06.05.2008
Entre le cristal et la fumée…
C'est le très beau titre d’un livre de René Atlan: le célèbre biologiste situe quelque part entre le cristal trop rigide et la fumée trop évanescente l’organisation de la matière qui permet l’apparition et le développement de la vie. Il me semble qu’il en est de même pour l’intelligence.
Notre époque, dans sa névrose de règles, de normes et de procédures me fait penser à la sorcière qui, toute de guimauve qu’elle soit, fait main basse sur l’école de Harry Potter* au point que les murs ne sont plus assez grands pour qu’on puisse y afficher tous les décrets que sa folie promulgue à jet continu. L’univers de Bienvenue à Gattaca n’est pas loin. Un univers de cristal. Un univers parfait. Et froid, mortellement.
J’avoue cependant que, pour révulsé que je sois par l’image d’une société toute de règles et de normes et surtout par les individus qu’elle produit et dont elle a besoin, je ne saurais jusqu’où pousser le curseur de l’autre côté - vers l’auto-organisation. J’admire Charles et Robert, de CoMind**, d’en avoir fait leur art et d'y réussir.
Cependant, sur www.largeur.com, il y avait un jour cette information à prermière vus surprenante: plusieurs pays du nord de l’Europe ont testé un allègement de la signalisation routière et il en est résulté davantage de sécurité. Le Danemark, les Pays-Bas, l’Angleterre, la Belgique et même la Suisse vont dans ce sens. Sur tous les sites pilotes, le nombre des accidents a diminué et le temps nécessaire pour traverser les rues a été amélioré. La Floride fait ses propres tests : à West Palm Beach, « une expérience de suppression de signaux, rapprochant piétons et voitures, a permis de ralentir le trafic, de diminuer les accidents et de raccourcir la durée des trajets ».
Cela me fait penser à ce qu’Isabelle Raugel*** dit de la circulation en Inde : le contact visuel et auditif et les interactions sont permanents entre ceux – camions, vélos, bus, charrettes, rickshaws, et j’en oublie sans doute - qui se partagent la chaussée. Le degré d’attention à l’autre est élevé, des codes sont naturellement partagés, les réflexes sont rapides et l’ajustement se fait en temps réel. Un genre de conversation dont les mots seraient les véhicules.
Les hommes font la société mais la société, en retour, façonne les hommes. On peut se demander quels sont les effets, sur les comportements et la vision du monde, d’une société qui dose différemment ajustement spontané et règles. La société Enron, avant le scandale, avait promulgué le plus beau code éthique qui soit et la croissance exponentielle de la règlementation bancaire n’a pas empêché l’explosion des subprimes. Et si les béquilles empêchaient tout simplement d’apprendre à marcher ?
Lire l’article : http://www.largeur.com/expArt.asp?artID=2488
* J. K. Rowlings, Harry Potter et l'Ordre du Phénix.
** Comind: http://www.comind.be/
*** http://www.paysagiste-numerique.com/vf/index.html
07:08 Publié dans Servitude volontaire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : management, développement personnel, organisation, société
03.05.2008
Fractale
En lisant - ce qui est mon métier - divers récits de management, je suis resté un moment pensif. Il y avait comme quelques notes de musique, pas tellement distinctes, mais qui suggéraient un air que je ne parvenais pas à saisir. Ayant perdu le fil de ma lecture, je suis revenu en arrière jusqu'au passage où mon attention avait décollé et j'ai essayé de me concentrer sur ce que racontait l'auteur. Il y était question d'un winner qui réalisa un jour qu'il avait besoin d'un adversaire pour réussir. Et l'auteur de commenter: quand il n'avait pas d'adversaire, il s'en créait un.
La petite musique, c'était celle de la compétition. Une fois identifiée, elle s'est présentée à moi sous les variations les plus diverses. Etre le meilleur à l'école, la plus grande gueule, le vendeur le plus performant. Avoir la voiture la plus récente, la plus rapide, la plus écrasante. Acheter son appartement dans un quartier financièrement inaccessible - et ne parler bien sûr que des commodités que cela procure. Porter des vêtements griffés ou dégriffés - à la fois les plus chers et obtenus au meilleur prix. Avoir eu la marque d'intérêt du maître, avoir eu le dernier mot, la plus grosse augmentation. J'en passe pour rester correct, mais je vous invite à écouter les conversations. Tendez bien l'oreille. Dans combien n'entendrez-vous pas en filigrane ce "Je suis meilleur que toi" ? En permanence, fût-ce à fleuret moucheté, nous nous mesurons les uns aux autres.
