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19/05/2020

Le coronavirus et les montres molles

 

 

51-a-f0vz+L._AC_.jpgAlain Berthoz (1), dans un séminaire que j’avais organisé autour du thème de la décision, expliquait que notre cerveau est une machine à décider en permanence. C’est, disait-il, un « émulateur d’univers possibles » qui, à chaque instant, balaye les repères disponibles pour choisir le plus probable. Au cours de ces derniers mois, mon cerveau a eu beaucoup de mal à trouver des repères et décider dans quel monde j’étais. Tout était devenu aussi incongru, aussi incohérent que les montres molles de Dali, dont je crois qu’elles sont une bonne métaphore du moment que nous vivons. Confrontés comme nous l’étions à une pandémie dont l’agent était encore inconnu de nous la veille, nous avons été noyés par une information aussi surabondante que contradictoire. Jusqu’à l’orchestre gouvernemental qui nous a joué, pourrait-on dire, la symphonie des couacs. Face à cela, il me semble que beaucoup de gens ont fini par se désintéresser de comprendre. Comme s’ils abandonnaient l’intelligence de la situation à de vagues autorités supérieures. Comme si obéir aux règles édictées par ces mêmes autorités leur suffisait et les dispensait d’une réflexion personnelle. C’en était au point que, pour certains, critiquer les mesures du confinement même en les respectant à la lettre était inadmissible. Le plus perturbant pour moi a été que certains de mes amis, dont je prise l’intelligence habituellement mâtinée d’indiscipline, se découvrirent étrangement conformistes dans leurs prises de position.

 

C’est qu’il y a doute et doute. Il y a le doute cartésien, serein, détaché. Il y a le doute angoissé quand, par exemple, sur des questions vitales, les experts se contredisant et la confiance en toute image d’autorité s’étant ramollie comme les montres se Dali, on ne sait plus à qui ou à quoi s’appuyer. Il y a, englobant celui-ci, l’ébranlement des certitudes qui faisaient le monde dans lequel nous vivions, ces possibles et impossibles d’Andreu Solé auxquels je fais souvent référence ici.

 

Pour mesurer à quel point, en dépit de l’ébranlement formidable que nous venons de subir, notre répulsion pour le doute peut résister, je vais évoquer un des sujets de ces dernières semaines qui fut l’occasion d’empoignades et d’attaques ad hominem pitoyables : la nature véritable du covid-19. Je n’ai toujours pas compris pourquoi tant de dignes personnages, l’invective à la bouche, sont tombés à bras raccourcis sur le professeur Luc Montagnier quand il a fait connaître sa conclusion que le coronavirus était le produit d’une ingénierie, échappé par accident d’un laboratoire. J’ai lu les mots « gâteux », « délire » et évidemment « complotisme ». Qu’est-ce que cela aurait été si, au lieu d’évoquer un accident, Montagnier avait émis le soupçon d’un acte volontaire ! Mais il s’en est tenu à ce dont, en tant que co-découvreur du HIV, il peut parler: la composition selon lui insolite de ce covid-19, qu’il avait étudiée avec l’aide d’un bio-mathématicien, Jean-Claude Pérez.

 

Pourquoi cette hypothèse serait-elle déraisonnable au point que le prix Nobel qui l’a formulée méritât tant d’injures ? N’entrons pas dans le débat de spécialistes que nous ne sommes pas, ne prenons même pas en compte les protagonistes: la « communauté scientifique » est rien moins que rationnelle. Elle a comme toute communauté humaine ses oeillères, ses croyances, ses coteries et ses partis pris. Comme toute communauté humaine, elle est traversée d’ambitions, de jalousies et de mesquineries. Par dessus tout, elle est soumise à ces concurrences impitoyables qu’attisent, depuis le triomphe du capitalisme, le besoin de sponsoring, les promesses de chiffre d’affaires et de plus-values boursières chères aux actionnaires. Laissons tout cela de côté et voyons seulement comment d’honnêtes gens, raisonnables, vous et moi, peuvent mettre dans leurs impossibles la thèse d’un virus fabriqué en laboratoire.

 

J’imagine quatre explications basiques, certaines techniques, d’autres morales. Nous tendons à refuser la thèse d’un virus « amélioré » ayant pris la poudre d’escampette:
- parce que nous pensons que c’est de la science-fiction, que les savants d’aujourd’hui ne sont pas capable de le fabriquer ;
- parce que, si tel est cependant le cas, nous sommes convaincus qu'un virus ne saurait s’échapper d’un laboratoire soumis aux protocoles de sécurité les plus draconiens qui soient ;
- parce qu’il est inenvisageable qu’un être humain, pour quelque raison que ce soit, ait pu délibérément ouvrir la porte au virus ;
- et, enfin, parce que l’on n’imagine pas des scientifiques prendre le risque de créer des chimères aussi dangereuses.

