29.06.2009

Appel à la Métamorphose du Monde

Un très beau texte signé d'Edgar Morin, Pierre Gonod et Paskua sur le site de l'Institut Polanyi:

http://www.institutpolanyi.fr/index.php?option=com_conten...

27.06.2009

Et voici Transitions n° 2 !

Couverture_15.jpgCe n’est pas une mince affaire de faire vivre une revue, fût-elle semestrielle. Notre imprimeur vendéen vient de nous en livrer le n° 2. Le carton hâtivement ouvert, le voilà entre nos mains qui tremblent autant de joie que de fébrilité... Allez : sans fausse modestie aucune, je crois que nous pouvons être fiers du résultat ! 

 

Mais à vous d’en juger ! En voici déjà le sommaire placé sous le thème général de:

Economies et Proximités:

 

Editorial :

Pour qu’il y ait de la vie là où l’on vit

(par votre serviteur)

 

Initiatives citoyennes

Les AMAP : produire et consommer localement

Interviewes de Daniel Wuillon et de Kolin Kobayashi

 

Economie monétaire

Changez la monnaie, vous changez la relation

Interview de Bernard Lietaer

 

Biodiversité

L’évangile des herbes folles

Dialogue avec Gilles Clément et Christian Mayeur

 

Ecologie scientifique

Le nouveau paradigme de la durabilité

Rencontre avec Robert Ulanowicz par Dominique Viel

 

Transformation socio-économique

Ville en transition

Interview de Robert Hopkins

 

Economie locale

Emergence d’une économie locale vivante

par Manfred Mack

 

Biologie

L’économie cellulaire

Interview d’Olivier Neyrolles

 

Innovation

Vers une économie de l’estime

Interview de Jean-Michel Cornu

 

Philosophie

Pour une démocratie mondiale de la proximité

par Eugénie Vegleris

 

Synthèse

Laboratoires d’une économie différente

par Manfred Mack

 

Vous avez envie de le recevoir, de connaître les conditions d’abonnement, de nous soutenir : thygr@wanadoo.fr

 

24.06.2009

Démocratie

"Le pire des régimes à l'exception de tous les autres" (Winston Churchill).

Et qui se mérite:

 http://www.la-croix.com/afp.static/pages/090624044847.914...

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/f9f92952-6032-11de-b878-9...

http://www.nytimes.com/2009/06/23/world/middleeast/23iran...

Deux exemples où les forces d'oppression prennent à peine la précaution de porter le masque!

26.01.2009

Aujourd'hui, le coup de gueule de Francis Karolewicz!

AGIR OU SUBIR

francis portrait.JPGLes oiseaux de mauvais augures rôdent autour de nous annonçant des temps difficiles. Le ciel s’obscurcit et tout le monde se met à l’abri de peur de se mouiller. Mais le piège est justement là. Au lieu de se mettre tous ensemble immobile et transis de froid à attendre les beaux jours, nous devrions plutôt nous mobiliser pour agir et repousser les abîmes d’une nuit sans fin. En effet, la crise est là ! Et nous en sommes tous responsables. Les sourds qui n’ont rien voulu entendre, les aveugles qui ont préféré détourner leur regard et les muets qui se sont tus.
Nous sommes une société de malentendants et d’handicapés de la vie choisissant de survivre avec leur handicap plutôt que de lutter et d’agir pour retrouver la vitalité de leur existence.

Avant d’être une crise économique et financière, la crise actuelle est celle de la moralité, de l’éthique, de l’argent facile, de la lâcheté. Nous avons tous troqué l’être contre un peu plus d’avoir, nous avons échangé la qualité des liens familiaux, sociaux et professionnels contre un peu plus de matière et un peu moins de relation. Nous avons oublié nos enfants et les batailles de nos aînés pour nous construire une vie meilleure comme un château en Espagne. Le mot durable est dans toutes les bouches, alors que notre société repose sur une production et une consommation de l’éphémère. Notre peur de la pauvreté, de l’abandon et du changement nous enferme dans une résignation qui nous pousse à nous poser en victime et à montrer du doigt ceux qui nous ont nourri mais que nous avons nous-mêmes alimentés.