La compétition est une fractale de notre société. Les individus, dès l'école, sont en concurrence. D'ailleurs, on les y encourage et pendant des années leur sort va dépendre d'une stratégie purement égocentrique. Il y avait même, dans certains établissements, une épreuve d'entrée qui était du registre explicite de l'ordalie: une joute oratoire où tous les coups étaient quasiment permis. Dans certains milieux, le darwinisme - je ne dis pas celui de Darwin, mais l'ogm qu'on en a tiré - est une religion. Depuis des années, les consultants ultra-libéraux théorisent "l'hyperconcurrence". Avec le jeu que nous appelons "mondialisation", les entreprises, naturellement, sont prises dans cette tourmente qui les déracine. Eh! mec, tu as vu mes ratios, ma capitalisation boursière ?
Les villes, les régions, les pays sont entraînés dans cette dynamique de la compétition généralisée. Où sont les paradis fiscaux ? Où la main d'oeuvre est-elle la moins chère ? Où la règlementation environnementale ou sociale est-elle la moins contraignante ? Dans quel pays les autorités locales ferment-elles le plus facilement les yeux au meilleur prix ? Et cette tempête qui brasse tout retombe sur l'individu qui, à travers le marché du travail et les nouvelles technologies, se retrouve en concurrence à la fois avec son voisin et avec des gars qu'il ne verra jamais, à Delhi ou ailleurs.
L'humanité fait une pause en matière de grandes invasions armées et de migrations massives, mais les civilisations et les modes de vie se retrouvent néanmoins dans l'arène. Certains ont appris à créer un critère, à le faire admettre et à se donner pour référence. Ils diffusent leur production audiovisuelle, mythifient leurs marques, s'emparent des organismes internationaux - qui légifèrent même pour ceux qui en ignorent l'existence. Ils dictent les programmes académiques. Ils forment - de manière formelle ou informelle - les futures élites, politiques ou administratives, des régions à conquérir. Le mode de calcul du Produit Intérieur Brut disqualifie les économies non marchandes. L'enseignement des business schools fait litière des entreprises non capitalistiques et des économies solidaires. Et la vie matériellement dorée des Desperate housewives fait honte ou donne envie à la ménagère du fin fond du Brésil, du 9-3 ou de la Creuse.
Le sport, censé être une élévation de l'être humain, ne fait aujourd'hui que contribuer à cette noria de la concurrence généralisée. Porter la flamme olympique sur le plus haut sommet du monde et marcher en passant sur un peuple méprisé et opprimé: je ne vois là que cynisme et prétention. Se précipiter - qu'on soit spectateur ou athlète - à ce grand rendez-vous des puissances matérielles, ce n'est qu'apporter sa caution à ce jeu destructeur du plus fort. C'est conférer des lettres de noblesse à la barbarie triomphante.
Mais sur cette lancée, il y a pire encore. L'humanité est entrée en compétition avec les autres habitants de la planète qui pourrait bien, du coup, devenir l'île du Docteur Moreau. Que gagnerons-nous, au bout du compte, à être en compétition avec la vie ?
11:20 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : société, économie, jeux olympiques, développement personnel
24.04.2008
De la pluralité des mondes possibles
Pourquoi n'y aurait-il qu'une manière de vivre ? Manfred Max-Neef a montré que c'est la façon de répondre aux besoins fondamentaux qui dessine les civilisations. Jusqu'au XXème siècle, ces réponses étaient considérablement diverses. Puis la solution occidentale, essentiellement fondée sur les relations marchandes, est devenue une référence avant de se poser, finalement, comme norme. Au point qu'elle est en passe, aujourd'hui, de tout uniformiser. "Parce qu'elle est la meilleure!" allez-vous me dire. L'est-elle vraiment ? Et est-elle viable à long terme ? A cette dernière question, à moins d'être aveugles ou de mauvaise foi, nous avons déjà la réponse. Elle n'était viable qu'à condition de rester le privilège d'une fraction de l'humanité - et, d'ailleurs, si elle se perpétue, ce sera à ce prix-là: celui d'une inégalité voulue et protégée.
