29.09.2009

La terreur s'abat sur les nuits du Honduras

Un article d'Angel Palacios pour TeléSUR

26 septembre 2009

La nuit, la terreur règne au Honduras. La dictature a fait du Honduras une immense prison où les nuits sont mises à profit par des meutes de policiers et de militaires qui perquisitionnent, torturent et pillent.

La nuit, au Honduras, seule la terreur circule dans les rues : bottes, casques et uniformes. La nuit, des véhicules de militaires et de policiers cagoulés patrouillent les rues, tirant sur les quartiers et les maisons. Ils sortent à grande vitesse des commissariats pour revenir peu après avec leurs camionnettes pleines de citoyens frappés, humiliés, en sang...

La nuit des couvre-feux est le théâtre préféré des limiers. Le couvre-feu, sans garanties constitutionnelles, sans caméras de télévision ni foules dans les rues, est le moment dont profitent les chiens de la dictature pour semer la terreur. La nuit dernière, nous avons pu parcourir plusieurs quartiers, et voici ce que nous avons vu :

° On nous prévient qu'un commando policier est arrivé de façon intempestive à l'un des escaliers du quartier et qu'il va perquisitionner un logement. Il s'agit de la maison d'une peintre très connue du voisinage. Au détour d'un escalier, 8 policiers, comme des chats, encerclent, la maison. Sa façade, de couleur rose, porte un graffiti contre le coup d'Etat. Les policiers étaient en train de cogner sur la porte avec des bâtons. Ils cassent les vitres de la fenêtre. L'un d'eux, bombe lacrymogène en main, calcule l'angle nécessaire à son atterrissage à l'intérieur de la maison. Le véhicule, identifié comme étant de la Police Nationale, les attend au bas des escaliers. Le policier qui conduit les avertit qu'un groupe de journalistes enregistre. Le chef de l'opération (le sous-commissaire García) bouche l'objectif d'une de nos caméras. D'autres camouflent le nom qu'ils portent cousu sur leur veste. Quelques voisins, mis en confiance par la présence de la presse internationale, ouvrent leurs portes et leurs fenêtres pour crier et dénoncer les auteurs de ces actes. Les policiers essaient de se replier. Le policier identifié comme étant García se justifie en disant qu'il vit dans ce quartier et qu'il ne supportait pas que sa voisine ait peint sur la façade : "PUTSCHISTES : LE MONDE VOUS CONDAMNE", "VIVE MEL". Tel fut l'argument du fonctionnaire pour déclencher la terreur contre une humble femme. Des membres des organisations des Droits de l'Homme et du Front des Avocats contre le Coup d'Etat se présentent, et les policiers, traqués par la dénonciation, fuient. La femme, apeurée, finit par ouvrir; elle aussi a quitté le quartier. Face au risque de les voir revenir plus tard, elle est allée dormir en lieu sûr.

° Un jeune homme d'une vingtaine d'années marche en pleine nuit dans une rue sombre. Il a le visage en sang et une blessure de quelques cinq centimètres au front. Il est nu-pieds. Il nous explique ; il était sur le seuil de sa maison quand une camionnette de la police est apparue dans la rue et que, sans dire un mot, ils en sont descendus et se sont mis à plusieurs pour le frapper. Ils l'ont jeté dans la camionnette et ont démarré. Pendant qu'ils tournaient dans les rues et le frappaient, ils ont fouillé ses poches, le dépouillant de son téléphone et de sa montre. Toujours sur le sol de la camionnette, il entendait les policiers qui discutaillaient pour savoir qui garderait la montre, qui le téléphone. Ils l'ont jeté hors de la camionnette, loin de chez lui. Le jeune homme n'a pas voulu faire de dénonciation. Il ne voulait plus de "clavo" avec la police, il était terrorisé. Il voulait seulement que nous le ramenions chez lui.

° Un autre jeune est arrêté à l'angle de sa rue. Avant de le mettre dans leur camionnette, 4 policiers lui donnent une raclée. Puis ils lui vident un spray de peinture sur le visage. Le jeune homme respire avec difficulté. A l'hôpital, pendant qu'on nettoie la peinture de ses yeux enflammés par les coups, il nous raconte que l'un des policiers, tout en le frappant, lui disait : "Tu es de la résistance? Alors résiste!"

