26.10.2009
La peur du gâchis
Avez-vous remarqué comme notre époque qui est peu regardante sur le gaspillage – il n’est que de voir tout ce qu’on retrouve dans nos poubelles – peut avoir quelquefois la peur du gâchis ?
Les sources de cette peur peuvent être diverses. Le sens de l’économie, quoique rare, n’est pas la pire, même si souvent il vaudrait mieux se retenir d'acheter que consommer pour consommer : « On a ces conserves qui vont bientôt passer, ce serait stupide de ne pas les manger tant qu’il est temps ». Une sournoise culpabilité peut aussi faire office de levier : « J’ai dépensé de l’argent pour acheter ces fringues, ce serait quand même bien que je les porte ». Et, un cran de plus : « Faut quand même que je justifie cet achat, sinon il va m’en cuire. »
Je crains bien qu’en ce qui concerne le vaccin H1N1, aux Etats-Unis comme en France, on en soit à des motivations de valeur bien relatives, du genre : « On l’a, autant faire qu’il ne soit point perdu. Faisons-en profiter la population, si cela ne fait pas de bien, cela ne fera pas de mal ». Ou pire encore : « Si on n’utilise pas les milliards dépensés, on va en entendre parler aux prochaines élections. Au moins, si on peut dire qu’on a administré ce qu’on a en stock, cela pourra justifier le flop de la pandémie... »
Car, vous l’avez remarqué, ladite pandémie joue l’Arlésienne. Annoncée comme "imminente" par l’OMS (journal Le Monde du 30 avril 2009), puis comme certaine dans notre pays à la mi-octobre, aux dernières nouvelles elle ne nous toucherait qu’à mi-janvier. Je connais une famille où elle a frappé. L’un des gamins. C’était bien le H1N1, les examens, paraît-il, ne laissaient aucun doute. Traitement anodin pour l’enfant, confinement pour la famille. Or, bien que personne ne fût vacciné et malgré ce qu’on nous a dit de la virulence du virus, aucun des quatre autres membres de la famille n’a été contaminé. On ne peut plus faire confiance à personne pour soutenir le business. Même pas à ces cochonneries de virus !
15:37 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, économie, manipulation
24.10.2009
H1N1: Obama déclare l'état d'urgence
Je vous laisse comparer cette information à la précédente...
http://www.lemonde.fr/epidemie-grippe-a/article/2009/10/2...
18:52 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, grippe porcine, économie, actionnaires, politique, mondialisation
H1N1: CBS révèle une énorme surestimation
Le Dr Mercola interviewe Barbare Loe Fisher du National Vaccine Information Center (USA): http://articles.mercola.com/sites/articles/archive/2009/1...
Cherchez à qui le crime profite!
12:16 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, grippe porcine, économie, actionnaires, politique, mondialisation
23.10.2009
Cauchemar alimentaire
Pour compléter la précédente (coeurs sensibles d'abstenir): http://www.notre-planete.info/actualites/lireactus.php?id...
14:34 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : alimentation, industrialisation, économie, modes de vie
22.10.2009
Economie simpliste
Avec mes idées simplistes – mais peut-être ne le sont-elles pas davantage que le concept de l’agent économique rationnel sur un marché parfait – je me représente les flux monétaires liés à l’économie réelle - celle qui produit des biens et des services utiles - comme un système hydrologique. Les rivières descendent des hauteurs et font tourner les moulins - consommation et production - qu'on a placés le long de leur parcours. En chemin, une partie de leur eau s’évapore, puis elles se jettent dans la mer où l’évaporation se poursuit. Se condensant en nuages, l’eau revient au dessus des terres et des montagnes, retombe en pluie et nourrit à nouveau le sol, les sources, les ruisseaux et les nappes phréatiques. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Seulement voilà, cela fait un certain temps que nos moulins voient se ralentir leur cadence. Il y en a même qui s’arrêtent carrément au grand dam de la population alentour. Diagnostic des Diafoirus patentés : crise d’adaptation à un nouveau modèle économique enfin efficace parce que plus fluide et mondialisé. Tellement fluide, ai-je envie de dire, que l’évaporation y domine ! Mais souvenez-vous : dès 1975 le mot « crise » fleurissait à la une des journaux. Un peu long pour une crise, surtout "d’adaptation" ?
