« Le bonheur de haïr | Page d'accueil | Eloge de la viscosité »

19.03.2008

Naïveté occidentale ?

Je connais un dirigeant de grande entreprise, stratége et manoeuvrier remarquable, qui est aussi d'une lucidité sans complaisance quant aux points faibles qui permettent d'avoir barre sur un être humain. Une de ses maximes favorites est «qu’on n’obtient des gens ce que l’on veut qu’aussi longtemps qu’on ne leur a pas donné ce qu’ils désirent».

Alors que les Jeux olympiques vont bientôt se tenir, la «communauté internationale» s’alarme soudain de la brutalité du régime de Pékin. C’est un peu tard pour négocier, non ? Tout ce « temps de cerveau disponible » qui cet été sera offert tout autour du globe aux messages publicitaires, les firmes occidentales et leurs actionnaires ne sont plus capables de le sacrifier - et les dirigeants de Pékin le savent bien.

La force de ceux qui accueillent cette année les JO n’est autre que notre rapacité. Et je ne pense pas en l'occurrence qu'au registre financier. Qu'on soit un actionnaire de Coca, une chaîne de télévision, un imprimeur, un floqueur, un athlète, un coach ou seulement un addict du sport en chambre; qu'on attende la gloire, l'argent ou une distraction excitante et sans effort, impossible de passer à côté d'une pareille aubaine! D'autant que, comme disait ma grand-mère, nous avons déjà la bouchée "à moitié gosier". Et que c'est seulement tous les quatre ans! Alors, les hôtes de Pékin savent bien que, malgré les émois et les effarouchements, le Tibet et l’éthique ne pèsent pas vraiment grand-chose pour leurs prochains invités.

La valeur de nos valeurs est celle des sacrifices que nous sommes prêts à faire. J’en connais pour qui le Tibet a moins d'importance que leurs futures soirées télé. A chacun le prix de son âme.

Commentaires

Je crois que la stratégie de Pékin est à la fois plus subtile et fort pertinente. Les atouts de la Chine sont : sa population (ce qui veut aussi dire marché), sa structure sociale très rigide, sa capacité à être parfaitement renseignée. Ce sont les éléments qui ont structuré la société chinoise depuis des siècles. Un grand bon en avant.
L'impact sur les sociétés occidentales est énorme car en échange d'un accès au marché, les dirigeants chinois ont négocié implicitement que les pays occidentaux la ferment sur les droits de l'homme (notion absconde en Chine). Mais cela va plus loin. En effet, une fois sur le marché chinois, les pays occidentaux ont perdu leur pouvoir, la communauté internationale de même. Ensuite, le champ est libre pour réaliser ce que le plan des dirigeants chinois. Vaincre sans livrer bataille sur tous les plans : politiques, économiques, des valeurs. Sans devenir forcément les maîtres du monde, place trop exposée, mais second, "sans efforts".
Alors oui, les sociétés occidentales sont naîves doublement : en cherchant à faire endosser à la Chine des valeurs (droits de l'homme par ex) qui lui sont absolument étrangère et en ne contrecarrant pas la stratégie actuellement à l'oeuvre.

Ecrit par : swimmer21 | 19.03.2008

Je crois qu'avec les chinois, on négocie avec les champions du monde du commerce... Et, pour ma part, on ne négocie pas avec le diable...
Ca fait pas mal pour une seule et même situation.
Négocier avec la chine consiste à rentrer dans son jeu et les occidentaux en sont historiquement toujours sortis vaincus...
Il faut relire Zao Fusan, chinois à la double culture taoiste et protestante. Il donne à voir cet écard de représentation aux conséquences inatendues.

Ecrit par : Jean-Marc Sauret | 25.03.2008

Je voulais rajouter (outre le fait que j'ai fais une faute à Zhao Fusan...) que notre système sociétal actuel est des plus violent qui soit où l'acteur est réduit à la fonction de client. Tout le système tourne exclusivement autour du commerce et tout ce qui n'en est pas rentre dans le flou.
La chine est aujourd'hui pour nous l'expression de notre extrème. Elle joue le même rôle que nos banlieues. Elle est l'expression physique de la violence que nous construisons et nous la fustigeons de son manque de "droits de l'homme" alors que nous avons nié le sujet, tué l'humain au profit du tous consomateurs.
Bon je ne vais pas plus loin....

Ecrit par : Jean-Marc SAURET | 25.03.2008