09.03.2008

Faire des liens

Pouvez-vous voir le soleil dans un grain de riz ? Car s’il n’y avait pas de soleil sur les rizières il n’y aurait pas de grain de riz. Pouvez-vous voir le nuage dans une table de bois ? Car, sans nuage, il n’y aurait pas de pluie pour arroser l’arbre et pas de bois pour faire une table. (Thich Naht Hanh)

On continue ?

25.02.2008

Le pouvoir d'achat

Michel Séguin, ancien "collègue" des Caisses Desjardins et aujourd’hui économiste patenté, nous faisait un jour remarquer la relativité des enquêtes d’opinion. A la question : « Etes-vous favorable au petit commerce ? », la réponse majoritaire, toujours, est « Oui ». « C’est pratique de les avoir en bas de l’escalier » explique l’un. « Ca met de la vie dans le quartier » rajoute l’autre. « Les rues sont plus chaleureuses quand il y a des petites boutiques » commente un troisième. « Les articles sont de meilleure qualité », etc. Pour autant, constatait Michel Séguin, quand on observe les habitudes d’achat, on se rend compte que les gens dépensent l’essentiel de leur revenu dans les hypers ou les supers de la périphérie. « Lorsque les gens votent pour de bon, c’est avec leurs pieds » concluait-il.

Démonstration brève et incontestable du pouvoir de nos achats. Arrêtons de diaboliser les multinationales et considérons enfin que ce monde est bien le nôtre, c’est nous qui l’enfantons et l’entretenons heure après heure, jour après jour. Et j’ajouterai : plus notre niveau de revenu nous autorise de liberté, plus nous en sommes, au surplus, responsables. Bien sûr, toutes nos dépenses, nous ne les faisons pas forcément en conscience. Il y a des liens que nous ne faisons pas parce que nous n’avons pas l’information ou que nous n’avons pas songé à y réfléchir. Mais, surtout, il y a ce phénomène que discerne Bernard Stiegler* : au delà de la société de consommation, nous sommes entrés dans la société de pulsion. La société de pulsion, pour faire court, c’est, lorsque nous désirons quelque chose, le choix entre l’avoir maintenant ou l’avoir tout de suite. J’en parle à mon aise : je suis comme cela de naissance. Mais, ce qui a changé, c’est que mes parents, dans ces temps très lointains de mon enfance, pouvaient me raisonner sans risque d’être contre-dits. Aujourd’hui, au contraire, tout conspire à nous encourager dans cette voie de la satisfaction immédiate. La publicité ubicuitaire, le crédit offert à tous les coins de rue, les nouvelles technologies – anywhere, anytime, any device – et même l’idéologie de la croissance – pas de croissance sans consommation – nous caressent dans le sens de la pulsion. Finalement, saint Antoine avait bien de la chance d’être dans le désert. Résister à la tentation, aujourd’hui, équivaut à vouloir rester chaste alors qu’on est enfermé tout nu dans le lupanar le plus torride.

Nous connaissons notre pouvoir. A chacun de nous de décider de ce qu’il veut en faire. Par exemple, quand je passe sur un trottoir, il y a une chose qui toujours retiendra mon attention : une vitrine de libraire. Mais, quand j’ai noté dans mon calepin un livre que je dois «absolument» lire, il y en a une autre qui me retiendra d'entrer : je ne vais pas prendre le risque de devoir le commander et d’attendre ainsi deux jours. Alors, je vais dans une grande surface. Eh ! bien, c’est cela l’économie pulsionnelle. Car, en permanence, les livres que j’ai achetés et que je n’ai pas encore eu le temps de lire font dans ma chambre une pile qui varie entre 1 m 20 et 1 m 60 de hauteur. Alors, franchement, quelle raison ai-je de céder au démon de « l’instantanéité » ? Surtout que, pour moi, il n'y a pas de rue idéale sans une librairie. J’ai pris une décision. Désormais, je passe par mon libraire du boulevard Malesherbes. Et, quand je suis aux Sables d’Olonne, je vais à la Librairie centrale : voilà des gens qui ne vendent pas que du papier imprimé. Ils invitent sans cesse des auteurs, c’en est admirable. Un été, j’ai même eu la surprise d'y reconnaître Marie-Christine Barrault qui m'a dédicacé « Le cheval dans la pierre ».

Ce livre commence par l’histoire d’une petite fille qui est entrée dans l’atelier d’un voisin sculpteur. Celui-ci est en train d’achever une statue. La petite fille, émerveillée, lui demande : « Comment le savais-tu qu’il y avait un cheval dans la pierre ? » Un jour peut-être – faisons un rêve – un enfant nous demandera: «Comment le savais-tu que, caché à l’intérieur du tien, il y avait un monde meilleur ?» Amis sculpteurs, retroussez vos manches !