° Sur un pont, une guérite. Ils nous disent de nous arrêter et nous entamons une conversation avec les policiers, sur n'importe quel thème, pour pouvoir continuer. Un véhicule de passage voit la guérite et recule lentement. L'un des policiers qui nous ont dit de nous arrêter regarde la voiture qui recule et, amusé, nous invite à regarder ce qui va se passer maintenant, mais en nous obligeant à garder nos caméras éteintes. Sous le pont, dans la rue qu'avait prise l'auto qui essayait d'éviter la guérite, il y a un groupe de policiers qui donnent la chasse à ceux qui tentent de s'évader. Ils l'arrêtent. Du haut du pont, on ne voit pas bien mais on entend... on entend la porte qui s'ouvre... on entend la rage et les insultes des policiers, les coups contre l'auto... on entend d'autres coups et les cris du conducteur. On n'entend plus. La voiture a continué sa route peu après.

° On entend des tirs dans une avenue parallèle à un quartier populaire. C'est une camionnette pleine de policiers qui tirent dans la nuit, à l'aveuglette, contre les maisons du quartier. Ils ne se pressent pas. Rien ne les menace. Ils tirent encore et encore. Ils ne visent même pas. Ils ne font que semer la terreur sur leur passage.

° Dans un commissariat, à minuit, les membres d'organisations des droits de l'homme, des avocats et la presse internationale s'intéressent aux détenus que nous venons de voir descendre d'une patrouille de camionnettes (elles étaient au moins 10). Maniant le sarcasme, l'officier nous dit qu'ils n'ont aucun prisonnier ici. Mais les prisonniers crient qu'ils appartiennent à la Résistance. Ils crient leurs noms. L'officier continue de nier l'évidence. L'insistance des avocats et des défenseurs des droits de l'homme obtient qu'ils en relâchent la moitié et qu'un médecin vienne à ce moment-là pour constater l'état physique des autres. Tous victimes de coups et en sang. Le lendemain matin, les avocats de la résistance obtiennent qu'ils les relâchent.

° Dans un autre commissariat, derrière un portail noir, on entend les voix d'au moins une vingtaine de personnes déclinant leurs noms. Dehors, bon nombre de mères et d'épouses tentent d'établir le contact avec les leurs, tentent de reconnaître leurs voix. La scène fait rire ceux qui portent l'uniforme. Ils s'approchent et frappent le portail... et les familles.

° Dans un autre quartier, sur les hauteurs de Tegucigalpa, environ 40 policiers et militaires en uniforme avancent, leurs fusils de guerre visant les maisons. Quand on demande qui est le commandant de cette opération, tous ces hommes en uniforme nous indiquent un militaire. Ce dernier dit qu'ils s'agit d'une opération de routine, parce que le "gouvernement ne va pas continuer de permettre des désordres" et que "ce qui se passe à cette heure-ci ne lui est pas imputable, c'est le couvre-feu". Les cartes de journalistes de la presse internationale et celles de membres d'organisations humanitaires parviennent tout juste à nous permettre de passer et de continuer. Les hommes en uniformes s'éloignent. Les lumières des maisons du quartier s'allument à mesure que l'escadron de la terreur s'éloigne. Personne ne sort, mais on entend des cris : "Assassins", "Mel tout de suite", "Vive la Résistance".

Et ce ne sont que quelques uns des cas que nous avons pu voir en une nuit.Or,t cela se répète nuit après nuit. On ne sait pas combien de personnes sont arrêtées chaque nuit. On ne sait pas combien de corps sont agressés, maltraités, humiliés dans les nuits du Honduras. On ne sait pas combien de femmes sont violées. On ne connaît pas les noms, les âges, on ne connaît pas les témoignages... parce que le couvre-feu est là pour ça... pour que la meute d'assassins qui soutient cette dictature puisse semer la terreur sans que rien ne filtre vers les médias, et pour que les victimes restent paralysée par la peur et ne la dénoncent pas.

