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21.04.2008
Aide alimentaire
Pincez-moi, je rêve ! Voilà qu'on s'étonne du "bug alimentaire"! Voilà que, devant les «émeutes de la faim», on en appelle à la générosité des nations les plus riches ! On demande à l’affameur de bien vouloir soustraire quelques miettes à son banquet !
Car c’est nous – vous, moi - qui sommes les affameurs. Alfred Sauvy nous en avait avertis il y a déjà une quarantaine d’années: il faut globalement quatre fois plus de terres, d’énergie et d’eau pour produire des protéines animales – de la viande pour nos assiettes – que pour produire les végétaux comestibles équivalents. Aujourd’hui, de la viande, nous en consommons bien davantage que nous n’en avons besoin. Sans parler du gaspillage qui se retrouve dans nos poubelles. Mais cette gabegie alimentaire n’est qu’une des trois manières dont nous autres, Occidentaux – déjà imités par les Chinois et les Indiens - affamons la planète.
Notre deuxième façon d'affamer le monde est notre besoin en énergie. Nous avons détruit les économies de proximité. Le moindre de nos repas représente près de 1500 kilomètres d'air et de route. Qu'il s'agisse du travail ou des loisirs, nous avons une bougeotte compulsive: la "mobilité" a remplacé dans notre vénération la Déesse Raison de Robespierre. En prime, nous sommes devenus douillets. Il faut nous chauffer l'hiver et nous refroidir l'été en compensant les effets des édifices inadaptés que notre inconséquence a multipliés. Notre consommation énergétique est ainsi devenue le tonneau des Danaïdes. Alors, le pétrole bon marché, évidemment, se raréfie. Et voilà l'idée géniale des carburants verts, qui vous a en plus un bon petit parfum écolo... Sauf à constater qu'en ce qui concerne les terres cultivables, les biocarburants entrent en compétition avec la production alimentaire.
Enfin - et j’aurais dû commencer par là - pour être moins militaire notre colonialisme n’a pas cessé d’exercer ses ravages. Aux missionnaires et aux armes, il a substitué les corporate citizens et l’idéologie du progrès ; à la religion et au catéchisme de l’envahisseur, il a substitué les règles d’airain du commerce international. C’est ainsi qu’en chassant les cultures vivrières au profit des cultures d’exportation, nous avons créé les conditions de la famine dans maintes régions du monde. Même la Banque mondiale a dû enfin descendre du socle de ses certitudes et reconnaître l’erreur.
Je ne retiens qu’une chose: tout être humain a le droit de se nourrir et de nourrir les siens, et cela sans devoir recourir à la charité des autres. Une règle du jeu qui rend cela impossible est inique, de même que les avantages qu'elle nous permet d'en tirer.
07:00 Publié dans Coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : famines, économie, écologie, santé, justice
Commentaires
En 1973, je lisais un article dans ce canard trésor de l'époque, "Le Sauvage" qu'il existait un mode de productions combinées qui permettait de faire vivre 10 personnes à l'hectare (alors que notre meilleure production bovine met trois vaches à l'hectare). En associant les cultures (pois, haricots, maïs et liseron, par exemple), en arrosant ces cultures d'une eau où on élèverait des carpes de Tibériade, (histoire de faire profiter les plantes des hormones secrétés par les carpes et dont l'abondance dans l'eau limiterait leur taille), avec une chèvre dans le processus et, hop, l'équilibre alimentaire était organisé... Que sont devenus ces études ?... Qui intéresseraient elles encore ?...
Dans ce même canard en 73 on parlait des CFC qui trouaient la couche d'ozones, de l'eau douce qui allait devenir rare et des risques de surproduction de CO2...
Quelqu'un a-t-il quelques traces de ce canard où Claire Bretecher publiait des dessins ravageurs ?
C'est désespérant : voilà que je parle d'hypothèses de s'en sortir avec nostalgie...
Ecrit par : Jean-Marc SAURET | 21.04.2008
J'oubliais... Frédéric Joignot vient de remettre à la une de son blog (http://fredericjoignot.blogspirit.com) son article sur la publication de Jane GOODALL. "Chacune de nos bouchées change la face du monde". C'est la dessus...
A lire assurément.
Ecrit par : Jean-Marc SAURET | 21.04.2008
On me signale que le "coût" d'un kilo de viande bovine serait sept fois supérieur à l'équivalent en protéines végétales - et non quatre fois supérieur comme je l'ai écrit. Pour le poisson et la volaille, l'écart est un peu moindre.
Je n'ai aucune trace du "Sauvage", mais sur les processus de production "intégrés" on peut lire aujourd'hui le livre de Gunter Pauli, traduit par Dominique Viel: "Croissance sans limite".
Merci pour le lien vers la présentation de Jane Goodall. Elle peut paraître extravagante, mais c'est quelqu'un qui a une grande profondeur. (Pour que l'adresse du blog soit bonne, il faut supprimer la parenthèse de fin).
Ecrit par : Thierry | 23.04.2008

