25.10.2009

Zone réellement interdite

Voici une information qui illustre parfaitement les limites de la liberté de la Presse quand cette dernière tire ses principaux revenus de grands annonceurs. On peut avoir la même perplexité quant à l'indépendance des hommes politiques à l'égard des intérêts des groupes qui financent leurs campagnes électorales...

zone-interdite-sujet-fast-food-censure-par-m6.jpg"Un reportage consacré à la mauvaise hygiène des enseignes de restauration rapide, censé être diffusé demain soir, a été passé à la trappe. Pour quel motif ?M6 aurait censuré une enquête sur les fast-food, qui devait être diffusée demain soir dans l'émission Zone Interdite, révèle Libération.fr. Au sommaire du numéro de demain soir était annoncé un sujet consacré aux établissements de restauration rapide. "Alors que les consommateurs français cherchent à se nourrir toujours plus vite et pour moins cher, de nombreuses enseignes de restauration rapide ne respectent pas les normes d'hygiène. Rupture de la chaîne du froid, congélation illicite ou produits périmés sont des anomalies relevées par les services de répression des fraudes", annonçait la chaîne.

Mais au visionnage de la bande-annonce de l'émission, plus aucune trace du sujet. La raison ? L'enquête n'était "juridiquement pas valide", argue M6. Faux, répond un journaliste de la chaîne. Selon lui, le sujet a été tout simplement censuré car il dévoilait des méthodes douteuses pratiquées dans deux grandes enseignes de restauration rapide : "Le sujet était béton et journalistiquement et juridiquement (...) Cette censure fait froid dans le dos."

 Dans cette enquête, un restaurant McDonald's était épinglé pour ne pas respecter les précautions d'hygiène : "hamburgers laissés en vente pendant des heures, étiquettes mentionnant la date de péremption des produits remplacées par d'autres sitôt la durée de vie du produit dépassée..." De même, le reportage démontrait que les poulets censés être Halal vendus chez KFC n'étaient pas abattus selon le rite musulman.

 Critiquer deux grandes marques, donc deux éventuels annonceurs de la chaîne, aurait sans doute fait trop de vagues."

C'est sûr qu'il est moins dangereux de faire un reportage sur les vendeurs à la sauvette de Nice...

L'article ci-dessus est signé de Mathilde Saez - samedi 24 octobre 2009 à 12h49 - et vous pouvez le retrouver à cette adresse: http://www.programme-tv.net/news-tv/culture-infos/6984-zo...# en espérant qu'il ne disparaîtra pas entre temps.

Et pour en savoir un peu plus: http://www.ozap.com/actu/m6-censure-enquete-zone-interdit...

20.10.2009

Eloge de Triboulet

Des non-évènements dont les médias ont fait leur potage ces derniers jours, comme d’ailleurs de l’expérience qu’on peut avoir de la vie dans les organisations hiérarchiques, il ressort que la fonction de fou du roi mériterait d’être restaurée. J’entends par là quelqu’un qui ait la licence de tendre un miroir au monarque sans risquer d’encourir les colères dont tous les autres ont une peur castratrice.

 

Je me souviens d’avoir fréquenté, vers la fin de sa carrière, un homme politique régional. J’étais bien jeune et je faisais là mes premières observations de la société politique – mais quelle société ne l’est pas ? Cet homme, que j’admirais, n’était entouré que de courtisans. Non qu’il les aimât vraiment. Mais si quelqu’un, fût-il animé de bonnes intentions, venait à le contredire, il s’en inquiétait aussitôt, allant même jusqu’à demander : « Pourquoi me trahissez-vous ? Je nous croyais amis ? » En outre, si l’on écarte les intrigants qui avaient tout compris du jeu, tous ceux qui auraient pu lui dire quelque chose se retrouvaient devant lui en culotte courte et ne songeaient plus dès lors qu’à être appréciés, voire aimés de lui. Je n’ai guère connu que mon père qui se permît de ne pas chercher le vent et de parler vrai, fût-ce contre la cour toute entière. En pure perte le plus souvent. C'est ainsi que, sans le savoir, je me suis préparé à comprendre le discours d'Etienne de la Boétie.

