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28/11/2009

Contre l'exil de Camus

J'ai toujours été mal à l'aise devant les transferts de cendres. On décide de déplacer une dépouille sans que celui qui en fut la vie puisse s'exprimer. De sujet, de pensée libre qu'il était et qui fait qu'on l'admire encore, il devient un objet. C'est-à-dire qu'il court le risque de devenir un instrument, une marionnette à qui l'on fait faire les gestes et tenir les discours qui conviennent aux maîtres de cérémonie. Selon les situations, on en fera ainsi l'instrument d'une commémoration fidèle ou celui d'une traitreuse esbrouffe.

Des commémorations, des rites, des modèles à admirer et méditer, des histoires à se répéter, des sources d'inspiration, il est indéniable que nous en avons besoin, tant collectivement qu'individuellement. Il est tout aussi indéniable qu'une fois mort on ne s'appartient plus. L'ignorance de beaucoup laisse la place aux metteurs en scène qui, en ce qui les concerne, en laissent peu à ce qui ne sert pas leurs desseins. Sans parler du message qu'a pu être notre vie, pour en rester à la question de la "dernière demeure" seules quelques volontés clairement établies peuvent-elles protéger nos restes de ceux qui nous survivent. Je n'imagine pas que Picrochole, en mal de grandeur, ordonne un jour le transfert du grand cercueil de Colombey sous une coupole parisienne. Son locataire a été clair là dessus. Cela dit, le fait que de Gaulle ait raillé par avance la croix de Lorraine qu'on dresserait après sa mort, près de son village, pour "inciter les lapins à la résistance", n'a pas empêché qu'on l'érige. La mort est le moment de toutes les trahisons. Jusqu'à l'amour qui les inspire.

Je pense à la "Supplique pour être enterré sur la plage de Sète" de Brassens. Indépendemmant de la récupération de ce qu'il fut, pourquoi arracher un de nos semblables à une terre qu'il avait peut-être choisie, au voisinage d'êtres aimés qui l'on précédé ou suivi dans la mort ? Je suis un peu trop sentimental sans doute. Mais il me semble être plus proche de nos frères défunts quand je leur rends visite, en dehors des palais de marbre, qu'ils soient laïques ou religieux, dans les lieux qu'ils ont hantés de leur vivant. Et je crois aussi que le Grand Prêtre doit être digne du dieu qu'il entend honorer. Mais le Grand Prêtre, vous pouvez relire l'Histoire, n'a souci que des rites qui le consacrent lui-même.

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/11/24/monsieu...

10:45 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : panthéon, camus, politique

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