Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

04/03/2010

Encombrements

 

L'humain semble de plus en plus encombrer l'humain.  Bien sûr, en tant que salarié d'abord. Vous l'avez remarqué, ils sont toujours trop nombreux et quoi qu'il arrive, c'est l'emploi qui trinque.  Mais écoutez les conversations autour de vous : en tant que client aussi il encombre ! Car, enfin, que vous soyez vendeur dans une concession automobile ou membre d'une équipe de marketing à La Défense, qu'ont-ils donc à être si exigeants, compliqués, voire mystérieux, ces fichus consommateurs !

 

Il vous est même sans doute arrivé, comme vous entriez dans un magasin ou un bistrot, de surprendre un regard torve qui semblait dire : « M... ! un client ! » Cette exclamation, une fois, je l'ai entendue littéralement comme je poussais la porte tintinnabulante d'un estaminet. Mais c'était au fin fond de la Dordogne, tard un soir d'hiver, et ce n'était pas que je dérangeasse, c'était que je surprenais.

 

Sinon,  vous en serez d'accord avec moi, tout le monde se plaint de tout le monde. Les automobilistes, les piétons et les cyclistes se vilipendent réciproquement.  Les enseignants, les élèves, les parents d'élèves se plaignent désespérément les uns des autres. Les syndicats qui déclenchent des grèves n'en ont rien à battre des usagers qui finiront par tricher de plus en plus et qui achèvent leur déprime au bureau. Au sein de l'entreprise, les diverses générations, babyboomers, x, y et bientôt z, se regardent en chien de faïence et mezzo voce se critiquent mutuellement à l'acide. On se reproche toutes les différences : le langage, la vêture, le rapport au temps, la religion - et, finalement, d'exister.

 

D'ailleurs, dans le long terme et dans tous les registres, les conditions se réunissent pour que les jeunes aient envie de distribuer le bouillon d'onze heures à ceux de leurs prédécesseurs qui s'attarderaient un peu trop. D'ores et déjà, on constate que le revenu des générations successives va décroissant alors même que les charges, dues en partie aux effets du déséquilibre démographique sur les régimes de retraite, iront s'accroissant. Avec un électorat majoritaire du troisième et quatrième âge dans les années à venir, devinez ce qui restera aux plus jeunes pour se faire entendre avant de crever sous le fardeau ? Et je préfère ne pas aborder la question des mouvements démographiques à l'échelle mondiale, car les perspectives qui se dessinent eu égard au retour des grandes pénuries et des mouvements climatiques ne semble suggérer que la multiplication des conflits les plus violents...

 

Tout cela pour être bref, ressemble davantage à une « dissociété », comme le dit l'économiste Jacques Généreux, qu'à une société. Loin de croire que c'est une donnée immuable de l'histoire humaine, je suppute que c'est surtout l'effet secondaire - je veux dire : que nous ne recherchions pas forcément - du système que nous avons construit ou laissé se construire. Un système qui cherche à tirer de l'humain plus ou autre chose que ce qu'on est en droit d'attendre de lui.

 

Maintenant, si l'humain encombre l'humain, demandez aux autres colocataires de la planète - grands arbres et habitants des forêts primaires par exemple - ce qu'ils pensent de nous...

 

10:39 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : société, économie

Les commentaires sont fermés.