Si on ne veut pas se faire rouler dans la farine jusqu’à la fin des temps, il faut raisonner brutalement. Il y a, depuis longtemps, des pertes en ligne sur le circuit de l’eau et vous pouvez sortir les théories que vous voulez, un moulin qui s’arrête c’est autre chose qu’un discours à faire tourner les girouettes. Alors, la précieuse énergie hydraulique, où s’en est-elle allée ? « Il faut travailler plus pour gagner plus ! » Quand la rivière est si basse qu'elle n'entraîne plus le moulin, quand on vous licencie, quand on vous fait comprendre que vous rendrez service en vous suicidant, c’est comme une prière à saint Cucufa pour que tout s’arrange. Je préfère penser au père Ford qui voulait produire ses voitures à un prix tel et rémunérer ses salariés de telle manière que ceux-ci pussent acheter celles-là. Pas de pertes en ligne. Vous allez l’accuser lui aussi de simplisme, de socialisme ou – pire à notre époque ! – de philanthropie ?
La question, pour moi, n’est plus de savoir si on respecte les éructations des économistes de Wall street, la scholastique de l’école de Chicago ou les vaticinations de Picrochole qui croit tellement aux vertus de la libre concurrence qu’il oriente sa progéniture vers l’exploitation des chasses gardées. La question, c’est : comment remettre de la vie là où l’on vit ? Et le plus vite possible. Parce que les annonces d’aube ou de grand soir, de bout du tunnel ou de sortie de crise, ce n’est qu’une manière de continuer à nous faire croire que demain on rasera gratis. Beaucoup sont morts en cultivant leur patience sur la foi de telles promesses.
17:05 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économie, ford, népotisme, néo-libéralisme
11.10.2009
La route
Le roman de Cormac MacCarthy "La route" (merci à Martine de me l’avoir fait lire) est emblématique dans le dépouillement de son propos: l’errance d’un homme et d’un enfant dans un monde de suie, calciné, réduit à la couleur du charbon, un monde de peur où les êtres humains sont des loups les uns pour les autres et où on marche parce que marcher est la seule manière de conjurer le désespoir. On a le droit de rejeter cette vision en se gaussant. Pour dérangeante qu’elle soit, elle peut cependant nous dire deux choses. La première, explicite, est en forme d’avertissement : nous sommes en train de détruire le monde et voilà ce qu’il peut devenir. La seconde nous renseigne sur les fantasmes qui nous hantent aujourd’hui et sur lesquels nous devrions nous interroger. Car le livre a eu un grand succès, ce qui montre - au-delà du talent du narrateur - sa résonance avec le Zeitgeist ou à tout le moins avec un ressenti largement répandu.
Parmi les experts qui se projettent dans l’avenir, les plus nombreux une fois qu’ils ont fait leur grand écart n’imaginent en fait qu’une simple variation autour du présent que nous avons sous les yeux. Ils nous resservent sans cesse la même choucroute : ne varie que le dosage entre les différentes variétés de saucisse. Ne leur demandez pas d’imaginer le couscous ou le cassoulet : cela relève pour eux d’univers impossibles. Ce serait anecdotique si ces gens-là n’étaient nombreux, persuasifs et, en définitive, dangereux. Ils jouissent souvent, en effet, d’une autorité qui leur permet de nous enfermer dans les limitations de leur pensée et jouent sur ce qui nous rassure : plus cela changera, plus ce sera comme aujourd’hui. Or, tout au contraire, ce qu’il faudrait en cette période cruciale, c’est nous délivrer des représentations qui encouragent à faire durer un monde qui atteint sa phase terminale et peut nous entraîner dans sa décomposition.
Rares sont ceux qui mettent en question les bases même de nos projections sur l’avenir. On les trouvera plutôt chez les romanciers. C’est un auteur de science-fiction, Morgan Robertson, qui imagine quatorze ans avant l’évènement, avec une précision confondante, la tragédie du Titanic. Plus libres de leur imagination, mais aussi par nature observateurs tous azimuts, les conteurs d’histoire voient les ressorts qui passent inaperçus aux yeux des spécialistes. La faiblesse du Titan, c’est moins sa conception que l’hybris de ses créateurs et de son capitaine. Vous pouvez faire un rapprochement avec la crise actuelle qui, comme l’analysent entre autres Hervé Juvin ou Bernard Stiegler, est d’abord anthropologique.
