« 2008-07 | Page d'accueil | 2008-09 »

28.08.2008

Saint Augustin

Une citation dudit Augustin dont c'est aujourd'hui la fête selon le calendrier romain :

d2b1c8903387fe54dfbce06b1e58b2e9.jpg"La mesure d'aimer,
c'est d'aimer sans mesure."

22.08.2008

Un autre miroir

Dans Seven, un film de David Fincher, un serial killer exécute une à une ses victimes en référence chaque fois à l’un des sept péchés capitaux. Il vient d’assassiner la sixième quand deux policiers, incarnés par Morgan Freeman et Brad Pitt, lui mettent enfin la main au collet. Alors qu’il semble avoir perdu la partie, il suscite délibérément chez Brad Pitt un désir de vengeance tel que celui-ci va l’assassiner, commettant ainsi le péché capital qui parachève l’œuvre du tueur: la colère. Le Mal semble avoir perdu. En réalité, il a gagné. Il est passé dans le coeur du policier.

Kaing Guek Eav, alias Douch, a à son actif l’assassinat en quelques mois de 12380 personnes et peut-être de quelques milliers d’autres. Les archives du centre «S21» dont il a été le maître sous le régime de Pol Pot détaillent en outre les tortures et les avilissements et tout ce qui était mis en œuvre pour faire vivre un calvaire moral et physique aux malheureux qui tombaient entre ses griffes. Rattrapé trente après par la justice, Douch ne nie rien.

Dans Le Monde daté du 19 août Francis Deron s’efforce de faire le portrait du monstre. Mais l’horreur extrême de son « œuvre » fait que - pour reprendre l’image puissante forgée par Victor Hugo - nous sommes comme aveuglés par un « affreux soleil noir d’où rayonne la nuit » A ce degré-là, le Mal semble relever du mystère et mérite une majuscule.

L’histoire de Douch, si l’on excepte ces mois d’horreur, est celle d’un homme valeureux. Issus de paysans miséreux, il lui a fallu du courage pour faire des études. Enfant, il a vu sa famille maltraitée par un oncle usurier et en a été humilié. Il n’a pu entrer à l’école qu’à l’âge de neuf ans et il fut, se rappelle-t-on, «un bon élève, éprouvant simultanément crainte et fascination pour ses enseignants qu’il respectait hautement». D’autres témoignages le décrivent comme un « perfectionniste », quelqu’un de « méticuleux, consciencieux, soucieux du détail et attentif à être bien considéré par ses supérieurs ».
35ba883c6429d821771e9f671aa6e07b.jpg
Les experts sont formels : Douch n’est pas fou. Alors, je regarde son visage sur la page du Monde ouverte devant moi… Je pense à tous les malheureux, ces hommes, ces femmes, ces jeunes gens, qu’il a détruits dans des humiliations et des souffrances extrêmes. Je m’imagine, plongés dans cette tourmente, des gens que j’aime. Je me représente cette organisation de l’horreur : d’un côté la chair tendre des victimes travaillée par les bourreaux, de l’autre une comptabilité maniaque insensible à l’abomination, et tout cela légitimé par l’adhésion à un système, tout cela rendu possible par l’aveuglement idéologique. Devant cet assemblage de stupidité et d’insensibilité, je sens monter en moi la colère, la violence et la haine… Il est temps de me calmer.

Il y a comme une étrange symétrie entre les JO de Pékin, qui nous tendent le miroir d’un humain magnifié dans sa performance physique et ses énergies psychiques – et au même moment le portrait de Kaing Guek Eav qui, du fait de sa monstruosité, nous suggère à quel point le Mal, braves gens, nous est étranger. Cependant, l’ancien maître du S21 nous tend lui aussi un miroir. Son histoire nous rappelle que le Mal est ingénieux. Il s’empare de nous par des voies modestes. Il sait combiner ce que la société et ses maîtres nous vendent comme vertus et les pulsions au fond de nous que, dans certaines circonstances, nous sommes tentés de juger légitimes. Il sait nous faire croire qu'il est ailleurs. Songez au paradoxe de l’Inquisition qui, au nom d’un Dieu d’amour, ne rechignait pas à extirper les aveux sous la torture. Et, plus proche de nous, à l’époque nazie. Il n’y a pas que les monstres qui font fonctionner le système. Il y a des gens comme vous et moi. Il faut relire Milgram.

