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18.01.2008
Castration par éblouissement
Une amie me rappelle que dans L’avenir d’une illusion, Freud montre comment l’idée de dieu vient du besoin archaïque de l’homme de conserver un "père surpuissant".
On doit retrouver quelque chose de ce phénomène dans l’attraction qui caractérise les hommes de pouvoir.
L’un des plus brillants collaborateurs d’un chef d’entreprise, un esprit créatif et un vrai meneur d’hommes, se transformait en ectoplasme dès qu’il était au contact de son patron. Pire, il se desséchait littéralement si ledit patron ne lui donnait pas sa ration quotidienne de signes : coup de téléphone, mail, bout de papier griffonné... Il préférait même une engueulade au silence.
Le DRH qui, dans sa jeunesse, avait donné dans la psychologie, avait surnommé le mal dont souffrait son collègue du terme de thomasdépendance – Thomas étant le prénom du chef.
Un conférencier dont j’ai, hélas! oublié le nom, utilisait aussi la jolie expression de "castration par éblouissement" pour désigner un phénomène d'un ordre voisin.
On peut en rire. Mais le résultat de ces phénomènes, c'est l'autocensure. Pensez un peu, dès lors, à tout ce qu’une organisation peut perdre lorsque sa pensée, au lieu de puiser à toutes les intelligences disponibles, à toutes les représentations de la réalité, se limite à celles de son chef.
D'abord, une pensée qui ne fait que singer celle de quelqu'un d'autre n'est même plus une pensée. Sa source n'est pas dans le corps-à-corps avec le réel. Elle est à la pensée ce que les imitations du perroquet sont au langage humain.
Ensuite, même les gens de génie ont leurs cécités. Christophe Colomb, obsédé par les Indes et par l'or qu'il avait promis à ses "sponsors" ne s’est jamais rendu compte qu’il avait découvert un nouveau continent. Les frères Lumière, qui avaient inventé le cinéma, ont nié l’avenir des films de fiction.
Alors, même quand le chef est génial – ce qui d’ailleurs est un pléonasme – faut-il s’en remettre entièrement à sa représentation du monde ?
Et ne convient-il pas, à un certain âge, de se passer enfin d'un "père surpuissant" ?
07:00 Publié dans Servitude volontaire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : développement personnel, management, pouvoir
Commentaires
Je partage complètement ton analyse, mon cher Thierry.
Quelques pensées junguiennes nous disent aussi que chacun se conforme tout ou partie à un idéal-type qui nous aspire identitairement. Une sorte de Grand Autre, aurait dit Lacan, qui modélise notre vision du monde avec un florilège de "prêts à penser", critérium à comprendre le monde. Après tout est question de transfert...
Bien sur, la conscience du phénomène nous en donne une certaine maîtrise, mais jusqu'où ?...
Ecrit par : Jean-Marc SAURET | 18.01.2008
Et Kohut nous met en garde contre ce qu'il appelle notre "moi grandiose" !
Dans l'exemple que je donne, je vois surtout le fantasme désespéré - et désespérant - de se faire reconnaître par un père évidemment fantasmé.
Entreprise vouée à l'échec, le support de la projection ne donnant jamais rien au motif qu'on "ne tient les gens qu'autant qu'on ne leur a pas donné ce qu"ils attendent" (Thomas dans le texte).
Ecrit par : Thierry | 18.01.2008