* Directeur scientifique du Centre Georges-Pompidou, auteur notamment de Réenchanter le monde.

18.02.2008

Deuxièmes rencontres de l'entrepreneuriat social

Une invitation d'Ashoka
8 avril 2008: Entreprendre et grandir sans perdre son âme

Présente dans près de 70 pays, Ashoka est une organisation à but non lucratif. Son programme phare consiste à soutenir des Entrepreneurs Sociaux innovants, capables de transformer le domaine où ils interviennent.
2ndes rencontres ES.pdf

12.02.2008

3èmes rencontres de la motivation

Invitation transmise par Armen Tarpinian et Transversales Science & Culture
Jeudi 14 février 2008 à 19 H, ASIEM 6, rue Albert de Lapparent, 75015 PARIS (Métro : Ségur)
L’école doit repenser la réussite...
Quel sens l’école donne-t­elle à « la réussite » ? Les valeurs et les comporte­ments qu’elle induit ne vont-ils pas à contresens de ses aspira­tions démocratiques ? L’égalité des chances ne masque-t-elle pas l’essentiel : l’obligation d’assurer la réus­site de tous ?
http://grit-transversales.org/article.php3?id_article=255

10.02.2008

Des nouvelles de Vence

où le printemps arrive...
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Photo d'Hélène von Reibnitz
http://www.scenarios-vision.com/S+V/FRENCH/START/Default.htm

07.02.2008

La motivation essentielle

Hier soir, Porte Maillot, sous le parrainage de l'association Ashoka*, dix "entrepreneurs sociaux" présentaient leurs activités et leurs projets. C'est merveille de voir la créativité humaine. Je veux parler de cette capacité imaginative et créatrice stimulée par le coeur et aussi, j'en suis sûr, par ce que j'appellerais une esthétique de la vie. Pour ces hommes et ces femmes, qu'il s'agisse du désarroi des enfants hospitalités, de villages sans eau, de populations privées des matériaux de constructions les plus rudimentaires, de marins perdus ou de handicaps de toute sorte, il est impossible de ne pas agir pour corriger ce qui doit l'être. Ils sont comme ces cellules qui s'activent sur les blessures afin que le tissu vivant se régénère et que le corps retrouve l'intégrité qu'il n'aurait pas dû perdre. Il en résulte des réalisations qui manifestent une telle conscience de l'autre, une telle ingéniosité, tout en conférant à leurs auteurs un tel accomplissement personnel, que la vie paraît soudain simple et lumineuse. Encore une fois, ce qui me frappe, c'est combien l'oeuvre fait l'ouvrier.

Contraste monumental avec l'univers qu'un gros dérapage de trader étale sous nos yeux depuis une dizaine de jours. D'évidence, ce qui différencie le plus les êtres humains les uns des autres, c'est la représentation que chacun d'entre eux se fait de la réussite. Et ce qui constitue la différence fondamentale entre les organisations et les sociétés, ce ne sont pas les objets ou les services qu'elles produisent, c'est le type d'êtres humains qu'elles engendrent. Le psychologue Paul Diel (que j'ai découvert grâce à Ivan Maltcheff et à Armen Tarpinian) affirmait que lorsqu'un humain se trouve dans le droit fil de sa motivation essentielle, ses actions sont en phase avec le bien commun. Or, chacun d'entre nous vient dans ce monde avec une blessure intime qu'il peut être tenté de guérir par la jouissance matérielle, charnelle ou narcissique. Ne sont-ce point justement ces faux remèdes que notre "civilisation" s'acharne à nous faire cultiver ? Ainsi, notre économie démentielle ne détruirait pas seulement la biosphère, elle minerait aussi notre âme. Logique, me diront certains...

Heureusement, les pionniers d'Ashoka - et bien d'autres - nous rappellent qu'un autre rapport à soi, aux autres et au monde est possible.

* http://www.ashoka.fr/

06.02.2008

Edgar Morin, un penseur planétaire

Ce vendredi 8 février à 20 h. 40, sur France 5, le film de Jeanne Mascolo de Filippis: "Edgar Morin, un penseur planétaire".

Voici le commentaire de Basarab Nicolescu qui l'a vu en avant-première:

"J'a eu la chance de voir en avant-première ce film au Centre Pompidou. Il est, tout simplement, extraordinaire. Une grande leçon d'humanité. Dans une réalisation cinématographique d'une exceptionnelle finesse. A REGARDER ABSOLUMENT!"

