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14/02/2012

Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes



Je vois passer de temps en temps une pétition concernant les OGM et les abeilles. L’an dernier, en Espagne, l’introduction d’un maïs de Monsanto a pollué les fleurs dont le pollen collecté par les butineuses, du coup, devint interdit à la consommation humaine.  Cela n’empêche pas maintenant l’arrivée imminente de ce maïs en France. Hier, le clergé faisait la pluie et le beau temps sur le destin de ses ouailles, aujourd’hui, ce sont Monsanto et ses semblables qui en décident pour l’humanité. Je ne file pas la métaphore religieuse au hasard, il y a bien plus de croyance que de rationalité dans l’empire concédé à Monsanto. Que va-t-il se passer ? La pétition demandant que la culture de ce maïs soit interdite en France a déjà recueilli plus de 150 000 signatures, soit plusieurs fois l’équivalent de la population de la principauté de Monaco dont personne ne contesterait la souveraineté. En haut-lieu, on peut cependant juger que ce n’est pas assez pour être pris en compte et que le problème est marginal, de l‘ordre de ces dégâts collatéraux qui ne doivent pas entraver un grand dessein. Bien qu’à vrai dire, le grand dessein, un dessein à la taille des vrais enjeux de l’époque, on le cherche…

 Il y a de grandes frustrations à jouer les Cassandre.  Bien sûr, il faut compter avec ceux qui, en l’occurrence, signeraient volontiers la pétition mais ne savent même pas qu’elle existe. Il faut quand même être identifié sur certains réseaux pour recevoir ces alertes, car ce ne sont pas les grands médias qui vont nous les proposer à domicile avec une plume pour les signer ! Il faut compter aussi avec ceux qui croient encore que toute cette histoire est un délire de hippies attardés. Ceux-là, en général, ont appris à croire que technologie égale progrès et vice-versa. Puis il y a tous ceux, et ce sont parfois les mêmes, qui ont vissé dans l’âme et dans le corps le respect de ce qui est grand, de ce qui est gros, de ce qui a pignon sur rue, et qui se demandent comment un lambda peut se permettre de poser un jugement dans des domaines qui le dépassent nécessairement.

Eh ! bien, dans ces domaines qui nous dépassent peut-être, techniquement j’entends, nous devons revendiquer le pouvoir d’arbitrer ! La démocratie ne saurait être la substitution du pouvoir des experts à celui des rois ou de leurs courtisans pour continuer à nous ôter les décisions qui concernent nos vies. D’autant qu’on reconnaît aux experts, sans pour autant les faire descendre de leur chaire, la capacité de se tromper. N’ont-ils pas autorisé la mise en marché, sans être le moins du monde sanctionné, de médicaments dangereux voire mortels? N’ont-ils pas prédit que 2009, puis 2010, puis 2011, verrait la fin de la crise sans qu’on cesse de les voir vaticiner à la télévision ?  Ne prêchent-ils pas encore et toujours l’évangile de la croissance alors que notre empreinte écologique a dépassé le supportable ?  Si les experts ont le droit de se tromper, alors ce n’est pas au nom de l’expertise qui leur ferait défaut que l’on peut interdire aux peuples de vouloir être maîtres chez eux et de prendre des décisions qui les concernent, fût-ce au risque de l’erreur. Quant à moi, c’est clair, je préfère souffrir de mes erreurs que de celles d’un autre.  Mais c’est plus facile à dire qu’à faire, car, en face, ce sont des rouleaux compresseurs qui avancent vers nous : législation européenne inspirée par les lobbies, campagnes de vaccination préconisées par Big Pharma, modèles économiques bâtis sur la coercition, chantage des banques, des agences de notation et de leurs clients, oukases du FMI…  

Nous avons laissé filer notre pouvoir et il se retrouve entre les mains d’hommes et de femmes qui décident en fonction de ce qui est bon pour eux et de ce qui plaira à ceux dont ils attendent faveurs et considération - comme Picrochole et ses amis de la ploutocratie - ou,  à l’instar sans doute d’une majorité d’honnêtes fonctionnaires, de ce qu’ils jugent bon pour nous. L’enfer est aussi pavé de bonnes intentions. Mais les possibles bonnes intentions de ceux qui se veulent nos suzerains ne doivent pas nous faire oublier la préservation de nos libertés essentielles : comment nous voulons nous nourrir et nous soigner, dans quel environnement nous voulons vivre et quelle représentation de la condition humaine nous souhaitons léguer à nos enfants. Ce pouvoir que nous avons abandonné, que chefs de meute politiques, experts de tout poil et capitaines d’industrie ont vampirisé peu à peu, s’est protégé de notre éventuel repentir. Il s’est mis à l’abri en accumulant au fil des années une multitude de gabions et de remparts, organisés en chicane et en labyrinthes de manière à être imprenables. Des organismes qui gèrent ceci, des règlementations qui prescrivent ou interdisent cela, des officines opaques, des commissions, des instances et des décisions ministérielles qui tombent de l’Olympe - sans parler des bons petits soldats atteints de paralysie éthique qui naturellement les accompagnent.   

