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02/05/2012

Le choix

L'art des vendeurs efficaces est d'enfermer leurs interlocuteurs dans une alternative qui suppose que la décision essentielle a déjà été prise. Par exemple:

- Madame Michu, alors vous préférez que je vienne vous voir le matin ou l'après-midi ? En début d'après-midi ou dans la soirée ?

Il a en fait évité ainsi de demander à Mme Michu si elle était d'accord pour le recevoir.

- Monsieur Escartefigue, vous préfèrerez la jaune ou la rouge ?

Il a senti son interlocuteur tenté par la voiture, il fait comme si la décision de l'acheter était déjà prise.

Un de mes bons amis pastichait cela en disant:

- Vous le voulez... maintenant ou tout de suite ?

Il me semble qu'il se passe quelque chose de cet ordre avec le deuxième tour de la campagne présidentielle. Nombreux sont les amis - qu'ils soient de gauche, de droite ou d'ailleurs - à me confier qu'ils ne se sentent en résonance avec aucun des deux finalistes. Il y a ceux dont la seule satisfaction sera de voter contre l'un des deux. Mais il y a ceux, aussi, qui se font cuire la rate au court-bouillon, se donnent des coups de pied aux fesses, parce qu'ils sont pris dans l'idée qu'ils doivent à tout prix faire un choix. 

Or, le choix est possible, mais c'est par un piège mental qu'on le voit résumé à deux options. Il y en a une tierce qui est de s'abstenir d'exprimer un suffrage. Evidemment, cela donne l'impression d'être absent du combat. Mais, si vous pensez qu'aucun des protagonistes ne représente la France ou l'Europe que vous aimez, la France ou l'Europe que vous voulez, à quoi rîme de vous tordre le bras ? Engagez vous plutôt dans un mouvement qui vous permettra de promouvoir cette vision qui vous manque aujourd'hui! Et acceptez, si cela devait se produire, que ce soit une traversée du désert!

Mais voilà, nous sommes prisonniers de l'idée qu'il faut être efficace, tout de suite. Mieux vaut trahir ses idées que de ne pas parier. Nous sommes, et c'est une des explications, infirmes du long terme. Les élections, c'est ce dimanche et il faut choisir. Tant pis si, selon vous, les deux candidats - par des chemins éventuellement différents - nous mèneront dans le même mur. Vous devez en choisir un. Or, si vous deviez vous faire opérer, vous accepteriez de choisir entre deux cliniques qui ont de très mauvaises statistiques de survie de leurs patients ? Si vous le faites, c'est que vous êtes joueur!

On a un problème similaire au premier tour, où l'on se sent obligé de voter pour un candidat qui ait des chances d'arriver au second, quand ce n'est pas même d'emporter le trophée. Mais c'est exactement ainsi que l'on tue les minorités qui nous ressemblent et qui pourraient grandir, et que l'on se retrouve, lustre après lustre, devant les mêmes choix insatisfaisants! 

Je ne suis pas en train de vous parler de mes convictions politiques. Je m'efforce juste de démonter un mécanisme mental qui éventuellement nous emprisonne au détriment de nos valeurs et de l'idée que nous nous faisons de la France. Un mécanisme qui nous enferme, comme ces images au champ étroit et sans profondeur. Un mécanisme qui réduit l'avenir aux majorités du présent.

Si l'alternative ne vous convient pas, placez vous dans une perspective à douze ans. Qu'est-ce au regard de l'Histoire ? C'est le temps qu'a mis, par exemple, le général de Gaulle pour revenir au pouvoir. Puis, avec cet horizon qui vous donne un peu d'oxygène, prenez votre bâton de pélerin.