27.10.2009

A quelque chose malheur est bon !

Les pêcheurs artisanaux du Kenya se réjouissent : sur certains lieux de pêche, la valeur quotidienne de leurs prises est passée de 5 à 200 livres sterling. La raison ? Il s’agit de zones hantées par les pirates somaliens qui ont fait fuir les usines flottantes venues de Chine et du Japon...

 

http://www.channel4.com/news/articles/world/africa/the+ap...

 

23.10.2009

Trésors alimentaires en péril

La pauvreté n'est pas toujours où l'on croit ou celle que l'on pense. Un article à lire: http://www.fao.org/news/story/fr/item/29647/icode/# sans commentaires...

20.10.2009

Le doute et le débat (2)

Sous ce même titre, j'évoquais il y a quelques semaines la possibilité qu'on se trompe sur le réchauffement climatique voire même qu'il n'y ait pas de rééchauffement climatique du tout: http://indisciplineintellectuelle.blogspirit.com/archive/...

Je vous invite à lire l'article suivant: http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/10/20/climat-e...

Il va être intéressant d'observer dans les mois qui viennent la naissance d'un nouveau consensus au terme duquel on pourrait bien conclure à notre entrée dans un cycle de refroidissement...

19.10.2009

Mort aux figuiers!

Y a-t-il un hasard ?

 

Ce matin, je lis sur Wanadoo un article qui évoque la récupération, en Italie, de milliers de tonnes d’aliments invendus par les hypermarchés pour les mettre à disposition des miséreux. A l’origine, un homme qui mérite d’être cité : Andrea Segré, professeur d'économie agroalimentaire à la Faculté d'agronomie de Bologne. Le gâchis là-bas est de l'ordre de 240 000 tonnes d'aliments encore consommables.

 

http://actu.orange.fr/environnement/initiatives/les-inven...

 

Or, quelques minutes plus tard, en remontant une rue de notre capitale, je vois une pauvre femme qui, avec son gamin de quatre ou cinq ans, fouille dans un container. La scène d’abord me fend le cœur, puis elle me surprend : de la poubelle je les vois retirer de magnifiques concombres encore enveloppés de leur blister. Et là, je pense à l’article de Wanadoo et je saisis concrètement tout le paradoxe haïssable de notre société. Nous épuisons la terre pour produire des aliments que nous jetons, alors même qu’un nombre croissant d’entre nous en est réduit à fouiller les poubelles pour se nourrir. Vous trouvez cela bien ?

 

Vous allez me dire : oui, mais... la règlementation, les distorsions de concurrence, etc. C’est une fois encore l’histoire du figuier. Souvenez-vous : Jésus avait envie d'une figue et le figuier n’en offrait pas. Il avait une bonne excuse, le figuier: l'évangéliste précise que ce n’était pas la saison des figues! Eh ! bien, Jésus l'a quand même flétri! Il n’y a pas de saison pour être intelligent. Il n’y a pas de saison pour le cœur.

 

Voici le site de l’association italienne : www.lastminutemarket.org

 

On fait quelque chose ?

18.10.2009

Le complexe de Frankenstein

On peut louer le projet  Millenium seed bank et l’effort des botanistes pour recueillir et conserver les semences des plantes menacées – et devinez par qui elles le sont ? – à la surface de la Terre. En neuf ans, dans cinquante-quatre pays, 24 200 espèces ont été ainsi collectées.

 

24 200 ! Impressionnant, n’est-ce pas ? Surtout si l’on ajoute que ces semences sont tenues dans des conditions d’hygrométrie et de température spécifiques afin qu’elles conservent leur capacité germinative.  Pour autant, ces 24200 plantes-là ne représentent que dix pour cent de notre patrimoine terrestre. A cette allure, il faudra compter encore quatre-vingt-dix ans et des installations formidables pour constituer cette Arche de Noé des végétaux. D’ici là, que ce sera-t-il passé ?

 

Pour moi, malgré l’intérêt indéniable de ce projet, c’est un peu comme si on décidait de mettre au réfrigérateur les victimes des guerres dans l’espoir de pouvoir un jour leur rendre, dans un monde meilleur, la vie qu’on leur a prise. Beau sujet pour un écrivain de science-fiction que le drame de ces malheureux ressuscités dans une société qui ne représente rien pour eux, au milieu d’une population qui leur est étrangère. Et je me dis : ne vaudrait-il pas mieux arrêter tout de suite de tuer ?