Je ne crois plus que les pétitions, même si je continue à en signer, suffiront à protéger les territoires qui nous restent et à reconquérir ceux dont on nous a illégitimement spoliés. Je ne crois plus que la seule négociation produira à coup sûr les fruits que nous espérons. Je crains qu’il faille soutenir de trop nombreuses et trop coûteuses procédures pour que le bon sens l’emporte de temps en temps sur la rapacité. A voir la production législative et règlementaire, j’ai le sentiment, tout au contraire, que le filet se resserre sur nous, sans doute parce que, comme l’écrit Pierre Blanc-Sahnoun dans Le roi qui croyait à la solitude : « de plus en plus de prisonniers secouent leurs chaînes, se rassemblent, se mettent à parler entre eux ».  Cette agitation impudente de ceux que l’on croyait avoir transformés en zombies inquiète les prédateurs et les incite à mettre les bouchées doubles. Voyez ce qu’ont fait les Islandais mais voyez aussi ce qui se passe en Grèce maintenant. Les Etats, malgré la connivence de leurs dirigeants, ne sont pas assez complices du Système ? Ils ont le sursaut de vouloir protéger quelque peu leurs administrés ? Saignons-les! Les peuples refusent de travailler plus pour gagner moins afin d’engraisser les usuriers du monde ? Mâtons-les avant d’être débordés ! Au vrai, nous sommes entrés dans une période de violences nouvelles : celles qu’infligent aux peuples ceux qui ont réussi, par leurs détournements, à se constituer une force de frappe financière redoutable.

Je pense qu’il faudra en venir – qu’il faut en venir - à des engagements moins intellectuels.  Je vous invite à lire le coup de gueule – mais aussi de détresse, si j’entends bien - de Stéphanie Muzard Le Moing : http://paroledecitoyens.blog4ever.com/blog/lire-article-1.... Il ne faut pas cesser de jouer les Cassandre, quelque frustrant que soit ce rôle, mais il ne faut plus s’en contenter. Il faut descendre sur le terrain et rejoindre ceux qui nous y ont précédés. Un Etat peut faire la sourde oreille aux pétitions et aux articles. Il peut appréhender, mettre au cachot et juger une poignée de faucheurs d’OGM. Mais il ne peut pas arrêter un raz-de-marée pacifique. Un seul martyr et ce serait la révolution. La désobéissance civique est en train de devenir notre seul recours.  Les Européens aussi ont envie d’un printemps.

http://www.ogm-abeille.org/

 

UN CHOIX DE CHRONIQUES EXTRAITES DE CE BLOG A ETE PUBLIE

PAR LES EDITIONS HERMANN

SOUS LE TITRE: "LES OMBRES DE LA CAVERNE"

Commentaires

Dis donc Thierry, tu es en pleine forme. Les entreprises sont des hallucinations collectives qui vendent des hallucinations individuelles. Comme l'épouvantard de Harry Potter, il suffit de caser d'y croire pour voir le monde différemment. Tu fais ici oeuvre de déprogrammateur, comme pour les gens qui arrivent à s'évader des sectes et à qui l'on propose un accompagnement pour retrouver leur lucidité. Bises,

Écrit par : Pierre | 15/02/2012

"Il ne faut pas cesser de jouer les Cassandre, quelque frustrant que soit ce rôle, mais il ne faut plus s’en contenter. Il faut descendre sur le terrain et rejoindre ceux qui nous y ont précédés. "
C'est aussi ce que je pense, et qui m'interroge. J'entends Julien Gracq me dire, nous dire "Je ne te reproche que ta complaisance".
Nous attendons l'acte déclancheur...le signe. Comme il dit, "toutes choses sont tuées deux fois : une fois dans la fonction et une fois dans le signe, une fois dans ce à quoi elles servent et une fois dans ce qu'elles continuent à désirer à travers nous". A l'inverse, l'action révolutionnaire débute logiquement par un signe.

En quoi, en qui s'incarnera t-il? En toi? en moi?

Amitiés

Écrit par : Jean-Marie Chastagnol | 15/02/2012

Allons enfants d'l'indiscipline-iiii ine, le jour de gloire est arrivé :-)
J'adhére à la sortie du cadre ...
... et d'ailleurs il est des signaux faibles que "ça bouge", par exemple ces pubs pour une marque de grosses berlines allemandes illustrées par cerveau gauche cerveau droit ... grosse berline "créative et hors cadre" c'est d'ailleurs un assez bel oxymore !
http://www.laissemoitedire.com/article-quand-mercedes-stimule-votre-cerveau-droit-68023372.html

Écrit par : Pierre C. | 16/02/2012

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