 

Picrochole fait trembler ses familiers. Dès qu’il fronce le sourcil, tout le monde court aux abris. Il paraît qu’il n’y a pas d’autre moyen que cette forme de terrorisme quand on veut asseoir son pouvoir. La moindre dérive, la critique la plus discrète, et le marbre du palais serait affligé d’une fissure qui irait s’élargissant jusqu'à ce que les piliers s'effondrent. Mais le résultat c’est que personne n’ose plus avertir Picrochole des erreurs qu’il commet. Certains même - qui ne lui pardonnent pas la peur qu’il leur inspire - se disent que ce sera bien fait pour lui si les évènements le punissent. Ils s’en remettent à Dieu d’exercer la justice.

07.10.2009

Suicides

Rien n'a jamais été écrit de plus pénétrant sur la pouvoir que le Discours sur la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie. En quelques phrases, dès le titre à vrai dire, tout y est dit et d’abord que nous n’avons à nous en prendre qu’à nous-mêmes des tyrans dont nous nous plaignons. En continuant sur cette pensée courageuse, nous pouvons nous dire aussi qu’il est trop facile de désigner le Prince comme le seul coupable. Certes, il a sa responsabilité et elle est totale puisqu’il a choisi d’être chef et s’en est donné les moyens. Mais condamner le chef suffit-il à rédimer tous les autres artisans de détresse, à faire oublier les mille compromissions qui, de chefs en chefaillons et en sous-fifres, font tenir debout le système qui a engendré tant de désespoir ?  Ah ! vous ne saviez pas ? Vous serriez juste un boulon ? Et vous, vous mettiez juste une goutte d’huile pour que ça ne grince pas ? Et vous, vous aviez peur, alors vous n’avez rien dit ?

29.09.2009

La terreur s'abat sur les nuits du Honduras

Un article d'Angel Palacios pour TeléSUR

26 septembre 2009

La nuit, la terreur règne au Honduras. La dictature a fait du Honduras une immense prison où les nuits sont mises à profit par des meutes de policiers et de militaires qui perquisitionnent, torturent et pillent.

La nuit, au Honduras, seule la terreur circule dans les rues : bottes, casques et uniformes. La nuit, des véhicules de militaires et de policiers cagoulés patrouillent les rues, tirant sur les quartiers et les maisons. Ils sortent à grande vitesse des commissariats pour revenir peu après avec leurs camionnettes pleines de citoyens frappés, humiliés, en sang...

La nuit des couvre-feux est le théâtre préféré des limiers. Le couvre-feu, sans garanties constitutionnelles, sans caméras de télévision ni foules dans les rues, est le moment dont profitent les chiens de la dictature pour semer la terreur. La nuit dernière, nous avons pu parcourir plusieurs quartiers, et voici ce que nous avons vu :

° On nous prévient qu'un commando policier est arrivé de façon intempestive à l'un des escaliers du quartier et qu'il va perquisitionner un logement. Il s'agit de la maison d'une peintre très connue du voisinage. Au détour d'un escalier, 8 policiers, comme des chats, encerclent, la maison. Sa façade, de couleur rose, porte un graffiti contre le coup d'Etat. Les policiers étaient en train de cogner sur la porte avec des bâtons. Ils cassent les vitres de la fenêtre. L'un d'eux, bombe lacrymogène en main, calcule l'angle nécessaire à son atterrissage à l'intérieur de la maison. Le véhicule, identifié comme étant de la Police Nationale, les attend au bas des escaliers. Le policier qui conduit les avertit qu'un groupe de journalistes enregistre. Le chef de l'opération (le sous-commissaire García) bouche l'objectif d'une de nos caméras. D'autres camouflent le nom qu'ils portent cousu sur leur veste. Quelques voisins, mis en confiance par la présence de la presse internationale, ouvrent leurs portes et leurs fenêtres pour crier et dénoncer les auteurs de ces actes. Les policiers essaient de se replier. Le policier identifié comme étant García se justifie en disant qu'il vit dans ce quartier et qu'il ne supportait pas que sa voisine ait peint sur la façade : "PUTSCHISTES : LE MONDE VOUS CONDAMNE", "VIVE MEL". Tel fut l'argument du fonctionnaire pour déclencher la terreur contre une humble femme. Des membres des organisations des Droits de l'Homme et du Front des Avocats contre le Coup d'Etat se présentent, et les policiers, traqués par la dénonciation, fuient. La femme, apeurée, finit par ouvrir; elle aussi a quitté le quartier. Face au risque de les voir revenir plus tard, elle est allée dormir en lieu sûr.

