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03/01/2011

2011

 

Les jours ont beau se suivre, s’enchaîner et se ressembler, les symboles sont puissants. Une nouvelle année, c’est comme une possibilité de nous libérer de ce qui nous a emprisonnés. C’est comme un cahier tout neuf dans lequel on va pouvoir écrire la nouvelle histoire à laquelle on aspire. Ces pages vierges qui nous attendent, que vont-elles recueillir ? De quelle écriture, de quelle plume, de quelle encre, avec quelles couleurs,  allons-nous occuper leur blancheur ? Ferons-nous preuve de liberté et d’esprit créatif ? Nous autoriserons-nous à griffonner quelques dessins dans les marges ?

Expérimenter notre liberté n’est pas une mince affaire. Il y faut du courage et de la lucidité. Du courage : les fruits de la liberté sont l’inhabituel, l’inattendu, donc le risque. Souvent, ils représentent un changement profond dans ceux de nos besoins que nous privilégions et la manière dont nous allons les satisfaire. De la lucidité : combien de choix, nous nous en rendrons compte parfois, ne sont que l’expression en nous de désirs qui ne sont pas les nôtres ? Ces désirs ont été semés là par les communautés au sein desquelles notre identité s’est élaborée - la famille, la religion, l’école, l’entreprise, le métier, la société.

C’est au sein de cette forêt obscure qu’évoque Dante, au croisement de toutes ces histoires léguées par tant de passés, que nous devons nous retrouver. C’est avec ces contradictions, si nous en avons l’énergie et l’espoir, qu’il s’agit d’ouvrir le cahier tout neuf, de prendre sa plume ou ses crayons, et de poser les premiers mots, de jeter les premiers dessins sur la page vierge qui s’offre à nous. Si, en ces premiers jours de 2011, nous regardons en nous et autour de nous, force nous sera sans doute de reconnaître qu’il y a bien des choses que nous souhaiterions changer. Ces dernières années ont été des années de crise et d’égarement. Celles à venir semblent être le prix à payer pour les folies dont le monde est la proie.

Alors, quelle histoire allons-nous écrire ?

Est-ce que ce sera l’histoire résignée d’une punition méritée ? Nous n’avons pas respecté les lois de l’économie. Nous n’avons pas tenu compte des rigueurs qu’imposent les maîtres de la finance. Nous n’avons pas anticipé les effets pourtant prévisibles de la démographie. Nous avons ponctionné sans prudence les ressources de la Terre et rejeté sans vergogne notre gâchis et nos déchets au milieu de ses richesses. Regarde ton œuvre, vieil Adam !  Piteux, nous sommes là, tels les Bourgeois de Calais, en chemise, corde au cou, tête baissée. Nous n’osons même plus lever le nez pour voir le montant de la facture. On paiera. On paiera pour les pauvres qu’on a laissé se multiplier. On paiera pour que les riches, qu’on a déjà sauvés et engraissés, s’en sortent. On paiera pour notre bêtise et celle des autres. Et nos enfants paieront aussi, et les enfants de nos enfants... C’est ainsi.

Scénario quelque peu différent, mais pas tant que cela, l’histoire que nous sommes tentés d’écrire sera-t-elle plutôt celle des vaines rébellions ? Cette punition, en effet, n’est-elle pas injuste ? Nous ne sommes en rien responsables de cette situation, ou si peu ! Pourquoi serait-ce à nous d’en faire les frais ? Et, bien sûr, là-dessus, de geindre, de  râler, de maudire, de manifester, de faire grève, de changer de gouvernement… Allez-voir du côté des grands, des gros, des entreprises, de l’Etat ! Interpelez Pricrochole, les Etats-Unis, la Chine, le Brésil ! Demandez leur intercession comme jadis celle de la Vierge auprès de son Fils ! Thème très complémentaire à celui-là, l’impuissance : « C’est à ceux qui ont le pouvoir à changer les choses. Nous ne pouvons qu’essayer d’obtenir d’eux qu’ils prennent des décisions».

Je viens d’évoquer deux histoires entre lesquelles, depuis toujours, les hommes hésitent. Celle de la résignation et celle de l’agitation. L’une comme l’autre sont politiques d’enfants face à leurs parents. Quelques scènes de rues, en cette période de fêtes, les illustrent bien. Exposés à mille envies,  tel gamin pleurait ou tempêtait quand ses parents l’arrachaient à certaines vitrines. Tel autre restait silencieux, soit qu’il eût l’espoir de voir exaucée sa lettre au Père Noël, soit qu’il eût le sentiment de l’inutilité de tout effort. Quelques autres, plus discrets, j’en ai vus, usaient du charme. Sans plus de résultat. Est-il possible d’imaginer que l’humanité s’ouvre d’autres voies, ou bien sommes-nous, comme la grenouille que j’ai plusieurs fois évoquée, déjà trop cuits pour nous échapper de la marmite ?