J’ai en ce moment à l’esprit des romans d’Henri Bordage, de Jean-Michel Truong et le film The Island. Les conteurs savent brasser l’hétérogène. C’est une aptitude aussi indispensable que peu répandue. Ils hybrident – parce qu’ils ont la licence mais aussi le culot et le talent de le faire - des registres qu’on ne pense pas à rapprocher, les faisant accoucher de perspectives inattendues. Ils enfantent ce qui ressemble pour nous à des monstres. Ils n’ont fait cependant que combiner au sein de configurations dont le passé abonde, des ingrédients largement répandus dans notre société: dérives psychologiques banales, modèles économiques et situations politiques ordinaires. Mais toutes poussées un peu au delà de leur niveau habituel.
Ce ne sont que monstres invraisemblables si nous croyons encore que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » et oublions les leçons de l’Histoire. Par exemple celle que nous rappelle, près de Strasbourg, le camp du Struthof qu’on peut désormais visiter. Les chambres à gaz et les expériences sur l’humain résultent du croisement d’un raisonnement bureaucratique et industriel ordinaire avec une vision eugéniste du progrès et la dérive d’un peuple humilié. Dans Le Successeur de pierre, la situation du héros n’est que la réalisation de l’individualisme parfait au sein du rêve ultralibéral que l’auteur croise avec l’utopie Internet. L’intérêt de ce récit n’est pas dans sa dimension prédictive. Il est dans l’alerte à nos dérives et à leurs synergies dangereuses.
Qu’ils nous parlent par symboles ou plus trivialement, les conteurs ont ainsi plus de chance que les professionnels de la prospective d’ouvrir au cœur de l’invraisemblance des scénarios pertinents. Le problème, comme le souligne Rob Hopkins du réseau de Totnes Transition Town, c’est que nous n’avons à l’heure actuelle que deux grands récits à nous raconter et que tous deux ne nous aident guère : « Business as usual » ou « Mad Max ». Que faire pour en susciter un troisième, qui serait source d’énergie et d’espoir pour l’humanité ? Attendre l’apparition d’un nouveau messie comme dans L’Evangile du Serpent d’Henri Bordage ?
14:58 Publié dans Prospective | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : prospective, société, écologie, économie
18.09.2009
Nécessaire pandémie
Le Monde, édition électronique du 18 septembre, reprenant les informations diffusées par l’OMS, titre : « Grippe A, le virus se propage en France plus vite que dans le reste de l’Europe ». Dans l’article, il est précisé qu’il « existe actuellement 164 cas de grippe pour 100 000 habitants, soit le double du seuil épidémique de 84 cas pour 100 000 habitants ».
Maintenant, lisez ceci :
« Si l’on consulte cette année le bulletin de l’InVs du 6 septembre 2009, on lira que le réseau sentinelle a détecté pendant la semaine 36 (du 31/08 au 06/09) 83 cas pour 100 000 habitants. Et que le seuil épidémique a été légèrement dépassé. Pourtant, on n’est qu’à la moitié du seuil épidémique fixé à 169. Cherchez donc l’erreur ou plutôt, ne cherchez pas, c’est écrit dans le bulletin. Tout simplement, le seuil épidémique a été abaissé à 80 cas pour 100 000. Dans le bulletin suivant, les chiffres consolidés rectifient à 74 cas pour la semaine précédente, tout en annonçant 164 cas ce qui serait largement au dessus du seuil épidémique fixé cette fois à 84 mais inférieur au seuil saisonnier de 169 servant de référence les années passées. Certes, ce n’est pas un flagrant délit de trucage mais simplement un changement du mode d’évaluation faisant que dans la presse, la ministre peut annoncer que la France est en situation d’épidémie, même si selon les critères des années passées, elle n’est pas en situation d’épidémie. »
Extrait de : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/manipulation...
Bref, on abaisse la vitesse maximum autorisée de 120 à 60 km à l'heure: à même allure hier vous passiez le radar, aujourd'hui on vous flashe - et vous casquez!