° Un jeune homme d'une vingtaine d'années marche en pleine nuit dans une rue sombre. Il a le visage en sang et une blessure de quelques cinq centimètres au front. Il est nu-pieds. Il nous explique ; il était sur le seuil de sa maison quand une camionnette de la police est apparue dans la rue et que, sans dire un mot, ils en sont descendus et se sont mis à plusieurs pour le frapper. Ils l'ont jeté dans la camionnette et ont démarré. Pendant qu'ils tournaient dans les rues et le frappaient, ils ont fouillé ses poches, le dépouillant de son téléphone et de sa montre. Toujours sur le sol de la camionnette, il entendait les policiers qui discutaillaient pour savoir qui garderait la montre, qui le téléphone. Ils l'ont jeté hors de la camionnette, loin de chez lui. Le jeune homme n'a pas voulu faire de dénonciation. Il ne voulait plus de "clavo" avec la police, il était terrorisé. Il voulait seulement que nous le ramenions chez lui.

° Un autre jeune est arrêté à l'angle de sa rue. Avant de le mettre dans leur camionnette, 4 policiers lui donnent une raclée. Puis ils lui vident un spray de peinture sur le visage. Le jeune homme respire avec difficulté. A l'hôpital, pendant qu'on nettoie la peinture de ses yeux enflammés par les coups, il nous raconte que l'un des policiers, tout en le frappant, lui disait : "Tu es de la résistance? Alors résiste!"

° Sur un pont, une guérite. Ils nous disent de nous arrêter et nous entamons une conversation avec les policiers, sur n'importe quel thème, pour pouvoir continuer. Un véhicule de passage voit la guérite et recule lentement. L'un des policiers qui nous ont dit de nous arrêter regarde la voiture qui recule et, amusé, nous invite à regarder ce qui va se passer maintenant, mais en nous obligeant à garder nos caméras éteintes. Sous le pont, dans la rue qu'avait prise l'auto qui essayait d'éviter la guérite, il y a un groupe de policiers qui donnent la chasse à ceux qui tentent de s'évader. Ils l'arrêtent. Du haut du pont, on ne voit pas bien mais on entend... on entend la porte qui s'ouvre... on entend la rage et les insultes des policiers, les coups contre l'auto... on entend d'autres coups et les cris du conducteur. On n'entend plus. La voiture a continué sa route peu après.

° On entend des tirs dans une avenue parallèle à un quartier populaire. C'est une camionnette pleine de policiers qui tirent dans la nuit, à l'aveuglette, contre les maisons du quartier. Ils ne se pressent pas. Rien ne les menace. Ils tirent encore et encore. Ils ne visent même pas. Ils ne font que semer la terreur sur leur passage.

° Dans un commissariat, à minuit, les membres d'organisations des droits de l'homme, des avocats et la presse internationale s'intéressent aux détenus que nous venons de voir descendre d'une patrouille de camionnettes (elles étaient au moins 10). Maniant le sarcasme, l'officier nous dit qu'ils n'ont aucun prisonnier ici. Mais les prisonniers crient qu'ils appartiennent à la Résistance. Ils crient leurs noms. L'officier continue de nier l'évidence. L'insistance des avocats et des défenseurs des droits de l'homme obtient qu'ils en relâchent la moitié et qu'un médecin vienne à ce moment-là pour constater l'état physique des autres. Tous victimes de coups et en sang. Le lendemain matin, les avocats de la résistance obtiennent qu'ils les relâchent.

° Dans un autre commissariat, derrière un portail noir, on entend les voix d'au moins une vingtaine de personnes déclinant leurs noms. Dehors, bon nombre de mères et d'épouses tentent d'établir le contact avec les leurs, tentent de reconnaître leurs voix. La scène fait rire ceux qui portent l'uniforme. Ils s'approchent et frappent le portail... et les familles.

