08.12.2009

Hommage à Alfred Sauvy

C'est plus par résonance avec une autre tournure de pensée que par gavage organisé qu'on se met à développer son esprit. C'est pourquoi, les cours de philo, généralement réduits à l'acquisition de noms, de dates et de concepts désincarnés, sont désespérants. C'est pourquoi, selon moi, derrière le mot « philosophe »,  se cachent deux sortes très différentes d'esprit. Il y a les érudits, ceux qui peuvent citer Kant, Thomas d'Aquin ou Euphrasiate de Nébule dans le texte et à la virgule près - en nous donnant même en prime la page et l'année. Pour moi, ce sont des encyclopédies, des rayonnages d'informations - mais pas des philosophes. Puis il y a ceux, qui peuvent être tout aussi érudits - n'est-ce pas Eugénie ? - qui savent mettre les autres esprits en questionnement. Ceux-là sont pour moi les vrais philosophes. Ils nous sauvent de cette activité intellectuelle mécanique qui se fait passer pour de la pensée et qui n'est qu'une chaîne de montage industrielle.

Mais il y a aussi des esprits qui, sans faire profession de philosophie, manifestent une telle liberté de la pensée, une si rigoureuse recherche de la vérité, que les lire ou les entendre nous éveille. Et, là, je voudrais rendre hommage à Alfred Sauvy dont les articles puis les livres ont titillé ma jeune cervelle et l'ont sans doute encouragée à l'indiscipline. Je me souviens précisément de trois sujets qu'il abordait fréquemment, sans la moindre concession à l'esprit du temps.

Alfred Sauvy avait d'abord remarqué que, sous l'Occupation, hormis les faits de violence et malgré le rationnement, la santé des Français avait été meilleure qu'avant la guerre. Je me souviens qu'il expliquait cela par deux causes : d'une part, la frugalité obligée de l'alimentation, d'autre part la réalité du danger extérieur. Celle-ci chassait en quelque sorte les sécrétions dont l'âme en proie à elle-même s'empoisonne, tandis que celle-là allégeait les corps, le système digestif et le système cardiovasculaire.  C'est en écrivant une précédente chronique - Cauchemar - que m'est revenue en mémoire ma lointaine filiation intellectuelle avec Alfred Sauvy.

Autre sujet cher à notre Pyrénéen : les transports. Dans les années 60 déjà - alors que les Français étaient en pleine lune de miel avec la voiture individuelle - Alfred Sauvy ne craignait pas de démontrer que le transport routier de marchandises ou de personnes est destructeur de valeur. Non seulement, disait-il, il est plus coûteux en carburant à charges transportées comparables, mais encore il induit des coûts d'infrastructures bien supérieurs à ceux du rail, sans oublier l'occupation des sols et les accidents induits. Cinquante ans plus tard, Alfred Sauvy a toujours raison et, comme cela lui est arrivé maintes fois de son vivant, il n'a toujours pas été entendu. Nous en sommes même à construire des véhicules individuels de plus en plus lourds et à suggérer par la mise en scène publicitaire la complicité des 4x4 avec l'écologie.

Alfred Sauvy - on l'aura peut-être oublié - avait aussi calculé les incidences de l'alimentation carnée telle qu'elle s'était généralisée dans nos pays, sur l'utilisation des surfaces agricoles et le rendement de la terre. Il montrait déjà que les choix alimentaires des uns engendrent la faim des autres car, à valeur nutritionnelle équivalente, la production des protéines animales demande plusieurs fois la surface que requiert celle des protéines végétales. Là non plus, et quoique le constat ait été repris par d'autres, on ne peut estimer que l'avis de notre sage catalan ait été pris en compte. Tout au contraire, nous avons propagé notre mode de vie au reste du monde et la demande de viande y va croissant. La production d'aliments pour les animaux de boucherie est entrée en concurrence avec l'espace et les cultures vivrières des humains. La goinfrerie des uns fait la faim des autres, et cela malgré ce que nous dit la diététique.

Un homme qui pense juste, surtout à contre-courant des vents dominants, ne peut être qu'un philosophe. Je vous laisse avec cette citation de cet esprit libre que fut Alfred Sauvy: « Il y a un élément qui ne s'arrête pas, c'est le temps ». Le temps qui n'efface pas nos aveuglements, mais tout au contraire en accroît les conséquences.

