16.11.2009
Une jolie histoire (pour changer)
Un saint homme tenait un jour une conversation avec Dieu.
Il lui dit: "Seigneur, j'aimerais savoir comment est le paradis et comment est l'enfer".
Dieu conduisit le saint homme vers deux portes.
Il ouvrit l'une d'entre elles et permit au saint homme de regarder à l'intérieur. Au milieu de la pièce, il y avait une immense table ronde et, au milieu de la table, il y avait une grosse marmite contenant un ragoût à l'arôme délicieux. Le saint homme saliva d'envie. Les personnes assises autour de la table étaient maigres et livides. Elles avaient, toutes, l'air affamé. Elles tenaient des cuillères aux très longs manches attachées à leur bras. Toutes pouvaient atteindre le plat de ragoût et remplir une cuillerée, mais comme le manche de la cuillère était plus long que leur bras, elles ne pouvaient ramener la cuillère à leur bouche.
Le saint homme frissonna à la vue de leur misère et de leur souffrance.
Dieu lui dit: "Tu viens de voir l'enfer".
Tous deux se dirigèrent vers la seconde porte. Dieu l'ouvrit et la scène que vit le saint homme était identique à la précédente. Il y avait la grande table ronde et la marmite de délicieux ragoût qui fit de nouveau saliver le saint homme. Les personnes autour de la table étaient également équipées de cuillères aux longs manches. Mais, cette fois, les gens étaient bien nourris, replets, souriants, et se parlaient en riant.
Le saint homme dit à Dieu: "Je ne comprends pas!"
"Eh! bien, c'est simple, lui répondit Dieu. C'est juste une question d'habileté. Ils ont appris à se nourrir les uns les autres, tandis que les gloutons et les égoïstes ne pensent qu'à eux-mêmes."
L'enfer, c'est souvent nous qui le faisons.
[Merci à Jean-Marie pour cette histoire]
12:06 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : morale, fraternité, paradis
27.10.2009
A quelque chose malheur est bon !
Les pêcheurs artisanaux du Kenya se réjouissent : sur certains lieux de pêche, la valeur quotidienne de leurs prises est passée de 5 à 200 livres sterling. La raison ? Il s’agit de zones hantées par les pirates somaliens qui ont fait fuir les usines flottantes venues de Chine et du Japon...
http://www.channel4.com/news/articles/world/africa/the+ap...
11:59 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pêche, pirates, mondialisation, écologie
11.09.2009
Mort du GRIT de Jacques Robin
La mort d’une organisation est parfois aussi triste que celle d’une personne. En l’occurrence, il s’agit du Groupe de Recherche Inter- et Transdisciplinaire qui était l’émanation et le reflet d’un homme hors du commun: le Dr Jacques Robin. Assez peu connu du grand public, Jacques Robin était pourtant une figure de la vie intellectuelle de notre pays. Avant le GRIT, il avait fondé le fameux « Groupe des Dix » - un cénacle qui réunissait Henri Atlan, Jacques Attali, Robert Buron, Joël de Rosnay, Henri Laborit, André Leroi-Gourhan, Edgar Morin, René Passet, Michel Rocard et Michel Serres - et peu de temps avant de nous quitter, il a publié, en collaboration avec Laurence Baranski, L’urgence de la métamorphose (Des Idées et des Hommes, Paris, 2007).
C’est ma psychothérapeute toulousaine, Marie-Jo Dursent Bini, qui, dans les années 80, m’avait recommandé la lecture de Changement d’Ere, livre que j’ai dévoré et qui m’a permis de me sentir moins seul avec les idées qui me traversaient la tête. Lorsque j’ai quitté Toulouse pour la capitale, elle m’a donné les coordonnées de Transversales, ce qui m’a permis de rencontrer Jacques Robin. S’il y a de grands esprits que je n’ai pu remercier de ce que je leur dois, j’ai eu le bonheur, dans le cadre de The Co-Evolution Project, d’organiser une de ses dernières interventions publiques : http://pagesperso-orange.fr/co-evolution/Soir%E9e%20du%20...