° Dans un autre quartier, sur les hauteurs de Tegucigalpa, environ 40 policiers et militaires en uniforme avancent, leurs fusils de guerre visant les maisons. Quand on demande qui est le commandant de cette opération, tous ces hommes en uniforme nous indiquent un militaire. Ce dernier dit qu'ils s'agit d'une opération de routine, parce que le "gouvernement ne va pas continuer de permettre des désordres" et que "ce qui se passe à cette heure-ci ne lui est pas imputable, c'est le couvre-feu". Les cartes de journalistes de la presse internationale et celles de membres d'organisations humanitaires parviennent tout juste à nous permettre de passer et de continuer. Les hommes en uniformes s'éloignent. Les lumières des maisons du quartier s'allument à mesure que l'escadron de la terreur s'éloigne. Personne ne sort, mais on entend des cris : "Assassins", "Mel tout de suite", "Vive la Résistance".

Et ce ne sont que quelques uns des cas que nous avons pu voir en une nuit.Or,t cela se répète nuit après nuit. On ne sait pas combien de personnes sont arrêtées chaque nuit. On ne sait pas combien de corps sont agressés, maltraités, humiliés dans les nuits du Honduras. On ne sait pas combien de femmes sont violées. On ne connaît pas les noms, les âges, on ne connaît pas les témoignages... parce que le couvre-feu est là pour ça... pour que la meute d'assassins qui soutient cette dictature puisse semer la terreur sans que rien ne filtre vers les médias, et pour que les victimes restent paralysée par la peur et ne la dénoncent pas.

Dans les nuits du Honduras, les étoiles ne brillent pas. Uniquement les phares des patrouilles et le sang de ceux qui tombent entre les mains de la meute portant uniforme. Des bottes et encore des bottes dans les rues, sur les dos, sur les visages des Honduriens. Et malgré la terreur semée nuit après nuit par la dictature, la peur n'est pas au rendez-vous. La résistance continue.

Lorsque le soleil apparaît, il y a des marches, les rues sont occupées, il y a des manifestations qui, pour être pacifiques, n'en restent pas moins un défi contondant. Ceux qui soignent leurs blessures, il se peut que nous ne les voyions pas dans les protestations pendant quelques jours, mais la voix se propage et l'indignation contre ce qui se passe présentement au Honduras fait que beaucoup plus de personnes s'incorporent. 90 jours de résistance. Des corps contre des balles. Les organismes des droits de l'homme signalent l'existence - connue - de plus de 600 détenus. Mais beaucoup sont arrêtés et torturés de nuit et ne le dénoncent pas par peur. Le Honduras a besoin que le monde réagisse de façon plus rapide devant la terrible violation des droits de l'homme qui a lieu. La diplomatie ne suffit pas. Il est urgent que le monde agisse, ici au Honduras et maintenant.

 

22.09.2009

Démence précoce

Daté du 17 septembre 2009, je reçois ce soir un courrier de mon hypermarché préféré qui me dit ceci:

"Chère cliente, cher client,

Par soucis (sic) du respect des mesures préventives mises en place par le Ministère de la Santé concernant la Grippe A, qui préconise d'éviter les regroupements de personnes, cette année, notre soiréee "Foire aux vins" n'aura pas lieu.

Néanmoins, vous faites partie de nos clients privilégiés, c'est pourquoi, nous souhaitons vous offrir vendredi 25 octobre 2009 vos points de fidélité multipliés par 10 sur tous vos achats au rayon Vins et Champagnes".

Faudra m'expliquer comment l'affluence de chalands le vendredi soir ou, mieux, comme d'habitude, le samedi matin est moins dangereuse que la soirée dans les mêmes lieux qui a été annulée.

Je me demande à quoi on joue...

 

15.09.2009

Résister

Je me dis parfois que tout le dispositif de protection contre la grippe du cochon pourrait constituer  une magnifique introduction à l’apprentissage massif de la docilité. Pensez à ce paradoxe : alors qu’on s’entasse tous les jours dans le métro, le RER, les bus, les gares, les supermarchés et les restaurants, tout d’un coup quand on se retrouve sur le lieu de travail, sans sourciller, on ne se serre plus la main, on ne se fait plus la bise. Le fait que cette incohérence ne saute pas aux yeux des bons élèves qui respectent scrupuleusement les injonctions picrocholines devrait nous faire réfléchir.  