Pour en savoir plus sur Alfred Sauvy : http://fr.wikipedia.org/wiki/Alfred_Sauvy

03.12.2009

Sylvie Simon: une indisciplinée emblématique

SylvieSimon.jpg http://www.youtube.com/watch?v=OdgEJaSylv8

09.08.2009

Penser, c’est résister

Cette affirmation est d’autant plus vraie quand on se trouve confronté non à des affirmations brutales qui pourraient susciter une révolte primale, mais à des discours lénifiants, mélange de séduction et de rationalisation. Devant quelques-unes de mes prises de position – assez radicales, je le reconnais bien volontiers – les réactions les plus fréquentes sont du genre : « Mais enfin, ils savent, ce sont des scientifiques, des professionnels, des dirigeants, etc.» Sous-entendu : qui es-tu pour te permettre de penser différemment de ces experts sur des sujets qui dépassent ta compétence ? Peut-être ai-je cette prétention parce qu’issu d’une double lignée vendéenne et gasconne à qui l’Histoire a appris qu’il vaut mieux se méfier de ceux qui prétendent bâtir le bien sur l’abdication des autres. Les légions de Thureau comme la soldatesque de Simon de Montfort ont eu des méthodes pédagogiques redoutables. Bien sûr, il s’agissait de sauver nos âmes ou à tout le moins de nous remettre dans le droit chemin. Mais, de fait, il s’agissait surtout de l’intérêt des justiciers eux-mêmes : médailles et récompenses, jouissance à persécuter, pillage des biens, appropriation des terres, consolidation du pouvoir.

 

Les méthodes, depuis lors, se sont sophistiquées. La stratégie n’est plus de nous contraindre par la brutalité - encore que les bonnes vieilles pratiques peuvent toujours ressurgir, ne serait-ce que pour l'exemple -  mais de transfuser des représentations qui engendreront les comportements qu’on veut nous voir adopter. Alors, on nous parle de nos besoins et de nos désirs. On nous explique comment le monde fonctionne et que ce n’est pas à la portée de tout le monde de le comprendre. On nous dit qui sont les bons, les méchants et les imbéciles. On s’efforce de nous persuader que l'intérêt des puissants et le nôtre ne font qu'un. Sans cesse on nous susurre l’histoire que nous devons nous raconter, comme jadis le curé nous lisait celle du petit Jésus, une histoire qui en passant lui donnait le pouvoir sur nos chétives personnes. L’opium des peuples a changé de nature et de dealers, mais il est encore plus redoutable.

 

Je me souviens d’avoir remarqué, lorsque je demandais mon chemin dans des contrées reculées, qu’il valait mieux observer les gestes de mon interlocuteur qu’écouter son discours. Parfois, la langue fourche et dit « à droite » quand la main montre « à gauche ». Or, c’est la main qui dit vrai. Alors, s’agissant de nos guides en tout genre - politique, économique, médical, etc. - ma compétence c’est de me faire sourd aux discours et de regarder les mains. Et vous savez ce qu’elles font le plus souvent, les mains ? Elles ouvrent le tiroir-caisse et y déposent le prix de notre pusillanimité.

 

Dans le droit fil de cette réflexion dominicale, je rajoute aujourd’hui à la liste des sites que je recommande le blog du Docteur Alain Joseph : http://docteurjo.canalblog.com/ . En cette veille de pandémie porcine, cela peut vous être utile. Au fait, aviez-vous remarqué que le cochon est la forme la plus fréquente de tirelire ?

02.08.2009

La pandémie de l'indécence

La caractéristique d'une crise obsessionnelle, c'est le rétrécissement du champ de conscience. L'univers se résume alors à l'objet de l'obsession. Grâce à quelques indisciplinés qui ont échappé au délire, voici (parmi d'autres possibles) une remise en perspective excellente: 

http://actu.orange.fr/articles/a-la-une/Grippe-A-le-syste...

 

25.07.2009

Alain Refalo

Je sais qu'en tant que simple parent d'élèves après avoir été élève moi-même, on me déniera la compétence à juger les décisions ministérielles concernant les programmes et l'organisation scolaires. Je n'en ai pas moins mes idées sur la question. Je les garderai cependant pour moi dans l'immédiat, car ce que je veux souligner là, c'est le courage et la cohérence d'un homme qui - je ne juge pas le fond - se dresse contre le système, déclare clairement sa désobéissance et assume les risques qui en résulte. Le cas est trop rare dans nos sociétés de grogne mais de servilité pour ne pas être mis à l'honneur: 

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/societe/2009072...