Il est temps de faire de cette crise une opportunité de changement, de rupture et non de continuité. Nous sommes tous acteurs de ce monde que nous adorons ou abhorrons. Nous en sommes les consommateurs, les bâtisseurs et les détracteurs. Il ne faut pas croire que le seul acte responsable que nous ayons à faire est celui de voter pour la personne qui aura la charge de construire la société que nous désirons. Nous avons la fâcheuse habitude de déléguer aux autres la responsabilité de notre vie et de nous insurger quand cela ne nous convient pas. Nous avons échangé notre liberté contre une poignée de deniers et nous refusons de revoir les principes de ce troc. Nous oublions que le monde bouge et que nos enfants sont les légataires universels de notre égoïsme et de notre refus d’écrire une autre histoire que celle que nous avons programmée par avance. Pourtant le traçage du monde de demain est en train d’être revu et corrigé non pas par les scénaristes d’Hollywood mais par ceux qui décident d’y participer et de dire NON à un monde construit sur l’avidité, l’argent facile, l’individualisme et le paraître. L’Histoire nous a montré que les sociétés arrivant à maturité de leur apogée disparaissaient, laissant place à d’autres formes de société et de leaders. Nous ne sommes pas obligés de disparaître mais nous avons l’impérieuse nécessité de créer un nouvel ordre mondial dans lequel chacun doit prendre conscience qu’il est acteur de ses décisions, auteur de ses choix et constructeur du monde de demain. Pour cela il ne faut pas avoir peur de se mouiller mais agir en personne responsable qui apprend à ne plus être victime et à discerner ce qui devient essentiel pour construire un monde plus juste, plus relationnel et plus durable pour les générations à venir.

Les anciens plantaient des arbres dans leur champ pour leurs petits enfants en prévoyant que ceux-ci en auraient besoin pour construire leur maison. Nous devons nous aussi penser à nos enfants et à leurs futurs enfants en participant activement à la conception d’un monde plus humain et moins mécanique, plus enraciné et moins virtuel. La solidarité collective passe par la responsabilité individuelle alors agissons pour tous et n’attendons pas la nuit sans fin pour trouver la lumière qui éclairera notre conscience. Mettons nous en mouvement pour agir et cessons de subir.


Francis Karolewicz
Directeur fmk consulting
http://www.fmk-consulting.com/accueil/index.php




23.12.2008

Portrait d'un traître

Callisthène est capable de tirer de la chose la plus simple une variété incroyable de sensations, un plaisir qui n'en finit pas. Une gorgée de vin, une bouchée de nourriture, un souffle d'air qui passe, le toucher d'une étoffe, le timbre d'une voix ou le chant d'un oiseau, sont pour lui comme un labyrinthe - cette figure qui, dans un espace fini, recèle un chemin infini. Il s'y enfonce avec délices.

Quand il visite une exposition, après un rapide coup d'oeil il s'attache à une seule des oeuvres présentées et se plonge dans une contemplation inépuisable. Quand il achète un nouvel objet, il semble que des siècles ne lui suffiraient pas pour en apprécier les qualités. Il le traite d'ailleurs avec tant de soin qu'il en allonge la vie. Il a relu certains livres des dizaines de fois, il connaît par coeur une soixantaine de poèmes choisis au long de sa vie, et, dit-il, y découvre chaque fois des choses nouvelles et plus profondes.

Quand il se promène, il conjugue la marche rapide et prolongée - car, affirme-t-il, le corps recèle des sensations internes tout aussi riches que celles qui viennent de l'extérieur - et les moments de recueillement : la rumeur des vagues, l'ombre d'une biche, le tournoiement d'un oiseau, la fragrance automnale d'un sous-bois...

D'un séjour, jadis, en Asie, il a rapporté une coutume culinaire qui surprend: avant de les faire cuire il coupe tous les aliments en petits morceaux, prétendant ainsi économiser tant sur la matière première que sur le temps de cuisson et ainsi sur le bois, le gaz ou l'électricité. Ce n'est pas qu'il manque d'avoirs ou de revenus, mais il vous expliquera que la vraie fortune dont nous devons prendre soin est en dehors de notre possession.

Callisthène est en excellente santé. Extrayant tant de plaisir de si peu de chose, il est à l'abri des maladies de pléthore. Sa pratique de marcheur entretient son coeur et son souffle et régule ses humeurs. En outre, cultivant la contemplation sensorielle à un tel point, il ne lui est guère besoin de disciplines orientales pour se protéger du stress. Et on comprend aisément qu'il n'ait pas de problèmes d'argent: la plupart de ses bonheurs sont gratuits et il tire un tel parti des plaisirs marchands qu'il y dépense bien peu.