 

Dans le même esprit d’ailleurs, arriverait-on à mettre en banque et à faire fructifier les semences de tous les végétaux de la planète qu’on ne pourrait reconstituer l’orchestre qu’ils formaient, ces milliards de subtiles et complexes interactions qui ont mis des millions d’années à s’accorder et qui avaient donné à la vie une résilience que nous sommes en train de lui enlever. D'ailleurs, il manquerait à cet orchestre tout ce que lui apporte, en en accroissant encore la complexité, les autres règnes de la nature: les animaux, les bactéries, les champignons, etc.

 

On pourrait reprendre ici l'image de Teilhard de Chardin: "la maille de l'univers, c'est l'univers lui-même". Mais nous sommes encore les victimes du complexe de Frankenstein : nous croyons qu’il suffit de collationner et d’assembler des morceaux pour que la vie soit là. Présomption ou aveuglement ?

11.10.2009

La route

Le roman de Cormac MacCarthy "La route" (merci à Martine de me l’avoir fait lire) est emblématique dans le dépouillement de son propos: l’errance d’un homme et d’un enfant dans un monde de suie, calciné, réduit à la couleur du charbon, un monde de peur où les êtres humains sont des loups les uns pour les autres et où on marche parce que marcher est la seule manière de conjurer le désespoir. On a le droit de rejeter cette vision en se gaussant. Pour dérangeante qu’elle soit, elle peut cependant nous dire deux choses. La première, explicite, est en forme d’avertissement : nous sommes en train de détruire le monde et voilà ce qu’il peut devenir. La seconde nous renseigne sur les fantasmes qui nous hantent aujourd’hui et sur lesquels nous devrions nous interroger. Car le livre a eu un grand succès, ce qui montre - au-delà du talent du narrateur - sa résonance avec le Zeitgeist ou à tout le moins avec un ressenti largement répandu.

 

Parmi les experts qui se projettent dans l’avenir, les plus nombreux une fois qu’ils ont fait leur grand écart n’imaginent en fait qu’une simple variation autour du présent que nous avons sous les yeux. Ils nous resservent sans cesse la même choucroute : ne varie que le dosage entre les différentes variétés de saucisse. Ne leur demandez pas d’imaginer le couscous ou le cassoulet : cela relève pour eux d’univers impossibles. Ce serait anecdotique si ces gens-là n’étaient nombreux, persuasifs et, en définitive, dangereux. Ils jouissent souvent, en effet, d’une autorité qui leur permet de nous enfermer dans les limitations de leur pensée et jouent sur ce qui nous rassure : plus cela changera, plus ce sera comme aujourd’hui. Or, tout au contraire, ce qu’il faudrait en cette période cruciale, c’est nous délivrer des représentations qui encouragent à faire durer un monde qui atteint sa phase terminale et peut nous entraîner dans sa décomposition.  

 

Rares sont ceux qui mettent en question les bases même de nos projections sur l’avenir. On les trouvera plutôt chez les romanciers. C’est un auteur de science-fiction, Morgan Robertson, qui imagine quatorze ans avant l’évènement, avec une précision confondante, la tragédie du Titanic. Plus libres de leur imagination, mais aussi par nature observateurs tous azimuts, les conteurs d’histoire voient les ressorts qui passent inaperçus aux yeux des spécialistes. La faiblesse du Titan, c’est moins sa conception que l’hybris de ses créateurs et de son capitaine. Vous pouvez faire un rapprochement avec la crise actuelle qui, comme l’analysent entre autres Hervé Juvin ou Bernard Stiegler, est d’abord anthropologique.

 

J’ai en ce moment à l’esprit des romans d’Henri Bordage, de Jean-Michel Truong et le film The Island. Les conteurs savent brasser l’hétérogène. C’est une aptitude aussi indispensable que peu répandue. Ils hybrident – parce qu’ils ont la licence mais aussi le culot et le talent de le faire - des registres qu’on ne pense pas à rapprocher, les faisant accoucher de perspectives inattendues. Ils enfantent ce qui ressemble pour nous à des monstres. Ils n’ont fait cependant que combiner au sein de configurations dont le passé abonde, des ingrédients largement répandus dans notre société: dérives psychologiques banales, modèles économiques et situations politiques ordinaires. Mais toutes poussées un peu au delà de leur niveau habituel.

