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16/04/2011

Civilisation Alzheimer

Souvenez-vous, on a eu le grand frisson. C'était à l'automne 2008, les spéculateurs avaient fait exploser le casino mondial. On s'est cru emportés par un nouveau 1929. Des maisons célèbres - too big to fail, trop grosses pour faire faillite - furent emportées par la tourmente. Des Etats imprudents, comme l'Islande, se sont retrouvés au bord du goufre. D'autres se sont saignés pour sauver le système bancaire. On a juré "plus jamais ça". Aujourd'hui, face aux anathèmes des agences de notation, on assiste à la lente descente aux enfers des pays qui avaient les niveaux de vie les plus élevés de la planète. On s'est remis à faire de l'argent avec de l'argent et à réduire les ressources qui permettent de créer de la richesse concrète, celle qui se mange, celle qui vêt et qui abrite, celle qui soigne. On prône de nouveau le "too big to fail"...

Souvenez-vous - c'était à l'automne 2009 ? On ne parlait que de cela. Al Gore avait projeté son film - Une vérité qui dérange - aux quatre coins du monde. Jean-Louis Etienne avait mesuré la fonte des glaces polaires. On voyait des ours s'échouer avec leur morceau de banquise et certains se demandaient s'ils devaient encore se faire construire au bord de la mer. De doctes assemblées s'étaient réunies pour savoir s'il y avait, oui ou non, réchauffement climatique, et si, oui ou non, la cause en était anthropique. Puis, il y a eu Copenhague... Un trou noir. On en a même oublié les "climato-sceptiques" et l'éventualité qu'à défaut d'un réchauffement nous ayons quand même des défis climatiques, fort différents, à relever.

Souvenez-vous, c'était le 20 avril 2010, il y a aura un an dans quelques jours. C’était le début d’une gigantesque marée noire dans le golfe du Mexique : chaque jour 2 à 3 millions de litres de pétrole déversés dans l’océan et, en surface, une nappe qui, en un mois, atteignit une superficie de près de 10 000 km2. Aujourd’hui, plus un mot. Le brut a cessé de couler, l’histoire est finie. Pourtant, les atteintes au vivant, aux êtres humains et aux économies locales, ne seront pas effacées avant longtemps, si jamais elles le sont un jour.

Souvenez-vous, Fukushima : c’était le 11 mars - de cette année. Il n'y a même pas un mois et demi. Les informations, cependant, commencent à se raréfier. Sous la plume ou dans la voix de ceux qui font l'actualité, on sent venir comme l’épilogue du drame. Notre attention est requise ailleurs. Pourtant, la radioactivité suit l’air et les eaux, et le désastre, de même qu’il implique bien plus que l’aire japonaise, engage l’avenir de plusieurs générations après la nôtre.

Souvenez-vous, encore ! Les gaz de schiste ! Ce n'est même pas une question de mémoire. C’est en ce moment que cela se passe. Une spectaculaire levée de boucliers dans notre pays, tant l’exemple de ce qui se passe aux Etats-Unis est dissuasif. Des paroles d’apaisement de la part de certains représentants de l’Etat. On n’en parle plus. Circulez, il n'y a rien à voir. Eh ! bien, moi, je crains que l’histoire ne soit pas finie. Elle attend peut-être que notre regard soit tourné ailleurs pour ajouter un chapitre qu’on ne pourra plus effacer.

Jadis, l’humanité gardait la mémoire des épreuves qui l’avaient frappée. On en trouve les traces dans les légendes, les textes bibliques et ce qu’on se racontait autour du feu. Générations après générations, on y cherchait du sens. L’information, objet de méditation, traversait les millénaires.

Aujourd’hui, trois ans, douze mois, un mois, trois jours même, et le pire se noie dans la banalité alors même que son ombre continue de s’étendre. Serions-nous la civilisation Alzheimer ?

Commentaires

Bonjour,

En fait, ce serait plutôt la civilisation à la Zapette et aux Buzz.

Maintenant, il existe un outil pour constituer un dossier sur un sujet et le mettre en mémoire à la disposition de tous.
Il s'agit de scoop.it avec par exemple ce dossier sur le Japon :

http://www.scoop.it/t/japan-tsunami

Comme cet outil est récent (encore en développement), il est postérieur aux catastrophes que tu as citées.

Rien ne t'empêche de créer un dossier sur un thème qui t'intéresse afin que l'humanité ne l'oublie pas.

Ce manque de mémoire est très utile aux gouvernants et à ceux qui les manipulent. Il suffit de se souvenir de leurs réactions coordonnées pour tuer Wikileaks qui remettait sur la table les méfaits enterrés...
Quelques Chefs arabes en ont pâti ou en pâtissent encore. Sarkozy, Obama et Cameron s'unissent pour faire front et circonscrire la vague de fond, pour combien de temps ? Jusqu'en 2012, et après ?

Cordialement
@JMFLB

Écrit par : Le Bris | 16/04/2011

Bravo ! L'humour est le meilleur ami de la conscience.

Écrit par : armen | 16/04/2011

Putain! ça fait quand même pas mal de grosses catastrophes en peu de temps!

Écrit par : Le Jo | 17/04/2011

C'est en submergeant les gens d'informations à jet continu qu'on les empêche de réfléchir et de se de faire une opinion personnelle mettant en oeuvre une pensée critique. Mais les gens ne sont pas dupes : ils savent relier les points même que les secrets sont cachés avec la technique de la lettre volée, bien visibles mais finalement lassants au milieu du déferlement de la société du spectacle. Surotut lorsqu'on persuade les ges qu'ils n'ont aucun pouvoir sur leur vie ni aucun contrôle sur les décisions.

Écrit par : Pierre Blanc-Sahnoun | 17/04/2011

Et si la société du spectacle pouvait par moment trouver des occasions pour se sublimer : Verdi+Muti vs Berlusconi !?
Je viens de lire ce post assez étonnant ... http://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/silvio-berlusconi-renverse-par-91522 (via http://annesinclair.typepad.fr/journal/2011/04/si-bella-et-perduta.html)

Écrit par : Pierre Clause | 18/04/2011

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