25.08.2009

Le progrès, ce serait quoi ?

D’instinct, je répondrais : la diminution de la souffrance subie mais aussi infligée.

 

La civilisation industrielle a fleuri et continue de fleurir parce qu’elle a apporté dans ce sens une contribution indéniable. La machine a remplacé nos muscles et même une partie de nos cerveaux. Elle a libéré du temps humain tout en multipliant les objets qui nous rendent la vie plus facile, plus agréable. C’est ce qu’on appelle l’augmentation du niveau de vie. Parallèlement, les échanges matériels n’ont jamais couvert d’aussi vastes espaces. Nous mangeons de l’ail d’Argentine, utilisons des téléphones asiatiques, buvons des vins d’Australie. Dans le domaine médical, notre pouvoir de soigner et éventuellement de guérir s’est considérablement accru. En ce qui concerne les télécommunications, l’interconnexion entre les êtres humains est maintenant de l’ordre de l’instantanéité et de l’ubicuité, quelle que soit la distance. A preuve ce modeste blog qui est lu aussi bien à Saint-Barth d’Agenais qu’à Pékin ou en Pennsylvanie – n’est-ce pas Jean-Marie, Xuemei et Janice ?

 

Le problème, c’est que cette civilisation industrielle qui, pour nous, a fini par se confondre avec le progrès, est devenue semblable au légendaire Catoblépas : elle se dévore elle-même. Pour que tous les habitants de la Terre puissent jouir du niveau de vie moyen des Américains du nord, il faudrait - en termes de ressources et de capacité d’absorption des déchets - environ six planètes. Sauf à nier cette réalité à l’instar d’un ivrogne qui s’entête à vanter les vertus de l’alcool, on voit bien que ce n’est pas viable. La pollution que dégagent nos activités et les mauvais comportements encouragés par la « société de consommation » ont amorcé un recul de la qualité de la vie. La mondialisation des échanges matériels ne durera que ce que durera le pétrole bon marché, c’est-à-dire plus très longtemps. Les NTIC nous promettent une « nouvelle économie » : pour autant,  les « métaux rares » que nécessitent nos téléphones portables, nos ordinateurs et nos écrans sont de plus en plus rares – et convoités. Enfin, pour terminer une liste qui pourrait être plus longue, la recherche médicale fait toujours plus de la même chose – plus de substances chimiques, plus de vaccins – au détriment d’autres approches et, vraisemblablement, de la compréhension et du renforcement des équilibres naturels de la santé.

 

Cela dit, compte tenu de ce qui précède et aussi des factures qui s’accumulent – énergétiques, économiques, démographiques et sociales – nous serons amenés nolens volens et plus vite que nous ne le souhaitons à reconsidérer nos façons de vivre. Est-ce à dire que l’humanité va retomber dans des ténèbres dont elle avait réussi à sortir ? Boris Cyrulnik, dans Les vilains petits canards, et aussi les praticiens de la « narrative »  – n’est-ce pas Dina* ? – disent que, plus ce que ce qui nous arrive, ce qui compte c’est ce que nous nous racontons à propos de ce qui nous arrive. Or que nous racontons-nous aujourd’hui ? Quelle est le récit qui porte notre génération ? Rob Hopkins, le promoteur des « villes de la Transition », dit** qu’il nous manque une histoire collective pour donner du sens aux temps qui viennent. C’est comme si – je le cite - nous n’avions que deux scénarios : l’un qui est faux, celui du « Circulez, il n’y a rien à voir, tout va continuer comme avant », l’autre, désespérant, celui d’un futur digne de Mad Max.

