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26.12.2007

Ingrid

Le visage d’Ingrid Betancourt est devenu celui de tous ceux qu’accablent l’injustice et la cruauté des hommes. f7c0bbf4791be03bd6b4075cc56c4158.jpgAussi, combien est-il émouvant de partager, fût-ce par le symbole d’une bougie sur la fenêtre, cette affection qu’a suscitée partout la prisonnière des FARC ! C’est comme une communion qui, enfin, nous transcende. Parallèlement, qui d’entre nous, en pensant à ses ravisseurs et geoliers, à ce qu’ils lui font endurer, ne se sent-il pas saisi de colère et de détestation ? Ah ! si c’était comme dans un jeu vidéo où l’on pulvérise l’un après l’autre les « méchants » pour libérer les ôtages !

Eh ! bien, tant que nous réagirons ainsi, il n’y aura aucun espoir de paix réaliste.

Sans doute à cause des « neurones miroirs » que les neurobiologistes ont récemment découverts, l’homme est un animal à la fois empathique et mimétique. Souriez-moi et je vous sourirai. Aimez-moi et je vous aimerai. Mais détestez-moi et je vous détesterai. Effrayez-moi, je m’efforcerai que vous soyez transis de peur à votre tour. Humiliez-moi, j’aurai envie de vous rabaisser. Menacez-moi, je n’aurai de cesse de vous écraser. A bien regarder, aucune trace de liberté ou d’intelligence dans tout cela : rien que le réflexe de la grenouille de nos cours de sciences nat’ soumise au courant électrique. La violence n'est qu'une pente.

C’est pourquoi sans doute la parole du Christ la plus difficile à «digérer» - au point qu’elle nous scandalise - est : « Si on te frappe, tend l’autre joue ». Pourtant, s’il y a un moyen de rompre la réaction en chaîne de la violence, c'est bien en prenant le dessus sur le réflexe, en cessant à un moment ou l’autre de cette chaîne de transmettre, avec la souffrance que l'autre nous a infligée, la pulsion de mort. Un seul homme a réellement tenté d’en tirer une posture politique et une règle d’action à grande échelle: le Mahatma Ghandi, dont le 30 janvier on commémorera le soixantième anniversaire de l’assassinat. Une occasion de méditer…

La Colombie est un beau pays, peuplé de gens chaleureux, fraternels et créatifs. Mais c’est un pays livré à un conflit complexe où des dizaines de milliers de personnes – l’armée régulière, les farc, les paramilitaires, pour ne citer qu’eux – n’ont d’autre choix pour exister que s’attaquer et s’entretuer. Pourtant, aucune des forces en jeu – et elles le savent - ne triomphera jamais. - Pourquoi ? Parce que chaque fois qu’une faction tue quelqu’un «d’en face», elle blesse une famille, une communauté, et suscite un nouveau combattant. Parce que chaque jour qui passe, avec ses morts qui s’ajoutent aux morts, fait grandir les foyers de haine. Parce que des dizaines de milliers d’hommes et de femmes sont définitivement hors-la-loi et condamnés en quelque sorte à y rester. Qu’ont, en effet, pour alternative ces desperados ? Poursuivre la lutte, avec les «ressources» qui lui sont propres, est encore pour eux le scénario le moins perdant. Dès lors, comment s’étonner que le drame perdure ?

Accéder à une paix durable en empruntant le sentier de la guerre suppose rien de moins que la volonté - et la capacité - d’exterminer l’autre. Si l’on écarte ce scénario extrême, une difficulté de taille surgit. Les exigences de justice que chaque camp peut faire valoir rendent la paix impossible. Il s’agit alors de savoir si la justice – qui peut être un autre visage de la vengeance… - a plus de prix pour nous que l’avenir de nos enfants. De savoir si la punition de l’autre nous intéresse davantage que le bonheur des générations qui naîtront dans le monde que nous aurons choisi de leur laisser. Voulons-nous leur léguer le poison dont nous vivons ? Souvenons-nous que les clauses d'indemnisation mises à la charge de l'Allemagne par le Traité de Versailles ont fait le lit du nazisme.

L’Histoire montre cependant quelques exemples de sagesse. Qu’en serait-il aujourd’hui de l’Europe si, enterrant les trois guerres qui avaient opposé nos pays et fait des millions de morts, Charles de Gaulle et Konrad Adenauer n’avaient pas décidé de la réconciliation franco-allemande ? Combien d’entre nous, dans ces années-là, avaient-ils cependant des raisons encore brûlantes – années volées, vies détruites, compagnons torturés, parents ou amis tués - de haïr le « boche » ? Il fallut accepter de ne pas laisser notre souffrance nourrir notre haine. C’était bien autre chose que le réflexe du nerf sciatique de la grenouille. C’était un exercice supérieur de notre liberté.

Ingrid Bétancourt a écrit : « J’aspire à ce qu’un jour, nous ayons la soif de grandeur qui fait surgir les peuples du néant pour atteindre le soleil ». La « soif de grandeur » qui tire du néant vers la lumière ne saurait être la soif de sang, fût-il de celui que nous jugeons coupable.

Commentaires

Assez d'hypocrisie! Ingrid Betancourt subit un calvaire et c'est révoltant. Mais de qui est-elle l'otage? Nous savons tous - ou nous pouvons tous savoir - que le combat contre les FARC constitue le fonds de commerce électoral d'Uribe. Tant que les FARC seront en rébellion, Uribe aura du grain à moudre. Et si les FARC faiblissent un peu, il envoie SES paramilitaires, manière de pourir un peu la situation. Et qui tire les ficelles de la pitoyable marionnette Uribe? Bush, évidemment, comme jadis firent ses prédecesseurs, en Argentine, au Chili...
Alors, arrêter le cycle de la violence? Oui, bien sûr. Mais d'abord, arrêter le cycle de l'aveuglement médiatique, arrêter de croire aux analyses perfides des medias à la botte du système. Et arrêter de croire aux pleurnicheries révoltantes de Monsieur Carla Bruni qui a ouvertement et explicitement
fait allégeance au président américain. Assez d'hypocrisie!!! Si on décidait VRAIMENT de faire libérer Ingrid Betancourt, elle serait libérée. Tout le monde sait ça.
L'histoire nous offre des exemples de sagesse. L'histoire, oui. Pour ce qui est de l'actualité...

Ecrit par : Balout | 29.12.2007

Uribe n'a aucun intérêt à ce qu'Ingrid revienne en vie. Elle ferait une adversaire redoutable.
Au delà des personnes, la question fondamentale pour moi c'est: comment, en Colombie, cette génération peut-elle léguer à ses enfants et aux enfants de ses enfants autre chose que cette interminable violence ?

Ecrit par : Thierry | 05.01.2008

http://www.orange.fr/bin/frame.cgi?u=http%3A//actu.orange.fr/articles/a-la-une/Les-ex-otages-colombiennes-denoncent-les-methodes-des-Farc.html

Ecrit par : Thierry | 12.01.2008