19.08.2008

Miroir, miroir...

Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis la plus belle...

Une partie de l'humanité se regarde dans le miroir des Jeux olympiques et s'admire.

Pendant ce temps, on assassine Blanche-Neige.

16.08.2008

Que vous le vouliez ou non...

J’entends ou je lis de temps en temps ce genre de déclaration: « Moi, je suis apolitique ». On peut comprendre par là que celui qui la fait ne professe pas d’opinion politique et, surtout, ne soutient aucun parti. Je ne trouve là rien à redire. J’ai donné, jadis, et j’ai décidé qu’on ne m’y reprendrait plus. J’admets qu’une fois au pouvoir il faille composer avec les réalités et notamment avec les contre-pouvoirs - encore que ce sont là des choses qu’on devrait évaluer avant de faire des promesses. En revanche, je refuse que mon énergie de godillot soit détournée au profit de valeurs qui ne sont pas les miennes. Je refuse qu’on me mente, avant, pendant ou après. Je refuse que le réalisme soit le nom que l’on donne à l’absence de courage et à la pusillanimité. Je refuse que l’on se moque de nous, quelles que soient nos opinions.

Pour autant, l’apolitisme ne confère pas la virginité. Ne pas militer pour un parti ou une idéologie ne supprime pas les effets de notre présence dans ce monde. J’ai d’ailleurs la faiblesse de penser que les bulletins de vote ne font que changer la distribution et la mise en scène d’une pièce qui, elle, ne varie pas. En revanche, la représentation que nous nous faisons de notre réussite personnelle et de celle que nous souhaitons à nos enfants, nos choix quotidiens de consommation et d‘épargne, les décisions que nous prenons dans le cadre de nos activités professionnelles et associatives, tout cela reflète le fait que, comme l’écrivait Pascal, « nous sommes embarqués » et ne pouvons pas faire comme si nous n’étions pas là.

Même si nous refusons de prendre conscience de notre place dans la chaîne des causalités qui font le monde tel qu’il est, notre rôle y est certain. Même si - à l’instar de ceux qui entretenaient les locomotives des trains de la mort - nous refusons de voir ce qui nous relie au système et à ses dérives, nous y sommes impliqués. Même si nous refusons de prendre conscience du pouvoir qui est le nôtre, notre responsabilité est engagée. Ce pouvoir - notre pouvoir - il est le plus souvent diffus. Il est dilué le long de boucles de rétroaction complexes, émietté au quotidien dans une multitude de « microdécisions ». Mais il est colossal. Chaque euro que nous dépensons est un bulletin de vote bien plus puissant que celui que nous mettons de temps en temps dans l’urne.

Refuser ce pouvoir, c’est faire un choix. C’est faire le choix de la force des choses contre l‘humanité et des puissants contre les faibles.

07.08.2008

Ventre mou

Si j’étais un dirigeant chinois, je rirais sous cape. Malgré déclamations et moulinets, les bravaches de l’Occident viennent presque tous, en définitive, me manger dans la main – et je n’ai rien lâché !

La seule façon, pour beaucoup de pays occidentaux d’atténuer pour leurs consommateurs le recul de leur économie, c’est de laisser entrer les produits à bas prix que la Chine met sur le marché. Si vous ne pouvez pas freiner la baisse des revenus, achetez moins cher, vous aurez l’impression que rien ne change. Ensuite, par la grâce des JO, la Chine est devenue la scène du monde. Quelle occasion, pour les industries du spectacle et celles qui en dérivent, de faire un chiffre d’affaires exceptionnel! Quelle opportunité pour tous ceux que travaille leur narcissime de se montrer à l’univers entier! On ne va quand même pas rater ça ! Alors, en comparaison de ces avantages incontestables - et les dirigeants chinois le savent bien - le sort du Tibet, les injures officielles au Dalaï Lama, le traitement un peu brutal de certaines populations… tout cela, bien sûr, nous fait de la peine. Mais, n’est-ce pas, « il faut être réaliste! »