 

24.07.2009

Crise et diligence

J'apprécie beaucoup les analyses d'Hubert Landier tant sur la forme que sur le fond. En voici une qui mérite d'être méditée: http://www.management-social.com/novlethublan/090723028.pdf

18.07.2009

Résilience

Dans une récente chronique j’ai utilisé le terme de « résilience ». Le mot est aujourd’hui en ébullition dans une partie du monde – chez les anglo-saxons particulièrement. Dans la littérature francophone, on le trouve surtout sous la plume de Boris Cyrulnik où il désigne la capacité d’une personne à recouvrer la santé psychique et à se remettre en marche après une épreuve qui aurait pu être destructrice. Il paraît que le concept existe aussi dans l’astrologie chinoise où certains calculs permettent d’évaluer l’énergie vitale d’une personne face aux maladies.

 

Dans notre pays d’intellectuels, j’ai vu récemment le mot rejeté avec dédain : inutile, détourné, pompeux ! Or, contrairement à ce que s’entêtent à soutenir quelques ingénieurs, il n’est pas un emprunt éhonté et maladroit à la physique des matériaux.  Celle-ci l’a repris à son usage mais il vient de bien plus loin qu’elle. Il n’est pas davantage le franglais que dénoncent les anglophobes. Il a la même racine que résilier – et ceci peut amener des réflexions intéressantes. Au vrai, il vient – évidemment – du latin où il désigne l’acte de rebondir. Il apparaît dans notre langue autour du XVIIème siècle. Ce n’est pas tout-à-fait un néologisme.

 

Le mot fait donc en ce moment florès chez nos voisins où l’on prend très au sérieux la puissance destructrice des crises écologique, énergétique et financière. Il s’agit en l’occurrence de la résilience des populations et de l’économie aux épreuves à venir, dont nous n’avons jusqu’à présent que l’avant-goût quoi qu'on nous dise. Dans des quartiers, des bourgs, des villages, on se réunit, on s’informe, on imagine. Surtout, on "bricole". On expérimente d’autres façons d'être heureux, des manières de satisfaire les besoins fondamentaux de tous qui soient plus "écologiques" et qui seront plus viables quand les circuits de distribution et d’approvisionnement dysfonctionneront. C'est plus qu'une stratégie défensive, c'est la construction d'une nouvelle civilisation.

 

Un bel exemple est celui de Rob Hopkins qui développe une démarche de résilience dans sa ville de Totnes, 8000 habitants, aux marches du Devon au Royaume-Uni. Ceux qui ont eu la bonne idée de s’abonner à Transitions auront trouvé dans notre deuxième livraison une interview de ce jeune économiste, pionnier de ce qu’il appelle « la transition ». Personnellement, je trouve qu’il a pris la question par le bon bout. Sans attendre une illumination tardive de nos politiques, que pouvons-nous faire, nous, hic et nunc, au lieu de geindre et râler ? Et il apparaît que nous pouvons faire beaucoup, particulièrement si nous savons refaire société là où nous vivons. Cf. http://totnes.transitionnetwork.org/ .

 

Les apôtres de la mondialisation et les vassaux de la bourse, grands fouleurs de moquette épaisse, ne manqueront pas de ricaner. Agitation d'esclaves ou de fourmis! Une avancée théorique vient cependant au secours de ces tâtonnements. Robert Ulanowicz, chercheur à l’université de Maryland, a passé une partie de sa vie à modéliser au plus juste l’évolution des systèmes complexes. Il a fait une démonstration de taille : la performance et la résilience sont deux choses différentes. Autrement dit, contrairement à nos croyances économiques les plus ancrées, être performant ne confère pas automatiquement la pérennité. Bien au contraire. Là aussi – j’en remets une couche – les lecteurs de Transitions sont gâtés : nous sommes les premiers à faire état des travaux de Robert Ulanowicz dans une revue francophone.

