UA-110886234-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/06/2010

Responsabilité

 

 

L'important n'est pas ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu'on a fait de nous.
Jean-Paul Sartre

 

02/04/2010

Le Tao

 

C'est un petit village chinois où il n'a pas plu depuis des mois, peut-être des années.

Les habitants ont tout essayé et même le faiseur de pluie est resté impuissant. Ils sont désespérés.

Ultime espoir: ils ont entendu parler d'un grand sage qui vit dans les montagnes et qui serait capable de faire des miracles. Alors, ils se cotisent et envoient deux d'entre eux à la recherche de ce sage.

Ceux-ci finissent par le trouver mais l'homme se fait prier. Cependant, devant la détresse des deux émissaires, il se décide finalement à quitter sa retraite.

Les voilà qui arrivent au village et, bien sûr, un attroupement se forme rapidement autour d'eux. Aussitôt, le sage demande qu'on lui attribue une maison où il soit seul et qu'on l'y laisse tranquille. Ce qui est fait malgré la déception qu'engendre cette exigence.

Le jour passe, aucune nouvelle du sage. La nuit passe et le soleil se lève sur une autre journée de désespoir. Le sage n'a toujours pas reparu. Mais, bientôt, voilà les nuages qui s'amoncèlent dans le ciel et soudain la pluie tombe.

C'est le moment où le sage sort enfin de sa maison et demande qu'on le ramène dans ses montagnes.

"Mais qu'avez-vous fait ? Comment vous y êtes-vous pris ? Nous n'avons rien vu!" s'exclament les gens.

Et lui de répondre: "Dès que j'ai mis un pied dans votre village, j'ai ressenti le désordre de vos âmes et celui-ci est entré en moi. Alors, je me suis isolé pour remettre de l'ordre en moi."

 

PS: Je crois avoir lu cette histoire, il y a bien longtemps, dans Le sourire du Tao, de Laurence Durrell.

02/03/2010

Nommer

 

Dans la Genèse, Dieu demande à l'homme de nommer les animaux et l'ensemble des créatures. Donner un nom est un pouvoir. Un adjectif, d'ailleurs, peut valoir un nom. Ils sont nombreux ceux qu'un qualificatif un peu lestement administré par un adulte dans leur âge tendre a durablement blessés, au point que la blessure est devenue un élément de leur construction identitaire. Comme l'a montré Michael White, chacun d'entre nous est une histoire qui se raconte. Cette histoire, comme toutes les histoires, est faite de mots. Et ces mots ne sont pas seulement les nôtres, ce sont aussi et surtout ceux des autres à notre propos.

 

Avez-vous observé ce qui se passe si, dans le cadre d'une enquête, on vous interroge sur votre « expérience de consommateur » ? Déjà, le mot consommateur à lui seul fait apparaître dans votre esprit ce que Christine Hardy appelle une « constellation sémantique » : un réseau de concepts et d'affects s'organisant par le sens. Les logiciels qui s'initialisent alors automatiquement dans votre cerveau s'appellent « rapport qualité - prix », « en avoir pour son argent », « être exigeant », « ne pas se faire avoir », etc. C'est en entrant dans de telles constellations qu'un acteur peut s'approprier un personnage. Quand on s'adresse à vous en tant que consommateur, vous êtes un acteur qui endosse machinalement le rôle qu'on lui tend. Mais l'acteur n'est-il pas plus riche que le rôle ? Votre vie n'est-elle pas plus vaste que la pièce qu'on vous propose de jouer ?

 

Je n'ai plus envie qu'on s'adresse à moi comme à un consommateur. Cela me donne l'impression d'être réduit aux fonctions d'un  tube digestif. Or, j'ai la prétention d'être plus que cela. Et nous avons le devoir d'être plus que cela. Un tube digestif, oui, mais avec une conscience au moins ! Entendre dire « les consommateurs veulent ceci ou cela » me hérisse. J'ai l'impression qu'on nous enferme. Du bétail qui ne doit pas sortir du parc qu'on lui a assigné. « Consomme, et ne cherche pas à comprendre, on s'en charge. » Si, au long des années, on vous dit et on vous répète que vous êtes un consommateur, plus qu'une défroque à endosser provisoirement cela va devenir une seconde nature et bientôt une identité. Surtout qu'on va vous montrer ou vous démontrer que c'est gratifiant. Mais la parole de l'autre, expert ou non, acceptée comme un moyen de se désigner, de se comprendre soi-même, n'est parfois que l'entrée d'un couloir de plus en plus étroit où nous perdons la gamme de nos sentiments et la variété de nos comportements possibles.

 

Lors d'une journée de réflexion qui réunissait une poignée d'hommes et de femmes de tous horizons, j'ai demandé qu'on attendît la clôture pour se présenter. Nous avons ainsi ignoré qu'il y avait par exemple dans la salle un énarque, une cartomancienne et un autodidacte. Nous étions entre être humains. Alors, justement ! Imaginez de remplacer « consommateur » par « être humain ». Tout simplement. Dire : « les êtres humains veulent ceci ou cela », vous sentez ce qui se passe ? Vous voyez le champ qui s'élargit, simplement en changeant un mot ? Essayez maintenant avec salarié, chômeur, patient... Magique n'est-ce pas ? Seulement, voilà: vous allez sortir du cadre dans lequel on veut vous contenir. A bien y réfléchir, l'acteur, même talentueux, joue les pièces écrites par d'autres.