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20.03.2008

Le bonheur de haïr (2)

Ce qu’a subi le Christ pendant la nuit de son procès est emblématique des pratiques sans âge des bourreaux ordinaires lorsque pouvoir leur est donné sur d’autres êtres humains accusés de troubler l'ordre public. Innombrables sont les récits où, en toute circonstance, on retrouve comme dans celui de la Passion la lancinante litanie des coups, des crachats, des injures et des humiliations. A travers le corps, la dignité de l’autre toujours est visée, et, honteusement, le fait d’être du côté de l’ordre légitime la jouissance de ceux qui tiennent d’autres êtres humains à leur merci.

307 personnes interpelées, enfermées et brutalisées. Des heures contre un mur, jambes écartées, bras tendus. Matraquages en règle, crachats, gifles, jets de gaz lacrymogène, injures, menaces de sodomisation ou de viol, coups dans les testicules, dans le visage, brûlures de cigarette, tête cognée contre les murs... Prisonnières - on n'en sera pas surpris - dénudées et obligées de s’exposer.

Cela a duré trois jours. Trois jours. J’arrête là.

Selon vous, cela se passe où et quand et qui sont les 307 individus ainsi traités? En majorité, il s’agit d’étudiants et d’étudiantes et, en moindre nombre, d’employés, de chômeurs, d’avocats et de journalistes. Une engeance du diable, on en conviendra. Et qu'ont-ils fait pour s'attirer pareille haine ? Un crime de lèse-majesté: ils ont manifesté pacifiquement devant l'immeuble qui abritait le G8. C'était à Gênes – en Italie - et c'était en juin 2001. Le procès vient enfin d’être ouvert contre les 46 policiers, carabiniers, agents pénitenciaires et autres médecins de la caserne Bolzaneto où se sont produits les faits. Il met au grand jour ce qui peut se passer, dans un pays point si différent du nôtre, en ce début du XXième siècle.

Oui, cela existe.