 

A leur insu – du moins je l’imagine - Rob Hopkins et Boris Cyrulnik se rejoignent. Ce dernier dit que la résilience psychique a sa source dans l’histoire qu’on se raconte. Selon lui, ce n’est pas tant ce qui nous arrive qui compte que le récit intérieur que nous allons en faire. Rob Hopkins, quant à lui, constate qu’il nous manque une histoire collective à nous raconter. Nous sommes pris, dit-il, entre  deux contes aussi insatisfaisants l’un que l’autre. D’un côté, c’est : « Circulez, il n’y a rien à voir, tout va rentrer dans l’ordre ». De l’autre, c’est le scénario de Croque-mitaines, de Mad Max, bref l’apocalypse. Dans les deux cas, on nous réserve le rôle de l’impuissance. Est-ce celui que nous voulons ?

11.07.2009

La boîte à anomalies de Paul Jorion*

Dans ma petite boîte à anomalies

Publié par Paul Jorion dans Economie, Monde financier

Ce texte est un « article presslib’ » (**)

Je vous ai déjà fait part de mon intérêt pour l’anomalie et même si je n’en avais pas parlé, vous l’auriez deviné.

Je conserve ainsi sur mon bureau une petite boîte à anomalies. Pour le moment elle en contient trois.

La première, c’est le parlementaire américain Alan Grayson, qui demande le 5 mai à Mme Elizabeth Coleman, Inspecteur Général de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, qui a reçu la somme dépassant le trillion de dollars (en français : billion) ajouté au bilan de la Fed depuis septembre 2008 ? Et la dame lui répond qu’elle ne sait pas et que son service n’a pas examiné cet aspect particulier de la question.

La deuxième anomalie dans ma petite boîte, c’est Mr. Joseph Facciponti, Assistant du Procureur Général américain qui déclare au tribunal le 4 juillet (fête nationale US) à propos de l’arrestation de Sergey Aleynikov, le voleur de programme de trading, que « La banque (Goldman Sachs) a mentionné la possibilité qu’il existe un danger que quelqu’un qui sache utiliser ce programme puisse l’utiliser pour manipuler les marchés de manière malhonnête », suggérant que son emploi habituel consiste à manipuler les marchés honnêtement.

La troisième anomalie nous vient de Larry Levin, un trader vedette sur les marchés à terme américains (on le voit souvent sur CNBC), à propos de la séance d’hier 8 juillet. Dans sa « Nightly Newsletter & Trading Signals », qu’il envoie à qui cela intéresse, il rapporte que la cote du contrat à terme, future, S&P500, un indice boursier, s’était effritée en séance, tombant progressivement de 888 à 875, quand quelque chose se passa soudain … Je lui laisse la plume : « … cela devint fou. Paul passa un ordre de 400 contrats [soit un notionnel de 100 millions de dollars], et un autre, et un autre… et encore un autre. Le dernier ordre ne trouva pas preneur. Qu’est-ce qui s’était passé ? Les courtiers à la corbeille avaient leur version des faits : quelle que soit l’identité de cet acheteur, rien ne l’arrêterait […] … quelqu’un était prêt à acheter pour près de 500 millions de dollars de contrats S&P à terme ». Qu’est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que quelqu’un quelque part a à sa disposition des sommes colossales destinées à lancer sur les marchés boursiers des signes d’optimisme forcé.

Ah ! Je vois la question qui vous démange : « Et s’il s’agissait avec ces trois anomalies d’un mystère semblable à celui de la Sainte-Trinité ? »

Question intéressante mais dont je vous laisse l’entière responsabilité. C’est après tout vous qui la posez !

(*) Paul Jorion est un des rares experts à avoir annoncé la "crise".

(**) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

07.07.2009

Tom Sawyer

« Tom Sawyer,

C’est l’Amérique,

Le symbole de la liberté! »

 

Vous avez peut-être encore, comme moi, cette ritournelle dans la tête...

