Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/05/2010

Cacotopie 1

 

 

Un des grands principe de l'idéologie néolibérale, c'est qu'il faut retirer tout ce qui peut entraver le libre jeu de la concurrence, tout ce qui empêche le marché d'être « parfait ». Enlevez toutes les rigidités et ce sera l'abondance pour tous !

Le paradigme, derrière cette représentation de l'économie, est celui de la mécanique des fluides. Vous allez comprendre. Prenez un seau et remplissez-le de galets : quoi que vous fassiez, il subsistera toujours des vides entre les cailloux à l'intérieur du seau. Cet espace non occupé correspond aux ventes manquées et aux emplois perdus. Retirez les cailloux et remplacez-les par du sable fin: à l'œil nu, tout l'espace est occupé. A l'œil nu cependant, car il y a mieux encore. Remplissez d'eau votre seau : pas un millimètre cube du volume disponible n'est alors perdu. Abordons maintenant une notion complémentaire, celle du transvasement, appelé en économie « théorie du déversement » : les emplois supprimés ici se reconstituent ailleurs. La question est : à quelle vitesse ? Celle-ci, nous dit l'Ecole de Chicago, dépend de l'aptitude et de la volonté qu'ont les gens de changer de job. On retrouve notre mécanique des fluides : moins le liquide que vous aurez versé dans le seau sera visqueux, plus rapide et plus parfait sera le transvasement.

Ainsi, l'être humain qui est suffisamment « liquide » trouvera toujours de quoi gagner sa vie. Le plein emploi, pour ceux qui n'ont pas peur du travail et qui n'ont pas d'attaches stupides à une région, à un métier, voire à une famille, est assuré quand le marché des êtres humains est parfait. Gros avantage : si tout le monde a un job, entreprises et Etats économisent les allocations de chômage et les aides diverses.

Jean-Michel Truong, dans son remarquable roman d'anticipation Le successeur de pierre nous donnait entre autres un aperçu de cette utopie néolibérale qu'assistent les places de marché virtuelles sur Internet. Son héros, traducteur, un geek isolé dans sa bulle, est en concurrence avec tous les autres traducteurs de la Terre. Le livre de la journaliste Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, aborde différemment le même sujet. Il nous ramène près de chez nous, dans notre pays, en l'an de grâce 2009, dans un univers moins technologique, à une échelle locale. Il esquisse la peinture d'un eldorado néolibéral concrétisé : le marché des ménages. On y voit la beauté de la mécanique des fluides appliquée aux êtres humains. Quoi de plus liquide en effet, sans parler du ciel de Normandie, que ces femmes qui acceptent de travailler n'importe où, quelle que soit l'heure et le fractionnement du temps ? Le matin à cinq heures ici, le soir à vingt heures ailleurs, voire en milieu d'après-midi une petite heure au diable vauvert qui coûte presqu'aussi cher en essence qu'elle rapporte en salaire ? Liquide, la rémunération de ces travailleuses l'est aussi car, si le nominal respecte évidemment la loi de notre pays, en revanche les tâches dépassent souvent la durée arbitrairement normée, ce qui fait aussi de la paie une variable d'ajustement.

Zygmunt Bauman appelle cela la "société liquide". Clémentine Jouffroy, qui fait la recension de son livre S'acheter une vie, résume ainsi le propos: "Les membres de la société de consommation sont obligés de suivre les mêmes modèles de comportement auxquels ils souhaitent voir obéir les objets de leur consommation." Le pire c'est quand, en se conformant à ces modèles, on a du mal à gagner sa propre vie.

Ne serait-il point temps d'abandonner cette « cacotopie » comme dirait mon amie Eugénie Vegleris ?

http://www.booksmag.fr/magazine/c/la-societe-liquide-de-z...

 

Commentaires

C'est bien pour celà, cher Thierry, qu'après l'eau, vive l'air. L'artiste travaille dans l'air. Il travaille avec peu et fait des merveilles. Il enchante sa vie là où il est. Il a accès à l'imaginaire. L'artiste, c'est toi, c'est moi. C'est nous. Hommes et femmes créateurs d'humanité. "Chaque personne est un artiste". Joseph Beuys. Ce qui échappe au néolibéralisme, au nationalisme comme au stalinisme rampant. Le souffle de la vie. Forte et fragile. Des bulles dans les interstices. Ce que les petits chefs, les managers d'acier et les tortionnaires ne peuvent ni voler ni torturer. Réenracinement dans la vie. Ce mot de cacotopie est vraiment une horreur. Je le déteste comme un crachat. C'est cela qu'est devenu notre monde ? Foin de tout celà, retrouvons le chemin des 9 topoi, les 9 prestations de services des iles anthropogènes. Vers la lumière. Mais attention, cela, c'est une révolution en marche.n Les conséquences d'une société artiste sont incalculables. C'est pour cela qu'elle est toujours repoussée vers l'utopie. Mais l'art sauve des vies tous les jours. A commencer par la mienne.

Écrit par : Christian Mayeur | 06/05/2010

Les commentaires sont fermés.