On pourrait penser que, n’étant pas dépendante de la brièveté de la vie humaine, une structure a toutes les chances de survivre à son fondateur. Arie de Geuss, dans La pérennité des entreprises, révèle qu’étrangement il n’en est rien. L’histoire des entreprises montre que très rares sont celles qui deviennent centenaires. Le GRIT, quant à lui, n’aura survécu que deux ans à son fondateur. Si le grain ne meurt, il ne peut porter fruit... Je souhaite qu’il en soit de même pour ce que nous avait légué Jacques Robin.
PS : plutôt que d’essayer de résumer ce qu’on pouvait trouver auprès de Jacques Robin et du GRIT, je vous invite à visiter le site de Transversales Sciences et Culture, qui ne sera plus actualisé mais reste ouvert : http://grit-transversales.org/
10:48 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : prospective, société, écologie, économie, complexité
25.08.2009
Le progrès, ce serait quoi ?
D’instinct, je répondrais : la diminution de la souffrance subie mais aussi infligée.
La civilisation industrielle a fleuri et continue de fleurir parce qu’elle a apporté dans ce sens une contribution indéniable. La machine a remplacé nos muscles et même une partie de nos cerveaux. Elle a libéré du temps humain tout en multipliant les objets qui nous rendent la vie plus facile, plus agréable. C’est ce qu’on appelle l’augmentation du niveau de vie. Parallèlement, les échanges matériels n’ont jamais couvert d’aussi vastes espaces. Nous mangeons de l’ail d’Argentine, utilisons des téléphones asiatiques, buvons des vins d’Australie. Dans le domaine médical, notre pouvoir de soigner et éventuellement de guérir s’est considérablement accru. En ce qui concerne les télécommunications, l’interconnexion entre les êtres humains est maintenant de l’ordre de l’instantanéité et de l’ubicuité, quelle que soit la distance. A preuve ce modeste blog qui est lu aussi bien à Saint-Barth d’Agenais qu’à Pékin ou en Pennsylvanie – n’est-ce pas Jean-Marie, Xuemei et Janice ?
Le problème, c’est que cette civilisation industrielle qui, pour nous, a fini par se confondre avec le progrès, est devenue semblable au légendaire Catoblépas : elle se dévore elle-même. Pour que tous les habitants de la Terre puissent jouir du niveau de vie moyen des Américains du nord, il faudrait - en termes de ressources et de capacité d’absorption des déchets - environ six planètes. Sauf à nier cette réalité à l’instar d’un ivrogne qui s’entête à vanter les vertus de l’alcool, on voit bien que ce n’est pas viable. La pollution que dégagent nos activités et les mauvais comportements encouragés par la « société de consommation » ont amorcé un recul de la qualité de la vie. La mondialisation des échanges matériels ne durera que ce que durera le pétrole bon marché, c’est-à-dire plus très longtemps. Les NTIC nous promettent une « nouvelle économie » : pour autant, les « métaux rares » que nécessitent nos téléphones portables, nos ordinateurs et nos écrans sont de plus en plus rares – et convoités. Enfin, pour terminer une liste qui pourrait être plus longue, la recherche médicale fait toujours plus de la même chose – plus de substances chimiques, plus de vaccins – au détriment d’autres approches et, vraisemblablement, de la compréhension et du renforcement des équilibres naturels de la santé.
Cela dit, compte tenu de ce qui précède et aussi des factures qui s’accumulent – énergétiques, économiques, démographiques et sociales – nous serons amenés nolens volens et plus vite que nous ne le souhaitons à reconsidérer nos façons de vivre. Est-ce à dire que l’humanité va retomber dans des ténèbres dont elle avait réussi à sortir ? Boris Cyrulnik, dans Les vilains petits canards, et aussi les praticiens de la « narrative » – n’est-ce pas Dina* ? – disent que, plus ce que ce qui nous arrive, ce qui compte c’est ce que nous nous racontons à propos de ce qui nous arrive. Or que nous racontons-nous aujourd’hui ? Quelle est le récit qui porte notre génération ? Rob Hopkins, le promoteur des « villes de la Transition », dit** qu’il nous manque une histoire collective pour donner du sens aux temps qui viennent. C’est comme si – je le cite - nous n’avions que deux scénarios : l’un qui est faux, celui du « Circulez, il n’y a rien à voir, tout va continuer comme avant », l’autre, désespérant, celui d’un futur digne de Mad Max.
