25.11.2008
Conscience et comptabilité (2)
Le Dr Govindappa Venkataswamy (1918-2006), surnommé "Docteur V", s’était demandé comment faire bénéficier d’une opération les millions de pauvres de son pays atteints de la cataracte. Le coût de l'opération et le nombre des personnes concernées faisaient ressembler sa réflexion à une dérisoire utopie. En outre, "Docteur V" était atteint aux mains d’une arthrite rhumatoïde. A cause d'elle il avait dû renoncer à pratiquer l'obstétrique et c'est ainsi qu'il s'était orienté vers l'ophtalmologie. Donnez ces informations à n'importe quel bon élève de business school et il va vous dire que ce projet et son promoteur ne relèvent pas de la logique économique.
Cependant, le système créé par le Dr Govindappa Venkataswamy permet à des millions d'Indiens d'accéder à l'opération de la cataracte tout en étant viable sans intervention des finances publiques. Sa solution ? Elle combine efficacement la dimension technique et la dimension sociale. D'abord, afin de pouvoir opérer malgré son handicap physique, "Docteur V" avait analysé de très près les séquences de l'intervention et les gestes à accomplir, et il les avait optimisés. Puis, il s'était fait fabriquer des instruments chirurgicaux adaptés à ses mains et spécifiques à chacun de ces gestes. Grâce à ces instruments, il pouvait opérer jusqu’à cent cataractes par jour, abaissant ainsi considérablement le coût unitaire de l'opération.
Complément à l'innovation technique, une "règle du jeu". Les hôpitaux de "Docteur V" s'appuient sur la solidarité des patients les plus aisés avec les plus pauvres. 47% des deux-cent mille opérations annuelles sont ainsi gratuits et 18% facturés à un prix plus faible que le prix de revient. 35% des patients paient au tarif normal - déjà avantageux en raison des innovations techniques que l'on a évoquées. Cette tarification différenciée permet l'équilibre économique. Objet possible de scandale pour nous: aucun contrôle de revenu n’est effectué! Chaque année le modèle produit des bénéfices qui sont réinvestis dans de nouvelles structures.
Ainsi, c’est en conjuguant un double handicap – physique et social – et en faisant fi du perfectionnisme bureaucratique que "Docteur V" a atteint son objectif utopique. Je me plais à citer ici de nouveau le maire de Barjac: "Il y a des moments où il ne faut pas faire passer les comptables devant. Ce qu'il faut faire passer devant, c'est sa conscience". Comme le disait aussi mon plombier: c'est la section la plus étroite qui détermine le débit maximum du tuyau.
00:23 Publié dans Entrepreneurs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : économie, innovation, développement personnel


Commentaires
C'est intéressant sur le plan de la solidarité en effet, et surprenant en même temps (s'il s'agit bien de l'Inde) sur celui de l'égalité qui sous-tend la démarche car ce pays d'extrême hiérarchisation n'est pas du tout travaillé par la question de l'égalité comme le sont la France ou l'Europe du Nord.
Ecrit par : Olivier | 25.11.2008
Il s'agit bien de l'Inde. Un pays bien complexe pour être approché facilement à travers nos catégories. Mais comme il faut bien partir de quelque chose, on peut peut-être se risquer à évoquer la fraternité plus que l'égalité ?
Ecrit par : Thierry | 25.11.2008
Il y a quelque chose de pragmatique dans la démarche du Dr V : l'inde est ce qu'elle est, il y a des castes, appuyons nous sur le rapport des castes pour financer les plus pauvres, et ça marche. Je ne suis pas sur que ce soit ça exactement qu'il s'est dit mais, sans faire la morale, il a rendu la situation plus morale.
Ecrit par : Jean-Marc SAURET | 26.11.2008
Un de vous l'a déjà dit quelque part sur ce blog mais on ne le dit/lit jamais assez : l'essentiel est invisible pour les yeux (des comptables), on ne voit bien qu'avec le coeur
amitiés
Ecrit par : Anette | 05.12.2008
Genius. Existe-t-il quelque régime, il installé?
Ecrit par : Russian Women Favourite ;) | 24.02.2009
Je repasserai
Ecrit par : depannage plombier dijon | 04.11.2009
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