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02/02/2010

Penser, c'est résister (1)

 

Si vous avez vu le film Les Choristes, vous vous souvenez sûrement de la devise de Rachin, le principal d'une pension pour gamins "à problèmes": « Action - réaction ! ». On a là un parfait exemple de ce que j'appelle la pensée mécanique - qui est tout sauf une pensée. On ne se pose pas de question. On ne réfléchit pas. C'est parfois efficace - surtout si l'on veut laisser l'enfer s'installer sur terre. Le film de Christophe Barratier montre les conséquences du "système Rachin" sur les élèves et les enseignants de ce pensionnat si bien nommé « Le fond de l'étang ». Nous nous sommes tous surpris à détester l'ignoble directeur avec délectation. Mais la pensée mécanique menace en fait de l'intérieur chacun d'entre nous, et moi le premier. Nous avons tous en nous un Rachin prêt à prendre les commandes. Souvent, vous le remarquerez, au nom de l'efficacité, de la vertu et du temps qui nous manque.

 

La pensée mécanique se trahit lorsqu'une cause nous semble « entendue » au point qu'il n'est point besoin de réfléchir. Comme la culpabilité du gamin dans le film de Sidney Lumet que j'évoquais récemment. Comme les réponses que nous pourrions donner à la volée à une enquête dans la rue. Comme les ordres reçus d'un chef et exécutés sans états d'âme. Comme les lois qu'on colle automatiquement derrière chaque problème rencontré, sans aucun souci des effets systémiques et sans jamais évaluer leurs réels effets. Comme les coups de gueule de Picrochole qui ne sont plus spectaculaires à force d'avoir voulu l'être.

Au vrai, nous avons tous besoin d'inviter chez nous un Davies - le personnage de Douze hommes en colère qui amène le jury à examiner réellement le cas du prévenu. Il pourra donner la réplique au petit Rachin que nous hébergeons. Il nous dira de nous méfier chaque fois que nous croyons pouvoir faire l'économie de la réflexion, et encore plus quand on voudra nous persuader de l'inutilité d'exercer notre pensée.

 Vous allez me dire qu'on n'a pas envie de se prendre la tête à tout propos et je vous comprends. Il y a d'ailleurs à cela des causes physiologiques. Notre cerveau est un gros consommateur d'énergie - 30 % de l'oxygène du corps pour n'évoquer que cela. En conséquence il privilégie les économies et, pour ce faire, il adopte des routines : ce qui lui a réussi sera systématiquement reconduit, pas besoin de refaire le monde! Si c'est, par exemple, l'audace qui a profité, il en remettra. Si c'est l'égoïsme ou la duplicité, il en usera jusqu'à l'abus. C'est ainsi qu'Achille persiste dans le bravado et Ulysse dans la ruse. Si cela a marché, cela marchera toujours ! Et nous resterons aveugles aux signaux de la réalité qui pourraient nous dire que, cette fois-ci, il se passe quelque chose de différent et que la vieille recette n'a plus prise.

La démocratie et la sagesse méritent bien qu'on consomme un peu plus d'oxygène.

Penser, c'est d'abord résister à soi-même.

(1) Hanna Arendt.

12:25 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Collision d'époque :-(
"A force de réfléchir avant de légiférer comme le suggère Daniel Vaillant, on reste immobile" Frédéric Lefebvre, porte parole du parti au pouvoir, France, 2010 .....

Rebond de neurones :-)
"Non pas penser avant d’agir, mais être pleinement conscient pendant que l’on agit": Denis Marquet in http://www.nouvellescles.com/article.php3?id_article=895

Écrit par : Pierre C. | 03/02/2010

Les commentaires sont fermés.