L’histoire que je suis tenté de me raconter, c’est que l’humanité avance en tâtonnant, au risque de trébucher et, si elle côtoie l’abîme, d’y tomber. Je dirais que nous avons suivi une route, peut-être la plus évidente, en ce qui concerne l’amélioration de la condition humaine. Parce que ce qui nous était le plus douloureux et nous a donc marqués, c’étaient les pénuries matérielles. Mais, au point où nous en sommes, cette route nous ramène maintenant vers des pénuries encore plus dramatiques. Heureusement, même si nous ne les voyons pas facilement, il reste d’autres voies à explorer. En définitive, notre civilisation – si on peut l’appeler ainsi – n’est pas sans relation avec les dérives qu’analysait Paul Diel au niveau des personnes, elle en est sans doute même rien de moins que le reflet. Pour ce psychologue, l’élan de base de l’humain est un élan de réalisation de soi. Mais les jouissances matérielles et narcissiques qui tirent leur pouvoir de nos blessures profondes, en gauchissant cet élan, en le détournant, nous égarent. Elles nous font perdre de vue ce qu’il appelait notre « motivation essentielle ». Peut-être cette motivation essentielle est-elle le lieu d’équilibre où nous pouvons recréer un monde qui soit en harmonie avec l'humain et avec les contraintes d’une planète finie ? Et si c'était cela le progrès ?
* http://www.dinascherrer.com/
* * Dans Transitions n° 2.
20:27 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économie, développement, développement personnel, société, consommation
21.08.2009
Notre cher et vieux pays (codicille)
La vie ménage parfois des rencontres jubilatoires. Certains parleraient de synchronicité. Je vous laisse en juger...
Hier, après avoir "posté" une chronique ou je chantais - une fois de plus - les louanges de la diversité contre le fer à repasser de l'uniformité, j'avais enfourché mon vaillant destrier et m'attaquais à une côte un peu raide du centre des Sables d'Olonne, quand, passant devant un restaurant à l'enseigne du "P'tit bouchon", une ardoise a attiré mon regard. Quelle coïncidence! Le patron de l'établissement y expliquait que son ami Michel, un maraîcher du pays des Olonnes, cultivait dans son jardin une trentaine de variétés de tomates. Vous imaginez: une trentaine de variétés de tomates! Bien sûr, elles n'arrivent pas toutes à maturité en même temps, aussi le soir n'ai-je pu en goûter qu'une bonne dizaine. Mais, déjà, quelle palette de formes, de tailles, de couleurs, de parfums et de saveurs! - Au terme de la dégustation, j'ai gardé une préférence émue pour la noire de Crimée. Ce n'est pas mon copain Denis qui me démentira!
16:29 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : diversité, économie, épicurisme, gastronomie, tomates
20.08.2009
Notre cher et vieux pays
Il y a des photographies, à peine les avez-vous agrandies que vous voyez déjà les pixels. Inutile de les scruter davantage : elles n’ont rien de plus à vous donner que ce qu’elles livrent au premier regard. D’autres, à l’opposé, quelle que soit l’échelle de votre observation, ne cessent d’être généreuses. Chaque point de la grande image recèle un bouquet de plus petites images qui s’épanouissent dans une diversité foisonnante, et ainsi de suite presqu’à l’infini.
Ainsi de notre belle France selon moi. Ces dernières semaines, j’ai eu l’avantage, en bougeant de quelques kilomètres entre Quercy et Vendée d’en faire l’expérience. Sur un territoire réduit, l’entrelacement de reliefs contrastés, l’influence proche ou lointaine de mers différentes produisent, parfois à une échelle vernaculaire, une extraordinaire diversité de paysages, de terroirs et même de climats. Vous longez une côte ? La forêt succède au marais. Quelque pas encore et c’est le Donegal ou l’Afrique du Nord. Vous êtes à l’intérieur ? Une paire d’heures et vous passez de la plaine aux coteaux, des falaises blanches abruptes aux grasses prairies, de la touffeur à la fraîcheur… Cette diversité va jusqu’à la qualité acoustique de l’air que l’on respire : Alfred Tomatis montrait que, d’une région à une autre, il transporte différemment les sons et façonne ainsi notre oreille.