Dans les nuits du Honduras, les étoiles ne brillent pas. Uniquement les phares des patrouilles et le sang de ceux qui tombent entre les mains de la meute portant uniforme. Des bottes et encore des bottes dans les rues, sur les dos, sur les visages des Honduriens. Et malgré la terreur semée nuit après nuit par la dictature, la peur n'est pas au rendez-vous. La résistance continue.

Lorsque le soleil apparaît, il y a des marches, les rues sont occupées, il y a des manifestations qui, pour être pacifiques, n'en restent pas moins un défi contondant. Ceux qui soignent leurs blessures, il se peut que nous ne les voyions pas dans les protestations pendant quelques jours, mais la voix se propage et l'indignation contre ce qui se passe présentement au Honduras fait que beaucoup plus de personnes s'incorporent. 90 jours de résistance. Des corps contre des balles. Les organismes des droits de l'homme signalent l'existence - connue - de plus de 600 détenus. Mais beaucoup sont arrêtés et torturés de nuit et ne le dénoncent pas par peur. Le Honduras a besoin que le monde réagisse de façon plus rapide devant la terrible violation des droits de l'homme qui a lieu. La diplomatie ne suffit pas. Il est urgent que le monde agisse, ici au Honduras et maintenant.

 

27.09.2009

Bonaguil

Bonaguil est un château-fort majestueux qui s’élève à la limite de Lot-et-Garonne et du Lot. C’est un chef d’œuvre de l’architecture militaire. Sa situation, éloignée de tout point de tir, ainsi que la forme en étrave et l’orientation de son donjon, le rendent insensible aux projectiles de son époque. Les assaillants ne peuvent se présenter à sa porte que de flanc, tout élan cassé. Les enceintes et les fossés font de ceux-ci un gibier qu’on tire à vue.  Bref, imprenable. Et jamais pris. Et, d’ailleurs, dans un état impeccable : il n’a jamais essuyé le moindre assaut ! Dissuasif ? Que nenni : c'est tout simplement un anachronisme. Il a été bâti à la même époque qu’Azay-le-Rideau.

 

Obsédé par des peurs issues des siècles passés, le seigneur des lieux, Béranger de Roquefeuil, rien moins qu’un visionnaire comme vous commencez à vous en douter, voulait en effet ériger une forteresse telle que « ni ses méchants sujets, ni les Anglais leur prît-il le goût de revenir, ne pussent prendre ». La construction dura quarante ans, de 1480 à 1520. Les Anglais sont revenus récemment, pacifiques, rachetant ci et là des maisons qu’ils ont restaurées pour en faire B&B et résidences secondaires ou principales. Le château, aussi fier qu’inutile, domine tout cela et fait le bonheur des touristes.

 

Je ne sais pas si, dans un lointain futur, on visitera l’arsenal de mesures qui a permis au G20 de partager l’autre jour optimisme officiel et congratulations mielleuses. Le château de Bonaguil, pour inutile qu’il ait pu être, présente au moins une indéniable dimension esthétique. C’est cela qui le sauve bien que son promoteur se soit trompé de siècle.

 

Mais l’Histoire, dans ses prolongements, peut toujours recéler des surprises et des revanches : on raconte que des héritier de Béranger de Roquefeuil, émigrés en Amérique, y auraient pris le non de Rockfeller. En attendant, gardons-nous de nous tromper de siècle et d'enjeux.

26.09.2009

Concomitances

La concomitance de certaines nouvelles attise parfois mon mauvais esprit.

 

Commençons par le feuilleton « La grippe du cochon ». D’abord, c’est une information, le 23 septembre, annonçant qu’on a recensé en France 265 000 consultations pour « syndrome grippal ». Ensuite, le lendemain, un communiqué de l’OMS: les effets secondaires du vaccin H1N1 sont similaires à ceux observés avec les vaccins de la grippe saisonnière ». Puis, ce même 24 septembre, la chute : « La capacité de production du vaccin H1N1 est limitée » (toujours l'OMS).

 

Vous voyez le story telling derrière l’info ? 1. La pandémie est là, cette fois-ci on ne rigole plus. 2. Le vaccin ? Pas plus dangereux que les autres. N’hésitez pas ! 3. Ah ! Désolé ! Il n’y en aura pas pour tout le monde ! Conclusion : dépêchez-vous !

