02.11.2009

Le miroir de Cassandre

Un extrait du dernier livre de Bernard Werber:

MiroirCassandre_104.jpg"Etre lucide est une malédiction. Mieux vaut ne pas voir. Comme il doit être apaisant d'être un crétin béat, de ne pas savoir, de croire les mensonges, de hurler avec les loups, d'encourager les prédateurs à tuer, d'aller dans le sens de la pente. Comme il doit être agréable de polluer, de trouver des excuses au tyran et des défauts aux victimes."

31.10.2009

Paradoxe

Une étude canadienne suggère que les personnes s'étant fait vacciner contre la grippe saisonnière pourraient être plus fragiles en cas de contamination par le virus de la grippe porcine H1N1: http://www.cbc.ca/health/story/2009/09/23/flu-shots-h1n1-...

"Surprenant, non ?" comme aurait pu dire le regretté Desproges... 

28.10.2009

Douche écossaise

Je vais passer pour un laudator tempori acti, mais ill fut un temps où la grandeur était celle des valeurs qu'incarnaient les dirigeants. "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France" écrivait Charles de Gaulle. Je me demande quelle idée de la France on peut bien se faire aujourd'hui dans certains milieux. Je serais prêt à parier que c'est celle d'une pauvre gogol qu'on culbute derrière les poubelles, la jupe sur le nez, tout en lui subtilisant ses pièces jaunes.

Depuis qu'on s'aligne sur la ploutocratie américaine et qu'aux valeurs agissantes on substitue le story telling et le spectacle, l'aune de la grandeur est le coût des banquets. Il est vrai qu'encore récemment on prétendait que les ouvriers étaient fiers quand leur patron changeait de voiture. Alors, qu'est-ce qu'ils doivent être orgueilleux de leurs suzerains les manants d'aujourd'hui quand il voit comment se font traiter leurs maîtres:

http://www.france-info.com/france-politique-2009-10-28-la...

Difficile quand même de trouver légitime que les invités d'une soirée pince-fesses y mangent chacun pour 5000 € - vous m'avez bien lu - tout cela pour se donner l'impression qu'ils vont améliorer le sort du monde. Et cela pendant que, dans les ténèbres extérieures de la France d'en bas, d'autres se demandent quand ils seront licenciés sur l'autel du néo-libéralisme et de la sainte Mondialisation. Je pense à cette scène que décrit Proust quand des gamins miséreux, la machoire décrochée, fascinés, regardent derrière les vitres embuées du Grand Hôtel de Cabourg les pensionnaires qui mangent leur potage en évitant de mettre les coudes sur la nappe. Je pense aussi à mon père, orphelin d'un ouvrier agricole vendéen mort au front, à Soissons, en 1917, dans cette honteuse et stupide boucherie que fut la guerre. Sa mère, jeune veuve avec trois enfants, ne pouvait se séparer de lui, qui était l'aîné. Alors, avec un cousin, il s'était loué comme journalier. Contrat: logé sous la soupente et repas à la table du maître. Il trouva rapidement étrange que les rations fussent aussi maigres et, un soir, regardant par une fente des volets, il découvrit que les maîtres, après le départ des journaliers, se remettaient à table et prenaient leur vrai repas. C'est comme cela qu'on met un sens derrière le mot démocratie.

Armand Braun, dont le bon sens a toujours quelque chose de révolutionnaire, racontait récemment qu'il avait vu, à quelques minutes d'intervalle, près du métro Sèvres-Babylone, deux jeunes gens entrer successivement dans un fast food et demander l'un "ce qu'il y avait de moins cher" et l'autre "ce qu'il pouvait y avoir de chaud pour cinq euros".

Quand l'Etat dépense sans compter alors que nombreux sont les citoyens qui comptent sans dépenser, il y a quelque chose de pourri. La grandeur de la démocratie n'est pas dans ses dépenses.