A son tour, cette diversité en engendre d’autres. Quel pays, sur une surface aussi modeste, a produit autant de savoir-faire singuliers, matérialisés par une multitude de productions culturales, par les matériaux et les formes de l’habitat, par les cuisines et les saveurs - par les fromages, les charcuteries et les vins ? Cette notre diversité résonne encore dans la variété de nos accents, héritiers de nos parlers disparus. Je vais faire plaisir à mon ami Xavier Dalloz dont c’est la marotte : oui, en France, quoi que l’on demande, la réponse est rarement unique. Nous avons porté à un point extrême la production de la diversité. C’est un axe majeur de notre génie pour autant que nous restions le reflet de notre territoire. Je voudrais bien retrouver le nom de celui qui a dit : « Apprendre, c’est apprendre à faire de plus fines et nombreuses distinctions ». La France est le lieu par excellence où l’on peut développer cet apprentissage.
Cultiver les multiples registres de la diversité avec la sensibilité qui permet de les goûter, n’est-ce pas la réponse aux limitations de notre condition humaine ? N’est-ce pas mettre de l’infini, ou en tout cas de la surabondance, dans un espace et un temps comptés ? Alors, la philosophie à inventer ne serait-ce point celle du labyrinthe, cette figure bien connue de notre moyen-âge ? Le labyrinthe, c’est, dans l’espace le plus réduit, le chemin le plus long que l’on puisse parcourir. Notre cerveau, d’ailleurs, n’est pas sans lui ressembler : celui-ci s’enrichit non pas parce qu’il s’enfle, comme un sac, de chaque information qu’il reçoit – sinon nous ressemblerions déjà aux Sélénites d’H.-G. Wells – mais en se complexifiant.
Au détour de cette réflexion, je retrouve la théorie de Robert Ulanowicz* : la diversité en interaction est source de résilience. Au-delà du bonheur qu’elle procure, voilà une autre bonne raison de la cultiver ! Mais la diversité a deux ennemis majeurs : la volonté de pouvoir des uns qui tend à l’uniformisation du monde et des êtres - cf. ce fer à repasser qu'est la mondialisation - et la capitulation des autres. Les autres, c'est nous. Ne capitulons plus !
* Cf. Transitions n° 2, disponible en m’écrivant.
13:47 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, économie, société, diversité, gastronomie
14.08.2009
Jouvence
Si je vous demande, tout à trac, qu’est-ce que lutter contre le vieillissement, il y a gros à parier que vos premières réponses seront en rapport avec le corps. Des exercices physiques à la chirurgie esthétique, en passant par les crèmes, les onguents et les compléments alimentaires, il s’agit d’entretenir et éventuellement de radouber ce navire qui, usé, abimé, nous entraînera par le fond. Depuis quelque temps, je vois aussi mes voisins de train ou de métro remplir des grilles de chiffres : la mode est aux programmes d’entraînement cérébral, une forme d’exercice qui s’adresse plus spécifiquement à notre cortex frontal. C’est qu’il ne suffit pas que la coque du bateau soit en bon état, encore faut-il que le capitaine reste en état de gouverner.
J’avoue mon scepticisme. Certes le fonctionnement de notre intellect, comme celui de nos poumons, de nos muscles et de nos divers organes et cellules, est une dimension importante de notre vigueur. Cependant, j’ai l’impression qu’on reste à la périphérie du problème. Ce que l’on cultive là, c’est une intelligence d’ordinateur. Je n’en nie pas l’intérêt. Je crains seulement que ce soit l’arbre qui nous cache la forêt. Car, d’une part, comme l’a montré Howard Gardner, il y a plusieurs sortes d’intelligence et pas seulement celle que nous privilégions - la logico-déductive – en oubliant l’importance discrète des autres. Mais, surtout, nous ne sommes pas du hardware. J’ai été frappé par ce que racontait Françoise Dolto des pathologies du nouveau-né. Un bébé peut se laisser mourir faute de contacts, faute d’une parole humaine qui lui soit adressée.