 

Ce ne sont que monstres invraisemblables si nous croyons encore que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » et oublions les leçons de l’Histoire. Par exemple celle que nous rappelle, près de Strasbourg, le camp du Struthof qu’on peut désormais visiter. Les chambres à gaz et les expériences sur l’humain résultent du  croisement d’un raisonnement bureaucratique et industriel ordinaire avec une vision eugéniste du progrès et la dérive d’un peuple humilié. Dans Le Successeur de pierre, la situation du héros n’est que la réalisation de l’individualisme parfait au sein du rêve ultralibéral que l’auteur croise avec l’utopie Internet. L’intérêt de ce récit n’est pas dans sa dimension prédictive. Il est dans l’alerte à nos dérives et à leurs synergies dangereuses.   

 

Qu’ils nous parlent par symboles ou plus trivialement, les conteurs ont ainsi plus de chance que les professionnels de la prospective d’ouvrir au cœur de l’invraisemblance des scénarios pertinents. Le problème, comme le souligne Rob Hopkins du réseau de Totnes Transition Town, c’est que nous n’avons à l’heure actuelle que deux grands récits à nous raconter et que tous deux ne nous aident guère : « Business as usual » ou « Mad Max ». Que faire pour en susciter un troisième, qui serait source d’énergie et d’espoir pour l’humanité ? Attendre l’apparition d’un nouveau messie comme dans L’Evangile du Serpent d’Henri Bordage ?

16.09.2009

La commission Stiglitz

Aujourd'hui, je vous invite à rendre une petite visite au blog de Paul Jorion que j'aurai le plaisir d'accueillir tout à l'heure pour une conférence sur "la crise, ses causes et ses perspectives":  http://www.pauljorion.com/blog/. Paul Jorion avait annoncé ladite crise dans un de ses livres et a en avait expliqué les ressorts deux ans avant qu'elle se produise...

14.09.2009

Le doute et le débat

Imaginez que l’on vous démontre aujourd’hui que le réchauffement climatique n’est pas dû à l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère et encore moins à l’activité humaine, voire même qu’il n’y a pas de réchauffement climatique du tout, mais un simple effet de cycle. Comment allez-vous réagir ? Vous me rétorquerez sans doute que nombre d’experts se sont déjà prononcés en faveur de l'hypothèse du réchauffement climatique et de son origine humaine, et qu’il me faut arrêter de dire tout et n’importe quoi. On a d'ailleurs vu des films qui emportent la conviction, comme celui d’Al Gore, Une vérité qui dérange. La cause est entendue !

 

Cependant, la compréhension que nous pouvons avoir du monde s'est toujours fortifiée de la volonté systématique de douter. Les certitudes sont le tombeau de l’esprit. A la fin du XIXème siècle, il y avait un consensus dans les milieux savants quant au fait qu’on connaissait à peu près tout de ce qu’il y avait à savoir sur la vie et l’univers. Puis il y eut Einstein – pour ne citer que lui – et il a ébranlé cette belle arrogance. Le petit employé du Bureau des Brevets de Berne s’était intéressé à une anomalie du monde physique que la théorie dominante considérait comme marginale et balayait négligemment. Construire un système qui intégrât élégamment cette anomalie conduisit notre homme à élaborer la théorie de la relativité, ce qui provoqua une révolution dans notre représentation du monde et de la matière.

 

Je reviens au CO2 et au réchauffement climatique. Les anomalies marginales, dans ce scénario, ne manquent pas. Nous avons affaire à un système éminemment complexe. Je ne saurais m’étendre sur les points d’affrontement entre les tenants de la thèse du réchauffement et les autres. Mais une chose m’inquiète, c’est quand on veut faire taire l’une ou l’autre des parties. Alors, je me demande ce qui est en train de supplanter la démarche scientifique : l’idéologie ou des intérêts matériels ? Il apparaît en tout cas (cf. http://www.irefeurope.org/viewEvent.php?eventId=139 ) qu’un récent Rapport de l’Agence Américaine pour la Protection de l’Environnement (EPA) a été interdit à la publication. Statistiques à l’appui, l’auteur de ce rapport, Allan Carlin, démontre en une centaine de pages que la Terre a déjà connu dans le passé des périodes de réchauffement et de refroidissement, que la planète a actuellement plutôt tendance à se refroidir et que les émissions de CO2 n’ont rien à voir avec la température globale. C’est un pavé dans la mare du consensus actuel. C’est un pavé aussi dans celle où s’organisait déjà un nouveau Monopoly mondial : si l’on suit la thèse d’Allan Carlin, on peut se demander si la lutte contre un réchauffement climatique illusoire ne serait pas une des dernières inventions de tycoons en quête de business.