 

L’histoire que je suis tenté de me raconter, c’est que l’humanité avance en tâtonnant, au risque de trébucher et, si elle côtoie l’abîme, d’y tomber.  Je dirais que nous avons suivi une route, peut-être la plus évidente, en ce qui concerne l’amélioration de la condition humaine. Parce que ce qui nous était le plus douloureux et nous a donc marqués, c’étaient les pénuries matérielles. Mais, au point où nous en sommes, cette route nous ramène maintenant vers des pénuries encore plus dramatiques. Heureusement, même si nous ne les voyons pas facilement, il reste d’autres voies à explorer. En définitive, notre civilisation – si on peut l’appeler ainsi – n’est pas sans relation avec les dérives qu’analysait Paul Diel au niveau des personnes, elle en est sans doute même rien de moins que le reflet. Pour ce psychologue, l’élan de base de l’humain est un élan de réalisation de soi. Mais les jouissances matérielles et narcissiques qui tirent leur pouvoir de nos blessures profondes, en gauchissant cet élan, en le détournant, nous égarent. Elles nous font perdre de vue ce qu’il appelait notre « motivation essentielle ». Peut-être cette motivation essentielle est-elle le lieu d’équilibre où nous pouvons recréer un monde qui soit en harmonie avec l'humain et avec les contraintes d’une planète finie ? Et si c'était cela le progrès ?

 

* http://www.dinascherrer.com/

* * Dans Transitions n° 2.

05.08.2009

Cuisson de la grenouille

La fable commence à être connue. Mettez une grenouille dans une lessiveuse remplie d’eau à une température agréable pour la bestiole. Allumez sous la lessiveuse un feu discret et faites monter très lentement la température du bain. Jusque là, pour le batracien, les conditions restent supportables. Son organisme s’adapte tranquillement à l’élévation très progressive de la chaleur, dépensant toutefois au fur et à mesure un peu plus d’énergie pour maintenir sa température interne. Vient le moment quand même où, réveillée par la morsure du feu, la grenouille songe à sauter hors de la lessiveuse. Mais, à son insu, elle a déjà dépensé trop d’énergie à s’adapter. Elle retombe épuisée dans le bouillon pour y achever sa cuisson.

 

Je pensais à cette métaphore comme un collègue évoquait la situation de notre économie. Certains experts avaient annoncé il y a quelques mois un effondrement par raréfaction des crédits bancaires aux entreprises. Notre imagination s’était alors représentée une sorte d'apocalypse, avec des faillites spectaculaires, des magasins pillés, des hordes de sdf sur les routes, etc. Il ne semble pas que nous soyons dans ce scénario. Certains en profitent pour nous rassurer et nous préférons leur faire confiance. Mais ce que nous avons appelé la chute de l’empire romain n’a pas non plus ressemblé à la chute d’un arbre frappé par la foudre : ç’a été en vérité une métamorphose de plusieurs siècles. Alors, hypothèse cruelle, ne serions-nous pas dans le cas de la grenouille qui ne perçoit pas en raison de sa lenteur l’élévation de la température, tout en ayant commencé à cuire et à perdre son énergie ?

 

Certes, les affaires, entend-on quand même, sont un peu plus difficiles. Mais rien de spectaculaire : pas de scandales, pas de banques enchaînées au pilori, pas d’implosion suspecte d’une firme en bonne santé. Si on note un ralentissement, si certaines entreprises ont des difficultés, c’est le consommateur qui en est la cause. Il n’a pas envie d’acheter, d’emprunter, etc. Rien à voir, vous en conviendrez, avec la raréfaction du crédit à l’économie qu'annonçait par exemple Bernard Lietaer. Le crédit n’est là que pour permettre de satisfaire la demande. Si la demande est molle, il n'y peut rien! Bien sûr, telle entreprise qui a plusieurs banques, note que deux d’entre elles sont plus frileuses. Mais la troisième "suit". Alors la vie continue... Puis, ce sont les vacances. En septembre, ça repartira!

 

Nous avons peut-être plusieurs problèmes pour le prix d’un seul: une dégradation si lente qu’on la sent à peine et un phénomène tellement diffus qu’on ne peut mettre en exergue une cause majeure et encore moins dénoncer le traître de l’histoire. Car le consommateur lui-même a une excuse : vous le voyez faire confiance à la situation quand le père Noël se sert d’abord lui-même ? Alors, faute d'un méchant à condamner ou d'une cause identifiée, on s’y prend comment ?