 

En outre, le dispositif, sans que ce soit assurément voulu, stimule et encourage une phobie de l’impureté qui est une des pentes dangereuses de notre psyché. Bien que la religion soit à peu près morte dans les cœurs, elle reste présente comme une forme qui incurve à notre insu nos manières de ressentir et de penser. Dans un premier temps, on se contente d’écarter les nourritures impures. Puis, on change de trottoir pour éviter les pécheurs, les renégats et les femmes de mauvaise vie. Ensuite, on se persuade qu'ils sont responsables de tous les maux qui nous affligent. Vient enfin une quatrième phase où certains individus plus fragiles se découvrent une vocation de flicaillon voire de Torquemada. Ceux-là vont être à l’affût des fautifs, les traquer, les dénoncer, le tout évidemment pour le plus grand bien de la société.   

 

Vous allez me dire que j’extrapole à l’excès et que cette histoire de grippe n’a pas de commune mesure avec les Sorcières de Salem ou la dénonciation des Juifs et des résistants par les bons Français de Vichy. Je vous rappellerai l’expérience de Milgram que vous pouvez voir reproduite dans le film I comme Icare : cette expérience a démontré que 65 % des individus tombent facilement sous l’influence de l’autorité et sont alors capables de commettre des actes épouvantables. Je vous rappellerai aussi la sagesse hindoue : « Sème un acte,  tu récoltes une habitude. Sème une habitude, tu récoltes un comportement. Sème un comportement, tu récoltes un destin ». La docilité des peuples a permis plus d’injustice et encouragé plus d’horreurs que leur méchanceté. Il faut cultiver l'esprit de résistance.

 

Car résister n’est pas facile. Il faut d’abord s’accorder à soi-même la dignité de penser par soi-même. Or, tous les régimes autoritaires, qu’ils soient durs ou mous, s’efforcent de ruiner cette confiance que chacun d’entre nous peut avoir dans sa propre capacité de réflexion. Les autorités, d'où qu'elles prêchent, nous disent le plus souvent : « Ne cherchez pas à comprendre ! ». C’est que, comme l’a écrit Hanna Arendt que je ne cesserai pas de citer : « penser, c’est résister ». Mais penser ne suffit pas. Après, il faut affronter les autres : tous ces

Braves gens qui n’aiment pas que

On prenne une autre route qu’eux » (Brassens).

 

Une amie me contait hier ses tribulations lors de l’engouement généralisé pour le vaccin contre l’hépatite B. Elle en avait parlé avec le pédiatre de sa fille et s’était fait une conviction. En cohérence avec elle-même, Martine avait décidé que sa gamine ne recevrait pas ce vaccin. Le pédiatre, un homéopathe – vous avez d’ailleurs remarqué que l’avis et les conseils des homéopathes ne sont guère pris en compte en ce moment – lui fit un mot de dispense. Malgré cela, l’autorité scolaire mit la pression, revenant trois fois à la charge. « Vous ne vous rendez pas compte ! » « C’est invraisemblable ! » Vous entendez bien sûr les sous-entendus : quelle arriérée vous êtes, de quel droit avez-vous un avis, quelle tête de mule, etc.  On n’hésita pas à lui donner le coup de grâce : « Vous êtes une mauvaise mère ». Martine a tenu bon. Quelques années plus tard, on a découvert les dégâts que pouvait faire cette vaccination…  

 

La pandémie la plus redoutable n’est pas porcine, elle est ovine : c’est celle qui fait de nous des moutons. A titre préventif, je vous suggère de réécouter régulièrement Brassens.

12.09.2009

Boutefeu

Les tribulations d’un ministre de la république auront peut-être l’avantage de nous éclairer sur les dérives de la démocratie quand ses serviteurs deviennent courtisans. Courtisans du Prince dont ils peuvent attendre faveurs, honneurs et avantages s’ils ont les mots qu’il faut. Mais aussi, et c’est plus grave selon moi, courtisans du peuple. Comment expliquer sinon qu’un homme intelligent ait pu tenir des propos incompatibles avec une charge qui, pour être exercée avec crédibilité, exige de son titulaire qu’il soit insoupçonnable du moindre arbitraire ? Mais notre homme sait ce que bon nombre de Français, hélas ! pensent et disent. Vraisemblablement, il aura voulu leur donner un signe de complicité.