 

Maintenant, voyons d’un peu plus près.

Les 265 000 consultations sont une estimation de la cellule de veille. Si on ajoute qu’avec tout le battage publicitaire fait autour de H1N1 des gens peuvent à juste titre être plus inquiets que d’habitude et que le principe de précaution peut toucher aussi les médecins, il y a de quoi relativiser le tsunami grippal.

 

L’innocuité relative : "Dans presque tous les essais de vaccin, ces symptômes sont légers, limités et durent un à deux jours" (dixit l'OMS). Complément d’information : « Les effets secondaires listés sont des douleurs, notamment aux muscles et articulations, des ballonnements, des rougeurs, de la fièvre, des maux de tête. » Lisons jusqu’au bout : « Toutefois, l'OMS encourage les pays à contrôler les procédures de vaccination afin d'observer d'autres effets secondaires éventuels ».

 

Une autre nouvelle est également tombée ce même 24 septembre : la Cour de Cassation a confirmé la responsabilité des laboratoires pharmaceutiques UCB Pharma et Novartis dans les maladies provoquées par le Distilbène, un médicament censé prévenir les fausses couches. Nous sommes en 2009. Il faut savoir que cette substance a été utilisée dès 1938. Qu’en 1953, une étude avec groupe témoin a montré son inefficacité sur les pathologies de la grossesse. Et qu’en 1970 d’autres études ont révélé ses effets catastrophiques sur les enfants des femmes à qui il a été administré : cancers du vagin, malformations des organes génitaux, etc.

 

Autrement dit, il aura fallu d’abord une quinzaine d’années pour qu’on se rende compte de l'inefficacité du Distilbène, puis 32 ans de plus pour qu’on regarde en face les conséquences horribles de son administration. Je vous laisse calculer le temps qu’il aura fallu encore rajouter pour qu’en France une victime de ce commerce de mort se voie rendre justice.

 

Ce que j’aimerais savoir maintenant, c’est le bénéfice qu’auront engrangé au long de ces années les différents laboratoires qui ont exploité le Distilbène, et combien d’indemnités aux victimes cela leur aura coûté au final. Il ne serait pas étonnant que le Distilbène se révèle malgré tout une excellente opération financière. Il faut savoir prendre des risques.

Aucun rapport, bien sûr, entre le Distilbène et la vaccination contre H1N1. C'est juste une coïncidence de dates.  Je vous souhaite un bon week end.

http://www.lesechos.fr/depeches/france/afp_00185657.htm?x...

http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/international/200...

http://www.rmc.fr/edito/info/90149/la-capacite-de-product...

http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/09/24/distilbe...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Di%C3%A9thylstilbestrol

23.09.2009

Bruits de rumeurs

J'ai capté sur la Toile une rumeur selon laquelle un maire récemment élu aurait été contacté par la préfecture de son département qui l'a prévenu qu'à partir du 15 octobre tout rassemblement de plus de huit personnes pourrait être interdit et qu'il devrait mettre à disposition tous les locaux publics pour les vaccinations.

Parallèlement court avec insistance aux Etats-Unis une rumeur assez alarmante sur la mobilisation de l'armée afin que chaque citoyen américain ait doit à son innoculation obligatoire. 

Je suis très prudent quant à ces bruits. Les angoisses de l'époque et le peu de clarté des communications officielles sont propices à la prolifération des rumeurs. Si, parmi mes lecteurs, il y a des élus locaux qui en savent davantage, je les remercie de bien vouloir partager leurs informations. Nous sommes encore en démocratie, il ne faut pas traiter le peuple comme un enfant.

Une remarque pas très fair play pour terminer: le meilleur lieu pour attraper la grippe qui pour le moment se fait attendre, ce sera évidemment les lieux publics où les gens vont être rassemblés pour subir la vaccination. En effet, cette dernière n'aura pas eu le temps de faire son effet, si elle en a un de souhaitable, mais la concentration humaine favorisera la propagation. Après, on aura du mal à distinguer les effets secondaires de l'inocculation avec les grippes éventuellement contractées lors de la vaccination.