C'est bien là, pour certains, que le bât blesse. Pour beaucoup de gens, il passe pour avare ou arriéré. Récemment même, il y a eu une manifestation devant sa porte: à si peu consommer de quoi que ce soit, y compris de médicaments, il serait un danger pour l'économie, pour l'emploi, pour le progrès.

23.11.2008

Conscience et comptabilité

La particularité de mon cerveau est sa tendance naturelle à faire des rapprochements. Je n'en tire aucune gloire car c'est quasiment compulsif. Par exemple, quand je vois les réactions scandalisées à l'idée que, pour contrer la crise financière et protéger les entreprises de ses dégâts collatéraux, on pourrait créer des monnaies complémentaires, ce qui me vient à l'esprit c'est que, pour nous, le monothéisme est supérieur au polythéisme. Vous allez me dire que c'est un peu tiré par les cheveux. Je suis cependant persuadé que, si le contenu diffère, la pensée a la même forme. Constitue pour nous un progrès tout ce qui du multiple ramène à l'un. Le "one best way". La "monnaie unique". La vérité. Cette vision du progrès apporte évidemment dans ses bagages la centralisation, les merging and acquisitions, les normes de ceci ou de cela, les OGM et j'en passe, qui sont des façons convergentes de passer au merveilleux ordre de l'un.

Mon voisin de bureau me racontait l'autre jour une réunion du "Cercle des Paradoxes" de l'ANDRH à laquelle il avait assisté. Ce soir-là, le thème de réflexion était celui des relations entre les entreprises et les personnes handicapées. Un témoignage l'avait particulièrement remué. Originaire d'Afrique, robuste et tonique, l'homme expliquait que, si la médecine française avait été providentielle en stoppant le mal terrible qui l'avait atteint, en revanche les entreprises à cause de son handicap le laissaient systématiquement sur la touche. Il concluait par une formule à l'emporte-pièce: "Notre société, techniquement, elle est géniale; socialement, elle est nulle". Alors que j'assistais, hier, à la projection de "Nos enfants nous accuseront" de Jean-Paul Jaud, une autre formule est venue faire écho à celle-là. Ce documentaire conte l'histoire vraie du village de Barjac, dans le Gard, dont le maire a décidé il y a quelques mois que désormais la cantine municipale ne servirait que du "bio". A un moment, questionné sur les coûts, il a cette réplique: "Il y a des moments où il ne faut pas faire passer les comptables devant. Ce qu'il faut faire passer devant, c'est sa conscience". J'ai failli applaudir.

Aucune époque n'a eu autant de comptables en tout genre que la nôtre. Aucune société dans l'histoire n'a effectué autant de mesures. C'est incroyable tout ce que nous mesurons: depuis les variations de l'ocytocine lors des rapports sexuels jusqu'aux fibrillations des subprimes sur les marchés financiers, en passant par les battements de paupière d'une cliente devant une tête de gondole ou l'élévation de la température terrestre. Avec quel résultat ? Que cela coûterait trop cher d'adapter un poste de travail pour une personne handicapée et qu'il vaut mieux verser une taxe à l'état que s'encombrer d'un citoyen qui n'est pas tout-à-fait à la norme ? Qu'il vaut mieux économiser sur le budget de la commune que s'assurer de donner à ses enfants et à ses vieillards une nourriture de qualité ? Vous allez me dire que c'est une question de moyens: on les a ou on ne les a pas! Un sdf est mort de froid cette nuit à Vincennes. Dans ce pays qui, au niveau mondial, fait partie du peloton de tête pour le PNB per capita. Osez encore me dire que c'est une question de moyens.

Vous avez raison, Monsieur le Maire: "Il y a des moments où il ne faut pas faire passer les comptables devant. Ce qu'il faut faire passer devant, c'est sa conscience". Merci de votre leçon et de votre exemple.

14.11.2008

Journée mondiale de la gentillesse

J'apprends grâce à un de mes "friends" sur Facebook que ce serait aujourd'hui la Journée mondiale de la gentillesse. Je ne sais pas qui l'a décrété mais, après la tentation d'en ricaner, je me dis que la gentillesse mérite bien d'être réhabilitée. D'abord, parce que la société que nous avons construite, surtout dans les grandes agglomérations, semble générer une animosité naturelle des humains les uns envers les autres. Où qu'ils se retrouvent, que ce soit dans la rue ou sur les quais des gares et des métros, dans les salles d'attente des aéroports ou les queues devant les cinémas - qu'ils soient à pied, à vélo ou en voiture - on a l'impression de silex qui, au moindre contact, peuvent faire des étincelles. Plus souvent que la gentillesse, c'est l'exaspération qui se manifeste, le procès d'intention, l'agressivité.

