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03/01/2008

Se réapproprier notre vie (1)

Cette année, promis, juré, craché, j’apprends le chinois, j’arrête de fumer, j'achète équitable, je m’inscris dans un club de fitness (et j’y vais)…

Ces résolutions de Nouvel An procèdent de registres différents - délibérations rationnelles, effets de mode, désir réel, mais, plus génériquement, volonté de mieux tirer parti de ce court espace qu’on appelle la vie. Mieux vivre sa vie, en effet, c’est peut-être, quand tout a été dit, réintroduire un peu plus de liberté dans un scénario que nous avons largement contribué à écrire mais qui a finalement pris le dessus sur son auteur.

Le quotidien, nous en avons une conscience de plus en plus aiguë, est abrasif. D’abord, parce qu’il est surabondant d’obligations – et, surtout, peut-être, d’addictions - et que, si nous voulons introduire quelque chose d’autre dans notre existence, il nous faut d’abord dégager une place où le mettre. Or, si jamais nous réussissons à distraire quelque chose de notre fatras – ce qui, déjà, n’est pas rien – et bien avant que l’invité ait eu le temps de s’installer, ce qu’il en reste se dilate immédiatement pour occuper l’espace que nous venons de libérer. Un peu comme une famille inhospitalière pour qui le nouveau venu est un intrus et qui, écartant les coudes, s’étale autour de la table afin qu’il ne sache où s’assoir.

Créer - si modeste soit-il - un espace de liberté dans une vie déjà écrite, c’est passer de la force des choses – qui n’est souvent que celle que nous leur donnons - à celle de l’initiative. Mais c’est aussi comme allumer une frêle flamme et la défendre contre les courants d’air. Pour l’allumer, il faut déjà trouver en nous notre désir essentiel. Celui qui nous met en relation avec la durée, le long terme. On parle beaucoup de développement durable dans le registre industriel. On pourrait aussi se poser la question de ce qu’est le développement durable s’agissant de notre être et de sa réalisation. Quant aux courants d’air qui peuvent éteindre notre flamme tremblotante, ils ne manquent pas. Ce sont toutes les choses qui s’insinuent dans notre emploi du temps, s’y installent et abusent de notre complaisance. Ce sont les pulsions que stimule le système de la consommation – les choses qu’il faut tout de suite aller voir, essayer, acheter, utiliser – et qui consument nos ressources les plus précieuses : notre temps, notre énergie, notre attention.

S’il y a une clé qui peut rouvrir la porte à notre liberté, c’est l’attention. Décider de ce à quoi nous apporterons notre attention, c’est déjà un acte de liberté. C’est se redonner la possibilité de cultiver quelque chose que nous aurons, en conscience, choisi. C’est pourquoi je vous recommande, entre autres, cet exercice conseillé par Isabel Fouchécour : la semaine sans média. C’est-à-dire sans télévision, sans radio, sans journaux, sans livres, sans cinéma, sans DVD, sans publicité. Vous en tirerez au moins deux choses : vous y gagnerez du temps et vous vous retrouverez avec vos propres pensées, protégé de l’intrusion du monde des autres. Impossible me dites-vous ? Cela vous fait peur ? Essayez.

14/11/2007

Quelle histoire nous racontons-nous ?

 

 

 

Cette note figure désormais dans le recueil

Les ombres de la caverne

Editions Hermann, juillet 2011