Bref, encore une fois, Gribouille se jette à l'eau pour ne pas être mouillé par la pluie.

22.09.2009

Démence précoce

Daté du 17 septembre 2009, je reçois ce soir un courrier de mon hypermarché préféré qui me dit ceci:

"Chère cliente, cher client,

Par soucis (sic) du respect des mesures préventives mises en place par le Ministère de la Santé concernant la Grippe A, qui préconise d'éviter les regroupements de personnes, cette année, notre soiréee "Foire aux vins" n'aura pas lieu.

Néanmoins, vous faites partie de nos clients privilégiés, c'est pourquoi, nous souhaitons vous offrir vendredi 25 octobre 2009 vos points de fidélité multipliés par 10 sur tous vos achats au rayon Vins et Champagnes".

Faudra m'expliquer comment l'affluence de chalands le vendredi soir ou, mieux, comme d'habitude, le samedi matin est moins dangereuse que la soirée dans les mêmes lieux qui a été annulée.

Je me demande à quoi on joue...

 

20.09.2009

Résister (2)

Dans une récente chronique sous le même titre, j’évoquais les tribulations de Martine avec l’institution scolaire lors d'une campagne de vaccination contre l’hépatite B. Du coup, une autre personne m’a confié son histoire, une histoire aussi belle que rétrospectivement effrayante. Il s’agit encore d’une femme, à croire que plus directement reliées à la vie nos compagnes sont mieux protégées que nous de l’esprit de conformité. Celle-ci avait déjà des enfants et une nouvelle grossesse avait malheureusement tourné en fausse couche. Elle se retrouve tout de même enceinte et tout se passe bien jusqu’au jour où une hémorragie spectaculaire se produit. Entretien avec la gynéco de la clinique après un examen sommaire : « Madame, vous êtes en train de refaire une fausse couche. Demain matin, on fait le nécessaire. »

 

Ma narratrice se retrouve le lendemain matin à partager une chambre avec une jeune femme qui est là pour un avortement volontaire. Celle-ci lui confie toutefois qu’il n’est pas si volontaire que cela : elle aurait voulu conserver l’enfant mais elle subit la pression de son entourage. La vie est mal faite... Là-dessus, le chariot vient chercher « la fausse couche ». Vous pouvez vous représenter la scène, la mise en marche dès lors d'une sorte de mécanique inexorable. Sarah, couchée et véhiculée dans les couloirs au milieu de gens debout qui vont et viennent, n'est déjà plus qu'une chose neutralisée qu'on transporte. Elle se retrouve vite fait bien fait en salle d’opération, sur la table, dans la position que vous imaginez, l’anesthésiste à ses côtés, prêt à administrer l’injection. Et là, sursaut incroyable de la « fausse couche » qui demande une ultime écographie. La faiseuse d'anges patentée dissimule à peine son agacement. L’anesthésiste soupire : derrière, on fait la queue. « Vous y tenez vraiment ? » La patiente confirme. Oui, elle y tient. Plus qu'à tout. Et, pour une fois, plus qu'à être gentille, docile, sympa, arrangeante, etc. comme elle en a l'habitude. En ce moment, elle s'en fout de passer pour une emmerdeuse ou une demeurée. Alors, en rogognant on amène le moniteur sur roulettes. La poche amniotique n’est pas rompue, juste décollée. L’enfant est en bonne santé, il vivra, quinze ans après il vit toujours...

 

Est-ce que vous vous représentez la situation ? Vous êtes dans la position la moins digne qui soit, la moins propice à l'exercice de votre légitimité humaine: couchée à la renverse, nue sous une vague chemise, les jambes écartées, le ventre à l'air et en plus entourée de gens debout, dans leur uniforme, plantés sur leur territoire. Si vous vous souvenez de l’expérience de Philip Zimbardo que j’ai évoquée ici il y a quelques semaines, la position relative des corps et la façon dont ils sont – ou non - vêtus et chaussés induisent des postures psychologiques et prédéterminent une relation de dominant ou de dominé. Blouse blanche ou toge noire, chaire ou tribune, vêture ou dénudement, liberté des gestes ou contention, toutes les organisations, consciemment ou non, savent utiliser cela pour structurer des relations sur un mode inégalitaire. Pour vaincre cette pesanteur littéralement physique, il en faut! Ajoutez à cela une situation à la Milgram: « J’étais entourée d'experts qui tous, à juste titre, pouvaient prétendre en savoir plus que moi sur ce qui m'arrivait. En plus, ils ne me cachaient pas leur ennui. J’aurais pu me livrer à leur autorité. C’était la pente naturelle. Mais, en exigeant cette écographie, j’ai eu pour la première fois le sentiment vraiment profond que c'était moi et pas eux qui étais responsable de ma vie. »