30.07.2009

Pour une poignée de dollars...

Pour une poignée de dollars on peut avoir des choses fort différentes...

Du remarquable blog de Paul Jorion http://www.pauljorion.com/blog/ et des commentaires qu’il attire, j’extrais quelques chiffres.

Durant les six premiers mois de 2009, 1,5 million de familles américaines ont vu leur logement saisi ou ont reçu un avis annonçant sa saisie prochaine.

Avec les 3,3 milliards de dollars dépensés aux Etats-Unis en opérations de lobbying*, on aurait pu sauver environ 16 500 familles. (Les établissements financiers américains ont énormément investi en lobbying afin de convaincre l’Etat qui les a sauvés avec l’argent du contribuable de leur laisser leur liberté.)

Mais aussi:

Avec les 36 milliards de bonus provisionnés par les principales banques américaines au titre du premier trimestre 2009, on aurait pu en sauver 180 000, soit 720 000 sur l'année.

Et avec les 100 milliards donnés à American International Group, on aurait pu sauver 500 000 familles.

Arrêtons de croire ou de vouloir croire que nous sommes dans le monde des Bisounours.

* Evaluation du Center for Responsive Politics.

13.07.2009

Politique-fiction

En cette veille du 220ème anniversaire de la prise de la Bastille, une fantasy à méditer:

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article585

06.07.2009

Impossibles

Dans ma dernière chronique, je citais Andreu Solé*. Andreu a créé le concept que je trouve très puissant des "possibles" et des "impossibles". Ceux-ci révèlent les structures les plus caractéristiques et rénitentes d'un monde créé par des humains. Pour le monde des Aztèques, par exemple, il est possible que le soleil ne renaisse pas au terme de l'année et toute la vie communautaire s'organise autour des moyens d'éviter la plongée dans les ténèbres. Il est plus facile de voir les possibles et les impossibles d'un monde quand on est à l'extérieur. D'ailleurs, s'agissant d'autres monde que de celui d'où on regarde, on parlera souvent de superstitions.

Cependant, notre monde, tout rationnel et pragmatique qu'il se veuille, a comme les autres ses possibles et ses impossibles, et ils sont d'apparence tout aussi arbitraire ou gratuite dès qu'on les regarde d'ailleurs. Par exemple, malgré la succession des bulles qui explosent de plus en plus violemment, un des impossibles les plus tenaces de notre monde concerne l'utilisation de l'argent: impossible de ne pas chercher à faire de l'argent avec de l'argent! Cependant, le prêt à intérêt était condamné par l'Eglise médiévale et il l'est toujours par de grandes traditions religieuses. "Bondieuseries!" allez-vous vous esclaffer. Mais, bien avant, Aristote, qu'on ne peut soupçonner d'une crédulité excessive, avait examiné la question et conclut lui aussi que faire de l'argent avec de l'argent était néfaste. Pouvez-vous imaginer un monde où la masse monétaire ne s'accroîtrait pas des intérêts produits ou des spéculations, mais seulement à mesure de la création de richesses réelles ? Un monde où la dette n'existerait pas mais où "l'emprunteur" et le "prêteur" seraient en fait associés au sein d'un projet commun ? 

Il faudrait sans doute, pour cela, toucher à un autre impossible, plus fondamental.

Regardez autour de vous, tendez l'oreille: qu'est-ce qui est le plus présent, sensoriellement, dans notre monde ? La publicité. Que cherche-t-elle à générer ? Le désir d'acheter, de consommer, autrement dit l'insatisfaction de ce que vous avez déjà. Voilà le mot-clé du monde que nous avons construit: l'insatisfaction. Observez bien: sans l'insatisfaction, notre forme d'économie s'écroule. Alors, vous devez sans cesse avoir envie de changer. De voiture, de robe, de chaussures, de maison, de look, de téléphone portable, de PC, et cela même s'ils remplissent encore leur fonction... Pour notre monde, la plongée dans les ténèbres ce serait l'impossibilité de rallumer sans cesse l'insatisfaction.

