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20.12.2007
Le « système »
Dans sa chronique sur Internet*, un médecin américain, le Dr Joseph Mercola, dénonce la généralisation abusive du traitement des problèmes psychologiques par des substances chimiques. Il cite quelques exemples dont celui des « addicts du shopping ». L’un des cas évoqués est celui d’un homme qui avait acheté cinquante-cinq appareils photo ! Eh ! bien, plus besoin d’essayer d’être un peu « maître en sa demeure » : le Citalopram, un médicament miracle, supprime l’addiction ! Quelques dommages collatéraux tout de même : par exemple la chute de la libido – coïncidence qui donnerait sûrement à dire à quelques psychanalystes de ma connaissance ! Mais, pour pallier cet inconvénient, d’autres substances sont disponibles. Ce que le marchand d’appareils photo va perdre, le pharmacien et ses fournisseurs le récupèrent déjà !
Cela me rappelle un article sur l’obésité aux Etats-Unis, publié il y a quelques années par Futuribles. L’auteur y traitait ce phénomène comme une pandémie pernicieuse et, évidemment, on peut partager son point de vue. Si, cependant, on y regarde de plus près, tous les obèses américains devraient recevoir une médaille de bon citoyen, et la France, pour relancer la croissance, devrait encourager l'enveloppe adipeuse. Car, si l’économie d’un pays, si le marché de l’emploi, le capital et les revenus des actionnaires se maintiennent ou se développent, c’est en grande partie grâce à ceux qui la cultivent avec assiduité. L'obèse, le démontrait l'auteur de l'article, est le résultat de facteurs combinés. Or, derrière chacun de ces facteurs il y a des secteurs industriels.
D’abord, dès qu’ils se nourrissent, il est clair que les obèses engraissent du même coup et généreusement les fabricants d’aliments industriels. En prenant leur voiture au lieu de marcher, ils font le bonheur des constructeurs automobiles, des marchands de carburant et des assureurs. Simultanément, en restant devant la télévision, ils justifient le prix des temps d’antenne, les salaires des publicitaires et les commissions des media planners. Et, comme on ne peut pas mettre que de la publicité dans les programmes télévisés, ils permettent également à quelques studios et à leur personnel de prospérer.
Mais – et là, cela devient du grand art - que voient-ils à la télévision ? Des hommes et des femmes à rendre jaloux les statues de Praxitèle. Nos obèses se regardent dans la glace, leur mal-être tourne à la honte et, de la honte au dégoût, vire finalement au désespoir. En outre, si on est seul et qu’on rêve de ne plus l’être, comment, dissimulé sous cette masse graisseuse, séduire une âme-soeur qu’on imagine évidemment plus proche des acteurs de feuilleton que du yéti? Nos obèses deviennent alors sensibles à des publicités qu’ils n’avaient jusque là que négligemment remarquées. Ces clips vont leur vendre l’idée que le miracle est à portée de main. Par exemple : les aliments diététiques – moins riches en tout mais plus chers quand même! Ou alors, un jour ou l’autre, dans un de leurs feuilletons favoris, ils vont voir leurs héros se défoncer dans une salle de fitness. Ce qui nécessite, évidemment, une dépense accessoire, car il y a un uniforme assorti à cette activité. Si la gymnastique se révèle déjà trop dure ou si les progrès sont trop lents, voici les laboratoires pharmaceutiques avec leurs solutions faciles, et, en dernière extrémité, avec un peu d’argent, les cliniques spécialisées dans la liposucion. Enfin, atteints de mort précoce après des complications intéressantes pour le secteur médical, les obèses rendent l'âme non sans avoir accéléré les rentrées des agences de pompes funèbres (puisqu'ils quittent ce monde plus tôt que la moyenne de leurs semblables).
Maintenant, imaginez l’inverse. Ces hommes et ces femmes - qui se comptent par dizaines de millions - comprennent les sources de leurs dépendances, vivent plus sainement, mangent moins et différemment, laissent de temps en temps leurs postes de télévision éteints et leurs voitures au garage… Vous voyez les flux monétaires que cela détourne ? Vous voyez les moulins qui vont manquer d’eau ? Vous imaginez la chute du PNB ?
Alors, vous croyez vraiment que le système peut vouloir notre bonheur et notre santé ? N’a-t-il pas besoin au contraire que nous n’ayons ni l’un ni l’autre pour pouvoir nous les promettre ?
* http://www.mercola.com/
07:00 Publié dans Intelligence écologique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : développement personnel, économie, santé
Commentaires
Il y a quelques années j'ai assisté à une conférence d'anciens élèves d'école de commerce, à propos de la téléphonie mobile.
Le Directeur Marketing France d'une entreprise de téléphonie nous a expliqué avec fierté, que son objectif était de créer des "pratiques addictives" en matière de possession et d'utilisation de téléphones mobiles.
Et pour enfoncer le clou, il nous a dit que nous ne faisions pas partie de la clientèle ciblée... celle-ci étant constituée surtout par nos enfants.
Au moins, il ne prétendait pas faire notre bonheur. Beau métier...
Ecrit par : Dominique Huynh | 21.12.2007
Merci de cet exemple! Il y a aussi des rumeurs concernant des produits alimentaires contenant des substances qui provoquent l'addiction. Si d'autres lecteurs ont des informations "autorisées" là-dessus, j'aimerais beaucoup recueillir d'autres exemples...
Ecrit par : Thierry | 22.12.2007
Vous croyez que c'est pour ça qu'on mange "traditionnellement" du chocolat pour les fêtes ? ;-) Pour créer les conditions de l'addiction ?
Bonne année et bonne humeur à tous les indisciplinés.
Ecrit par : Anette | 01.01.2008