Les pragmatiques ajouteront que ce n’est pas en isolant la Chine qu’elle pourra «évoluer». Il vaut mieux la faire entrer, en douceur, au sein de notre famille en passant sur quelques-unes de ses aspérités… Elles finiront bien, à notre contact éclairé, par s’arrondir. Je suis en train de lire "Vers la fin du capitalisme américain ?" de Paul Jorion, et j'avoue me demander de quelle famille il s'agit. Pas de la mienne, me semble-t-il, même si je suis ému par l'instinct paternel d'un Jack G. Grubman qui, pour payer le ticket d'entrée de ses enfants dans la maternelle de son choix, a su monnayer un petit million de dollars son influence sur le cours d'AT&T. Un exemple, parmi bien d'autres que cite l'auteur, qui devrait nous alerter sur les coulisses du monde "civiisé" et sur les valeurs qu'il pratique - un peu différentes de celles qu'il prétend prôner.

Mais j'entends aussi les sentimentaux sussurer: "Songez à tous ces bons jeunes gens, partout dans le monde, qui se sont défoncés depuis des mois en vue des Jeux. Qui viennent, portés par l’idéal olympique, la fraternité, la communion - et porteurs des espoirs de leur quartier, de leur village, de leurs compatriotes... Bien sûr, ils sont sensibles au sort du Tibet – certains d’ailleurs, souvenez-vous, s’étaient quelque peu agités. Pour autant, vous n’allez pas les priver, eux et leurs amis, du spectacle qu’ils ont préparé ? Ils les méritent, ces Jeux, non ?"

Pour ma part, poussant volontairement le bouchon du cynisme, je dirai aussi qu'il y a dans le monde tant de raison de nourrir la morosité, l’amertume et les ressentiments que ce n'est pas le moment de priver les peuples d’une distraction attendue. Les Romains, déjà, savaient que le meilleur moyen de lénifier une population, c’est de lui procurer des passe-temps. Vous pouvez imaginer un été 2008 sans JO ? Autant proposer de travailler plus pour gagner moins !

Oui, si j’étais un dirigeant chinois, je saurais que, mis à part quelques excités, l’Occident se paye de mots. Que, derrière les postillons et les gesticulations, les donneurs de leçon sont pusillanimes, plus affamés d’argent et inquiets de gloriole que soucieux des valeurs dont ils ont plein la bouche. Leur âme, ils l’ont déjà vendue. Si j’étais un dirigeant chinois, derrière la façade de ma courtoisie traditionnelle, je ne les respecterais plus.

L’âme, disait le philosophe Alain, c’est ce qui est capable de dire non alors que tout incite à dire oui. La valeur qu’on donne à une chose ne se mesure vraiment qu’aux sacrifices qu’on est prêt à consentir pour elle. Mais c’était quoi, au fait, la chose pour laquelle on aurait pu consentir des sacrifices ?

04.08.2008

Thromboses

Il m’arrive assez fréquemment de rechercher des ouvrages dont la publication remonte à quelques années. Or, si l’on excepte les grands classiques, on vieillit très rapidement quand on est un livre. Je me souviens d’avoir voulu me replonger dans le manuel de management d’un auteur indien. L’exemplaire que j’avais acheté dans les années 90 demeurait introuvable. Les librairies en ligne que je consultai l’annonçaient épuisé. Même d’occasion, aucun site ne le proposait. J’ai fait alors fonctionner le réseau des amitiés professionnelles. L’un de mes collègues, plus ordonné que moi, retrouva promptement le bouquin, dûment anoté, sur son étagère. Toutefois, je le sentais peu désireux de s’en séparer alors que, partant le lendemain en déplacement, je me voyais déjà mettre à profit quelques heures de TGV pour le relire. Alors, avec l’accord de son propriétaire, je l’ai scanné. Deux cents pages, deux par deux - en prenant bien soin de ne pas casser la reliure. Il s’est ainsi retrouvé, transformé en "livre électronique", sur le bureau de mon portable. Entre Paris et Bordeaux, j’ai pu revoir tranquillement les concepts qui font que, pour moi, c’est un des meilleurs livres de management qu’on puisse recommander.

