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29.10.2007
Jean-Jacques Salomon: une civilisation à hauts risques
La science à l'encan ?
Jean-Jacques Salomon ne va pas se faire que des amis. Le 24 octobre, au Québec, il a donné une conférence sous le titre : "L’irresponsabilité sociale des scientifiques". S’attaquer aux serviteurs d’un des rares dieux épargnés par le XXème siècle ne relève-t-il pas du blasphème le plus condamnable ? J’attends avec impatience de voir quel Torquemada, chez nous, élèvera le premier la voix…
La carte de visite de Jean-Jacques Salomon devrait cependant retenir ceux qui ont l’anathème facile. Conseiller scientifique du groupe "Futuribles", professeur honoraire au Conservatoire national des Arts et Métiers et titulaire de la chaire Technologie et Société, il a créé et dirigé la Division des politiques de la science de l’OCDE et présidé, de 1991 à 1995, le Collège de la prévention des risques technologiques. Auteur de nombreux ouvrages de réflexion*, il vient de publier Une civilisation à hauts risques**.
Alors que notre planète est un vaisseau qui fait eau de toute part, on nous presse d’accueillir de nouvelles vagues technologiques - les OGM, les nanotechnologies, l’eugénisme qui fait un retour larvé - dont les impacts sur l’humain et sur ce qui reste de la biosphère ont été peu ou pas évalués. Le bien commun est-il complètement occulté par les intérêts financiers brutaux et à court terme de quelques grandes sociétés ? La science est-elle devenue une simple marchandise ?
« Aujourd'hui, la majorité des scientifiques ne sont plus dans les universités, mais dans les services de recherche des multinationales et des appareils militaires. Et même l'université est écrasée par le poids de ces acteurs économiques, car la recherche de fonds les oblige souvent à se laisser dicter leurs priorités.
« Obligés de signer des ententes de confidentialité qui les empêchent d'ajouter leurs découvertes au patrimoine scientifique de l'humanité, la plupart des scientifiques ne remettent pas en question ce système dont ils risquent d'être irrémédiablement rejetés en cas de dissidence ou d'incartade »***.
Il fut une époque où les scientifiques devaient se protéger de l'Inquisition. Aujourd’hui, la concentration des moyens financiers entre quelques acteurs de niveau mondial les conduit à devenir les vassaux du système. Jean-Jacques Salomon, cependant, est un tant soit peu optimiste. Certes, la « machine » est puissante, mais il voit poindre « une nouvelle génération de scientifiques qui veulent élargir les frontières des disciplines et poser toutes les questions ».
Peut-on ajouter qu’il appartient à la société civile que ces résistants se sentent moins seuls ?
* Dont : Les scientifiques, entre savoir et pouvoir (2006), Le Scientifique et le guerrier (2001), Survivre à la science, une certaine idée du futur (1999).
** Aux Editions Charles Léopold Mayer.
*** Propos recueillis par Louis-Gilles Francoeur : http://www.ledevoir.com/2007/10/23/161581.html
08:16 Publié dans Indisciplinés | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sciences, société, éthique, environnement