Le problème, indépendamment du type d'être humain sous influence que cela engendre, c'est que le cercle, à trop être caressé, est devenu vicieux. Ce n'est tout simplement plus viable. Du point de vue social, vous pouvez consommer tant que vous voulez, faire tourner la machine au maximum et même vous endetter pour cela, l'emploi continue à fuir de vos villes et de vos villages, le territoire où vous vivez s'appauvrit, la société se désagrège, la misère et la violence s'y accroissent - et on est loin d'avoir tout vu. Du point de vue écologique, nous sommes, encore plus radicalement, en train de détruire les équilibres qui nous permettaient de vivre sur la planète, nous préparons notre propre extinction.

Alors, pouvez-vous imaginer un monde fondé sur un autre impossible que celui d'être satisfait ?  

* Andreu Sole est l'auteur de "Créateurs de mondes".

28.06.2009

Hommes et femmes: mode d'emploi

Voici une information  qui va consoler plus d’un mec.

 

Je m’adresse seulement à ceux – mais ils sont nombreux - qui se demandent encore pourquoi c’est la brute mal rasée et méprisante, limite homo neanderthalis, qui, l’année de leurs dix-sept ans, a embarqué sous leurs yeux la délicate icône féminine qui leur inspirait de tendres sentiments. Eh ! bien, mes chers frères, grâce à un chercheur américain, le lien est fait entre ce genre de phénomène et la surconsommation qui est en train de détruire la planète. Nous, les discrets, les oubliés, nous tenons enfin notre revanche !

 

Lors de votre adolescence, messieurs, vous avez sûrement remarqué que la promenade pedibus cum jambis exerçait moins de séduction sur la copine de vos obsessions nocturnes que la virée à pétrolette proposée par Cro-Magnon. Même compétition d’ailleurs - même gagnant et même perdant – entre le pauvre cyclo 49 cm3 et l’arrogant vélomoteur 125 cm3. En ce temps-là, vous pestâtes plus souvent qu’à votre tour contre la pingrerie familiale. Elle vous empêchait d’acquérir le ramasse-minettes qui vous eût mis à égalité de chance avec votre bête noire! Du coup, vous êtes massivement entrés dans l’âge adulte avec une "obsession de la caisse" qui a fait la fortune des constructeurs automobiles.  

 

 

hotcarbon.pngOr, tout cela est biologique: les roucoulades du pigeon comme les rodomontades des ados, de même bien sûr que les émois-réflexe des femelles à plume ou à poil en quête atavique de protection et de reproduction. Si, dans le monde animal, la parade nuptiale consiste grosso modo à faire le paon, dans notre société de consommation - mais surtout, on l’oublie trop, de statut - la mâlitude (comme dirait l’autre) se prolonge dans un certain nombre d’objets symboliques dont la production et l’usage n’ont rien à voir avec le développement durable. Nous aurions donc principalement en ce bas monde le genre de mec qu’aiment les femmes et dont elles veulent bien reproduire les gènes! Les uns roulent les mécaniques par nature, les autres pour ne pas rester en plan : tous, en tout cas, pratiquent la consommation symbolique et ostentatoire afin de ne pas rester le pouce inutilement tendu au bord de la route! Ce que résume fort bien le dessin ci-contre où l’un des personnages déclare : « Je déteste l’avouer, mais ce qui m’excite chez un mec c’est son empreinte écologique ». Bref, on n'a pas fini d'évaluer le pouvoir féminin et c'est peut-être une source sérieuse d'espoir s'il montre sa capacité à promouvoir, en dépit des conditionnements ataviques, une autre manière d'être mâle que de faire vroumvroum ou blingbling.