Oui, mais… Comment, justement, recommander un livre qu'on ne peut plus se procurer ? Je comprends totalement la position de l’éditeur qui ne peut envisager de rééditer un ouvrage pour un public improbable. Moi-même, dans le moment, en comptant bien, aurais-je apporté plus d’une douzaine de lecteurs ? Nous voilà donc bloqués. Voilà une pensée, celle de l’auteur, empêchée de circuler. Voilà des personnes que cette pensée pourrait aider, éclairer, enrichir, empêchées d’y avoir accès. Voilà, tuée dans l’œuf, l’idée que j’avais caressée de constituer un groupe de réflexion qui pourrait un jour inviter l’auteur en France. Bref, comme l’insignifiant caillot qui, se coinçant dans une veine, peut provoquer votre mort, voilà une thrombose d’avenir.

En vérité, le blocage comme d’habitude est dans notre façon de penser. Les règles que nous avons mises en place, les habitudes que nous avons adoptées, nous paraissent gravées dans le marbre. Cela, d’autant que nous les pensons protectrices. J’ai découvert tout à l’heure* que les éditeurs cèdent aux pilonneurs, à moins de cent euros la tonne, les livres dont ils n’attendent plus rien. Ce ne sont pas ces centaines voire ces milliers d’euros qui, vous vous en doutez, vont considérablement améliorer le compte de résultat de la maison d’édition. Il s’agit d’abord pour elle de libérer de la place, parce que le stockage coûte cher et qu’il faut pouvoir accueillir les nouveaux titres qui, sans cesse, sortent des imprimeries. Cela, c’est parfaitement compréhensible. Mais ce faible prix de cession correspond aussi à autre chose : à l’engagement du pilonneur qu’aucun livre n’échappera à la destruction. Il paraît qu’à une époque point si ancienne, on arrosait même les ballots de bleu de méthylène pour bien s’assurer qu’ils n’iraient pas nourrir des réseaux parallèles où les oeuvres condamnées risqueraient de connaître une deuxième vie...

Je vais raisonner en barbare. Si la carrière d’un livre dans les circuits marchands normaux est achevée – la preuve étant qu’on le condamne à l’exécution capitale – et si l’on renonce donc à en tirer un ultime profit, pourquoi interdire qu’il puisse profiter à d’autres ? Pourquoi interdire aux pauvres de récupérer les restes de la table des riches comme on a interdit jadis de leur donner les excédents agricoles subventionnés ? Pourquoi priver de ce qui n’a plus de valeur pour les uns tous ceux qui en feraient un peu de bonheur ? Cela risque-t-il d’appauvrir les riches ? Avouez qu’en ces temps de difficultés écologiques, sociales et humaines, détruire de la valeur est une stratégie rien de moins que scandaleuse !

Autre cas de figure : s’agissant d’un livre effectivement épuisé, pilon ou non, mais qui présente un intérêt pour un public restreint, pourquoi se mettre dans l’impasse de l’édition sur papier ? Pourquoi ne pas systématiser les versions numériques ? Disons qu’en moyenne scanner un ouvrage représente une à deux heures de travail pour une secrétaire. On peut ensuite automatiser la vente, le paiement et la livraison en ligne, avec même des avantages pour l’environnement ! On m’invoquera sans doute trente-six raisons pour lesquelles ma suggestion est irréaliste. Mon opinion est qu’au nom de la protection et de la circulation des oeuvres de l'esprit, la reproduction numérique de livres épuisés devrait être un droit imprescriptible dès lors qu’une réédition traditionnelle est refusée par celui qui en détient les droits.

* http://www.lepoint.fr/actualites-litterature/le-grand-cimetiere-des-livres/1038/0/262709

01.08.2008

La révolution des grains de sable

Parmi mes lectures de vacances, le livre de Béatrice Barras: « Chantier ouvert au public » (éditions REPAS)*.

