UA-110886234-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/11/2008

De la bourse comme superstition

Ce même Alain dont j’ai donné hier un extrait considérait que l’art est un moyen de sublimer les passions par la résistance que la matière oppose au créateur, et il reprochait par exemple au béton d’être trop malléable pour remplir ce rôle. Qu’aurait-il dit des marchés financiers ! Et d’abord, aurait-il sans doute demandé, qui sont les « marchés financiers » ? Des hommes et des femmes qui, à New York, à Tokyo et ailleurs, soupèsent leur espoir de gagner et leur crainte de perdre. Or, immatériels, les marchés financiers donnent ce que l’on sait, ils ne sont qu’un démultiplicateur, dans le vide, de la peur et de l’espoir. Parce que sans matière, au lieu de purger nos passions, ils les exacerbent. Faire de l’argent avec de l’argent, c’est lacher la rêne à l’hybris. C’est entrer dans un monde de superstition où tout devient signe, où l'on croit voir les fantômes que l'on redoute et les anges que l'on espère. Mais jusques à quand nous contenterons-nous de pelleter des nuages ?

03/11/2008

Pendant ce temps, il y en a qui agissent...

J’ai profité d’une semaine de vacances dans le Devon pour rencontrer un véritable acteur du changement de société*. Rob Hopkins est basé à Totnes, ville de 8000 habitants, première «Transition Town»** et aujourd’hui chef de file d’un nombre croissant de villes, de quartiers, d’îles, de communautés diverses qui, au Royaume-Uni et dans le monde, en découvrant ce qui s’y passait, lui ont emboîté le pas.

Pourtant, ce qu’on peut y observer n’a pour le moment rien de spectaculaire. Des gens de bonnes volontés se retrouvent, échangent, animent des réunions – à la fois avec enthousiasme et paisiblement. Le point de départ de ce processus : la conviction que l’ère du pétrole bon marché est révolue et que les conséquences, quand on les regarde de plus près, seront immenses. Que devient, en effet, la mondialisation avec une énergie de plus en plus coûteuse ? Que deviennent nos modes de production, nos façons de vivre et de consommer ? Oh ! bien sûr, on ne sent pas encore sur notre gorge le froid de la lame. Comme toutes les victimes d’une addiction, on espère que le sevrage n’est que pour demain, qu’on va pouvoir en profiter encore un peu. Et, à l’ultime instant, on fera même comme Marie Stuart qui, la tête sur le billot, mendiait: « Encore une petite minute, monsieur le bourreau… »

Outre le processus que j’évoquais, ouvert et sans violence, ce qui m’a frappé lors de mon entretien avec Rob Hopkins, c’est qu’il pose cette échéance énergétique non comme une sorte de punition, une épreuve à surmonter ou un régime draconien à subir, mais comme une heureuse opportunité offerte à nos aspirations. Une opportunité de remettre de l’harmonie entre notre espèce et l’écosystème dont elle dépend. Une opportunité de remettre aussi de l’harmonie entre les humains eux-mêmes que la généralisation d’un éthos de concurrence dresse les uns contre les autres. Une opportunité de reprendre possession de nous-mêmes dans un monde de racolage aussi permanent que futile. Au final, une opportunité de recréer du bonheur car, obsédés de consommations matérielles et de satisfactions narcissiques, nous nous sommes éloignés des sources de celui-ci.

C’est aussi la chance - rare à vrai dire dans le cours d’une vie – de participer à une grande aventure : celle de contribuer directement, là où l’on vit, à la construction d’une nouvelle civilisation. Le foisonnement d’initiatives engendré par les premiers pas de Rob Hopkins à Totnes montre l’aspiration du cœur humain à vivre autre chose que le monde que nous avons construit et qui maintenant nous échappe. Reste que, y compris à l’intérieur de nous, les représentations mentales ont la vie dure. Notamment celles qui ont fait de la mondialisation économique un étalon du progrès et qui affirment que « biggger and bigger is more and more beautiful ». Ne soyons pas surpris si les résistances se multiplient et se durcissent : aucun être, fût-il idéel, n’aime regarder sa mort en face. Mais pourquoi se soucier du terrain idéologique ? Nous sommes libres : agissons !

Si vous voulez en savoir plus : http://totnes.transitionnetwork.org/

PS : si la démarche vous intéresse, on peut imaginer d’en parler de vive voix. Faites-vous connaître et on organisera une soirée !

* Cf le livre des sociologues Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson : L’émergence des créatifs culturels, éditions Yves Michel.
** Littéralement : ville de transition.

04/10/2008

Noir c'est noir

 

 

Cette note figure désormais dans le recueil

Les ombres de la caverne

Editions Hermann, juillet 2011