Je vous l'ai tournée sur le ton de la galéjade, mais l’étude de Nathan Hagens est sérieuse. Elle va bien plus loin que ce que je viens de vous en montrer. Elle mérite d’être lue : http://www.theoildrum.com/node/5519#more

20.05.2009

S'enrichir (2)

Une autre manière de s’enrichir, pratiquée largement aujourd’hui, c’est de vendre des choses qui vont engendrer des problèmes puis de vendre la solution à ces problèmes. Suivez bien l’exemple des obèses américains, il vous éclairera. C’est une stratégie en deux temps.

 

Premier temps : dans une population a priori normale, faites émerger une population d’obèses. Pour cela, d’une main vendez de la junk food agrémentée de saveurs qui créent progressivement une dépendance, et, de l’autre, produisez des émissions de télévision qui mettent en scène ces aliments sous un jour flatteur tout en scotchant votre cible sur son canapé, ce qui lui évitera de perdre en bougeant la graisse dont vous voulez l’enrober. Dans ce cas-là, le canapé focalisé sur la télé agit comme la stalle où on engraisse industriellement les animaux en les privant du moindre mouvement.

 

Deuxième temps, diffusez des séries télévisées remplies d’Apollon et d’Aphrodite, de telle sorte que, lorsque vos obèses se regarderont dans la glace, ils finissent par se trouver franchement moches. Pour faire bonne mesure, rajoutez aussi quelques émissions sur les risques de l’obésité pour la santé. Entre l’addiction dans laquelle ils sont tombés et la honte et la peur que vous leur avez communiquées, vous les tenez ! Ils sont maintenant franchement malheureux, désespérés peut-être. Il n’y a plus qu’à leur proposer de dépenser l’argent qui n’est pas remonté chez les fabricants de bières, sodas et hamburgers divers dans les aliments basses-calories, les salles de fitness, les médicaments contre la déprime, voire auprès des psychanalystes et, un peu plus tard, en cas d’infarctus ou d’AVC, auprès du secteur hospitalier.

 

Contemplez ce business model, n’est-il pas génial ? Il vous suffit d’imaginer que ces malheureux se nourrissent convenablement, ont une hygiène de vie convenable, pour voir tous les secteurs de l’économie actuelle qui en pâtiraient. On peut sophistiquer le dispositif en ajoutant pour ceux qui travaillent un management persécuteur, des relations professionnelles difficiles, voire des difficultés financières et un sentiment d’insécurité permanent. Cela prédispose à manger et boire encore davantage, à dépenser compulsivement, à se laisser tomber devant la télé. Cela peut conduire à emprunter auprès des banques, ce qui fera des parties prenantes supplémentaires.

 

Autre exemple. Celui de l’agriculture industrielle. Gilles Clément, que j’interviewais l’autre soir pour le n° 2 de Transitions, disait que cette agriculture, si elle a de hauts rendements, n’est globalement pas rentable. Ses deux mamelles, si je puis dire, sont les ajouts chimiques – engrais et pesticides - et les semences modifiées, plus fragiles que les variétés anciennes. La victime collatérale de leur usage excessif est la biodiversité. Les équilibres naturels se défont peu à peu. Mais, chaque fois qu’un maillon de la chaîne disparaît, nous sommes obligés d’en rajouter afin d’obtenir les récoltes que nous escomptons. Peu à peu, la nature nous passe la main, mais la tâche est d’une complexité qui dépasse nos raisonnements linéaires. Alors, après avoir tenté des plantes qui résistent aux insectes, on en vient à en concevoir qui résistent… aux insecticides ! Là aussi, d’une main on apporte une solution qui engendre un problème et, de l’autre, on apporte une solution à ce problème et, bien sûr, celle-ci engendrera un problème à son tour. C’est ce qu’Anne-Caroline Paucot, dans son « Dictionnaire du futur », appelle un « solublème » : solution d’aujourd’hui, problème de demain. Mais, à chaque nouveau tour des petits chevaux, vous pouvez entendre le tiroir-caisse !