 

Je ne sais pas ce que l’écolier buissonnier de Marck Twain aurait pensé de cette déclaration de Craig Barrett, ancien président d’Intel, selon qui on ne devrait pas donner le permis de conduire  aux jeunes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires : « Pas de bac ? Pas de permis ! Il serait irresponsable de confier une voiture à un illettré. » Il l’aurait dit de la détention d’armes que j’aurais mieux compris – encore que les serial killers ne se recrutent pas exclusivement chez les illettrés. Mais, en l’occurrence, je vois surtout dans cette exclamation une expression d’élitisme intellectuel et une erreur de jugement : la qualité de la conduite d’un véhicule a peu à voir avec les processus mentaux qui permettent de passer avec succès un examen scolaire. Tout au plus, cela permettrait de renvoyer dans les limbes ceux qui arrivent dans la société avec un handicap culturel ou linguistique. Dès lors, combien de bons conducteurs, si on devait leur faire passer le bac, se verraient-ils interdits de conduite - et, subsidiairement, perdraient leur emploi ? Non, tout bien réfléchi, cette tonitruante déclaration ne m’ébahit pas d’admiration. Elle confirme juste que pour avoir montré une grande intelligence dans un domaine on n'est pas à l'abri de dire de ronflantes stupidités dans un autre.

 

En revanche, je suis persuadé que Tom Sawyer apprécierait les manifestations de la résilience qui se développe en ce moment dans l’Amérique profonde. Confrontés à la crise, ignorants de la vulgate économiste qui nous corsète, quantités de bourgs et de villes se mettent à imprimer leur propre monnaie. En toute simplicité. Mourir au nom des grands principes, ce n’est pas leur affaire. Je vous invite à lire l’article que vient de me faire suivre Jean-Marc Levy Dreyfus qui connaît bien la question des monnaies complémentaires : http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-07-02/le-syst...

 

J’en profite pour vous inviter à vous procurer le n° 2 de Transitions où plusieurs interviewes et principalement celle de Bernard Lietaer abordent le sujet des monnaies complémentaires. Le n° vous sera envoyé franco de port et d’emballage contre un chèque de 15 € à l’ordre de l’ Association Transitions - 26, rue George-Sand  75016 - Paris

 

04.07.2009

Pour panser global, manger local

En termes économiques, le problème fondamental de notre époque est celui des « externalités », c’est-à-dire de ce qui n’est pas pris en compte par nos calculs de coût mais qui obère considérablement la viabilité de nos sociétés.  Un exemple...

 

« La Californie a établi sur ses principales rivières 1200 retenues d’eau afin de devenir le cinquième producteur agricole mondial. Du fait du pompage, quelques cours d’eau californiens arrivent quasiment asséchés à leur embouchure – 85% de l’eau, dans l’Etat, est à destination agricole. Cette agression  écologique d’envergure me permet [à Vancouver] d’acheter de la laitue de Californie tout au long de l’année. Je n’ai pas à payer les barrages, les espaces sauvages noyés par les retenues ou convertis en exploitations. Je n’ai pas à payer pour toutes les espèces végétales ou animales décimées par ces aménagements. Pas davantage ne suis-je concernée par le coût d’assainissement de l’eau que souillent les pesticides et les herbicides utilisés par l’agriculture industrielle. Ou par le coût qu’engendre la pollution de l’eau pour le système de santé. Ou par l’émission de gaz à effet de serre résultant de la fabrication d’engrais à base de nitrate qui, en outre, ont peut-être traversé la moitié du monde pour venir jusqu’ici. Ou par la consommation d’énergie fossile, cinq fois plus importante au kilomètre que celle d’un camion si le produit est transporté dans un jumbo jet réfrigéré, comme c’est de plus en plus souvent le cas. Et on peut continuer... Quand la salade arrive dans votre assiette, dans les coulisses c'est la désolation  – ce que les économistes qui calculent les « externalités » appellent maintenant le « vrai coût » d’un produit. Cependant, sur les étals de votre supermarché et en dehors du monde de la théorie, la laitue reste bon marché. »

 

Extrait de The 100-mile diet (« Le régime des 160 km »), d’Alisa Smith et J.B. MacKinnon (Vintage, 2007, Canada). Les auteurs y racontent comment, ayant pris conscience du caractère destructeur du système, ils se sont mis au défi de ne consommer que des aliments produits dans un rayon de 100 miles (160 km) de leur habitation. Ils expliquent les difficultés qu’ils ont rencontrées, bien que vivant dans une région naturellement fertile, alors que les ingrédients d’un repas moyen aujourd’hui parcourent tout confondu environ 2500 miles.

 

Cf. http://www.leopold.iastate.edu/ et http://100milediet.org/

 

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