Béatrice et Gérard, son mari, sont à l’origine d’Ardelaine, une entreprise nichée au fin fond de l’Ardèche et qui n’aurait jamais vu le jour si ses fondateurs avaient sucé le lait des business schools. Mais voilà, comme le dit l’expression bien connue, « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». Car, impossible, selon les canons de la stratégie et du marketing, cela l’était. Si vous voulez en savoir plus - et vous aurez raison - l’histoire a été contée par cette même Béatrice Barras, aux mêmes éditions, sous le titre « Moutons rebelles ».

Le « Chantier ouvert au public » dont il s‘agit aujourd‘hui, c’est celui du Viel Audon, un village ardéchois qui tombait en ruines, à l’écart de tout. Un coup de cœur et nos deux fous, alors dans la vingtaine, se demandent comment lui rendre vie. Ce jour-là, ils ont rencontré leur destin. Le Viel Audon sera pour eux l’aventure d’une vingtaine d’années. Une aventure qui les révèlera à eux-mêmes et les préparera à celle d’Ardelaine. Le livre narre cette œuvre sans fin qui est moins un chantier de pierres qu’un chantier de l’humain, moins une construction matérielle - et pourtant, de ce point de vue, une belle réussite - qu’une construction d’humanité. Cela, parce que ses initiateurs l’ont voulu ainsi.

Au long des années, des milliers de jeunes vont se succéder là. Les premières choses qu’ils vont y goûter seront l’autonomie et la responsabilité. Gérard Barras est un martien. Il a une conception singulière de l’apprentissage: pour lui, il ne s’agit pas d’écouter celui qui sait, qui dit, et d’exécuter. Cultiver l’autonomie commence devant la tâche à accomplir, devant le problème à résoudre, dès le constat fait de sa propre ignorance. L’exercice de la capacité d’observer, de questionner, de réfléchir, d’expérimenter, en est le levier. On est loin de l’autonomie incantatoire de certaines organisations, qui consiste à atteindre, en un temps assigné et en suivant des procédures normées, des objectifs fixés par d’autres. Le chantier du Viel Audon, lui, est maïeutique.

Il va permettre à ceux qui s’y donnent d’enrichir le regard qu’ils portaient sur eux-mêmes, sur le monde et sur les autres. Les autres, d’ailleurs, ils sont souvent vraiment… autres. Le chantier, très rapidement, brassera des filles et des garçons, des chrétiens et des musulmans, des jeunes issus des associations laïques ou ouvrières, des nationalités diverses - des bons gars et, parfois, des moins bons. La compétence y sourd chaque jour entre les mains de chacun et, à l’instar des pierres ou des seaux que, souvent, il faut se passer sur une centaine de mètres, elle doit circuler pour que le chantier progresse. On développe son identité non plus par la concurrence et le déni de l‘autre, mais par la coopération, le savoir-donner et le savoir-recevoir.

Pour les « mécanos » de cette dynamique, les leçons non plus ne manqueront pas. Engagés à vingt ans, corps et âmes, de leur propre chef et évidemment sans un sou en poche, dans cette folle histoire qui représentera au final un grand pan de leur vie, ils vont apprendre à vivre à l’incertain, d’improvisation en improvisation, sans même pouvoir s’appuyer sur l’image d’un avenir quelque peu probable. Pour mobiliser les ressources nécessaires, ils vont devoir s’inventer une autre représentation de la réussite et d’autres bonheurs que ceux proposés par la société de consommation qui est alors en plein essor. Souvent, tant leur façon d’aborder les problèmes est originale, ils vont se retrouver hors de toute catégorie, dans un « entre-deux » qui perturbe les interlocuteurs de l‘extérieur.

Si l’ouvrier fait l’Œuvre, celle-ci au bout du compte, fait les ouvriers. Le témoignage de « ceux du Viel Audon » tombe singulièrement à point alors que nos façons de vivre et de faire société sont à bout de souffle et réclament de nous d’autres références et d’autres pratiques. Il nous invite à rejoindre la « révolution des grains de sable », celle des actions modestes, patientes et entêtées, et nous en montre le chemin.

* Vous pouvez aussi aller à cette adresse: http://pagesperso-orange.fr/co-evolution/rencontre_gerard_beatrice.html

Toutes les notes