25.05.2009

Renversement de perspective

Lors d’une conférence de Dominique Viel sur les enjeux écologiques, celle-ci dit en passant que l’urbanisation, « bien sûr », se fait au détriment des meilleures terres. Quelqu’un dans le public s’en émut et s’exclama que, « enfin », les élus n’étaient pas stupides à ce point. Ce n’était pas là le propos. Lorsque nos ancêtres eurent des perspectives de paix suffisantes pour descendre de leurs camps retranchés, ils s’installèrent évidemment où la terre était généreuse et l’eau abondante. Ce n’étaient que des poignées d’humains dont la vie était rude, qui occupaient bien peu de place et dont les moyens de transporter leurs productions étaient faibles. On ne saurait leur tenir grief d’avoir choisi la commodité. Mais, comme nos villes ont grandi et continuent de grandir dans le prolongement de ces premières racines, elles le font effectivement sur les meilleures terres. J’ai vu ainsi, dans ma sous-préfecture natale, les jardins maraîchers se réduire au profit des « cités » et des « lotissements » et les légumes d’ailleurs envahir les supermarchés.  C’était une autre époque.

 

Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un renversement de perspectives. Tout nous incite à faire renaître des économies de proximité : le coût écologique des transports, la qualité de l’alimentation et, en toile de fond, l’augmentation inéluctable du prix de revient de l’énergie. Il se pourrait également que l’autosuffisance alimentaire d’un pays redevienne bientôt un principe important car, les mailles de la mondialisation matérielle se défaisant - et pas seulement pour des raisons de coût énergétique - des ruptures d’approvisionnement seront à craindre. C’est, d’ailleurs, une raison de plus pour ne pas tresser et mettre autour de notre cou une corde dont Monsanto ou ses semblables tiendraient l’autre extrémité.

 

Dans des pays qu’appauvriront le service de la dette publique, la délocalisation des activités vers les pays émergents, le vieillissement de la population, la faillite des régimes de retraite et les factures énergétiques et écologiques, l’enjeu du retour à la proximité ne sera pas qu’économique, il sera aussi social. Quand on voit les résultats obtenus par l’association Les Jardins de Cocagne (http://www.reseaucocagne.asso.fr/), on se représente les réserves de richesses qu’il peut y avoir dans la reconquête des lieux où l’on vit. Et il n’y a pas, dans cette affaire, qu’enjeux, contraintes ou obligations. Il y a aussi plaisir et bonheur. Regardez l’argument commercial que constituent l’origine contrôlée, les références paysannes ou artisanales et les accents régionaux. Voyez les vacanciers des grandes villes se presser l’été sur les places de marché des villages du Sud et en rapporter qui un saucisson, qui un sachet de lavande, qui une bouteille de la piquette locale. Indéniablement, cela traduit quelque chose.

 

Le succès en France des AMAP (Associations pour le maintien d’une Agriculture de Proximité: http://www.reseau-amap.org/), inspirées des Seikatsu Clubs du Japon, est comme le prolongement de ces bonheurs estivaux. On se dit qu’il y a là l’expression d’une aspiration, aussi profonde que tenace, à des bonheurs qu’on ne nous vend pas. Et quand on voit un comté américain, le Berkshire, dans l’Etat de Massachusetts, développer parallèlement au dollar une monnaie propre - le berkshare - pour protéger produits et emplois locaux, on ne peut que reconnaître que, un peu partout dans le monde, sous l’effet de cette aspiration, quelque chose est en train de se passer. Ceux qui ont voulu convaincre d'arriération mentale ceux qui avaient le désir de vivre au pays n’ont jamais fait qu’imiter la stratégie des colonisateurs et de leurs missionnaires : rendre la culture originelle des colonisés méprisable à leurs propres yeux et inculquer à sa place les croyances qui les mettront à la botte des conquérants.

 

Mais les habitudes, surtout les habitudes de penser, sont des Titanic. Elles rendent aveugles et on ne les fait pas évoluer aisément. Je viens d’apprendre, par exemple, que des municipalités françaises envisagent de sacrifier des terres « bio » pour y installer un circuit de « formule 1 ». Non, je ne suis pas de ceux qui croient les élus stupides ou corrompus. Je pense qu’ils sont comme le capitaine du Titanic : à force de s’intéresser à leur nombril – pardon : à leur cote de popularité – et de faire des mondanités à leur clientèle, ils n’ont même pas le temps de lire les communiqués que leur envoie la météo. Ils croient encore leurs salons insubmersibles.

 

 

Mais si nos élus ne se préoccupent pas du long terme, s’ils n’ont pas le souci de nous éclairer, fût-ce au prix de leur popularité, qui le fera ? Sommes-nous aussi seuls que cela ? Dans ce cas, retrouvons-nous et retroussons nos manches sans attendre.

 

 

Commentaires

Le problème est : veulent-ils vraiment être éclairés ? Ne sont-ils pas trop enfermés dans leur moule ?
Il faudrait déjà leur faire faire des séminaires pour casser ce moule...
Je crois que l'on déchante vite quand après avoir pensé qu'ils peuvent changer et agir, on s'aperçoit vite qu'ils ne font que poser des semblants qui cachent seulement leurs ambitions...

Ecrit par : Saint-Arroman | 26.05.2009

Merci Thierry

A ce sujet: http://www.bastamag.net/spip.php?article534

vous avez un petit jardin, terrain ? créez votre jardin de Noé ! http://www.jardinsdenoe.org
http://www.deezer.com/track/540440

Ecrit par : Marc Tirel | 26.05.2009

Bonjour,
Je me permets une correction/information.
AMAP est l'acronyme de "Association pour le maintien d'une agriculture PAYSANNE", un projet bien plus ambitieux et bien plus lourd de sens que "de Proximité"...
Bien cordialement,

Ecrit par : Christelle | 27.05.2009

Effectivement et je vous remercie de le rappeler. Cependant Daniel Wuillon semble utiliser aussi la formulation "proximité". Ce n'est pas un terme neutre car il s'oppose au terme "mondialisé".

Ecrit par : Thierry | 27.05.2009

Réponse : oui nous le sommes ! Les élus ne se sont toujours préoccupés que de leur cote de popularité et ce, depuis des lustres. Mais les élus sont...élus, par nous et si nous agissons, ils agiront aussi. Ceci dit quand on voit les élections européennes, le chemin sera long, pour changer nos élus.

Ecrit par : loïc | 20.06.2009

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