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18/10/2009

Le complexe de Frankenstein

On peut louer le projet  Millenium seed bank et l’effort des botanistes pour recueillir et conserver les semences des plantes menacées – et devinez par qui elles le sont ? – à la surface de la Terre. En neuf ans, dans cinquante-quatre pays, 24 200 espèces ont été ainsi collectées.

 

24 200 ! Impressionnant, n’est-ce pas ? Surtout si l’on ajoute que ces semences sont tenues dans des conditions d’hygrométrie et de température spécifiques afin qu’elles conservent leur capacité germinative.  Pour autant, ces 24200 plantes-là ne représentent que dix pour cent de notre patrimoine terrestre. A cette allure, il faudra compter encore quatre-vingt-dix ans et des installations formidables pour constituer cette Arche de Noé des végétaux. D’ici là, que ce sera-t-il passé ?

 

Pour moi, malgré l’intérêt indéniable de ce projet, c’est un peu comme si on décidait de mettre au réfrigérateur les victimes des guerres dans l’espoir de pouvoir un jour leur rendre, dans un monde meilleur, la vie qu’on leur a prise. Beau sujet pour un écrivain de science-fiction que le drame de ces malheureux ressuscités dans une société qui ne représente rien pour eux, au milieu d’une population qui leur est étrangère. Et je me dis : ne vaudrait-il pas mieux arrêter tout de suite de tuer ?

 

Dans le même esprit d’ailleurs, arriverait-on à mettre en banque et à faire fructifier les semences de tous les végétaux de la planète qu’on ne pourrait reconstituer l’orchestre qu’ils formaient, ces milliards de subtiles et complexes interactions qui ont mis des millions d’années à s’accorder et qui avaient donné à la vie une résilience que nous sommes en train de lui enlever. D'ailleurs, il manquerait à cet orchestre tout ce que lui apporte, en en accroissant encore la complexité, les autres règnes de la nature: les animaux, les bactéries, les champignons, etc.

 

On pourrait reprendre ici l'image de Teilhard de Chardin: "la maille de l'univers, c'est l'univers lui-même". Mais nous sommes encore les victimes du complexe de Frankenstein : nous croyons qu’il suffit de collationner et d’assembler des morceaux pour que la vie soit là. Présomption ou aveuglement ?

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