L'autre raison pour laquelle, je crois, il faut réhabiliter la gentillesse, c'est qu'elle est trop souvent associée à l'expression "se faire avoir". Pour moi, la gentillesse ne s'assimile pas à la faiblesse et, par exemple, à l'incapacité de dire non. On peut dire non - et dans certains cas, on doit dire non - tout en restant gentil - c'est-à-dire, à tout le moins, sans aboyer et au mieux en conservant pour l'autre un regard bienveillant. Teilhard de Chardin a écrit quelque part: "La douceur est la première des forces parmi celles qui se voient". J'en suis, pour ma part, bien d'accord. Je lisais il y a quelques jours, dans Le Monde, que notre espèce est exposée à une pandémie potentielle. La source s'en trouve dans les élevages industriels de poulets. Si, élevée en masse, la volaille engendre la grippe aviaire, ce que l'accumulation humaine produit de spécifique au sein d'une société de consommation, c'est une forme de qui-vive, d'agressivité latente, prête à jaillir comme une épidémie. Il y a une pandémie qui s'attaque aux âmes. Elle ne tue pas, mais elle empoisonne.

Il y a en outre des facteurs d'accroissement de cette tension permanente. Par exemple, en ce qui me concerne, cela fait près de six mois que je travaille à la conception et à l'organisation d'une journée de réflexion particulièrement pointue. Je me suis assuré la présence de trois experts d'une rare qualité. J'ai près de trente participants de tous les coins de France et de Navarre, ce qui est un record selon mes critères habituels, et j'ai même une poignée de personnalités externes pour faire bonne mesure. Et là, vlan! les syndicats de la SNCF annoncent une grève! Tous ces efforts, les décisions de près de quarante personnes, l'organisation de leur emploi du temps pour être là, sans parler des hôtels, des salles et des repas réservés, le salaire des intervenants, tout cela peut se retrouver à la poubelle en quelques heures. Et c'est - en plus - la deuxième fois depuis la rentrée.

Alors, Mesdames et Messieurs les Syndicalistes des transports en commun, sans remettre en question le droit de grève, j'ai envie de vous dire que vous me faites copieusement... - Heu... c'est la journée mondiale de la gentillesse... Faut que je le dise autrement! Respire, souris - on reprend! J'ai envie de vous dire que vous faites payer à ceux qui, normalement, ne vous en veulent pas, les difficultés que vous avez avec vos dirigeants. J'ai envie de vous dire que vous contribuez à la pollution des esprits, parce que vous déclenchez des émotions agressives à votre encontre et que, le jour de votre grève, il y aura encore plus de tensions entre les usagers de vos services. J'ai envie de vous dire que vous contribuez aussi à la pollution de la planète parce que, à cause de votre grève, il y aura plus de véhicules dans les rues et sur les routes, plus de pétrole consommé et plus de CO2 relaché dans l'atmosphère.

Alors, pour conclure, j'ai envie de vous dire que vous manquez vraiment d'imagination stratégique. Il y a sûrement d'autres moyens de faire pression sur vos dirigeants que d'empoisonner la vie et le moral de ceux qui vous permettent d'exister. Mon ami Frédéric Le Bihan, de l'Ecole française d'Heuristique, et moi, on peut vous monter un séminaire de créativité si vous le souhaitez. Dans le cadre de la journée mondiale de la gentillesse.

26.10.2008

Vous en dites quoi ?

Voici quelques pincées d'information prises ici et là.

