<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> <?xml-stylesheet type="text/xsl" href="/rss20.xsl" media="screen"?> <rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" version="2.0"> <channel> <title>Indiscipline intellectuelle - prospective</title> <description>Thierry Groussin</description> <link>http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/prospective/</link> <lastBuildDate>Thu, 22 May 2008 21:51:20 +0200</lastBuildDate> <generator>blogSpirit.com</generator> <copyright>All Rights Reserved</copyright>  <item> <guid isPermaLink="true">http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2008/01/12/du-roman-en-prospective.html</guid> <title>Du roman comme prospective</title> <link>http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2008/01/12/du-roman-en-prospective.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Thierry)</author>   <category>Prospective</category>   <pubDate>Sat, 12 Jan 2008 11:05:00 +0100</pubDate> <description> Au cours de ces dernières années, j’ai trouvé sous la plume des romanciers bien des textes singulièrement éclairants sur l’évolution possible de notre monde. Plus éclairants même, j’ose le dire, que ceux issus des laboratoires de prospective. Jean-Michel Truong, par exemple, n’a pas son pareil pour mettre en évidence les chemins sur lesquels notre façon de nous représenter le monde – avec ses paradigmes sous-jacents - nous emmène. Même si ce n’est pas le propos essentiel du récit, &lt;em&gt;Le Successeur de pierre&lt;/em&gt; rejoint ainsi en la scénarisant la thèse d’un économiste comme Jacques Généreux* : l’individualisme extrême engendré par le dogme libéral et qui fait que les solidarités se dissolvent et que chacun d’entre nous devient une entreprise en concurrence permanente au sein d’un marché d’une impitoyable perfection. Dans &lt;em&gt;Eternity Express&lt;/em&gt;, la même démarche jette une lumière crue sur un sujet bien actuel: on y voit appliqués dans leur banale rationalité les grands principes actuels de management – notamment celui de la délocalisation – afin d’améliorer le sort d’un troisième âge occidental à la fois pléthorique et de moins en moins argenté. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Bien des choses dans ce genre de littérature peuvent nous sembler outrancières. D’où la tentation de ne pas le prendre au sérieux. C’est oublier que la principale difficulté de la prospective est de penser l’extraordinaire. Autrement dit, d’accepter que l’outrance fait partie de l’Histoire. Même dans la recherche des ruptures, qui est la quête du Graal des prospectivistes, la rationalité maintient un insidieux empire. Elle s’oppose notamment à ce qu’on envisage la possibilité que les hommes accomplissent ou induisent des choses déraisonnablement monstrueuses. A-t-on eu le soupçon, lors de l’inauguration de l’Exposition universelle de 1889 – celle de la Tour Eiffel - que la barbarie de la Première Guerre mondiale attendait les enfants qui naissaient en ces années-là ? Ne nous a-t-il pas fallu, quelques décennies plus tard, le retour des survivants afin que nous admettions la réalité des camps de concentration ? L’Histoire s’est-elle montrée « réaliste » ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
La supériorité d’un romancier par rapport à un prospectiviste professionnel, c’est qu’il ne se sent pas tenu d’être « réaliste ». Il n’est pas astreint à l’obligation de réserve – en général issue de la pensée unique de l’époque ou d’un milieu. Il ne connaît pas non plus le déni qui fait détourner les yeux de l’horreur possible. Il peut se permettre d’aller jusqu’au bout de la logique qui se dégage du creuset où les ingrédients de son récit se combinent. Il se lâche. Du coup, il peut accéder à des hypothèses exorbitantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
 En 1898, un écrivain américain, Morgan Robertson, décrit avec une grande exactitude le naufrage du Titanic. Or celui-ci n’aura lieu qu’en 1912, quatorze ans plus tard. Au-delà de l’explication par la précognition, des études ont montré un possible « effet de contexte » : le tonnage du navire, sa structure, l’éthos qu’il symbolisait, les voies de navigation, tout cela le romancier a pu le puiser dans l’air du temps. Reste que Robertson a eu le génie d’assembler tous ces éléments et le culot d’aller jusqu’au naufrage, alors que le commandant du Titanic ne s’est rendu à l’évidence qu’après avoir percuté l’iceberg.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Alors, maintenant, quand je lis un livre comme &lt;em&gt;Les chemins de Damas&lt;/em&gt;, de Pierre Bordage, je ne me hâte pas d’en rire…&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* La dissociété, Le Seuil. </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2007/12/29/l-etoile-de-mer-et-l-araignee.html</guid> <title>L'étoile de mer et l'araignée</title> <link>http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2007/12/29/l-etoile-de-mer-et-l-araignee.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Thierry)</author>   <category>Prospective</category>   <pubDate>Sat, 29 Dec 2007 08:33:17 +0100</pubDate> <description> Dans &lt;em&gt;The starfish and the spider&lt;/em&gt;, Ori Brafman et Rod A. Beckstrom racontent l’anecdote suivante. En 1995, Dave Garrison, directeur général de Netcom, un des premiers fournisseurs de services sur Internet, rencontre à Paris, dans un hôtel feutré d’au moins cinq étoiles, une trentaine de banquiers et d’investisseurs potentiels. Il explique le fonctionnement de l’Internet, la révolution qui est déjà en marche… Un des participants l’interrompt. Tout cela est bien beau, mais « qui est le président de l’Internet ? » Dave Garrison se dit qu’il n’a pas été clair et reprend sa présentation, explique qu’il s’agit d’un protocole librement choisi, que c’est un réseau de réseaux, qu’il n’y a pas de chef... Nouvelle interruption, d’un autre participant, sur un ton cette fois quelque peu agacé : « Je crois que vous n’avez pas compris notre question - ou que la traduction ne l’a pas retenue. &lt;em&gt;Qui est le président d’Internet ?&lt;/em&gt; »&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