Alors, si je devais élaborer un élixir de jouvence, j’y mettrais d’abord une bonne dose de relation avec mes semblables. L’entreprise aujourd’hui est notre principal lieu de socialisation. La cessation des activités professionnelles est un cap critique, surtout si elle s’accompagne, comme c’est souvent le cas, d’une migration géographique. La pesanteur naturelle peut incliner au repliement sur soi ou sur le couple. Peu à peu, les sujets d’intérêt se réduisent et même le vocabulaire qu’on utilise. On en vient à tourner en rond autour des courses quotidiennes – auxquelles monsieur accompagne madame en grognant –, des repas qu’on prend de plus en plus tôt, des problèmes de santé et de quelques routines qui se grippent peu à peu. Entropie.
Dans ce registre des exercices relationnels, je raffinerais même en tissant des liens avec des personnes qui ne me ressemblent pas forcément, par exemple avec des jeunes qui me feraient partager leur monde et leurs préoccupations, des bébés qui me rappelleraient ce qu’est l’éveil à la vie. Pour peu que j’accepte de suspendre mon jugement, cela tiendrait en éveil ma capacité d’attention à l’autre, ma capacité à résonner – et pas seulement à raisonner. Cela m’éviterait de réduire éventuellement le monde à la portée de ma vue qui baisse et de mon égoïsme qui va croissant.
Je rajouterai là-dessus, en dose généreuse, un ou plusieurs projets d’apprentissage. Hélène, outre qu’elle reste très active, apprend à jouer de la harpe et cultive ainsi son ouïe et son doigté. Françoise, ma fidèle lectrice, s’est jetée dans l’aventure de la thérapie narrative qui l’amène, en interaction avec d’autres, de découverte en découverte.
Il reste à verser dans l’éprouvette une substance précieuse entre toutes : le sens de la vie. Dans les camps de la mort, Viktor Frankl, que j’ai déjà cité, observait que survivaient ceux qui conservaient malgré toutes les souffrances un sens à leur existence. Cette expérience extrême ne peut-elle nous servir dans nos vies, lorsque l’entropie menace ? C’est ce qui lierait au fond de mon éprouvette tous les ingrédients que j’y ai déjà déposés. Certains disent que le sens de la vie et aimer sont la même chose.
08:00 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : vieillesse, développement personnel
30.07.2009
Korzybski, au secours!
Alfred Korzybski (1879-1950) est connu pour avoir fondé la Sémantique générale, une discipline de pensée pour se libérer des évaluations erronnées qu'induisent, volontairement ou non, nos façons de nous exprimer. Une de ses formules est restée célèbre: "La carte n'est pas le territoire".
Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%A9mantique_g%C3%A9n%C3%...
Je me demande ce qu'il aurait pensé des extraits ci-dessous de la lettre électronique du journal Le Monde, reçue ce soir à 17 heures 59.
Le titre de la brève, d'abord, affirme: Premier décès en France lié à la grippe A.
Puis, dans le corps du communiqué, on peut lire: "L'Institut de veille sanitaire a annoncé, jeudi 30 juillet, la mort au CHU de Brest d'une jeune fille de 14 ans atteinte du virus de la grippe A(H1N1)".
Enfin, dans la foulée: "Selon le communiqué de l'institution, la jeune fille souffrait déjà d'une "maladie grave, compliquée d'une autre infection pulmonaire sévère". Elle n'aurait pas succombé à la grippe puisque, selon l'InVs, "les conclusions de l'évaluation clinique ne sont pas en faveur d'un décès directement lié au virus A(H1N1)".
19:29 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : grippe, h1n1, communiquer
La pensée écologique
L’Institut national du cancer affirme avoir établi que la consommation d’un verre d’alcool par jour – y compris de vin – augmenterait significativement le risque de développer un cancer. Cet accroissement de risque serait par exemple de l’ordre de 168 % en ce qui concerne le cancer de la bouche. Emoi chez les viticulteurs – on les comprend - mais surtout réaction de la Haute Autorité de Santé qui fait valoir que le vin – sauf abus bien sûr - aurait aussi des vertus dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Bref, boire ou ne pas boire, le choix n’est pas facile et le principe d’abstinence ne coïncide pas avec celui de précaution. - Ouf !
