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09/04/2010

Rencontres

 "Comme Jésus marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets: c'étaient des pêcheurs. Jésus leur dit: "Venez et je vous ferai pêcheurs d'hommes". Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent." Matthieu 4, 18-22.

Ce court récit est emblématique. Il faut relire avec fraîcheur ces lignes trop connues afin de se représenter, au sein d'une vie qui semblait calée pour l'éternité,  le surgissement de l'inconcevable. Qui n'a connu, tout au moins à une échelle plus modeste, de telles rencontres qui nous découvrent soudain de nouveaux paysages, de nouveaux registres à notre réalisation ? J'ai eu cette chance à plusieurs reprises, mais je rendrai dans ce domaine un particulier hommage à Suzanne Privat. C'était il y a bien longtemps - une sale période de ma vie - et j'ai consulté cette graphologue toulousaine pour qu'elle m'aide à faire le point sur moi-même. Après avoir analysé les documents manuscrits qu'à sa demande je lui avais fournis, elle m'a donné rendez-vous rue des Arts, dans son petit salon bleu, au dessus de la librairie. Là, elle m'a parlé des potentialités que révélait mon écriture. Un entretien de deux heures qui a changé ma vie.

Une vraie rencontre nous révèle d'abord à nous-mêmes. Ceci nous ouvre à une autre vision de notre vie. Quelquefois, aussi, de la vie. Après cet entretien, quoique j'eusse passé la trentaine, j'ai décidé de reprendre des études. Une année sabbatique. Et personne n'a été plus heureux que moi de se consacrer à apprendre la comptabilité générale et analytique, le marketing, le droit social, la gestion financière - j'en passe et, comme on dit, des meilleures. Moi qui avais terminé poussivement ma seconde avant de décrocher, j'avalais tout. Curieusement, mes capacités intellectuelles semblaient s'être réglées sur l'évaluation de la graphologue. Un bel effet Pygmalion ! A partir de là, le monde est devenu généreux - je n'ai pas dit facile. 

Suzanne Privat m'a ouvert à mes propres potentialités. Une histoire en amenant une autre, je pense à cet ado en difficulté du 9-3 - un « segpa » - qui, parmi bien d'autres maintenant, a croisé Dina Scherrer et son "coaching narratif". Je vous laisse imaginer la galère de sa vie et ce que cela pouvait signifier pour ce garçon de « choisir une orientation ». Quand on se dit « gogol », qu'on est par principe suspect de tous les mauvais coups et qu'au surplus il n'y a même plus assez d'emplois pour les rejetons des bourges d'à côté, tout se vaut, c'est-à-dire rien. Après avoir revisité son histoire et la représentation qu'il avait de lui-même, le voilà en apprentissage chez un chef parisien... Et heureux comme un nanti de naissance ne le sera jamais.

Parfois, il s'agit d'oser penser ce qui est déjà là, à l'intérieur de soi. Oser penser qu'on a envie, par exemple, d'une autre vie que ce cocon de conformité et de respectabilité grâce auquel nous nous sommes intégrés dans la société, mais parfois au prix de notre désintégration intérieure. Oser penser, c'est l'âme de la philosophie. Il n'y a pas de pensée sans audace. Mais il n'y a pas non plus de pensée qui évolue sans dialogue. C'est pourquoi nous avons besoin aussi de maïeuticiennes comme Eugénie Vegleris. Eugénie est une sage-femme. Elle ne vous lâchera pas tant que vous n'aurez pas mis bas. Mais faites-lui confiance, elle n'accouche que de beaux enfants. Comme les salles de classe que hante Dina, le salon d'Eugénie est un lieu de renaissance. De renaissance à soi.

Si nous voulons tirer parti, comme nous y invite Edgar Morin, de l'époque de métamorphose dans laquelle nous sommes entrés, il est urgent de libérer l'humain de ses formatages. Il nous faut plein de Dina et d'Eugénie.

Commentaires

Mais souvent, l'on n'avance qu'au pied du mur ! La rencontre a lieu lorsque le besoin de changement est là, qui palpite dans un coeur meurtri, parfois trop pour croire encore à l'issue. Et c'est là, dans le fléchissement du désespoir qu'à lieu la renaissance : je m'abandonne, je me confie, je tends la main... Cette main est-elle saisie et toute ma vie en est changée, cette main est-elle ignorée et je m'enfonce dans le déni et l'incompréhension de moi-même.
Vous citez des personnes qui en ont fait leur métier, mais tous nous pouvons être là, vigilants et un jour, peut-être une fois seulement, mais une seule fois vitale, saisir la main du désespéré et la tirer vers ses demains.
Seuls, nous ne sommes pas, mais nous ne sommes pas seuls.
J'aime beaucoup cette phrase : "le monde est devenu généreux".

Écrit par : Ardalia | 09/04/2010

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