Compte tenu de la petitesse des nombres cités, et sans mettre en doute la rigueur des membres du « réseau sentinelle », on peut aussi relativiser cette comptabilité en raison des biais inconscients qu'introduisent nos fonctionnements cognitifs. En des périodes plus frustres, il suffisait d’évoquer sorcières et démons pour que les gens se mettent à en voir à tous les coins de rue. Sous le double effet de la peur et de l'imagination, il y eut ainsi de véritables épidémies de possessions démoniaques. A d'autres époques, selon les lieux, certains voyaient des Juifs partout, ou des terroristes, ou encore des homosexuels ou des communistes. Il y a des modes. Si l’année dernière, vous étiez payés à compter les lapins de garenne sans qu’il y eût un enjeu particulier, il est probable que vous en aurez oublié quelques-uns. Mais si, cette année, on vous dit que les lapins sont de dangereux espions extraterrestres, vous préfèrerez inconsciemment en compter un de trop qu’un de moins.
23:14 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, grippe porcine, économie, actionnaires, politique, mondialisation
16.09.2009
La commission Stiglitz
Aujourd'hui, je vous invite à rendre une petite visite au blog de Paul Jorion que j'aurai le plaisir d'accueillir tout à l'heure pour une conférence sur "la crise, ses causes et ses perspectives": http://www.pauljorion.com/blog/. Paul Jorion avait annoncé ladite crise dans un de ses livres et a en avait expliqué les ressorts deux ans avant qu'elle se produise...
08:06 Publié dans Prospective | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pib, indice du bonheur brut, économie, société, écologie
14.09.2009
Le doute et le débat
Imaginez que l’on vous démontre aujourd’hui que le réchauffement climatique n’est pas dû à l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère et encore moins à l’activité humaine, voire même qu’il n’y a pas de réchauffement climatique du tout, mais un simple effet de cycle. Comment allez-vous réagir ? Vous me rétorquerez sans doute que nombre d’experts se sont déjà prononcés en faveur de l'hypothèse du réchauffement climatique et de son origine humaine, et qu’il me faut arrêter de dire tout et n’importe quoi. On a d'ailleurs vu des films qui emportent la conviction, comme celui d’Al Gore, Une vérité qui dérange. La cause est entendue !
Cependant, la compréhension que nous pouvons avoir du monde s'est toujours fortifiée de la volonté systématique de douter. Les certitudes sont le tombeau de l’esprit. A la fin du XIXème siècle, il y avait un consensus dans les milieux savants quant au fait qu’on connaissait à peu près tout de ce qu’il y avait à savoir sur la vie et l’univers. Puis il y eut Einstein – pour ne citer que lui – et il a ébranlé cette belle arrogance. Le petit employé du Bureau des Brevets de Berne s’était intéressé à une anomalie du monde physique que la théorie dominante considérait comme marginale et balayait négligemment. Construire un système qui intégrât élégamment cette anomalie conduisit notre homme à élaborer la théorie de la relativité, ce qui provoqua une révolution dans notre représentation du monde et de la matière.
Je reviens au CO2 et au réchauffement climatique. Les anomalies marginales, dans ce scénario, ne manquent pas. Nous avons affaire à un système éminemment complexe. Je ne saurais m’étendre sur les points d’affrontement entre les tenants de la thèse du réchauffement et les autres. Mais une chose m’inquiète, c’est quand on veut faire taire l’une ou l’autre des parties. Alors, je me demande ce qui est en train de supplanter la démarche scientifique : l’idéologie ou des intérêts matériels ? Il apparaît en tout cas (cf. http://www.irefeurope.org/viewEvent.php?eventId=139 ) qu’un récent Rapport de l’Agence Américaine pour la Protection de l’Environnement (EPA) a été interdit à la publication. Statistiques à l’appui, l’auteur de ce rapport, Allan Carlin, démontre en une centaine de pages que la Terre a déjà connu dans le passé des périodes de réchauffement et de refroidissement, que la planète a actuellement plutôt tendance à se refroidir et que les émissions de CO2 n’ont rien à voir avec la température globale. C’est un pavé dans la mare du consensus actuel. C’est un pavé aussi dans celle où s’organisait déjà un nouveau Monopoly mondial : si l’on suit la thèse d’Allan Carlin, on peut se demander si la lutte contre un réchauffement climatique illusoire ne serait pas une des dernières inventions de tycoons en quête de business.