Mais revenons à la première question: est-elle la meilleure ? On peut en douter. Il faudrait examiner de près quels humains elle engendre. Si, déjà, pour durer, elle exige que l'on soit capable d'accepter une inégalité radicale et définitive entre les peuples et les personnes, permettez-moi d'en douter. Si son fonctionnement suppose en outre pour carburants des aspirations égoïstes, des comportements prédateurs, dispendieux et irresponsables, je ne vous demande plus la permission de douter, parce que je ne doute plus: il y a sûrement de meilleurs repères en termes d'anthropogenèse!
Cependant, le plus grave, selon moi, n'est pas là. Le plus grave n'est même pas que notre mode de vie périlleux soit jugé souhaitable par la grande majorité des humains. Avoir souffert de cruelles et longues pénuries - avec, en outre, la vision de voisins qui s'empifrent et gaspillent - ne peut que tourner un légitime appétit en avidité insatiable. Je me souviens d'un vieil homme qui, dans sa jeunesse, avait passé plus d'une semaine sans viande: des années plus tard, les Trente glorieuses aidant et nonobstant les objurgations de son médecin, il aurait considéré scandaleux de ne pas avoir de la viande deux fois par jour dans son assiette.
Le plus grave, fondamentalement, c'est la disparition progressive de la diversité des modes de vie. De même que la biodiversité végétale et animale, dans un univers complexe, constitue un facteur d'équilibre dynamique, la coexistence de différentes façons de s'adapter et d'être au monde est une richesse, une source d'inspiration dont nous avons besoin. Peter Schwack expliquait que le simple fait, pour la Shell, d'avoir pu se représenter une crise du pétrole - même si ç'avait été avec scepticisme - dès la fin des années 60, avait ménagé à la compagnie une réactivité supérieure à celle de ses concurrentes. Dans le même esprit, la diversité des modes de vie est un vivier: celui des scénarios de demain tant pour les individus et les familles qui sont à la recherche d'un bonheur différent que pour les sociétés qui se découvriront un jour en quête de sens et de pérennité.
Manfred Max-Neef proposait de réfléchir sur les quatre modalités qui structurent, selon lui, la façon de répondre à nos besoins: l'avoir, le faire, l'être, l'interagir. Quatre variables en interaction, quatre axes sur lesquels, en déplaçant les curseurs, nous pouvons esquisser une nouvelle pluralité des mondes possibles. Encore faut-il que nous cessions de nous représenter l'aventure humaine comme une droite uniquement ordonnée à la croissance des biens matériels. De plus en plus, me semble-t-il, l'Histoire est une exploratrice et le but du chemin est de construire notre humanité.
07:00 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : économie, société, anthropologie, développement personnel
22.04.2008
Impossibles
Ce qui définit le plus sûrement un monde, c'est ce que les citoyens de ce monde considèrent comme possible ou impossible*.
Quelqu'effort que nous fassions pour penser "hors de la boîte", quelque rébellion que nous exprimions par rapport à l'existant, sur l'essentiel nous restons à notre insu sous influence. Cela explique que, tout en visant le changement, nous obtenions toujours plus du même résultat. Les véritables ruptures résultent toujours d'une inversion des pôles.
Tentons un exercice.
Etes-vous capable d'imaginer que l'on puisse vivre différemment de l'Occidental moyen d'aujourd'hui sans que ce soit un retour en arrière ?
Etes-vous capable d'imaginer qu'il y ait des milliers de monnaies dans le monde et que les choses n'en aillent que mieux ?
Etes-vous capable d'imaginer que l'entreprise - en tant que forme d'organisation - puisse disparaître et que ce ne soit pas une faillite pour l'humanité ?
Merci à ceux qui y arriveront de nous faire partager leurs visions!
* Cf. Andreu Solé, professeur à HEC, auteur de Créateurs de mondes.
14:45 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : économie, société, anthropologie, développement personnel
18.04.2008
Interview d'un pionnier
Rémy, tu as une situation que beaucoup jugeraient enviable: cadre dans une des entreprises françaises parmi les plus renommées. Tu as cependant décidé de changer de vie. Quel est le cheminement qui t'a conduit à faire ce choix?