 

Quelquefois, l’écosystème des intérêts est moins évident. Par exemple, la multiplication des poches de pauvreté et d’humiliation a toujours été, dans n’importe quelle société, la cause de la violence. On pourrait donc imaginer qu’il vaudrait mieux gérer avec plus de justice pour faire l’économie des ennuis qui en résultent. Pas du tout ! D’abord, un peu plus d’équité dans la distribution des revenus pénaliserait d’abord les riches, ceux qui détiennent le capital des sociétés.  Mais en outre, deuxième perte pour eux, la réduction de la violence en amont diminuerait la nécessité de protéger les braves gens et leurs biens. Ce serait un marché dont se priveraient les actionnaires et pas eux seulement. J’aimerais connaître le nombre d’emplois que l’insécurité a permis de créer ne fût-ce qu’au titre du gardiennage. Même si elles doivent casquer de temps en temps, les sociétés d’assurances connaissent probablement un accroissement de chiffre d’affaires sur ce type de garanties. Les fabricants de serrures, portes blindées, caméras et autres engins de surveillance passent aussi à la caisse. Enfin, en ce qui concerne les hyper-riches, les gated communities coûtent probablement plus cher en conception, réalisation, maintenance et gardiennage qu’un habitat normal, fût-il luxueux : encore un marché. Accessoirement, la violence donne aux dirigeants politiques quelques arguments pour affermir leur pouvoir et nous vendre de l’ordre. Alors, imaginez qu’on retombe au niveau du sentiment d’insécurité des années 60, quand la France comptait moins de 500 000 chômeurs. Vous voyez tous les fonds de commerce qui auraient du plomb dans l’aile ? Croyez-moi, l’injustice est avantageuse.

 

Entendons-nous bien, je ne prétends pas que tout cela relève d’un dessein mûri et organisé. Quand les cicadelles de Gilles Clément mangent les pucerons dans son jardin, ce n’est pas qu’elles aient le dessein de préserver ses roses ou de lui être agréables. Cela s’agence tout simplement ainsi. Ce que je veux dire, c’est que l’ordre des choses n’est pas une fatalité mais un choix. Le choix de conquérir des uns, mais aussi le choix de laisser faire des autres. On a la société qu’on mérite.

14.04.2009

Un coup de gueule que je vous recommande

http://michelgutsatz.typepad.com/brandwatch/2009/04/quand...

07.04.2009

Nom de code : H. R. 875 Profession: tueur

Voilà qu’au pays de la liberté – celui de Barak Obama – une nouvelle loi au nom de robot de dessin animé – H.R. 875 – sera bientôt soumise au Législateur. Elle ne vise rien de moins qu’à tuer les productions jardinières, fussent-elles non-marchandes, en les soumettant à des contrôles financièrement écrasants si elles n’utilisent pas les semences industrielles. Bien entendu, ce projet de loi s’habille de vertu, arguant de la nécessité de protéger la santé des citoyens. Nous sommes bien aise qu’on reconnaisse à la santé le droit de vivre surtout dans un pays où le pourcentage d’obèses est respectable et le système de santé bien mal en point.

Cette affaire du H.R. 875 n’est rien d’autre qu’un avatar à grande échelle de l’imposture emblématique du lait maternisé dans certaines régions d’Afrique. La multinationale que Ziegler surnomme « la pieuvre de Vevey » s’est ouvert un nouveau marché en convainquant des Africaines de la supériorité du lait de ses usines sur celui que produit leur corps de femme. Quelques organismes internationaux, en toute innocence, ont sans doute aidé à la chose en finançant des campagnes d’information sanitaire et en subventionnant la marchandise. Du coup, les jeunes mères nourrissent leurs bébés de granules de lait « maternisé »... qu’elles mélangent à la seule eau disponible qui est croupie...

