23.05.2009

Gordon Ramsay

Gordon_Ramsay.jpgGordon Ramsay est un mélange britannique de Cyril Lignac et de Super Nanny. Dans l’émission Cauchemars en cuisine, il vient au secours de restaurateurs que menace le naufrage. Le scénario est en gros le suivant. Gordon Ramsay, toujours plein d'entrain, débarque dans une ville où il explore d’abord les alentours de l’établissement. Il s’intéresse au style du quartier, aux chalands, aux ressources locales. Puis, il jauge la façade du restaurant et entre. Il embrasse la salle d’un coup d’œil, échange quelques mots chaleureux avec le propriétaire, prend un repas sur place. Quelquefois, un comparse est déjà là incognito en train de goûter le menu. Ensuite, Ramsay va s’attarder dans les cuisines où il observe soigneusement les comportements individuels et collectifs des marmitons. Il ouvre les frigos, quelquefois regarde dans les poubelles. Le tout est accompagné au petit écran de ses réflexions mezzo voce, rarement piquées des vers. Enfin, il revient vers l'aubergiste, lui livre son diagnostic, lui propose ses remèdes, le tout avec chaleur mais sans trop de précautions oratoires. Le marché est à prendre ou à laisser.

 

En général, il a trouvé des équipes molles et démotivées, des approvisionnements en surgelés qui font fi des bonnes ressources locales, une carte inutilement compliquée,  des plats médiocrement réalisés et un décor qui se trompe de clientèle. Il a trouvé aussi un propriétaire qui a investi son égo au mauvais endroit – dans le nom du restaurant, la carte ou la décoration - et qui, surtout, trop bon gars, ne manage pas son personnel avec la fermeté et l’exigence requises. Ensuite, le scénario est à peu près immuable. Les propositions de Ramsay choquent quelque peu l’aubergiste, mais, comme celui-ci est aux abois et que son interlocuteur est prestigieux, il les accepte.

 

Le bateau prend l’eau: l'objectif premier est, en quelques jours, de faire remonter le chiffre d’affaire. Ici Ramsay va virer une antique rôtisserie et la remplacer par un grill, là il va supprimer une carte prétentieuse, basée sur du surgelé, et s’approvisionner en poisson frais sur le port. L’homme a indéniablement du talent, il l’a prouvé. Ce qui est intéressant, c'est de le voir à l'oeuvre. Il a l’instinct d’un triangle d’or "chalands – produits – lieu". Son crédo est simple : des produits locaux de qualité et des recettes simples. Puis - "bien faire et le faire savoir" - il n’hésite pas à envoyer l’ensemble du personnel sur le quai de la gare, pour remettre aux banlieusards qui rentrent chez eux la nouvelle carte voire leur en faire déguster un échantillon.

 

Il a la formule magique. Les clients affluent, le tiroir-caisse tinte, l’espoir revient et le propriétaire retrouve le sourire. Un sourire parfois un peu jaune. La première raison en est que l’équipe a souvent du mal à passer du slow au rock. Le nouveau rythme révèle les mauvaises habitudes, voire les incompétences ou les mauvaises volontés. L’aubergiste doit affronter les conflits que jusque là il évitait. Mais Ramsay prend soin que la dynamique recréée ne soit pas dépendante de sa présence. Il pousse donc le propriétaire à manager vraiment l’équipe, ce qui requiert parfois de lui une forme d’énergie qu’il n’a pas cultivée. La deuxième raison du sourire jaune est que Ramsay conteste des choix que l’aubergiste associe à sa personne : la décoration, le nom de l’établissement, parfois le concept sur lequel il a ouvert son établissement. Mais, le navire ayant repris bonne allure et après une succession de services réussis, Ramsay disparaît pour quelques semaines et le propriétaire se retrouve seul maître à bord après Dieu.

 

Lorsque Ramsay revient, cependant, le restaurant a rechuté et perd de nouveau de l’argent. C’est là qu’on approche le cœur du problème : l’aubergiste lui-même, et qu’on a l’autre explication de son sourire jaune : il a ressenti une forme de dépit face à la renaissance de son établissement ! C’est que celle-ci est due à l’intervention de Ramsay et, par là même, est blessante pour son égo. Alors, Ramsay parti, l’égo s’est vengé. Et, croyez-moi si vous le voulez, on est revenu aux anciennes pratiques – la carte, les surgelés – et, bien que le chiffre d’affaires replonge, on s’y tient ! Il arrive d’ailleurs que la chose ne couve pas longtemps et se produise en plein « coup de feu », en la présence même de Ramsay. On cherche le propriétaire, censé être en cuisine : il a en fait déserté son établissement en proclamant qu’il n’est plus chez lui. Quand Ramsay lui remet la main dessus, c’est le drame – le psychodrame devrais-je dire - et tout sort. La raison, heureusement, reprend le dessus - on est à la télévision -d’autant que le tiroir-caisse se remet à fonctionner. Le propriétaire ne joue plus à manager un restaurant, il le manage pour de bon, et Gordon Ramsay repart vers de nouvelles aventures.

 

Je me dis que s’il y avait un Gordon Ramsay qui puisse faire entendre la même voix du bon sens aux seigneurs de ce monde qu’empêtrent leurs idéologies mortifères et leurs égos surdilatés, on assisterait sans doute à de réjouissants psychodrames, mais, en plus, au bout du compte, qu’est-ce que la cuisine serait meilleure !

 

 

Commentaires

C'était la dernière de Gordon Ramsay, mais la précédente session ne se passait pas vraiment ainsi, un restau mené par une femme qui devait reprendre la main sur son personnel...
J'aime bien cette émission et je trouve qu'il y a beaucoup de parallèles à faire avec la stratégie à mener en entreprise après une fusion...
lors même si les "recettes" de Gordon Ramsay sont à priori toujours les mêmes et qu'il innove peu, c'est intéressant...

Ecrit par : Saint-Arroman | 26.05.2009

je trouve ce que GODON Ramsay fais pour aidé les restaurateur et bien,
j'aime trop lémission sur TMC cauchemard de cuisine

Merci

Ecrit par : khaled | 13.06.2009

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