Après de nombreuses années de travail dans l'industrie, intégrant l'opportunité de s'ouvrir à l'extérieur, de faire "du réseau", la relation au travail évolue. Des rencontres stimulent, des interrogations naissent... Je ne peux pas dire que le travail que je fais aujourd'hui ne m'intéresse pas, au contraire. Il manque de quelque chose. Ce que je dis là tient à un tout et revient un peu à répondre à cette question : qu'est-ce qui fait que je m'épanouis dans mon univers ? Le tout dépend bien sûr du travail et de la qualité des relations professionnelles tissées, le sentiment d'évolution personnelle, l'habitat, les relations personnelles, le rapport au monde, la participation à mon échelle aux grands enjeux planétaires... En s'interrogeant sur ces aspects, alors oui, je peux dire qu'il manque quelque chose. Il manque un projet qui structure la vie, un projet de long terme, en rupture avec la vision "court-termiste" du monde dans lequel nous vivons, un projet dans lequel la créativité et la joie seraient partie prenante. Etant d'un naturel optimiste, face à ce constat, il me fallait proposer une initiative mobilisatrice qui puisse répondre à tout ou partie de ces questions. En faisant, ces dernières années, différentes rencontres avec des personnes, des organisations, des projets qui m'ont particulièrement inspiré, naturellement des idées sont apparues. Qu'il s'agisse de Team Academy, de Zeri, de The natural step... et bien sûr de la nature, de nombreuses personnes éclairées ont jalonné un parcours de quête de sens et ont permis d'imaginer le projet "Vous êtes ici". A plusieurs.
Un volet fondamental de ton projet est de créer un "territoire durable": pourquoi ?
Lorsqu'il s'agit d'être en phase avec les enjeux écologiques et sociaux de notre époque et de répondre de façon concrète à ces défis, on mesure le décalage entre les discours, les intentions de certains dirigeants politiques ou d'entreprises et les actes. Si, avec nombre de grands évènements parfois portés au plus haut niveau de représentation ou de décision (le rapport de Nicholas Stern, le film d'Al Gore, les enjeux électoraux, le Grenelle de l'environnement...) la prise de conscience de nos concitoyens en matière écologique et sociale s'est accrue, en revanche, les décisions et actions concrètes peinent à voir le jour. Il est pourtant urgent d'agir. Alors qu'est-ce qui nous en empêche ? Quand ces alertes nous mobilisent, les messages de la vie quotidienne (publicité, médias, conversations...) nous détournent de l'action en faisant à très large échelle la promotion de l'économie, de la finance, de la technologie, de la croissance... La nature est ainsi banalisée et petit à petit oubliée de nos actes quotidiens. C'est donc pour contrebalancer ces discours omniprésents que nous avons souhaité créer un projet visant à créer en équipe un territoire durable de référence à l'horizon 2020. C'est la vision que nous souhaitons partager avec les membres et les partenaires du projet.
Comment imagines-tu cette vie future ?
"Vous êtes ici" est un projet visant à créer un lieu de vie et d'activités économiquement viables, stimulées par le respect réel des enjeux écologiques, proposant des emplois et des relations humaines de qualité et porteurs de sens. Cette vie, je l'imagine joyeuse, dédiée à la conception et à la réalisation en équipe de ce projet. Vouloir entreprendre un tel projet seul ou au sein d'une famille est très honorable. Néanmoins, l'obstacle principal que j'y vois est celui de la motivation. A plusieurs, quand survient une baisse de moral, il y a toujours quelqu'un pour l'enrayer et proposer d'aller de l'avant. L'équipe, le groupe, c'est aussi le lieu de l'échange, de la participation. Mettre en place un tel projet signifie déterminer des règles ensemble : où commencent et où s'arrêtent les limites du groupe au profit de l'individu ? Comment les conflits seront-ils arbitrés ? Comment l'identité du groupe (ce que nous appelons les fondamentaux) évolueront-ils ?...
Quel processus mets-tu en place ?
"Vous êtes ici" consiste à se regrouper pour imaginer et construire ce territoire durable. Aujourd'hui, dans la phase de concertation, ni le lieu d'implantation ni les activités ne sont précisés. Nous avons déjà beaucoup d'idées, c'est évident. Mais nous souhaitons auparavant rassembler d'autres membres dans une équipe élargie pour s'approprier et enrichir le projet
avant de le concrétiser.
