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26.05.2008

Ecosystèmes

Non, je ne vais pas parler d’écologie. Enfin, pas tout de suite…

Pierre Cardin, dont on ne peut nier le talent, a racheté il y a quelques années le château du « divin marquis » et l’a fait restaurer. Le résultat, paraît-il, est superbe. L’antique demeure, comme l’a dit quelqu’un, est « repartie pour trois siècles ». Sur sa lancée, animé des meilleures intentions – et je ne pratique pas l’ironie en l’occurrence – notre grand couturier s’est mis à racheter des maisons dans le village qui entoure le château. Il a la vision d’un lieu qui pourrait devenir le « Saint-Tropez de la culture ». Il veut donc pouvoir y loger des invités et y offrir des résidences à des artistes. Le village s’embellit ainsi au fur et à mesure des chantiers tandis que les vendeurs, les entreprises locales et certains commerçants se frottent les mains devant cette aubaine. La vie revient et quelle vie ! Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Evidemment, il y a un bémol, sinon plusieurs. D’abord - c’est classique - l’intérêt du mécène et de ses amis pour le village a fait s’envoler les prix du foncier et du bâti. Une « barrière à l’entrée » s’est ainsi mise en place, involontairement j’en suis persuadé, mais elle détermine le genre de population qui aura les moyens de séjourner là dans les années à venir, et elle induit aussi l’atmosphère qui va progressivement s’y installer. Le vrai problème, cependant, est ailleurs. Le village n’était pas une table rase. Une communauté originale s’y était construite au fil des années et des générations, mêlant les gens du pays aux artistes qui, du Canada, du Royaume-Uni, d’Amérique ou de Suède, y venaient faire leur nid. C’est cette communauté qui est menacée par la tornade Cardin.

Notre culture me paraît hantée par l’archétype du démiurge. Celui qui apporte l’ordre où il n’y avait que désordre, la civilisation et la richesse où régnaient la barbarie et la misère. Celui qui apporte la lumière et dissipe les ténèbres. Pour faire simple : celui qui vient avec la solution aux problèmes.

Supposition iconoclaste : et si le problème, c’était le démiurge - malgré ses bonnes intentions ?

Nos bonnes intentions sont souvent comme l’éléphant dans un magasin de porcelaine. Seulement, si l’éléphant brise la porcelaine, il ne faut pas lui en vouloir : c’est que, très probablement, il n’a pas la notion de la porcelaine. Pour parler comme un consultant, la « pensée systémique » ne nous est pas encore naturelle. Entendez par pensée systémique l’aptitude à voir des tenants et des aboutissants fort éloignés de ce qui occupe notre esprit. Prenez l’exemple de l’hormone à retarder le vieillissement qui provoque des phlébites. Le corps ne peut-il être considéré comme un écosystème ? Le bon sens est-il si stupide de penser que rajeunir certains éléments d’un organisme entraîne sur le reste du système une sorte de pression inappropriée à l’état qu’il a atteint ?

En matière d’errements systémiques, on peut prendre aussi l’exemple des antibiotiques qui renforcent la résistance des bactéries qu’ils combattent. Vieille leçon de stratégie qu’on oublie souvent : nos ennemis apprennent de nous et se nourrissent de notre performance ! On peut aussi évoquer l’abeille étrangère imprudemment introduite sur le sol américain parce que, plus grosse, elle produit plus de miel. Seulement, après avoir chassé les abeilles du pays, elle a migré vers le nord. Ou encore ces autres abeilles, génétiquement sélectionnées, qui sont devenues vulnérables à un prédateur endémique et ont disparu.

Difficile de ne pas citer encore les ogm qui entraînent le délitement de la biodiversité, mais aussi les lois, les interventions politiques, économiques ou militaires aux effets pervers.

Quand apprendrons-nous à simplement aider les systèmes à trouver leur meilleur équilibre, comme le fait la médecine chinoise traditionnelle ? Pour cela, il faudrait que nous réapprenions la modestie des peuples premiers qui savaient que le monde autour d’eux était bien plus complexe que la pensée qui prétend se l’asservir.

Commentaires

Le "quand apprendrons nous..." est une question intéressante. Là débouche le processus comme lien entre le système et ce que je fais, tout seul et avec les autres. Apprendre la modestie des peuples premiers est un premier pas.

Ecrit par : swimmer21 | 26.05.2008

Les "peuples premiers" ne sont pas "modeste". L'occident les regarde peut-être avec condescendance parfois comme tel. Ils sont, c'est tout.
L'ethnologue et le sociologue semblent constater que les bushmen de Namibie ont, depuis la nuit de leur temps, la pensée systémique que la culture occidentale semble découvrir aujourd'hui comme une innovation...

Ecrit par : Jean-Marc SAURET | 28.05.2008