 

Chercher les faveurs du prince ou celles du peuple est contraire à l’esprit même de la démocratie. Un vrai serviteur de la démocratie n'est pas là pour caresser le ventre des citoyens. Il est là pour les éclairer. Il doit de ce fait pratiquer la vertu de l’exemple et d'abord dans le langage qu'il tient. Et, tâche difficile et exigeante entre toutes, plutôt que flatter la bêtise, il doit faire comprendre la voie de l’intelligence. L’ascèse propre à ces fonctions, c’est le renoncement au désir de plaire. Etre droit dans ses bottes, ce n’est pas jouer les bravaches ou glapir avec les roquets des jardins de banlieue. C’est penser juste et dire ce qu’on pense. En l’occurrence, filer un couplet raciste, ce n’était pas penser juste. C’était faire d’obscènes papouilles au bof qui sommeille en chacun de nous.

 

Je vais vous faire entendre un autre son de cloche. Evidemment, la voie que je vais évoquer est sans doute trop peu spectaculaire pour les amateurs de la scène publique - et trop douce pour la violence de ceux que Brassens brocardait en les appelant les « honnêtes gens ». Parmi les femmes remarquables que j’ai la chance de connaître, il en est une qui intervient en ce moment dans des établissements scolaires de la banlieue parisienne. Sa mission : remettre dans une dynamique constructive des jeunes en plein décrochage, voire en désespérance. Si vous imaginez une population bigarrée, vous ne vous trompez pas. Il se trouve d’ailleurs que cette femme est elle-même issue d’une communauté qui a très lourdement payé son tribut au racisme européen. Alors, je vous demande ce que cela vous ferait si vous entendiez un gamin de quatorze ans, d’origine africaine, fermé comme une huître, vous dire enfin: « Je vous remercie parce que vous vous êtes adressée à moi comme à quelqu’un de normal ».

 

S’il y a quelque chose que nous devons craindre, ce n’est pas la grippe du cochon, c’est la bofitude ! Elle tue à coup sûr. Mais l’esprit seulement. Le bonhomme continue à s'agiter avec toutes les apparences de la vie. C'est trompeur.

07.09.2009

Et si ce qui nous manquait, c’était le courage ?

Et si ce qui nous manquait, c’était le courage ? Pas l’intelligence ou le savoir, mais le courage ?

 

Regardez bien. En ne voulant jouer qu’à condition de gagner, nous avons ébranlé l’économie au point qu’elle est au bord de l’effondrement. Car ce n’est pas faute d’avoir multiplié les contrôles et les contrôleurs, les modèles mathématiques et les experts, les officiers de conformité et l’informatisation de la pensée. Et tout cela n’a engendré qu’un gigantesque aveuglement. Et une des conséquences de la crise, c’est quoi ? Gribouille se jette à l’eau par peur de la pluie. Un vent de malthusianisme souffle sur les organisations cependant que, comme sur le Titanic, l’orchestre reprend une nième valse pour les nantis. Tout le monde ainsi contribue peu ou prou au naufrage. Ces paradoxes ne devraient-il pas nous réveiller ?

 

Ce qui nous manque, assurément, ce ne sont ni vraiment les richesses, ni l’intelligence ou le savoir, mais tout simplement le courage. A commencer, comme l’ont fait tous les résistants, par celui d’entendre ce que disent nos tripes. Ce qu’elles nous disent de la vie que nous vivons. Des souffrances proches ou lointaines dont nous sommes les témoins ou les victimes. Des perspectives qu’offrent à nos enfants les années à venir. Des histrions de la scène politique et économique. De cette lamentable société de consommation où sont de moins en moins nombreux ceux qui peuvent consommer et de plus en plus abrutis ceux qui en suivent les injonctions. 