 

Je suis incapable de vous dire si M. Carlin a raison ou tort. Je connais, dans notre pays, des personnes compétentes qui partagent son analyse. Mais ce qui de prime abord m’interroge, c’est le retour à des pratiques dignes des régimes totalitaires. En effet, lorsque M. Carlin a fait connaître ses conclusions, la réaction de l’EPA a été de lui en interdire la divulgation sous quelque forme que ce soit. On peut se demander pourquoi une société dite démocratique répugnerait ainsi au débat. Serait-ce qu’il ne faut plus inquiéter des citoyens devenus trop stupides pour comprendre ? En tout cas, c’est un constat que la crise ne fait que renforcer semble-t-il : dans certains milieux, il est de moins en moins supporté qu’une décision doive faire l’objet d’une discussion ou qu’une opinion qui diverge de la ligne du parti puisse s’exprimer.

 

Je vois au moins deux dangers dans cette dérive. Le premier, c’est qu’à être dépendante de groupes d’intérêt et non d’études impartiales, la représentation des enjeux cruciaux de l’humanité soit profondément biaisée. Si tel est le cas, nous gaspillons des ressources précieuses pour nous protéger d’un mal imaginaire, cependant que les vrais problèmes, ceux liés au pic des ressources de toute sorte ou à la pollution et à ses effets, continuent de croître et d’embellir. Deuxième danger, peut-être plus grave : le débat est à la démocratie ce que le doute est à la science. La seule voie possible.  La démocratie serait-elle en danger ? Et s’il était plus tard que nous le pensons ?

11.09.2009

Mort du GRIT de Jacques Robin

La mort d’une organisation est parfois aussi triste que celle d’une personne. En l’occurrence, il s’agit du Groupe de Recherche Inter- et Transdisciplinaire qui était l’émanation et le reflet d’un homme hors du commun: le Dr Jacques Robin. Assez peu connu du grand public, Jacques Robin était pourtant une figure de la vie intellectuelle de notre pays. Avant le GRIT, il avait fondé le fameux « Groupe des Dix » - un cénacle qui réunissait Henri Atlan, Jacques Attali, Robert Buron, Joël de Rosnay, Henri Laborit, André Leroi-Gourhan, Edgar Morin, René Passet, Michel Rocard et Michel Serres - et peu de temps avant de nous quitter, il a publié, en collaboration avec Laurence Baranski, L’urgence de la métamorphose (Des Idées et des Hommes, Paris, 2007).

 

C’est ma psychothérapeute toulousaine, Marie-Jo Dursent Bini, qui, dans les années 80, m’avait recommandé la lecture de Changement d’Ere, livre que j’ai dévoré et qui m’a permis de me sentir moins seul avec les idées qui me traversaient la tête. Lorsque j’ai quitté Toulouse pour la capitale, elle m’a donné les coordonnées de Transversales, ce qui m’a permis de rencontrer Jacques Robin. S’il y a de grands esprits que je n’ai pu remercier de ce que je leur dois, j’ai eu le bonheur, dans le cadre de The Co-Evolution Project, d’organiser une de ses dernières interventions publiques : http://pagesperso-orange.fr/co-evolution/Soir%E9e%20du%20...

 

On pourrait penser que, n’étant pas dépendante de la brièveté de la vie humaine, une structure a toutes les chances de survivre à son fondateur. Arie de Geuss, dans La pérennité des entreprises, révèle qu’étrangement il n’en est rien. L’histoire des entreprises montre que très rares sont celles qui deviennent centenaires. Le GRIT, quant à lui, n’aura survécu que deux ans à son fondateur. Si le grain ne meurt, il ne peut porter fruit... Je souhaite qu’il en soit de même pour ce que nous avait légué Jacques Robin.

 

PS : plutôt que d’essayer de résumer ce qu’on pouvait trouver auprès de Jacques Robin et du GRIT, je vous invite à visiter le site de Transversales Sciences et Culture, qui ne sera plus actualisé mais reste ouvert : http://grit-transversales.org/ 

13.08.2009

Changements

Notre époque aura eu, en apparence tout au moins, la religion du changement. Une véritable obsession si l’on regarde plus particulièrement les modes managériales. Combien de livres auront-ils été écrits dans le style « Changez que diable ! », assortis d’anathèmes du genre « Il n’y a pas de bonnes habitudes » ! Combien de consultants auront-ils fait leur fromage du « changement organisationnel », et combien de formateurs de séminaires divers et variés sur le thème « faire bouger vos collaborateurs » !

