faire le choix d’un « changement dans la continuité », ou celui d’un changement plus profond qui rende mes dernières années plus attractives, et plus enthousiastes (voire optimisées pour l’entreprise qui m’emploie). J’attends du bilan qu’il m’éclaire sur les compétences mais aussi les capacités que je pourrais mettre en œuvre pour un « baroud d’honneur » où tout le monde serait gagnant, l’entreprise et moi.
C’est pourquoi, etc. »
11:57 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise, sénior, retraite, développement personnel
02.02.2009
Naissance de "Transitions"
Mon ami Manfred Mack et moi venons de nous lancer dans une folle aventure: la création et la diffusion d'une nouvelle publication. Le premier numéro vient d'en être livré par l'imprimeur. Le nouveau-né s'appelle Transitions et, comme tous les parents, nous en sommes très fiers!
Transitions exprime, en premier lieu, une conviction : celle que notre monde est à une période cruciale de sa vie. Nous sommes sur cette frange de l’histoire où le désordre commence à sourdre de l’ordre que l’on croyait bien établi. Le réflexe peut être celui du déni et de la crispation. Nous pensons au contraire que ce désordre naissant rouvre des espaces qui peuvent libérer le cours de notre histoire. Nous y voyons – et nous aimerions y voir avec vous - une opportunité pour devenir – tous - des co-créateurs d’un monde meilleur et plus beau.
Transitions veut aussi démontrer par l'exemple cette autre de nos convictions - bien ancrée grâce aux travaux de Basarab Nicolescu - que, pour comprendre ce qui est en train de se produire, il nous faut sortir du cloisonnement des disciplines. Comprendre – com-prendre - c’est «prendre avec». C’est prendre plusieurs choses à la fois afin d’en élucider les relations. C’est prendre à plusieurs, parce que de différents esprits seulement peut émerger une représentation point trop appauvrie de ce qui nous interpelle. La physique quantique ne nous enseigne-t-elle pas que la matière peut se présenter comme onde ou comme particule selon l’outil que nous utilisons pour l’observer ?
Ceci nous amène à un point, pour nous, essentiel : penser ne nous place pas hors du monde. Tout au contraire, penser est s’engager. Dans son effort de maîtrise, le monde qui s’achève nous a en partie coupés de notre puissance de rupture et de création. Transitions se veut un lieu d’inspiration, une invitation à réintégrer l'audace dans nos façons de penser et d’agir. C’est pourquoi Transitions sera aussi très rapidement, pour ceux qui le souhaiteront, une occasion de se rencontrer.
Car Transitions résulte, pour ce qui nous concerne, d'un désir: celui de partager. L’aventure de la vie, un goût prononcé pour l’exploration et les rencontres improbables favorisé par les lieux d’observation et les réseaux que nos activités professionnelles nous procurent, tout cela a fait de nous des guetteurs éclectiques de ce qui émerge dans les interstices de ce qu’on appelle « la réalité ». Le produit de cette veille et nos envies d'expérimentations est ce nous avons envie de partager.
Ce premier numéro a pour thème "La conversation". Nous avons essayé d'aborder ce sujet depuis les conversations les plus intimes, celles qui naîssent au sein de nous-mêmes de nos conflits et de nos richesses intérieures, et jusqu'au registre collectif, où elles permettent de cristalliser une aventure commune. Nous avons invité à s'exprimer aussi bien la psychanalyse que la psychologie, les sciences cognitives que la biologie culturelle du Matritztic Institute, l'ethnologie que la pédagogie, la spiritualité, le développement.
Cela donne au sommaire - outre la prose des rédacteurs de la revue - des entretiens avec:
- Stanley Krippner, "Le dialogue intérieur",
- Djohar Si Ahmed, "La conversation, domaine de l'être",
- Christine Hardy, "Constellations de sens",
- Humberto Maturana et Ximena Davila, "Les mondes que nous créons naissent en réseaux de conversations",
- Alastair McIntosh, "La parole et la recherche de l'unité",
- Jean-Godefroy Bidima, "La palabre, éthique du lien social",
- Nick Wilding, "Conversations pour un monde nouveau",
- Béatrice Barras, "Conversations de chantier au Viel Audon",
- André Conraets, "Conversations pour apprendre",
- Lonny Gold, "L'attention".