 

Cette histoire m’a beaucoup ému. J’ai jugé qu’elle méritait d’être partagée. "Si je ne suis pas moi, qui le sera ? Et si je ne vis pas pour moi, qui vivra pour moi ?" (Hillel, IIème siècle).

18.09.2009

Nécessaire pandémie

Le Monde, édition électronique du 18 septembre, reprenant les informations diffusées par l’OMS, titre : « Grippe A, le virus se propage en France plus vite que dans le reste de l’Europe ». Dans l’article, il est précisé qu’il « existe actuellement 164 cas de grippe pour 100 000 habitants, soit le double du seuil épidémique de 84 cas pour 100 000 habitants ».

 

Maintenant, lisez ceci :

 

«  Si l’on consulte cette année le bulletin de l’InVs du 6 septembre 2009, on lira que le réseau sentinelle a détecté pendant la semaine 36 (du 31/08 au 06/09) 83 cas pour 100 000 habitants. Et que le seuil épidémique a été légèrement dépassé. Pourtant, on n’est qu’à la moitié du seuil épidémique fixé à 169. Cherchez donc l’erreur ou plutôt, ne cherchez pas, c’est écrit dans le bulletin. Tout simplement, le seuil épidémique a été abaissé à 80 cas pour 100 000. Dans le bulletin suivant, les chiffres consolidés rectifient à 74 cas pour la semaine précédente, tout en annonçant 164 cas ce qui serait largement au dessus du seuil épidémique fixé cette fois à 84 mais inférieur au seuil saisonnier de 169 servant de référence les années passées. Certes, ce n’est pas un flagrant délit de trucage mais simplement un changement du mode d’évaluation faisant que dans la presse, la ministre peut annoncer que la France est en situation d’épidémie, même si selon les critères des années passées, elle n’est pas en situation d’épidémie. »

 

Extrait de : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/manipulation...

 

Bref, on abaisse la vitesse maximum autorisée de 120 à 60 km à l'heure: à même allure hier vous passiez le radar, aujourd'hui on vous flashe - et vous casquez! 

 

Compte tenu de la petitesse des nombres cités, et sans mettre en doute la rigueur des membres du « réseau sentinelle », on peut aussi relativiser cette comptabilité en raison des biais inconscients qu'introduisent nos fonctionnements cognitifs. En des périodes plus frustres, il suffisait d’évoquer sorcières et démons pour que les gens se mettent à en voir à tous les coins de rue. Sous le double effet de la peur et de l'imagination, il y eut ainsi de véritables épidémies de possessions démoniaques. A d'autres époques, selon les lieux, certains voyaient des Juifs partout, ou des terroristes, ou encore des homosexuels ou des communistes. Il y a des modes. Si l’année dernière, vous étiez payés à compter les lapins de garenne sans qu’il y eût un enjeu particulier, il est probable que vous en aurez oublié quelques-uns. Mais si, cette année, on vous dit que les lapins sont de dangereux espions extraterrestres, vous préfèrerez inconsciemment en compter un de trop qu’un de moins. 

16.09.2009

La commission Stiglitz

Aujourd'hui, je vous invite à rendre une petite visite au blog de Paul Jorion que j'aurai le plaisir d'accueillir tout à l'heure pour une conférence sur "la crise, ses causes et ses perspectives":  http://www.pauljorion.com/blog/. Paul Jorion avait annoncé ladite crise dans un de ses livres et a en avait expliqué les ressorts deux ans avant qu'elle se produise...

