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06/01/2015

Je ne partage pas...

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05/01/2015

Une adolescence dos à la mer

 

 

Vous souvenez-vous de votre adolescence ? Quel qu’en soit le contexte, je serais étonné que vous vous la rappeliez comme une période confortable de votre vie. En ce qui me concerne, je dois faire un effort pour la retrouver et l’impression qui me vient est d’entrer dans un pays sans carte où personne ne peut vous aider, où il faut s’en sortir par ses propres moyens tout en ayant les plus grands doutes sur soi-même. 

 

simon-voss.jpgGénéralement, on ressort de l’adolescence avec des certitudes et on appelle cela « devenir adulte ». Je serais tenté de dire que cela dépend desdites certitudes, mais c’est chipoter: être adulte, c’est avoir des certitudes, c’est avoir choisi une vision du monde et une représentation de soi-même. Point. Regardez autour de vous: la qualité de cette vision et de cette représentation importe peu. Etre adulte, c’est tout simplement avoir dépassé les questionnements, c’est être passé d’une insaisissabilité presque toujours douloureuse et parfois dramatique à une consistance plus ou moins éclairée. 

 

Steve Moreau, romancier et cinéaste, a vécu une adolescence particulière. A deux titres: d’une part, il l’a passée en compagnie d’un père bien peu paternel à bord d’un bateau à l’ancre dans le port de La Rochelle; de l’autre, il l’a observée et retenue avec cette acuité qui est le propre des artistes. Il l’a observée et retenue et il l’a restituée, d’abord sous la forme d’un roman - ce qui laisse quelques frontières floues entre la part d’autobiographie que l’on subodore et l’autre. Puis, comme pour vouloir la comprendre mieux encore, voilà qu’il vient de passer du roman au film. 

 

Dans l’histoire que Steve nous conte, le personnage du père soulève pour moi une des interrogations majeures du récit: qu’est-ce qu’être un adulte, qu’est-ce qu’être un père ? Voilà un homme qui semble ignorer ce qu’est le doute. Il manifeste une assurance parfois grand-guignolesque qui glisse facilement au sans-gêne et au dérisoire. Pour un débrouillard, c’est un débrouillard, pas de doute là-dessus. Les expédients ne lui font pas peur. De temps en temps aussi - cela va de pair avec le personnage - quand il ne risque rien, il joue les grandes gueules. Et pour ce qui est de son rôle de père, c’est un donneur de leçons d’autant plus exécrable qu’il n’est au fond qu’un être de fuite qui prend en permanence la pose. Plus obsédé de lui-même, en fait, que de son fils ou de n’importe qui d’autre, et respectueux de rien. Je l’ai trouvé haïssable, mais j’ai fini par me demander quelle blessure narcissique gît au fond de ce personnage, qu’il évite soigneusement de sonder. Au surplus, c’est un caractère qui n’est pas si rare: on peut en retrouver assez facilement des échos chez certaines personnes de nos entourages, pour ne pas dire que peu ou prou nous en abritons presque tous un morceau en nous. 

 

Avec un repère aussi inconsistant que déloyal - incarné remarquablement par Tonio Descanvelle - être adolescent, chercher à se construire, à vouloir aller vers sa vie, est périlleux au possible. La confrontation des deux personnages, l’un - silencieux, renfermé sur lui-même, en apparence passif, parfaitement incarné par Simon Voss  - et l’autre, irresponsable au fond, déjà figé dans ses évitements, pourrait être dévastateur. Admirablement utilisée, l’image en noir et blanc cisèle les situations que le cinéaste a choisi de nous montrer. 

 

Sortie officielle de Dos à la mer à Paris le 14 janvier. Toutes les informations sur les séances sont en ligne sur le site : www.dosalamer-lefilm.com . Roman publié par les Editions L’Harmattan qui nous annoncent une suite: « Dos à la mer, La révélation ». 

04/01/2015

Parabole

 

 

Comme le Maître redescendait de la montagne, ses disciples s’approchèrent de lui.

 

« Maître, lui demandèrent-ils, comment peut-on inspirer aux grands financiers, aux hommes politiques, aux capitaines d’industrie, le sentiment qu’il y a quelque chose de plus sacré que l’argent ou le pouvoir ? »

 

Le Maître fronça les sourcils, puis son expression s’adoucit tandis qu’il contemplait les visages honnêtes de ses disciples bien-aimés.

 

« Je vais vous raconter une histoire » leur dit-il. 

 

Les disciples s’assirent à même le sol autour de lui et ne le quittèrent pas des yeux. Il s'assit à son tour, prenant son temps.

 

« Il y avait un jour deux missionnaires, des hommes comme vous, qui s’en étaient allés dans des contrées lointaines porter la bonne parole. »

 

L’assistance retint son souffle: n’était-ce pas là le destin qui leur était promis, auquel tous aspiraient ?

 

« Au détour d’un chemin, ils se trouvèrent nez à nez avec un prédateur de la pire espèce, à côté duquel un tigre mangeur d’hommes n'est qu'une peluche. »

 

L’audience se représente la scène, s'y projette et frémit.

 

« Alors, les deux missionnaires tombèrent à genou et se mirent à prier.

 

Et, dans leur prière, ils disaient: « Mon Dieu, veuillez inspirer à ce fauve le sentiment du sacré ».

 

Et ce disant, tant ils avaient peur, ils fermaient les yeux. »

 

Avec l’art consommé du conteur, le Maître laisse planer quelques secondes de silence.

 

« Puis, comme ils n’entendaient aucun bruit, ils rouvrirent les yeux.

 

Et, miracle! le prédateur terrible était à genou!

 

Il murmurait quelque chose qu’en tendant l’oreille nos deux missionnaires réussirent à entendre:

 

" Mon Dieu, veuillez bénir la nourriture que je vais prendre! »

 

(Adaptation libre d’une histoire bien connue).