Transitions est disponible auprès des auteurs. Si vous êtes intéressés, merci de m'écrire à: thygr@wanadoo.fr
10:30 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : nouvelle publication, transdisciplinarité, humanisme, économie, philosophie, sciences cognitives, management
25.11.2008
Conscience et comptabilité (2)
Le Dr Govindappa Venkataswamy (1918-2006), surnommé "Docteur V", s’était demandé comment faire bénéficier d’une opération les millions de pauvres de son pays atteints de la cataracte. Le coût de l'opération et le nombre des personnes concernées faisaient ressembler sa réflexion à une dérisoire utopie. En outre, "Docteur V" était atteint aux mains d’une arthrite rhumatoïde. A cause d'elle il avait dû renoncer à pratiquer l'obstétrique et c'est ainsi qu'il s'était orienté vers l'ophtalmologie. Donnez ces informations à n'importe quel bon élève de business school et il va vous dire que ce projet et son promoteur ne relèvent pas de la logique économique.
Cependant, le système créé par le Dr Govindappa Venkataswamy permet à des millions d'Indiens d'accéder à l'opération de la cataracte tout en étant viable sans intervention des finances publiques. Sa solution ? Elle combine efficacement la dimension technique et la dimension sociale. D'abord, afin de pouvoir opérer malgré son handicap physique, "Docteur V" avait analysé de très près les séquences de l'intervention et les gestes à accomplir, et il les avait optimisés. Puis, il s'était fait fabriquer des instruments chirurgicaux adaptés à ses mains et spécifiques à chacun de ces gestes. Grâce à ces instruments, il pouvait opérer jusqu’à cent cataractes par jour, abaissant ainsi considérablement le coût unitaire de l'opération.
Complément à l'innovation technique, une "règle du jeu". Les hôpitaux de "Docteur V" s'appuient sur la solidarité des patients les plus aisés avec les plus pauvres. 47% des deux-cent mille opérations annuelles sont ainsi gratuits et 18% facturés à un prix plus faible que le prix de revient. 35% des patients paient au tarif normal - déjà avantageux en raison des innovations techniques que l'on a évoquées. Cette tarification différenciée permet l'équilibre économique. Objet possible de scandale pour nous: aucun contrôle de revenu n’est effectué! Chaque année le modèle produit des bénéfices qui sont réinvestis dans de nouvelles structures.
Ainsi, c’est en conjuguant un double handicap – physique et social – et en faisant fi du perfectionnisme bureaucratique que "Docteur V" a atteint son objectif utopique. Je me plais à citer ici de nouveau le maire de Barjac: "Il y a des moments où il ne faut pas faire passer les comptables devant. Ce qu'il faut faire passer devant, c'est sa conscience". Comme le disait aussi mon plombier: c'est la section la plus étroite qui détermine le débit maximum du tuyau.
00:23 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : économie, innovation, développement personnel
06.11.2008
Pendant ce temps, il y en a qui agissent (2)
08:00 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, économie, ogm
03.11.2008
Pendant ce temps, il y en a qui agissent...
J’ai profité d’une semaine de vacances dans le Devon pour rencontrer un véritable acteur du changement de société*. Rob Hopkins est basé à Totnes, ville de 8000 habitants, première «Transition Town»** et aujourd’hui chef de file d’un nombre croissant de villes, de quartiers, d’îles, de communautés diverses qui, au Royaume-Uni et dans le monde, en découvrant ce qui s’y passait, lui ont emboîté le pas.