D'abord, en date du 22 octobre, sur le blog de Paul Jorion (qui est de ceux qui avaient annoncé la crise des subprimes) : "Mais les affaires reprennent : on apprend que les banques américaines qui ont chacune reçu 25 milliards de dollars du contribuable (enfin, indirectement) ont l’intention d’en passer une partie en dividendes, une autre partie à racheter leurs concurrentes moins chanceuses et qu’elles utilisent une portion de l’argent qu’elles ont reçu - attachez vos ceintures ! - à faire du lobbying visant à l’annulation des mesures gouvernementales de semi-nationalisation. Est-ce que ce n’était pas plutôt de l’argent qu’on leur avait insufflé pour qu’elles puissent le prêter à faire des choses utiles ?" Cf. http://www.pauljorion.com/blog/

Maintenant, sous la plume de Maria Chiara Rioli (Le Monde diplomatique du 24 octobre): "Depuis des semaines, les homélies sur la « moralisation » de l'économie se multiplient. Et le gouvernement de M. Berlusconi ne veut pas être en reste. Le parlement, qui discutait du décret pour le sauvetage de la compagnie aérienne Alitalia, a découvert un article jusqu'alors passé inaperçu, l'article 7 bis. Celui-ci explique que les délits liés aux krachs financiers d'une entreprise ne sont pas passibles de poursuite, à moins que ceux-ci ne se déclarent en faillite. Il modifie ainsi la loi «Marzano» sur les sauvetages des grandes entreprises et celle concernant le droit de la faillite de 1942. Si une société se contente de proclamer son insolvabilité ou si elle est confiée à des administrateurs judiciaires, les managers ne risquent rien. Ainsi, MM. Calisto Tanzi et Sergio Cragnotti, responsables des krachs Parmalat (2003) et Cirio (2002), auraient échappé aux poursuites si, à l'époque, cet article 7 bis avait été adopté." Cf. http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2008-10-24-Italie-l-impunite-des-managers

Enfin, pour finir avant que vous criiez grâce, voici une vidéo où Colin Powell annonce une attaque terroriste visant les États-unis le 21 ou le 22 janvier au lendemain de l'investiture du nouveau président. Je me suis souvenu des analyses d'Emmanuel Todd qui disait que le seul moyen aujourd'hui pour les États-unis de conserver le leadership mondial, c'était d'être le gendarme du monde. En regardant la vidéo, je n'ai pas pu m'empêcher d'avoir à l'esprit l'image du pompier pyromane... Cf. http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=10655 . Et je m'étonne aussi qu'une assertion aussi spectaculaire n'ait pas été plus largement reprise dans les media. Il est vrai que, si on aime à se faire peur, on a déjà les conséquences du tsunami financier pour passer l'hiver.

22.08.2008

Un autre miroir

Dans Seven, un film de David Fincher, un serial killer exécute une à une ses victimes en référence chaque fois à l’un des sept péchés capitaux. Il vient d’assassiner la sixième quand deux policiers, incarnés par Morgan Freeman et Brad Pitt, lui mettent enfin la main au collet. Alors qu’il semble avoir perdu la partie, il suscite délibérément chez Brad Pitt un désir de vengeance tel que celui-ci va l’assassiner, commettant ainsi le péché capital qui parachève l’œuvre du tueur: la colère. Le Mal semble avoir perdu. En réalité, il a gagné. Il est passé dans le coeur du policier.

Kaing Guek Eav, alias Douch, a à son actif l’assassinat en quelques mois de 12380 personnes et peut-être de quelques milliers d’autres. Les archives du centre «S21» dont il a été le maître sous le régime de Pol Pot détaillent en outre les tortures et les avilissements et tout ce qui était mis en œuvre pour faire vivre un calvaire moral et physique aux malheureux qui tombaient entre ses griffes. Rattrapé trente après par la justice, Douch ne nie rien.

Dans Le Monde daté du 19 août Francis Deron s’efforce de faire le portrait du monstre. Mais l’horreur extrême de son « œuvre » fait que - pour reprendre l’image puissante forgée par Victor Hugo - nous sommes comme aveuglés par un « affreux soleil noir d’où rayonne la nuit » A ce degré-là, le Mal semble relever du mystère et mérite une majuscule.