Il faut voir qui, à coup de lobbying et de dollars, préconise le totalitaire H.R. 875. On y retrouve évidemment le groupe des usual suspects, comme par hasard les grosses capitalisations boursières de la planète. Au sein de cette bande, on reconnaît aisément celui qui a inventé d’introduire la mort dans le cycle de la vie et d’intervenir pour écarter la concurrence que la Nature fait à ses laboratoires. Je veux parler de celui qui a imaginé les semences stériles et qui vise à s’asservir ainsi le monde agricole.

Le moment n’est pas neutre pour pousser le projet de loi H.R. 875. D’une part, la population des « localvores » - ceux qui veulent consommer des produits de proximité - se développe parmi les Américains. D’autre part et surtout, si certains scénarios économiques se réalisent, les Etats-Unis pourraient entrer bientôt dans une récession profonde, avec une accumulation de millions de sans-travail et une décroissance forcée. La survie dans un tel contexte, est de revenir à des économies de proximité pour y trouver la subsistance minimale. On peut imaginer que de grandes exploitations décident de réduire un peu la surface de leurs monocultures pour produire des légumes, et les particuliers qui ont un peu de terrain d’en cultiver quelques rangées pour eux-mêmes et leur famille. Voilà de nouveaux flux financiers qui ne doivent pas échapper à la rapacité des firmes!

D’un point de vue très égoïste, ce qui me tracasse le plus c’est la tendance des législations américaines à traverser l’Atlantique et, poussées par le souffle de l’OMC et attirées par la réceptivité aveugle de nos eurocrates et autres américanolâtres, à contaminer notre propre règlementation. Et, je l’avoue, là, j’éprouve un dramatique sentiment d’impuissance. Que faut-il faire ?

14.02.2009

Tribune libre à Bernard d'Heilly

C'est étonnant de voir le nombre de gens, dont le niveau intellectuel les classe dans ce qu'on appelle les "élites", qui avaient prévu la crise et n'ont pas évité sa venue!

Autre étonnement c'est que du jour au lendemain mes ressources ainsi que celles de la grande majorité n'ont pas changé. Celles de ceux qui perdent leur emploi, oui, mais quel pourcentage de la population représentent-ils à ce jour quand bien même les mises au chômage sont brutales?

C'est bien une diminution immédiate de la consommation par manque de confiance qui est la cause de ce ralentissement de l'activité et non un manque de moyens. Les 15% de la population qui manquent de moyens existaient avant la crise.

Cette crise est le résultat de la surconsommation exacerbée de notre société dont nous sommes tous responsables car nous en avons majoritairement profité.

Y a t-il des " élites" qui sont plus responsables que la moyenne d'entre nous ? Probablement mais le champ de ces élites est large!

Les responsables politiques ? Sans doute, mais il est difficile d'être élus si on est à contre-courant!
Les patrons de grandes société ? Sans doute, car on attend d'eux des comportement responsables. Mais peut-on résister, par exemple, à spéculer sur ses fonds propres dans une banque lorsque le copain d'en face le fait et peut, grâce à cela, racheter le concurrent plus "timoré" , voire vous racheter?
Les patrons d'entreprise qui, entrainés par le mouvement général, innovent tous les six mois ou tous les ans et nous proposent des tas de choses dont nous n'avons nul besoin ?
Les patrons de la distribution qui nous inondent de produits et prétendent défendre le pouvoir d'achat ?
Les responsables syndicaux, qui prônent l'augmentation des moyens de consommer comme solution à tous les problèmes ? Mais peut-on résister aux pressions de son "fonds de commerce" ?
Les responsable des partis de gauche, qui disent la même chose pour les mêmes raisons ?
Ceux de droite aussi sans doute ?
Nous, ceux d'entre nous qui ont quelques moyens, qui consommons à tour de bras des choses inutiles et qui profitons allègrement des plus-values immobilières injustifiées si l'occasion se présente ?

Tout cela pour dire qu'il faut se méfier du discours sur la responsabilité des "élites" comme bouc émissaire...

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