Pourtant, ce qu’on peut y observer n’a pour le moment rien de spectaculaire. Des gens de bonnes volontés se retrouvent, échangent, animent des réunions – à la fois avec enthousiasme et paisiblement. Le point de départ de ce processus : la conviction que l’ère du pétrole bon marché est révolue et que les conséquences, quand on les regarde de plus près, seront immenses. Que devient, en effet, la mondialisation avec une énergie de plus en plus coûteuse ? Que deviennent nos modes de production, nos façons de vivre et de consommer ? Oh ! bien sûr, on ne sent pas encore sur notre gorge le froid de la lame. Comme toutes les victimes d’une addiction, on espère que le sevrage n’est que pour demain, qu’on va pouvoir en profiter encore un peu. Et, à l’ultime instant, on fera même comme Marie Stuart qui, la tête sur le billot, mendiait: « Encore une petite minute, monsieur le bourreau… »
Outre le processus que j’évoquais, ouvert et sans violence, ce qui m’a frappé lors de mon entretien avec Rob Hopkins, c’est qu’il pose cette échéance énergétique non comme une sorte de punition, une épreuve à surmonter ou un régime draconien à subir, mais comme une heureuse opportunité offerte à nos aspirations. Une opportunité de remettre de l’harmonie entre notre espèce et l’écosystème dont elle dépend. Une opportunité de remettre aussi de l’harmonie entre les humains eux-mêmes que la généralisation d’un éthos de concurrence dresse les uns contre les autres. Une opportunité de reprendre possession de nous-mêmes dans un monde de racolage aussi permanent que futile. Au final, une opportunité de recréer du bonheur car, obsédés de consommations matérielles et de satisfactions narcissiques, nous nous sommes éloignés des sources de celui-ci.
C’est aussi la chance - rare à vrai dire dans le cours d’une vie – de participer à une grande aventure : celle de contribuer directement, là où l’on vit, à la construction d’une nouvelle civilisation. Le foisonnement d’initiatives engendré par les premiers pas de Rob Hopkins à Totnes montre l’aspiration du cœur humain à vivre autre chose que le monde que nous avons construit et qui maintenant nous échappe. Reste que, y compris à l’intérieur de nous, les représentations mentales ont la vie dure. Notamment celles qui ont fait de la mondialisation économique un étalon du progrès et qui affirment que « biggger and bigger is more and more beautiful ». Ne soyons pas surpris si les résistances se multiplient et se durcissent : aucun être, fût-il idéel, n’aime regarder sa mort en face. Mais pourquoi se soucier du terrain idéologique ? Nous sommes libres : agissons !
Si vous voulez en savoir plus : http://totnes.transitionnetwork.org/
PS : si la démarche vous intéresse, on peut imaginer d’en parler de vive voix. Faites-vous connaître et on organisera une soirée !
* Cf le livre des sociologues Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson : L’émergence des créatifs culturels, éditions Yves Michel.
** Littéralement : ville de transition.
14:22 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : société, écologie, économie, politique, développement personnel
18.04.2008
Interview d'un pionnier
Rémy, tu as une situation que beaucoup jugeraient enviable: cadre dans une des entreprises françaises parmi les plus renommées. Tu as cependant décidé de changer de vie. Quel est le cheminement qui t'a conduit à faire ce choix?
Après de nombreuses années de travail dans l'industrie, intégrant l'opportunité de s'ouvrir à l'extérieur, de faire "du réseau", la relation au travail évolue. Des rencontres stimulent, des interrogations naissent... Je ne peux pas dire que le travail que je fais aujourd'hui ne m'intéresse pas, au contraire. Il manque de quelque chose. Ce que je dis là tient à un tout et revient un peu à répondre à cette question : qu'est-ce qui fait que je m'épanouis dans mon univers ? Le tout dépend bien sûr du travail et de la qualité des relations professionnelles tissées, le sentiment d'évolution personnelle, l'habitat, les relations personnelles, le rapport au monde, la participation à mon échelle aux grands enjeux planétaires... En s'interrogeant sur ces aspects, alors oui, je peux dire qu'il manque quelque chose. Il manque un projet qui structure la vie, un projet de long terme, en rupture avec la vision "court-termiste" du monde dans lequel nous vivons, un projet dans lequel la créativité et la joie seraient partie prenante. Etant d'un naturel optimiste, face à ce constat, il me fallait proposer une initiative mobilisatrice qui puisse répondre à tout ou partie de ces questions. En faisant, ces dernières années, différentes rencontres avec des personnes, des organisations, des projets qui m'ont particulièrement inspiré, naturellement des idées sont apparues. Qu'il s'agisse de Team Academy, de Zeri, de The natural step... et bien sûr de la nature, de nombreuses personnes éclairées ont jalonné un parcours de quête de sens et ont permis d'imaginer le projet "Vous êtes ici". A plusieurs.