1995, c’est à la fois très proche et, à l’aune d’Internet, très lointain. Rarement, une telle révolution des esprits aura été aussi rapide. Tout ce qui nous paraît aujourd’hui habituel, banal même, s’est imposé, souvenons-nous en, au milieu du scepticisme et des dénégations les plus assurées. Le jour où, grâce à Meyer Ifrah, j’ai eu ma première adresse électronique, on m’a regardé comme une bête curieuse. Au mieux, c’était un gadget innocent. Au pire, c'était dangereux! Rappelez-vous aussi de l’entrée du commerce électronique dans notre vie quotidienne : ça ne marchera jamais ! Or, en une douzaine d’années, non seulement on a vu se multiplier les sociétés, les applications et les services, mais on a surtout assisté au renversement des croyances les plus établies et, parfois, les plus arrogantes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
L’arrogance : la voilà bien la grande coupable ! Douter est normal et même souhaitable. Ce n’est que prudence. Le doute, le vrai, celui de Descartes, n’est pas un rejet, c’est l’opération de base d’une intelligence qui se construit. Mais l’arrogance est négation pure. Elle ferme la porte. Et l'Histoire, toujours, se venge.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Mais le propos du livre &lt;em&gt;The starfish and the spider&lt;/em&gt;, est ailleurs. Pour ses auteurs, la révolution en cours est l’émergence - selon eux irrésistible - d’organisations non centralisées. Vous y croyez-vous, chef ? </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2007/11/20/predateurs-d-avenir1.html</guid> <title>Prédateurs d’avenir</title> <link>http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/2007/11/20/predateurs-d-avenir1.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Thierry)</author>   <category>Prospective</category>   <pubDate>Wed, 21 Nov 2007 07:30:00 +0100</pubDate> <description> Le journal &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; daté du 17 novembre rend compte des travaux de l’ONU sur l’avenir de la planète, travaux qui se concluent par le constat d’une opposition entre le « marché roi » et l’écologie.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
GEO 4 – tel est le nom du rapport que le PNUD vient de publier – a mobilisé 1400 scientifiques et experts. Cinq domaines y font l’objet d’une projection à l’horizon 2050 : le changement climatique, l’énergie, l’eau, l’égalité et la biodiversité. Quatre scénarios y sont évalués : « marché d’abord », « sécurité d’abord », « politique d’abord », « écologie d’abord ».&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Laisser au marché la haute main sur les affaires de la planète se révèle, dans tous les domaines, le pire des choix. Comment s’en étonner ? Le marché fonctionne dans un éternel présent, en vertu du principe selon lequel «la preuve du pudding, c’est quand on le mange ». Il ajuste – ou tente d’ajuster – ce qui a un poids au sein de l’économie matérielle*, mais ne peut intégrer ce qui, pour lui, n’existe pas. Le consommateur de 2050 ne constituant pas un marché et pas davantage les plantes et les animaux qui disparaissent chaque jour, leurs intérêts ne sont pas pris en compte. Les générations à venir – qui sont les grandes muettes de cette idéologie - sont ainsi des générations sacrifiées.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Grâce à la talentueuse Isabelle Raugel (voir &lt;em&gt;Sites et blogs recommandés&lt;/em&gt;), j’ai eu le privilège d'inviter en conférence privée le prospectiviste américain Howard Rheingold**. Il rappelait qu’en Angleterre, il y a quelques siècles, les propriétaires de bétail s'étaient laissé aller à mener aux pâturages communaux des troupeaux de plus en plus importants. A telle enseigne que, bientôt, ces bêtes en trop grand nombre transformèrent le sol en un bourbier où, plus rien ne pouvant pousser, elles ne pouvaient plus se nourrir. Cet épisode de l’Histoire a été théorisé sous l’appellation de « tragédie des biens communs »***. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Cette tragédie, il se pourrait que la mondialisation marchande nous la fasse vivre bientôt à l’échelle de la planète. Mais, cette fois-ci, les seuls appétits humains ne seront pas en cause. Un dogme vient leur apporter sa caution: celui du marché. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Est-il possible qu'une fois encore dans notre histoire des croyances nous cachent la réalité ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
* J'utilise ici ce terme dans l'acception que lui donne mon ancien condisciple Maurice Obadia dans son livre &lt;em&gt;Pour une économie de l'humain&lt;/em&gt;: tout ce que l'argent permet de produire et de transmettre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
** Auteur notamment de &lt;em&gt;Smart Mobs&lt;/em&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
*** Cf Garret Hardin: &lt;em&gt;Tragedy of the Commons&lt;/em&gt;. </description>  </item>  </channel> </rss> 