Que conseillerais-tu à ceux de nos lecteurs qui auraient envie d'en faire autant ?
Nous sommes au tout début du projet, là où tout semble possible. La réalisation d'un projet tel que celui-ci se fait dans la durée. Ce sont essentiellement la ténacité et l'enthousiasme qui nous guident. Croire en ce que l'on fait est indispensable. Communiquer et séduire le sont tout autant. Il me semble primordial de bien expliquer ce que l'on souhaite faire en toute transparence, de savoir dire ce que l'on attend des autres et d'être constant. Par ailleurs, nous souhaitons que ce territoire puisse séduire ses futurs membres, ses partenaires par ses activités et ses relations. Nous n'envisageons par un retour en arrière comme certains l'imaginent lorsqu'on parle d'écologie ; ni la création d'une communauté soixante-huitarde. Nous allons nous servir des outils et connaissances d'aujourd'hui pour créer un mini modèle de société compatible avec un monde qui a changé. Pour ce faire, développer une vision est une chose. La faire partager à d'autres au point qu'elle s'inscrive dans les fondamentaux du projet, qu'elle participe à l'élaboration de sa culture en est une autre. C'est essentiellement le temps qui voit le succès d'une innovation. Et bien sûr la capacité à gérer le changement. Si au départ, beaucoup de personnes ne voient pas le projet concrètement et n'y croient pas, lorsque celui-ci deviendra réalité, la perception évoluera. Et quand, après quelques années, à force de travail et de ténacité le projet sera reconnu, les sceptiques des premiers jours n'existeront plus.
Nous recherchons des co-créateurs motivés !
Pour participer au projet, donnez votre avis sur le site internet. Si vous voulez rejoindre l'équipe, si vous connaissez des personnes intéressées ou si vous souhaitez accueillir un territoire durable au sein de votre commune, de votre région... contactez-nous.
Pour tout savoir sur les enjeux, les détails du projet ou l'équipe, rendez-vous ici : http://www.vousetesici.com/
07:00 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, développement personnel, écologie, développement durable
16.04.2008
Au pilori
Au pilori Léon Tolstoï – l’auteur de Guerre et Paix – qui prônait la simplification de la vie quotidienne et la frugalité. Que deviendraient nos industries, nos magasins et nos actionnaires si nous étions assez fous pour l’écouter ? Que deviendraient même les marchés qui se créent sur le développement durable si nous simplifiions notre vie au point de polluer beaucoup moins ?
Au pilori Bernard Ollivier – La vie commence à 60 ans – qui soutient que si nous nous servions davantage de nos jambes, beaucoup de maux du corps et de l’âme s’évanouiraient. Mais que deviendraient nos médecins, nos cliniques, nos industries automobiles, pharmaceutiques, diététiques, et que deviendraient les producteurs d’émissions de télé, si nous répondions à son invitation ?
Au pilori Manfred Max-Neef et Patrick Viveret, le premier pour avoir mis en évidence que lorsqu’une mère allaite son enfant elle satisfait simultanément plusieurs de ses besoins, le second pour avoir démontré que cette même femme n’augmente pas le Produit Intérieur Brut et néanmoins joue un rôle important dans l’économie du bonheur. Que deviendraient nos fabricants de lait en poudre, les vaches qui les fournissent, les grossistes et les détaillants, si on les prenait au sérieux tous les deux ?
Au pilori le Mahatma Gandhi qui ne voulait pas faire de l’Inde une économie occidentale et qui, heureusement, n’a pas été suivi. Où achèterions-nous les produits dont les prix soient assez bas pour nous donner l’impression d’élever notre train de vie sans que nous gagnions davantage d’argent ?
Au pilori Paulo Freire qui nous demande ce qui se passerait si nous découvrions tout soudain que notre façon de vivre est le principal obstacle à l’épanouissement de notre humanité ?
07:00 Publié dans Indisciplinés | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : société, développement personnel, santé, économie
09.04.2008
Eloge de la désobéissance
Si l’on compare notre niveau de conscience et de savoir avec les désordres et les souffrances de toute sorte qui, du fait des hommes, affectent les hommes, on est saisi de perplexité. Très majoritairement, que nous soyons Français, Américains, Russes, Chinois ou Indiens, que nous soyons chrétiens, musulmans, juifs, hindouistes, animistes ou agnostiques, l'humanité se compose de braves gens. Alors, comment cet immense gâchis est-il possible?