L’histoire de Douch, si l’on excepte ces mois d’horreur, est celle d’un homme valeureux. Issus de paysans miséreux, il lui a fallu du courage pour faire des études. Enfant, il a vu sa famille maltraitée par un oncle usurier et en a été humilié. Il n’a pu entrer à l’école qu’à l’âge de neuf ans et il fut, se rappelle-t-on, «un bon élève, éprouvant simultanément crainte et fascination pour ses enseignants qu’il respectait hautement». D’autres témoignages le décrivent comme un « perfectionniste », quelqu’un de « méticuleux, consciencieux, soucieux du détail et attentif à être bien considéré par ses supérieurs ».
35ba883c6429d821771e9f671aa6e07b.jpg
Les experts sont formels : Douch n’est pas fou. Alors, je regarde son visage sur la page du Monde ouverte devant moi… Je pense à tous les malheureux, ces hommes, ces femmes, ces jeunes gens, qu’il a détruits dans des humiliations et des souffrances extrêmes. Je m’imagine, plongés dans cette tourmente, des gens que j’aime. Je me représente cette organisation de l’horreur : d’un côté la chair tendre des victimes travaillée par les bourreaux, de l’autre une comptabilité maniaque insensible à l’abomination, et tout cela légitimé par l’adhésion à un système, tout cela rendu possible par l’aveuglement idéologique. Devant cet assemblage de stupidité et d’insensibilité, je sens monter en moi la colère, la violence et la haine… Il est temps de me calmer.

Il y a comme une étrange symétrie entre les JO de Pékin, qui nous tendent le miroir d’un humain magnifié dans sa performance physique et ses énergies psychiques – et au même moment le portrait de Kaing Guek Eav qui, du fait de sa monstruosité, nous suggère à quel point le Mal, braves gens, nous est étranger. Cependant, l’ancien maître du S21 nous tend lui aussi un miroir. Son histoire nous rappelle que le Mal est ingénieux. Il s’empare de nous par des voies modestes. Il sait combiner ce que la société et ses maîtres nous vendent comme vertus et les pulsions au fond de nous que, dans certaines circonstances, nous sommes tentés de juger légitimes. Il sait nous faire croire qu'il est ailleurs. Songez au paradoxe de l’Inquisition qui, au nom d’un Dieu d’amour, ne rechignait pas à extirper les aveux sous la torture. Et, plus proche de nous, à l’époque nazie. Il n’y a pas que les monstres qui font fonctionner le système. Il y a des gens comme vous et moi. Il faut relire Milgram.

16.08.2008

Que vous le vouliez ou non...

J’entends ou je lis de temps en temps ce genre de déclaration: « Moi, je suis apolitique ». On peut comprendre par là que celui qui la fait ne professe pas d’opinion politique et, surtout, ne soutient aucun parti. Je ne trouve là rien à redire. J’ai donné, jadis, et j’ai décidé qu’on ne m’y reprendrait plus. J’admets qu’une fois au pouvoir il faille composer avec les réalités et notamment avec les contre-pouvoirs - encore que ce sont là des choses qu’on devrait évaluer avant de faire des promesses. En revanche, je refuse que mon énergie de godillot soit détournée au profit de valeurs qui ne sont pas les miennes. Je refuse qu’on me mente, avant, pendant ou après. Je refuse que le réalisme soit le nom que l’on donne à l’absence de courage et à la pusillanimité. Je refuse que l’on se moque de nous, quelles que soient nos opinions.

Pour autant, l’apolitisme ne confère pas la virginité. Ne pas militer pour un parti ou une idéologie ne supprime pas les effets de notre présence dans ce monde. J’ai d’ailleurs la faiblesse de penser que les bulletins de vote ne font que changer la distribution et la mise en scène d’une pièce qui, elle, ne varie pas. En revanche, la représentation que nous nous faisons de notre réussite personnelle et de celle que nous souhaitons à nos enfants, nos choix quotidiens de consommation et d‘épargne, les décisions que nous prenons dans le cadre de nos activités professionnelles et associatives, tout cela reflète le fait que, comme l’écrivait Pascal, « nous sommes embarqués » et ne pouvons pas faire comme si nous n’étions pas là.

Même si nous refusons de prendre conscience de notre place dans la chaîne des causalités qui font le monde tel qu’il est, notre rôle y est certain. Même si - à l’instar de ceux qui entretenaient les locomotives des trains de la mort - nous refusons de voir ce qui nous relie au système et à ses dérives, nous y sommes impliqués. Même si nous refusons de prendre conscience du pouvoir qui est le nôtre, notre responsabilité est engagée. Ce pouvoir - notre pouvoir - il est le plus souvent diffus. Il est dilué le long de boucles de rétroaction complexes, émietté au quotidien dans une multitude de « microdécisions ». Mais il est colossal. Chaque euro que nous dépensons est un bulletin de vote bien plus puissant que celui que nous mettons de temps en temps dans l’urne.

Refuser ce pouvoir, c’est faire un choix. C’est faire le choix de la force des choses contre l‘humanité et des puissants contre les faibles.

Toutes les notes