 

Et, une fois prise la mesure totale de notre dégoût, nous trouverons peut-être aussi le courage de remettre une bonne fois en question ce monde qui est en train de détruire le monde. Nous trouverons le courage de renvoyer au diable toutes les idoles issues de nos fantasmes et à qui nous avons donné le pouvoir par nos choix de consommation, nos votes et les programmes de télé que nous regardons, et, finalement, par nos capitulations larvées. Avec elles nous nous libérerons des croyances qui nous entravent, des tigres de papier qui n’ont de cesse que de nous transformer en marionnettes: bons petits soldats le jour, machines à consommer le soir et le week end.

 

Le courage de savoir ce que nous disent nos tripes nous donnera celui de transgresser, partout où elle règne, l’erreur dominante. Ce n’est pas en faisant davantage de la même chose qu’on aura des résultats différents de ceux qu’on a déjà eus. C’est en inventant. Comme le dit Hervé Juvin : nous nous trouvons devant le devoir d’inventer. D’autres projets, d’autres façons de répondre à nos besoins, d’autres manières de vivre ensemble, de faire économie et société. Nous ne sortirons du labyrinthe de la crise que par des moyens encore inimaginés. Nos assassins sont ceux qui veulent éviter l’irruption du nouveau.

12.08.2009

Illusionnistes

Le grand art de l’illusionniste est de vous faire regarder là où il ne se passe rien de sorte que vous ne voyez pas ce qu’il prépare. Il ne faut surtout pas suivre la direction de ses yeux, car celle-ci fait partie du geste qui détourne votre attention de l’endroit que vous pourriez scruter.

 

J’y pensais en lisant un article qui rendait compte d’une étude anglaise au terme de laquelle les aliments bio ne présenteraient pas d’avantages nutritionnels sur les produits ordinaires. Une nouvelle charge de l’agriculture industrielle, me suis-je dit, et sévère celle-là. Pour autant, à lire de plus près, en ce qui concerne la comparaison des qualités nutritionnelles, il y a – c’est le cas de le dire – à boire et à manger. L’étude occulte un certain nombre d’informations et ne craint pas de se contredire elle-même. Mais, passons : si on la survole, impressionné au surplus par sa signature « scientifique », on peut décider de revenir aux fruits et légumes de l’agriculture intensive, d’autant que c’est quand même plus simple pour faire son marché.

 

Eh ! bien, détournement réussi! En effet, à braquer notre attention sur l’aspect nutritionnel, cette étude nous fait oublier – volontairement ou involontairement - un autre aspect, fondamental : la présence de pesticides dans les aliments. Or, à elle seule, cette présence-là justifie qu’on privilégie le bio. Cf. http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3...

 

Sachant qu’un des jeux principaux auquel se livre notre époque est la capture de flux monétaires et qu'elle prime tout, on devrait toujours se demander quel est l’argent, les copains ou les coquins qui se cachent derrière les annonces spectaculaires. Cela me ramène à la pandémie. A la fin avril, elle était imminente, on sonnait le tocsin. Il ne s’est rien passé. On nous dit depuis quelques semaines que, trop occupée jusque là, la porcine nous donne rendez-vous à la rentrée. Peut-être, généreuse, a-t-elle jugé bon de nous laisser le temps de produire un peu plus de vaccins et autres substances à effets secondaires – et financiers - garantis. Et la rentrée, c’est bien connu, est traditionnellement pourvoyeuse de rhumes: bien conditionnés,  nous verserons dans le pathos au moindre nez qui coule. Les milliards engagés par l'Etat seront légitimés. Mais n'oublions pas dans le scénario le double effet kiss cool: grâce à cette juteuse menace, le secteur pharmaceutique pourrait annoncer des profits remarquables, les seuls peut-être d'une bourse égrotante. Tous les joueurs de Monopoly en mal d'enrichissement facile vont se précipiter et les actions vont atteindre des sommets. 

 

 J'en reviens quand même au détournement d'attention. Les fins stratèges font toujours d’une pierre deux coups et même plutôt trois. Alors, que nous réservent les maîtres du monde en dehors d'un couvre-feu qui ressemble beaucoup à une manipulation de prestidigitateur ?

11.08.2009

Lire ou relire Marcuse

Plus actuel que jamais!

http://internationalnews.over-blog.com/article-34586835.h...

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