Je suis incapable de vous dire si M. Carlin a raison ou tort. Je connais, dans notre pays, des personnes compétentes qui partagent son analyse. Mais ce qui de prime abord m’interroge, c’est le retour à des pratiques dignes des régimes totalitaires. En effet, lorsque M. Carlin a fait connaître ses conclusions, la réaction de l’EPA a été de lui en interdire la divulgation sous quelque forme que ce soit. On peut se demander pourquoi une société dite démocratique répugnerait ainsi au débat. Serait-ce qu’il ne faut plus inquiéter des citoyens devenus trop stupides pour comprendre ? En tout cas, c’est un constat que la crise ne fait que renforcer semble-t-il : dans certains milieux, il est de moins en moins supporté qu’une décision doive faire l’objet d’une discussion ou qu’une opinion qui diverge de la ligne du parti puisse s’exprimer.
Je vois au moins deux dangers dans cette dérive. Le premier, c’est qu’à être dépendante de groupes d’intérêt et non d’études impartiales, la représentation des enjeux cruciaux de l’humanité soit profondément biaisée. Si tel est le cas, nous gaspillons des ressources précieuses pour nous protéger d’un mal imaginaire, cependant que les vrais problèmes, ceux liés au pic des ressources de toute sorte ou à la pollution et à ses effets, continuent de croître et d’embellir. Deuxième danger, peut-être plus grave : le débat est à la démocratie ce que le doute est à la science. La seule voie possible. La démocratie serait-elle en danger ? Et s’il était plus tard que nous le pensons ?
00:41 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : réchauffement, écologie, économie, capitalisme, prospective, science-fiction
12.09.2009
Boutefeu
Les tribulations d’un ministre de la république auront peut-être l’avantage de nous éclairer sur les dérives de la démocratie quand ses serviteurs deviennent courtisans. Courtisans du Prince dont ils peuvent attendre faveurs, honneurs et avantages s’ils ont les mots qu’il faut. Mais aussi, et c’est plus grave selon moi, courtisans du peuple. Comment expliquer sinon qu’un homme intelligent ait pu tenir des propos incompatibles avec une charge qui, pour être exercée avec crédibilité, exige de son titulaire qu’il soit insoupçonnable du moindre arbitraire ? Mais notre homme sait ce que bon nombre de Français, hélas ! pensent et disent. Vraisemblablement, il aura voulu leur donner un signe de complicité.
Chercher les faveurs du prince ou celles du peuple est contraire à l’esprit même de la démocratie. Un vrai serviteur de la démocratie n'est pas là pour caresser le ventre des citoyens. Il est là pour les éclairer. Il doit de ce fait pratiquer la vertu de l’exemple et d'abord dans le langage qu'il tient. Et, tâche difficile et exigeante entre toutes, plutôt que flatter la bêtise, il doit faire comprendre la voie de l’intelligence. L’ascèse propre à ces fonctions, c’est le renoncement au désir de plaire. Etre droit dans ses bottes, ce n’est pas jouer les bravaches ou glapir avec les roquets des jardins de banlieue. C’est penser juste et dire ce qu’on pense. En l’occurrence, filer un couplet raciste, ce n’était pas penser juste. C’était faire d’obscènes papouilles au bof qui sommeille en chacun de nous.
Je vais vous faire entendre un autre son de cloche. Evidemment, la voie que je vais évoquer est sans doute trop peu spectaculaire pour les amateurs de la scène publique - et trop douce pour la violence de ceux que Brassens brocardait en les appelant les « honnêtes gens ». Parmi les femmes remarquables que j’ai la chance de connaître, il en est une qui intervient en ce moment dans des établissements scolaires de la banlieue parisienne. Sa mission : remettre dans une dynamique constructive des jeunes en plein décrochage, voire en désespérance. Si vous imaginez une population bigarrée, vous ne vous trompez pas. Il se trouve d’ailleurs que cette femme est elle-même issue d’une communauté qui a très lourdement payé son tribut au racisme européen. Alors, je vous demande ce que cela vous ferait si vous entendiez un gamin de quatorze ans, d’origine africaine, fermé comme une huître, vous dire enfin: « Je vous remercie parce que vous vous êtes adressée à moi comme à quelqu’un de normal ».
S’il y a quelque chose que nous devons craindre, ce n’est pas la grippe du cochon, c’est la bofitude ! Elle tue à coup sûr. Mais l’esprit seulement. Le bonhomme continue à s'agiter avec toutes les apparences de la vie. C'est trompeur.
16:18 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : économie, société, démocratie