Un volet fondamental de ton projet est de créer un "territoire durable": pourquoi ?
Lorsqu'il s'agit d'être en phase avec les enjeux écologiques et sociaux de notre époque et de répondre de façon concrète à ces défis, on mesure le décalage entre les discours, les intentions de certains dirigeants politiques ou d'entreprises et les actes. Si, avec nombre de grands évènements parfois portés au plus haut niveau de représentation ou de décision (le rapport de Nicholas Stern, le film d'Al Gore, les enjeux électoraux, le Grenelle de l'environnement...) la prise de conscience de nos concitoyens en matière écologique et sociale s'est accrue, en revanche, les décisions et actions concrètes peinent à voir le jour. Il est pourtant urgent d'agir. Alors qu'est-ce qui nous en empêche ? Quand ces alertes nous mobilisent, les messages de la vie quotidienne (publicité, médias, conversations...) nous détournent de l'action en faisant à très large échelle la promotion de l'économie, de la finance, de la technologie, de la croissance... La nature est ainsi banalisée et petit à petit oubliée de nos actes quotidiens. C'est donc pour contrebalancer ces discours omniprésents que nous avons souhaité créer un projet visant à créer en équipe un territoire durable de référence à l'horizon 2020. C'est la vision que nous souhaitons partager avec les membres et les partenaires du projet.
Comment imagines-tu cette vie future ?
"Vous êtes ici" est un projet visant à créer un lieu de vie et d'activités économiquement viables, stimulées par le respect réel des enjeux écologiques, proposant des emplois et des relations humaines de qualité et porteurs de sens. Cette vie, je l'imagine joyeuse, dédiée à la conception et à la réalisation en équipe de ce projet. Vouloir entreprendre un tel projet seul ou au sein d'une famille est très honorable. Néanmoins, l'obstacle principal que j'y vois est celui de la motivation. A plusieurs, quand survient une baisse de moral, il y a toujours quelqu'un pour l'enrayer et proposer d'aller de l'avant. L'équipe, le groupe, c'est aussi le lieu de l'échange, de la participation. Mettre en place un tel projet signifie déterminer des règles ensemble : où commencent et où s'arrêtent les limites du groupe au profit de l'individu ? Comment les conflits seront-ils arbitrés ? Comment l'identité du groupe (ce que nous appelons les fondamentaux) évolueront-ils ?...
Quel processus mets-tu en place ?
"Vous êtes ici" consiste à se regrouper pour imaginer et construire ce territoire durable. Aujourd'hui, dans la phase de concertation, ni le lieu d'implantation ni les activités ne sont précisés. Nous avons déjà beaucoup d'idées, c'est évident. Mais nous souhaitons auparavant rassembler d'autres membres dans une équipe élargie pour s'approprier et enrichir le projet
avant de le concrétiser.
Que conseillerais-tu à ceux de nos lecteurs qui auraient envie d'en faire autant ?
Nous sommes au tout début du projet, là où tout semble possible. La réalisation d'un projet tel que celui-ci se fait dans la durée. Ce sont essentiellement la ténacité et l'enthousiasme qui nous guident. Croire en ce que l'on fait est indispensable. Communiquer et séduire le sont tout autant. Il me semble primordial de bien expliquer ce que l'on souhaite faire en toute transparence, de savoir dire ce que l'on attend des autres et d'être constant. Par ailleurs, nous souhaitons que ce territoire puisse séduire ses futurs membres, ses partenaires par ses activités et ses relations. Nous n'envisageons par un retour en arrière comme certains l'imaginent lorsqu'on parle d'écologie ; ni la création d'une communauté soixante-huitarde. Nous allons nous servir des outils et connaissances d'aujourd'hui pour créer un mini modèle de société compatible avec un monde qui a changé. Pour ce faire, développer une vision est une chose. La faire partager à d'autres au point qu'elle s'inscrive dans les fondamentaux du projet, qu'elle participe à l'élaboration de sa culture en est une autre. C'est essentiellement le temps qui voit le succès d'une innovation. Et bien sûr la capacité à gérer le changement. Si au départ, beaucoup de personnes ne voient pas le projet concrètement et n'y croient pas, lorsque celui-ci deviendra réalité, la perception évoluera. Et quand, après quelques années, à force de travail et de ténacité le projet sera reconnu, les sceptiques des premiers jours n'existeront plus.