J’imagine, quant à moi, deux autres registres dans lesquels le futur pourrait s’écrire. Il y aurait une histoire redoutable, pour lesquelles les peuples trempent leur plume dans le sang. Quand l’humiliation, issue de l’injustice, vient réveiller la misère, cette histoire couve. Elle produit jacqueries, nazisme, émeutes, révolutions, terrorisme. C’est la Mort qui avance en faisant siffler sa faux, avec son cortège de souffrance et de terreur. Malgré notre indignation devant l’impudence de certaines populations de nantis, malgré la colère qui nous étouffe parfois devant le scandale, nous ne pouvons pas souhaiter que survienne une telle histoire. Soyons conscients toutefois que, peu à peu, les ingrédients s’en trouvent réunis et que certains commencent à se la raconter.

Mon odyssée à moi, l’histoire que j’ai envie d’écrire, c’est celle où j’explore jusqu’où va mon pouvoir de changer ma vie et de faire évoluer, le mieux possible, les choses autour de moi. Sans attendre les cadeaux du Père Noël ou du Père Gel. Je n’ai pas envie de pleurer, de menacer ou de faire du charme pour obtenir quelque chose de mes maîtres. D’abord, je n’ai pas envie de maîtres, et, ensuite, nous pouvons – nous devons - nous en passer. Chacun d’entre nous a une vision trop limitée de son influence. Il s’agit donc bien d’abord d’explorer celle-ci : elle nous surprendra par son étendue, pour peu que nous nous fassions un peu stratèges.

J’ai envie de promouvoir une vision, des solutions et des expériences telles qu’ il suffise de se mettre à quelques hommes et femmes de bonne volonté pour que les choses bougent. Comme Vendana Shiva en Inde, Rob Hopkins à Totnes, ou mes amis villeneuvois d’Agir pour le Vivant. Les grands arbres de demain sont dans les modestes semences que nous tenons au creux de notre main.

Très belle année 2011 à tous !

11:05 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Merci Thierry pour ces belles réflexions que tu nous fait partager...
Une très belle année à toi également !
Amicalement
Sylvie

Écrit par : POUILLY | 03/01/2011

Bonne année 2011 Thierry, éveiller les consciences est un travail de longue aleine et qui ne se voit pas... tu donnes dans le durable ! Car une conscience éveillée en éveillera d'autres ! Encore mille merci à toi ! Et tout plein de bonnes choses pour tous tes fidèles lecteurs.

Écrit par : Anette | 03/01/2011

Tu l'as probablement déjà mentionné ailleurs, mais c'est le rebond obligé à ta conclusion :-)

C'est un peu moins à la mode que Stéfane Hessel ...
http://bdemauge.free.fr/litterature/hommearbres.pdf

Bonne année 2011 à toi Thierry et à tous tes lecteurs !

Écrit par : Pierre Clause | 03/01/2011

Merci, Thierry, pour votre message de nouvel an. Celui d'un Français "optimiste" ! Merci aussi à Pierre Clause qui m' a permis de relire ce texte de Giono que j'avais oublié. Et "bonne année" à tous !

Écrit par : emilie kah | 04/01/2011

Merci beaucoup Thierry pour le partage de ces idées. Je te trouve de plus en plus narratif et ce n'est pas pour me déplaire. "l’énergie et l’espoir... d’ouvrir le cahier tout neuf, de prendre sa plume ou ses crayons" sont eux aussi fondées sur un récit qui a, lui aussi, une histoire sociale et relationnelle, des personnes qui l'ont aidé à rentrer dans notre vie et une influence sur notre identité.

Écrit par : Pierre Blanc-Sahnoun | 04/01/2011

Merci, Thierry, pour tes analyses que tu nous transmets régulièrement et fidèlement, et qui formalisent si bien ce que je ressens souvent moi-même sans pouvoir les formuler aussi clairement.
Merci pour ta belle énergie que tu nous fais partager, celle de ton indignation et de ta colère, mais aussi celle de ton enthousiasme et de ta force créatrice.
Merci de permettre à une communauté de lecteurs de se cristalliser autour de toi, lecteurs qui ne se connaissent pas forcément mais qui se reconnaissent à travers toi, qui espèrent et aspirent eux-aussi à vivre dans un monde nouveau
Heureuse année à toi et à tous

Chantal

Écrit par : chantal lebrun | 05/01/2011

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