Vous souvenez-vous de « I comme Icare », avec Yves Montant dans le rôle d’un procureur qui enquête sur l’assassinat du président des Etats-Unis? Une des séquences du film est la reconstitution de l’expérience conçue par Stanley Milgram à l’université de Yale au début des années 60. Cette expérience met en scène trois personnages dans un laboratoire de recherche. L’idée, telle qu’elle est scientifiquement exposée par celui des trois qui porte une blouse blanche, est de mesurer les effets de la punition et de la peur sur l’accélération de l’apprentissage. Le deuxième personnage, un « cobaye » volontaire, est attaché sur un siège de dentiste, devant un écran. Quelques électrodes sont fixées ici et là sur son corps. Des listes de mots sont projetées sur l’écran et le cobaye doit les mémoriser et les restituer. S’il se trompe, le troisième personnage, recruté par petites annonces, doit appuyer sur un bouton et lui envoyer une décharge électrique. Si les erreurs se multiplient, l’intensité de ces décharges ira croissant jusqu’à atteindre 450 volts.
L’expérience commence, le cobaye commet évidemment des erreurs et reçoit les premières décharges électriques. A partir d’un certain voltage, il se met à manifester de plus en plus bruyamment sa douleur, passant progressivement des gémissements aux hurlements et suppliant qu’on mette fin à l’expérience. La personne qui doit appuyer sur le bouton se tourne alors vers le superviseur en blouse blanche. Celui-ci se montre inflexible : l’expérience doit être menée à son terme, il faut aller jusqu'au bout. Il arrive alors que, partagé entre son devoir et la souffrance qu’il inflige, « l’électrocuteur » s’en prenne à sa « victime », l’accusant de se trouver à cause d'elle dans une situation impossible.
Vous l’avez soupçonné, le véritable cobaye n’est pas l’homme en train de se tordre et de gémir sur le fauteuil du supplice : il s’agit seulement d’un acteur et l’équipement électrique est factice. Le véritable cobaye est, à son insu, la personne recrutée pour quatre dollar de l’heure, et l’expérience ne porte pas sur le rapport entre punition et apprentissage mais sur le « taux d’obéissance ». Maintenant, si c’est la première fois que vous entendez parler de cette expérience, restez assis: 62,5% des vrais cobayes – fût-ce à leur corps défendant - sont allés jusqu’à administrer des électrochocs atteignant 450 volts.
Alors, la « vertu d’obéissance », vous en pensez quoi maintenant? Désormais, quand vous ferez par obligation une chose qui vous met mal à l’aise, demandez-vous où est la blouse blanche et quel est le système de croyance qu’elle mobilise en vous. Personnellement, je me suis déjà abandonné à l’emprise des blouses blanches. Je me suis dramatiquement retrouvé du côté de l’institution scolaire contre un de mes enfants. Il fallait, encore et encore, que je le fisse travailler et que je le « visse ». Toujours plus de la même chose. Evidemment, toujours plus du même résultat, pour lui comme pour moi. Car, à chaque rencontre avec ses professeurs, c’était le même film et j’avais tendance à le prendre un peu plus en grippe. Or ce n’était ni un cancre ni un fainéant mais – je l’ai enfin découvert - un surdoué qui souffrait énormément. L’existence de ce blog, à vrai dire, doit beaucoup à cette expérience de vie.
Nous ne sommes souvent qu’un maillon dans une chaine et, de ce fait, il se peut que ce qu’on nous invite à faire nous paraîsse bien peu de chose. A quoi bon se rebeller, à quoi bon même se poser des questions ? Puis, quelle légitimité avons-nous face aux blouses blanches : professeurs, ingénieurs, managers, prix Nobel d’économie ou de médecine, capitaines d’industrie et autres experts de tout poil ? Les lois de l'économie, le progrès de la science, la bottom line: quelle est la légitimité de ce que nous ressentons face à l’univers de la rationalité et de ceux qui la détiennent ?