 

Mais l'espèce humaine n'a-t-elle pas été capable d’inventer la bombe atomique ? N’a-t-elle pas imaginé et utilisé les chambres à gaz ? Croyons-vous que, s’il y a des laboratoires de haute sécurité comme celui de Wuhan, c’est pour y cultiver des champignons de Paris ? En ce qui concerne la confiance que l’on peut avoir dans les systèmes de sécurité, faut-il nous rappeler Three-Mile Island, Fukushima, Tchernobyl ? Enfin, quant au domaine de la morale, les colons américains n'ont-ils pas distribué aux Peaux-Rouges des linges volontairement infectés de la syphilis? L’ypérite n’a-t-elle pas été utilisée pendant la guerre de 14-18 ? La bombe atomique n’a-t-elle pas été larguée sur Hiroshima et Nagasaki? Et les kamikazes n’existent-ils pas ? Tout cela me fait penser au feu rouge: nous savons que quelqu’un pourrait le griller, mais quand nous nous engageons au vert, cela fait partie des impossibles.

 

Il est loisible de se demander, à l’inverse, pourquoi on peut affirmer que le covid-19 n’est pas une création humaine échappée d’un laboratoire. Les déclarations des personnes potentiellement en cause suffiraient-elles à gagner notre confiance ? Croyez-vous que, s’il y a eu une erreur ou pire - par exemple les maladresses d’un piratage industriel - les responsables ou les coupables se précipiteront la main sur le coeur pour en faire l’aveu ? Au delà des convictions scientifiques sincères mais dont on a vu qu’elles peuvent s’opposer, il y a selon moi quelques raisons principales qui invitent à soutenir la thèse d’un virus naturel. Du côté des politiques, c’est le souci récurrent de ne pas exciter la révolte de la population et, dans certains pays, de ne pas mettre leurs sponsors en difficulté. Du point de vue de la Chine, l’humiliation serait insoutenable sans parler des conséquences qu’en subiraient ses exportations et son rayonnement international. On a vu aussi que, très vite, le racisme hélas! a trouvé à se nourrir. Quant aux nombreux pays qui doivent compter avec Pékin, ils ne peuvent que soutenir la thèse qui ménage la susceptibilité chinoise. Mais, selon moi, la vraie raison de soutenir la thèse d’un virus naturel a une origine louable: la passion de la recherche. Or, entre autres aux Etats-unis, il y a une forte opposition aux travaux que l’on peut associer à la production d’armes bactériologiques. Si l’on venait à apprendre que le covid-19 est le résultat d’une ingénierie, les citoyens pourraient exiger la fermeture des officines qui conduisent ce genre d’expérience. Partout, le monde de la recherche de pointe serait alors en deuil. Concomitamment, les actionnaires des laboratoires aussi.

 

(1) Professeur au collège de France, auteur, entre autres livres, de La décision, Odile Jacob, 2003.

Commentaires

Comme ce que je redoute me fait trop peur, je ne peux admettre que cela puisse exister. Donc, je dis que c'est impossible et j'essaie d'appuyer mon refus - émotionnel - sur une base apparemment rationnelle. Le tout sur un ton souvent condescendant : "Complotistes !"

C'est aussi peu rationnel que le comportement de l'ivrogne qui cherche sa clé (perdue) près d'un abribus parce que là, il y a de la lumière.

Écrit par : Pierre | 19/05/2020

On ne peut pas nier que des Laboratoires préparant des armes biologiques existent, même s’ils sont cachés. On ne peut pas nier que l’erreur est humaine. Il n’est pas politiquement correct de parler des tyrans qui magouillent, mais ils existent. Mais on peut examiner avec intérêt l’histoire des SRAS et COVID depuis 60 ans ! * Rien que ça !
On peut se demander pourquoi l’immunité n’a pas été étudiée en profondeur, tout comme la prévention immunitaire. Mais à cela nous avons la réponse : ça ne rapporte pas. Ça ne crée pas de lignes de productions.
En fait c’est faux. C’est juste que notre plan comptable à plus haute échelle n’intègre pas l’immatériel qu’utilisent les banquiers. Cela n’intègre pas non plus l’économie circulaire qui renverserait la vapeur : l’autonomie d’abord (alimentation/énergie/eau) et au niveau local en préservant la nature…
Pour moi, le COVID a révélé bien des dysfonctionnements que nous connaissions déjà, mais cette mise au pied du mur va-t-elle être suffisante ? C’est ce qui est inquiétant, tellement l’égoïsme de l’humain est grand.

• Je l’ai vu dans un documentaire passionnant, mais je n’ai pas relevé le lien…

Écrit par : solange saint-arroman | 22/05/2020

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