 

Pour autant, aucune époque n’aura davantage pédalé, le nez dans le guidon, dans la direction du ravin. C’est que le changement dont on nous a abreuvés n’a qu’un objectif : ne rien changer à la finalité initiale du système qui est de mettre l’humanité toute entière, à chaque seconde de sa vie, au service d’une économie marchandisée. Non seulement n’y rien changer, mais faire plus vite et plus fort. Alors, changer, oui, mais pour mieux servir cette fin. Marcuse avait bien vu le biais introduit par l’américanisation de la psychanalyse : le bonheur par l’adaptation. La coercition s’est faite lénifiante. On ne la voit même plus. Le système a eu le dessus. Car il y a une forme de changement qui n’est que soumission. Comme l’écrivait Vauvenargues : la servitude abaisse les hommes jusqu’à s’en faire aimer. Et le risque est là. Robert Ulanowicz a montré qu’un système survit par la variété des réponses qu’il peut apporter aux changements de son environnement. Cette variété est contingente de la diversité qu'il entretient en son sein. Le problème de tous les systèmes totalitaires, qu’ils soient explicites ou larvés, c’est qu’ils ne supportent que des clones. C'est même le symptome du totalitarisme : marcher au pas même dans sa tête et visser le boulon selon la procédure.

 

De temps en temps, une intuition du danger, un individu mal cloné ou une erreur d’analyse provoquent un réflexe à l’opposé de cette mécanique. On va, par exemple, organiser un séminaire de « créativité », faire l’éloge de l’intelligence locale, encourager l’innovation à tous les niveaux. Illusion, manipulation ? Je ne connais guère que Jean-François Zobrist, quand il dirigeait FAVI, qui soit allé loin sur ce chemin, et semble-t-il avec bonheur. A l’opposé, les entreprises étouffent plus souvent dans l’œuf le poussin qu’elles ont fécondé. C’est que la capacité créative des gens est une manifestation de leur liberté. Les inviter à en faire usage dans des organisations qui ne tolèrent en fait aucun jeu, c’est dire au prisonnier : j’ouvre la porte, tu es libre, mais sois raisonnable : ne sors pas ! On s’étonne que les gens soient malades le dimanche soir et dépriment au moment de la rentrée !

 

La France se caractérisait par une micro-économie diffuse. Il existe encore des régions, comme la Vendée, où ce phénomène est palpable : il y a des petites ou moins petites entreprises de secteurs très différents à la périphérie de chaque ville, bourg ou village. Mais, entre la délocalisation des activités ou la suppression de la taxe professionnelle (dont l’Etat n’assurera que partiellement et transitoirement la compensation), que va-t-il rester aux communes ? Ceux qui se représentent le marché du travail idéal comme un système de vases communicants à l’intérieur duquel circulent les travailleurs, à l’image des devises dans les circuits financiers, ne se moquent-ils pas de l’humain ? Ne savent-ils pas que, lorsqu’on a de faibles salaires, l’écosystème familial et social – le potager du père retraité, la grand-mère qui garde le bébé, les services de bricolage qu’on se rend entre collègues – est pour moitié et peut-être plus dans la qualité de la vie ?

 

Ces écosystèmes locaux menacés ou déjà ébranlés nous montrent peut-être l’issue à la crise dans laquelle nous sommes entrés, dont il est important de comprendre selon moi qu’elle est consubstantielle au système. L’économiste sud-américain Manfred Max-Neef a montré que, pour répondre à ses besoins, l’humain développe quatre modes : le faire, l’avoir, l’être l’interagir. Le faire, c’est quand je cultive mes tomates. L’avoir, c’est quand je les achète. L’interagir, c’est quand je prends plaisir à créer et cultiver un jardin avec mes compagnons. L’être, ce sera mon rapport épicurien, respectueux, au légume qui est dans mon assiette.

 

 Nous avons privilégié l’avoir jusqu’à l’exclusion de tout autre mode. Sommes-nous capables d’imaginer une société où celui-ci ne représenterait plus que 20% des réponses à nos besoins ? Pour répondre à cette question, je suggère de commencer par l’interagir. Pourquoi ne pas se retrouver ici et là, à Caylus, à Yeu ou à Villemur, en Vendée, en Corse ou dans le Ségala, pour en parler ? Ce serait cela, le vrai changement: nous retrouver.

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