Eh ! bien, pour conclure, voici deux convictions chèrement acquises. D’abord, ce bien peu de choses dont chacun d’entre nous assure l’exécution peut constituer au bout du compte une chaîne des plus malfaisantes. Cette chaîne, il faut savoir la rompre. Comme pour le SIDA, cet invisible virus, nous devons refuser que certaines choses passent par nous. Quant à notre légitimité, à nous, les ignares, les irrationnels, les irresponsables de service, les «sans blouse blanche», je vous laisse avec cette réflexion d’Albert Camus : « Entre ma mère et la justice, je choisis ma mère ».
Pour en savoir davantage sur l'expérience de Milgram:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram
07:00 Publié dans Servitude volontaire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : développement personnel, société, économie, écologie, politique
03.04.2008
Liberté d'expression (2)
Les réactions que j'ai recueillies à la suite de ma précédente chronique me donnent envie de préciser mon point de vue en repartant de l'exemple que j'ai donné: celui des caricatures de Mahomet.
D'abord, je ne partage pas totalement l'idée d'une relativité du bien et du mal. Il me semble que le mal surgit dès que je fais souffrir l'autre dans sa chair ou dans son âme sans pouvoir me prévaloir d'une légitime défense - ou bien si les voies que j'ai choisies sont inappropriées au strict besoin de celle-ci.
Sans en appeler au "Aime ton prochain" qui dépasse souvent nos moyens ordinaires, je plaide, a minima, pour la civilité. Se moquer de ce qui est cher à l'autre, même si nous ne comprenons pas pourquoi il y est attaché, est cruel et irrespectueux.
Je plaide ainsi pour l'efficacité: est-ce que me moquer de ce qui est cher à l'autre me permet d'obtenir ce que je prétends obtenir de lui: son intérêt, son respect voire son adhésion?
Enfin, je me porte partie civile contre l'usurpation. Alors même que nous prétendons à la supériorité de nos convictions et de nos croyances, notre comportement ne trahit-il pas une autre motivation que celle de les faire partager?
15:10 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : société, politique, développement personnel
26.03.2008
Résurrection
La planification, qui donne le pouvoir à la psychorigidité. Les systèmes de comptabilité publique ou privée, les tableaux de bord et les ratios qui rendent aveugle et sourd à l’essentiel. Les organismes génétiquement modifiés, atrophiés à la mesure de nos représentations, lachés dans des écosystèmes que notre entendement ne peut embrasser. Des cultures déployées à grande échelle, avec la rigueur d’une chaîne de montage des Temps modernes, qui détruisent les équilibres naturels comme une main négligente balaie un château de cartes. L’humain lui-même réduit à des chiffres, enserré dans des emplois du temps tirés au cordeau, informatiquement fliqué, invité à une précarité érigée en devoir d'état. L'acccumulation de règles, de règlements, de lois et de procédures qui occupent des nuées d’experts en tout genre et dont les mailles n’empêchent rien. Au nom de la performance et de la création de valeur, la chasse au non-contrôlable, aux secondes perdues, aux espaces inemployés, aux activités non marchandisées, aux diversités non requises et à la fécondité non programmée. Pour résultat, un monde où s’accroissent les pénuries des biens les plus essentiels, le nombre de pauvres et l’insécurité. Les solutions d’hier qui sont les problèmes d’aujourd’hui. Les solutions d’aujourd’hui qui préparent les naufrages et les catastrophes de tout à l’heure…
Telle est la planète des "gestionnaires", cette classe culturelle issue de la pensée unique que distillent depuis des lustres les meilleures business schools, devenue en l'espace d'une génération une sorte de franc-maçonnerie mondiale et qui s’est emparée des représentations collectives et des leviers de l'économie.
Dans les interstices de cette planète sur papier ligné, de ces latifundia de monoculture intensive, des herbes folles : les cancres qui n’apprennent pas dans les règles, les asociaux qui prétendent refaire société, les « humanitaires » qui veulent sauver le monde - et les écolos, les mystiques, les artistes, les poètes, les altermondialistes, les « bio » - j’en passe - qui défendent la possibilité d’autres bonheurs.
