Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/02/2008

De deux stratégies

La stratégie la plus répandue aujourd’hui, dans nos sociétés, est celle du projet. On se représente un objectif à atteindre. On fait ce qu’on appelle en général un «état des lieux» et, de manière plus ou moins consciente, on modélise la situation qu’il décrit. Puis on conçoit – et on met en place - des « leviers » qui vont faire évoluer cette situation vers l’objectif qu’on a choisi. Ce qui caractérise cette stratégie, c’est la suprématie de la construction mentale. Son efficacité suppose que l’inventaire initial n’oublie rien et que les interactions entre les éléments qui composent le système dont on veut modifier la trajectoire soient toutes concevables. Elle est l’héritière de Newton et du «monde horloge».

L’expérience, cependant, vérifie souvent ce que disait Napoléon : « Il n’arrive que l’imprévu ». On parlera alors d’erreur, ce qui laisse d’abord entendre que la source du problème est la fiabilité des informations utilisées. Ce n’est pas faux. C’est même surtout plus vrai qu’on le pense : de fait, l’information - toujours - est erronée ! Elle l’est pas nature : ce que nous percevons du monde n’est que reflets d’une réalité qui nous échappe, et les édifices mentaux que nous élevons dans nos têtes ou sur nos ordinateurs ne sont – et ne peuvent être – qu’une réduction bestiale de la complexité du réel. Savoir tout est impossible et penser toutes les interactions dépasse les capacités de notre intelligence. Il faudrait donc garder à l’esprit que, n’embrassant que des abrégés de la réalité, notre démarche prétendument rationnelle repose en fait sur une succession de paris. Entre le Charybde de ce que nous ignorons et le Scylla de nos insuffisances, réside en fait surtout l’espoir que nous réussirons à passer !

Je n’ai évoqué que le registre des projets, c’est-à-dire de ce que nous nous efforçons, en dépit de nos insuffisances, de mettre en œuvre. Il faut aussi évoquer ce que, nous appuyant sur le même socle fragile, nous décidons de ne pas mettre en œuvre. Tout ce que, sans prudence aucune et surtout sans humilité, nous jugeons irréaliste, irréalisable ou inintéressant et que, au final, nous interdisons de vie. Un versant caché de l’Histoire est celui des choses que les humains ont écartées. Nous est-il cependant loisible de procéder différemment ? Jean-Marie Betsch, professeur au département Ecologie et gestion de la biodiversité au Museum d'Histoire Naturelle, montre comment les "archaïques" inventent l’agriculture en dialoguant avec la nature. Le dialogue, vous savez : quand on est deux à s’exprimer… Sans violence. Sans « projet »…

Commentaires

Excellent post. Chronos et Kairos. Le dialogue entre les deux n'est qu'à peine amorcé.
Sur l'inattendu, voir aussi les black swan de Nassim Nicholas Taleb

Écrit par : swimmer21 | 08/02/2008

Bienvenue dans le constructivisme. Arthur Schopenhauer écrivait en 1818 : "La réalité est un objet pour un sujet qui le regarde. Si le sujet disparaît, il n'y a plus d'objet". Pendant bien plus de cent ans, cette phrase qui représente la moitié de son discours dans "Le monde comme volonté et comme représentation", n'a pas été aperçue parce que pas recevable, pas conceptualisable et dès lors, Schopenhauer est un philosophe pessimiste.
Il faudra attendre les travaux de Palo Alto et essentiellement ceux de Paul Watzlawick pour découvrir, comme ce dernier le dit, que "la réalité n'est que la conscience que j'ai du réel".
Puis Lacan enfonce le clou en disant que "quand on parle on ne parle que de soit" et Watzlawick d'ajouter que l'on "ne s'occupe que de ce qui nous préoccupe". Serge Moscovici dit que l'on ne pense que par ce que l'on sait déjà.
Par ailleurs, cette vision mécaniste du monde nous enferme dans une mise de tout sous contrôle, oubliant que d'autres dimensions du "monde" nous appartiennent en réel comme l'intuition, la sensation...
Dis donc, Thierry, il est vachement bien ton blog...

Écrit par : Jean-Marc SAURET | 08/02/2008

Manuel, je comptais réserver le Black Swan pour une chronique. Les gars de la SG avaient eu il y a quelques mois un séminaire avec Nassim Nicholas Tayeb, mais quand il leur a parlé de l'approche par les fractales de Mandelbrot ils lui ont ri au nez. Ce qu'il y a de réconfortant dans l'Histoire, c'est qu'arrogance et suffisance finissent toujours par rencontrer la justice immanente!

Dites, les gars, le niveau des commentaires monte, monte, monte! C'est cela aussi qui fait la qualité du blog. Si vous pouvez rameuter quelques pensées du niveau de la vôtre, on va voir ce qu'on va voir!

Écrit par : Thierry | 08/02/2008

Les commentaires sont fermés.