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20/10/2009

Eloge de Triboulet

Des non-évènements dont les médias ont fait leur potage ces derniers jours, comme d’ailleurs de l’expérience qu’on peut avoir de la vie dans les organisations hiérarchiques, il ressort que la fonction de fou du roi mériterait d’être restaurée. J’entends par là quelqu’un qui ait la licence de tendre un miroir au monarque sans risquer d’encourir les colères dont tous les autres ont une peur castratrice.

 

Je me souviens d’avoir fréquenté, vers la fin de sa carrière, un homme politique régional. J’étais bien jeune et je faisais là mes premières observations de la société politique – mais quelle société ne l’est pas ? Cet homme, que j’admirais, n’était entouré que de courtisans. Non qu’il les aimât vraiment. Mais si quelqu’un, fût-il animé de bonnes intentions, venait à le contredire, il s’en inquiétait aussitôt, allant même jusqu’à demander : « Pourquoi me trahissez-vous ? Je nous croyais amis ? » En outre, si l’on écarte les intrigants qui avaient tout compris du jeu, tous ceux qui auraient pu lui dire quelque chose se retrouvaient devant lui en culotte courte et ne songeaient plus dès lors qu’à être appréciés, voire aimés de lui. Je n’ai guère connu que mon père qui se permît de ne pas chercher le vent et de parler vrai, fût-ce contre la cour toute entière. En pure perte le plus souvent. C'est ainsi que, sans le savoir, je me suis préparé à comprendre le discours d'Etienne de la Boétie.

 

Picrochole fait trembler ses familiers. Dès qu’il fronce le sourcil, tout le monde court aux abris. Il paraît qu’il n’y a pas d’autre moyen que cette forme de terrorisme quand on veut asseoir son pouvoir. La moindre dérive, la critique la plus discrète, et le marbre du palais serait affligé d’une fissure qui irait s’élargissant jusqu'à ce que les piliers s'effondrent. Mais le résultat c’est que personne n’ose plus avertir Picrochole des erreurs qu’il commet. Certains même - qui ne lui pardonnent pas la peur qu’il leur inspire - se disent que ce sera bien fait pour lui si les évènements le punissent. Ils s’en remettent à Dieu d’exercer la justice.

Commentaires

Parfois cette fonction de fous du roi échoit au "coach de dirigeants". Mais cette liberté d'expression s'exerce souvent sous haute surveillance, le fou doit savoir en permanence jusqu'où il peut aller trop loin et les courtisans tentent de le aire rentrer dans le système. Il m'est arrivé de perdre des clients pour avoir exercé jusqu'au bout ma liberté de parole (assortie du droit à l'erreur, bien évidemment). mais au final, j'en ai gardé grâce justement à cette même liberté de parole beaucoup plus que je n'en ai perdu.

Écrit par : Peter White | 21/10/2009

Et il y a un niveau où, pour la cohérence de notre "légende personnelle", il faut décider de perdre sans espérer la moindre compensation. Mais il est vrai que les sacrifices que nous consentons nous permettent souvent d'être plus facilement repérés par ceux qui nous ressemblent.

Écrit par : Thierry | 22/10/2009

Bonjour,

Pour le poste de Fou du Roi en Sarkosie mineure, je crois voir poindre un impétrant :
http://www.dailymotion.com/swf/xasxir
Cordialement
J L B

Écrit par : Jacques Le Bris | 22/10/2009

Merci Jacques, c'est excellent. J'écoute sa chronique à la radio de temps en temps. C'est du pur vitriol ! Un des rares à nous faire rire... et grincer des dents. Ouvrir les yeux et prendre conscience de son aveuglement intellectuel ne fait pas toujours du bien sur l'instant, après avec un peu de recul, on se rend compte de la liberté que cela nous a apporté.
Bien cordialement
Anette

Écrit par : Anette | 23/10/2009

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