Puis, non plus dans les interstices mais aux marges maintenant de cette même planète, pesant sur les frontières, les barbares : ceux qui habitent les banlieues d’ici ou d’ailleurs, les favellas, les barrios, les bidonvilles. Ceux qui écorchent nos oreilles de leurs accents grossiers, qui transgressent nos règles du jeu et parfois, même, nous agressent. Et aussi ceux qui crèvent de faim dans leur pays – grâce en partie à notre mondialisation – et qui croient que, s’ils venaient nous rejoindre, nous leur laisserions les miettes qui tombent de notre table. Devant cette masse croissante qui, comme l’eau s’accumulant derrière un barrage, menace leur société de powerpoints et de tableaux Excel, les « gestionnaires » ne lésinent pas sur les médecines : pesticides, insecticides, murs, grilles, grillages, vigiles, législations, procès, police, promesses…
Alors qu’ils connaissent sur le bout du doigt la théorie de la courbe de vie des produits, l’idée ne leur vient pas que tout ce qui vit est mortel et que ce monde qu’ils ont construit et que, laborieusement, ils tentent de faire durer, l’est comme le reste. Mortel, il l'est d'autant plus que le bonheur qu’il prétend proposer génère en fait de plus en plus d’appelés et de moins en moins d’élus. Au surplus, ce bonheur, quand on y baigne, déçoit chaque jour un peu plus. Pire : il nous trahit et nous le savons.
Mais, surtout, cette planète subtilisée par les gestionnaires, nous sommes en train - comme le montrent des observateurs aussi différents que Paul H. Ray et Sherry R. Anderson*, Alain de Vulpian** ou Serge Latouche*** - de nous la réapproprier et, déjà, de la réinventer.
Le monde du lendemain se nourrit toujours de celui d’aujourd’hui. Les civilisations ne s’effondrent pas : elles se transforment. Pour leurs géniteurs, un cauchemar : ce qu’ils voient, c’est rien autre que la montée des Barbares. Mais, comme le dit la Bible, « La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée, j’en ai fait ma pierre d’angle. » De la corruption du latin par les immigrés de l’Empire romain sont nés l’Italien, l’Espagnol et le Français. Toutes les beautés et les espérances que nous ménage le monde à venir sont en germe dans ce que le monde d'aujourd'hui honnit.
* Cf. L'émergence des créatifs culturels, éditions Yves Michel, 2001.
** Cf. A l'écoute des gens ordinaires, ce sont eux qui changent le monde, Dunod, 2004.
*** Cf. La Planète des naufragés, La découverte, 1991.
07:00 Publié dans Servitude volontaire | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : société, développement personnel, moeurs, politique, écologie
20.03.2008
Le bonheur de haïr (2)
Ce qu’a subi le Christ pendant la nuit de son procès est emblématique des pratiques sans âge des bourreaux ordinaires lorsque pouvoir leur est donné sur d’autres êtres humains accusés de troubler l'ordre public. Innombrables sont les récits où, en toute circonstance, on retrouve comme dans celui de la Passion la lancinante litanie des coups, des crachats, des injures et des humiliations. A travers le corps, la dignité de l’autre toujours est visée, et, honteusement, le fait d’être du côté de l’ordre légitime la jouissance de ceux qui tiennent d’autres êtres humains à leur merci.
307 personnes interpelées, enfermées et brutalisées. Des heures contre un mur, jambes écartées, bras tendus. Matraquages en règle, crachats, gifles, jets de gaz lacrymogène, injures, menaces de sodomisation ou de viol, coups dans les testicules, dans le visage, brûlures de cigarette, tête cognée contre les murs... Prisonnières - on n'en sera pas surpris - dénudées et obligées de s’exposer.
Cela a duré trois jours. Trois jours. J’arrête là.
Selon vous, cela se passe où et quand et qui sont les 307 individus ainsi traités? En majorité, il s’agit d’étudiants et d’étudiantes et, en moindre nombre, d’employés, de chômeurs, d’avocats et de journalistes. Une engeance du diable, on en conviendra. Et qu'ont-ils fait pour s'attirer pareille haine ? Un crime de lèse-majesté: ils ont manifesté pacifiquement devant l'immeuble qui abritait le G8. C'était à Gênes – en Italie - et c'était en juin 2001. Le procès vient enfin d’être ouvert contre les 46 policiers, carabiniers, agents pénitenciaires et autres médecins de la caserne Bolzaneto où se sont produits les faits. Il met au grand jour ce qui peut se passer, dans un pays point si différent du nôtre, en ce début du XXième siècle.
Oui, cela existe.
23:00 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, développement personnel, moeurs, politique