Nous recherchons des co-créateurs motivés !
Pour participer au projet, donnez votre avis sur le site internet. Si vous voulez rejoindre l'équipe, si vous connaissez des personnes intéressées ou si vous souhaitez accueillir un territoire durable au sein de votre commune, de votre région... contactez-nous.
Pour tout savoir sur les enjeux, les détails du projet ou l'équipe, rendez-vous ici : http://www.vousetesici.com/
07:00 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, développement personnel, écologie, développement durable
04.12.2007
Voir autrement la Colombie
L'image de la Colombie est abominable. Pourtant, derrière le portrait permanent d'un pays livré à des factions violentes et qui aurait fait de la cour des miracles son mode de vie, il y a bien autre chose. Il y a un peuple chaleureux et créatif. Il y a une étonnante fécondité en termes d'innovations sociales et environnementales.
Ainsi de Farmaverde. Prenez un jeune homme issu de l’école d’ethnopharmacologie de Metz et qui a ensuite un peu roulé sa bosse auprès de diverses tribus amérindiennes, jetez-le dans l’un des pays réputé pour être l'un des plus dangereux de la planète, et vous avez Farmaverde !
Farmaverde, d’abord, c’est un berceau : Usme - un quartier de Bogota, en Colombie, 400 000 habitants parmi les plus pauvres. Essentiellement des personnes « déplacées », qui ont fui au cours du temps les exactions et les crimes commis par les différentes factions armées qui prospèrent là-bas. Ce faisant, ces familles ont quitté leur milieu naturel, perdu en tout ou en partie leurs modes d’organisation et, peu à peu, leur mémoire.
On est encore plus pauvre, vous l’avez peut-être remarqué, dès qu’on n’est plus chez soi. Le manque de tout s’est aggravé pour ces pauvres gens de la perte de leur relation au milieu naturel et des savoirs qui en résultaient. Au bout du compte, ils n’ont pas les moyens de se soigner avec les médicaments industriels et ils n’ont plus le secours de leur pharmacopée traditionnelle !
Farmaverde, c’est un rêve dont Yann-Olivier a fait une réalité : une ferme de plantes médicinales, un grand jardin plein de couleurs et de fragrances. Un conservatoire de variétés et de savoirs passés au crible de la science moderne.
C’est aussi un projet développé avec ce respect si rare qu’il ouvre aux gens du pays des espaces où ils peuvent devenir un peu plus auteurs de leur destin. Une coopérative de travailleurs dont Yann-Olivier, quoiqu’initiateur, est un des membres, une équipe qu’entoure un réseau de support local : médecins, agents de santé, etc.
C’est une expertise qui commence à être reconnue par les pouvoirs publics et les collectivités territoriales : des missions officielles de formation lui sont de plus en plus souvent confiées.
Et c’est, maintenant, le projet d’un laboratoire artisanal pour apporter ces substances naturelles, en quantité suffisante et sous une forme efficace et peu onéreuse, à ceux qui en ont besoin. C’est la recherche de partenaires au sein d’un nouveau modèle économique à inventer.
Vous avez envie d’en savoir plus ? Une fois n’est pas coutume : je vous invite ! Yann-Olivier sera de passage à Paris le mercredi 7 décembre. Sous l’égide de The Co-Evolution Project, une réunion avec dîner à la bonne franquette est prévue du côté du Père Lachaise à 19 : 30 (participation : environ 25 €). Ecrivez-moi rapidement si vous voulez avoir une place.
07:25 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : entrepreneur, humanitaire, développement, santé, commerce équitable