Je trouve que, comme souvent, on va un peu vite en besogne. Un être humain me semble aussi complexe qu’un écosystème naturel où des milliers d’espèces des cinq règnes s’ajustent en permanence, réalisant une sorte d’équilibre plus ou moins durable. Cet équilibre résulte, comme l’a montré Robert Ulanowicz*, de la diversité des acteurs en présence et de la multiplication de leurs interactions. Mais, du fait de cette diversité et de ces interactions, on se trouve devant un système complexe, c'est-à-dire un système dont la prévisibilité des réactions à un quelconque stimulus est réduite pour ne pas dire illusoire. Si l’on considère la composition physicochimique d’un individu et tous les flux qui traversent son corps au cours de sa vie - qu’il s’agisse des aliments divers et des boissons variées qu’il absorbe plusieurs fois par jour et de l’air de qualité variable qu’il respire en permanence - comment peut-on tirer des conclusions fiables quant au rôle d’un élément unique s’il joue en faibles quantités relatives ? Comment peut-on pronostiquer le résultat des combinaisons aléatoires de toutes ces substances internes et externes ? N’aurait-on pas là, issu encore une fois des modélisations statistiques, un mirage semblable à celui qui nous a valu les subprimes ?
Ce qui est en cause selon moi dans cette manière de penser, c’est la représentation qui sert de toile de fond à ces spéculations, celle de « l’univers-horloge » de Newton ou de « l’animal-machine » de Malebranche : une représentation mécaniste. Et si nous avons dépassé la physique de Newton, c’est parce que des gens comme Einstein ont remarqué, dans l’univers, des phénomènes irréductibles à la théorie newtonienne. En conséquence, ils ont essayé de bâtir une autre théorie qui intègre élégamment ces phénomènes orphelins. Quelques années avant la percée einsteinienne, cependant, un physicien dont le nom ne me revient pas – et tant mieux pour lui - affirmait gaillardement qu’il n’y avait plus rien à découvrir ! N’en serions-nous pas là en ce qui concerne notre compréhension de l’humain ? Nos affirmations laissent supposer en tout cas que nous n’aurions plus rien à découvrir et que nos modèles ont atteint la perfection...
Les homéopathes se libèrent de cette représentation réductrice en introduisant la notion de « terrain ». Chaque individu est un terrain aux réactions spécifiques. Sans ce concept déjà plus écologique comment en effet expliquer que tous les fumeurs - Churchill par exemple - ne meurent pas d’un cancer du poumon ? En outre, si j’ai bien compris, le terrain en question n’est pas à entendre qu’au sens somatique. En effet, les flux matériels, air, radiations, substances diverses qui traversent son métabolisme ne sont pas seuls à interagir avec la santé d’un individu. Que dire de tout ce qui traverse sa psyché ou y stagne: par exemple les émotions et les tensions issues de sa vie affective et professionnelle ? Plus encore : que dire de la manière dont cet individu "métabolise" les ingrédients de sa vie psychique ? Les sublime-t-il ou les refoule-t-il ? Et, dans la même perspective, que dire encore de ses croyances globales ? Viktor Frankl**, qui a fait l'expérience des camps de concentration, a montré comment le facteur psychique, la capacité à conserver un sens à son existence, avait une forte incidence sur l’espérance de vie des déportés. On est loin des projections statistiques des effets de telle ou telle substance sur un corps abstrait.
Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de prôner l’abandon de toute modération ou de toute hygiène de vie. Je soutiens simplement la thèse d’un philosophe oublié, Jules Lagneau, qui disait: "Il faut penser difficilement les choses facile». A votre santé !
* Robert Ulanowicz, Le nouveau paradigme de la durabilité, entretien avec Dominique Viel, Transitions n° 2, deuxième semestre 2009 (si vous voulez recevoir ce numéro, écrivez-moi à thygr@wanadoo.fr ).