04.02.2008

Eloge de la conversation

Le thème de la « conversation » est en train d’émerger, comme on dit, et je ne serais pas surpris qu’il soit bientôt repris en France par des consultants à la mode. Théodore Zeldin, il y a déjà quelques années, a écrit un joli petit livre, et profond, sur le sujet. Plus récemment, Margaret Wheatley, consultante américaine renommée, a publié Turning to one another qui est une invitation à «remettre en conversation» les choses qui nous importent. Ces derniers mois est paru, sous la signature de Juanita Brown et David Isaacs, Shaping our futures through conversations that matter. Et voilà que mon ami Manfred Mack me signale qu’Humberto Maturana, biologiste, cybernéticien et philosophe, décrit les organisations comme des «réseaux de conversations». Un courant, manifestement, se dessine, que confirme sur le blog de Christian Mayeur, toujours à la pointe de la sensibilité contemporaine, un joli texte:

Au XXIème siècle, l'investissement le plus rentable et le moins polluant, c'est la conversation. Conversation pour apprendre, conversation pour s'amuser, conversation pour s'aimer, conversation pour résoudre des problèmes, conversation pour inventer des solutions aux défis inédits, conversations pour hybrider les imaginaires, conversations à l'échelle de la planète, conversations pour envelopper notre monde de signes et produire moins d'objets et de trajets inutiles. Un univers de relation créative qui sera l'empreinte culturelle de la société de l'immmatériel. Une économie légère, créatrice de richesse, écologique au sens premier.*

Je trouve pleine de pertinence la représentation que nous propose Maturana. Qu’il s’agisse du dialogue de Socrate avec Phèdre qui permet à ce dernier de progresser vers la vérité ; d’une confidence devant la machine à café qui viendra grossir le ruisseau d’une rumeur ; d’une information glissée entre deux portes ou d’une prise de parole plus formelle – tous ces registres, au surplus, s’enchevêtrant à chaque seconde - la parole est le continuum de l’humain. A tout moment, l’entrecroisement invisible des discours et des silences ouvre et ferme le cheminement des pensées et des actions. Ce «réseau de conversations», pour reprendre l’image de Maturana, est comme l’activité cérébrale du corps social. Ce n’est pas pour rien que les régimes qui se sentent menacés interdisent les réunions et censurent aujourd’hui l’Internet : ce n’est pas le fait que les gens se retrouvent qui les inquiète, c’est le fait qu’ils se parlent et que, par la parole et l’écoute, se tissent entre des humains de nouvelles façons de voir le monde et la vie. Dans sa banalité, la conversation est le foyer des révolutions. Comme le dit Peter Senge, « le changement commence dans les salles à manger ».

Cela dit, si converser c’est d’une certaine manière bavarder, bavarder pour autant n’est pas toujours converser. Dans nos sociétés, il y a aujourd’hui, pour les pouvoirs, des façons plus subtiles qu’une descente de police de s’assurer l’innocuité des «discussions de salle à manger». En fournissant, par exemple, le sujet des conversations. Pendant qu’on parle d’une chose, serait-ce pour la brocarder, les autres ne risquent pas de prendre vigueur dans les esprits. Décidément, la vigilance est à l’ordre du jour.

* http://www.entrepart.com/blog/index.php

19.01.2008

L'art du gâchis

Selon une étude commandée par le gouvernement britannique, nos voisins mettent à la poubelle chaque année le tiers de la nourriture qu'ils achètent, soit 6,7 millions de tonnes de déchets. La quasi-totalité de la nourriture gaspillée est consommable. Pendant la période de Noël, ce gâchis a représenté 230 000 tonnes de nourriture, soit l'équivalent de 365 millions d'Euros et, en CO2, de 15 millions de tonnes. Sont accusés les conditionnements de moins en moins adaptés aux besoins réels des consommateurs. L'étude ne prend pas en compte les restes de nourriture jetés par les entreprises.

http://www.journaldelenvironnement.net/fr/document/detail.asp?id=13468&idThem
a=4&idSousThema=20&type=JDE&ctx=259

Je vous laisse le soin de commenter.

09.01.2008

Le regard

Un collègue me signale, dans le blog d’une jeune femme* qui se partage entre un cabinet d’expertise comptable et une activité de créatrice de mode dont on peut supposer qu’elle est davantage assortie à son élan naturel, une brève histoire qui m’a enchantée :

« Ce matin, j’ai trouvé cette sangle perdue sur le sol… Je l’ai donc ramassée pour ne pas l’abandonner à 485d98323f4e29acf317ab51b766562b.jpgson triste destin, examinée sous tous les angles et à partir de là ma créativité s’est éveillée… Cette douce compagne m’a dit qu’il fallait que j’intègre ces attaches dans un vêtement, là dans ma tête des dizaines de modèles de robe, qualités de tissus se sont invités… et tout cela en marchant sous un parapluie. »

Tant de choses qu'on pourrait comparer à cette sangle abandonnée sur un trottoir, y compris les êtres humains que le système occulte. Tant de regards qu’on pourrait évaluer à l’aune du regard enrichissant qu’Isabelle D. (c’est ainsi qu’elle signe) sait porter sur les choses...

Merci Jean-Paul!

* http://creatricedemode.over-blog.net

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