** Dans Le sens de la vie.
07:00 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : santé, vin, systémique, cancer
26.07.2009
Le piano, la myxomatose et l'écologie de l'action*
Je crois que c’est le remarquable interprète de Chopin, Boris Berezovski, qui est devenu pianiste parce qu’il n’y avait plus de place en classe d’accordéon. Sans porter le moindre jugement de valeur sur les instruments en cause – mais je connais mes préférences – on peut parier que cette bifurcation vers le clavier lui vaut aujourd’hui une vie très différente de celle qu’il aurait vécue s’il avait apprivoisé le piano à bretelles. Dans La part de l’autre, Eric-Emmanuel Schmidt pousse le bouchon encore plus loin. Il imagine Hitler reçu à l’Ecole des Beaux-arts de Vienne et faisant ensuite carrière non dans la politique mais dans la peinture. Je vous laisse imaginer les conséquences de cette bifurcation-là…
Vu depuis le présent, le passé a toujours quelque chose de déterministe. Nous repérons les enchaînements, les confluences, les obstacles qui ont produit les évènements que nous connaissons. Restent invisibles, cependant, tous les jeux qu’il y avait dans les systèmes intriqués, tous les aiguillages dont le fonctionnement ou le dysfonctionnement ont favorisé l’histoire que nous connaissons – ou croyons connaître.
Le problème est que cette façon de considérer l’Histoire contamine notre rapport au futur. Notre époque, au surplus, a l’obsession de la maîtrise. La place qu’y a prise l’économie matérielle et la banalité de faire de l’argent avec de l’argent y sont sans doute pour quelque chose : pour nous tout a caractère d’investissement et doit donc avoir un retour. Nous voudrions que le monde se comporte comme une banque qui nous servira sans faillir et en toute sécurité le taux d’intérêt que nous avons choisi. Alors, cherchant un avenir sur lequel appuyer cette aspiration, nous oublions que plus un système est complexe, moins il est prévisible. Nous oublions aussi que, y compris en tant qu’individus, nous faisons partie des courants qui le traversent.
Au vrai, dans cet exercice de supputation, nous répudions notre liberté. Il est très difficile pour l’humain qu’ont produit les Trente Glorieuses d’accepter l’incertitude, fût-elle issue de celle-ci. Avec la société de consommation, nous avons perdu la sagacité de ceux qui savaient qu’on ne vit qu’à l’incertain. Alors, comment ne pas vouloir la maîtrise quand elle seule, quelque illusoire qu’elle soit, nous rassure ? Les Aztèques sacrifiaient des milliers de vies pour obtenir du soleil qu’il renaisse au terme de chaque année. Que faisons-nous ? A l’instar de ces peuples qui ont scruté le ciel, élaboré une histoire de leurs dieux et qui s’interrogeaient sur les intentions de ceux-ci, nous spéculons sur l’évolution de la crise et nous avons notre clergé : les astrologues de l’économie et de la finance qui nous disent les tables de la loi et les sacrifices que nous devons consentir pour apaiser les colères divines.
Au surplus, dans notre illusion de maîtrise associée au refoulement de ce qui nous dérange – l’inépuisable complexité des interactions dont est tissé le monde - nous produisons des artefacts dont nous sommes incapables d’imaginer ce que, copulant avec une réalité qui nous échappe, ils engendreront. Nous lâchons, par exemple, des OGM dans la nature en affirmant « Pas de problème, on maîtrise ». Nous devrions nous souvenir plus souvent d’Henrique de Beaurepaire Aragao et du Docteur Armand-Delille. Le premier a eu l’idée, pour lutter contre les lapins qui pullulaient en Australie, de répandre la myxomatose. Le second en a fait de même en France. Aujourd’hui, répandre volontairement une épizootie fait l’objet de sanctions sévères. Rappelons toutefois que le Docteur Armand Delille était membre de l'Académie de Médecine et Vice-président de la Société de Biologie et qu’il a reçu en 1956 une médaille avec la mention : "La Sylviculture et l'Agriculture reconnaissantes".
Pour le meilleur ou pour le pire, l’inattendu est toujours au rendez-vous.
* "L'écologie de l'action": une page magnifique d'Edgar Morin dans La Méthode.
11:22 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : prospective, écologie, développement personnel