15.09.2009

Résister

Je me dis parfois que tout le dispositif de protection contre la grippe du cochon pourrait constituer  une magnifique introduction à l’apprentissage massif de la docilité. Pensez à ce paradoxe : alors qu’on s’entasse tous les jours dans le métro, le RER, les bus, les gares, les supermarchés et les restaurants, tout d’un coup quand on se retrouve sur le lieu de travail, sans sourciller, on ne se serre plus la main, on ne se fait plus la bise. Le fait que cette incohérence ne saute pas aux yeux des bons élèves qui respectent scrupuleusement les injonctions picrocholines devrait nous faire réfléchir.  

 

En outre, le dispositif, sans que ce soit assurément voulu, stimule et encourage une phobie de l’impureté qui est une des pentes dangereuses de notre psyché. Bien que la religion soit à peu près morte dans les cœurs, elle reste présente comme une forme qui incurve à notre insu nos manières de ressentir et de penser. Dans un premier temps, on se contente d’écarter les nourritures impures. Puis, on change de trottoir pour éviter les pécheurs, les renégats et les femmes de mauvaise vie. Ensuite, on se persuade qu'ils sont responsables de tous les maux qui nous affligent. Vient enfin une quatrième phase où certains individus plus fragiles se découvrent une vocation de flicaillon voire de Torquemada. Ceux-là vont être à l’affût des fautifs, les traquer, les dénoncer, le tout évidemment pour le plus grand bien de la société.   

 

Vous allez me dire que j’extrapole à l’excès et que cette histoire de grippe n’a pas de commune mesure avec les Sorcières de Salem ou la dénonciation des Juifs et des résistants par les bons Français de Vichy. Je vous rappellerai l’expérience de Milgram que vous pouvez voir reproduite dans le film I comme Icare : cette expérience a démontré que 65 % des individus tombent facilement sous l’influence de l’autorité et sont alors capables de commettre des actes épouvantables. Je vous rappellerai aussi la sagesse hindoue : « Sème un acte,  tu récoltes une habitude. Sème une habitude, tu récoltes un comportement. Sème un comportement, tu récoltes un destin ». La docilité des peuples a permis plus d’injustice et encouragé plus d’horreurs que leur méchanceté. Il faut cultiver l'esprit de résistance.

 

Car résister n’est pas facile. Il faut d’abord s’accorder à soi-même la dignité de penser par soi-même. Or, tous les régimes autoritaires, qu’ils soient durs ou mous, s’efforcent de ruiner cette confiance que chacun d’entre nous peut avoir dans sa propre capacité de réflexion. Les autorités, d'où qu'elles prêchent, nous disent le plus souvent : « Ne cherchez pas à comprendre ! ». C’est que, comme l’a écrit Hanna Arendt que je ne cesserai pas de citer : « penser, c’est résister ». Mais penser ne suffit pas. Après, il faut affronter les autres : tous ces

Braves gens qui n’aiment pas que

On prenne une autre route qu’eux » (Brassens).

 

Une amie me contait hier ses tribulations lors de l’engouement généralisé pour le vaccin contre l’hépatite B. Elle en avait parlé avec le pédiatre de sa fille et s’était fait une conviction. En cohérence avec elle-même, Martine avait décidé que sa gamine ne recevrait pas ce vaccin. Le pédiatre, un homéopathe – vous avez d’ailleurs remarqué que l’avis et les conseils des homéopathes ne sont guère pris en compte en ce moment – lui fit un mot de dispense. Malgré cela, l’autorité scolaire mit la pression, revenant trois fois à la charge. « Vous ne vous rendez pas compte ! » « C’est invraisemblable ! » Vous entendez bien sûr les sous-entendus : quelle arriérée vous êtes, de quel droit avez-vous un avis, quelle tête de mule, etc.  On n’hésita pas à lui donner le coup de grâce : « Vous êtes une mauvaise mère ». Martine a tenu bon. Quelques années plus tard, on a découvert les dégâts que pouvait faire cette vaccination…  

 

La pandémie la plus redoutable n’est pas porcine, elle est ovine : c’est celle qui fait de nous des moutons. A titre préventif, je vous suggère de réécouter régulièrement Brassens.

14.09.2009

Le doute et le débat

Imaginez que l’on vous démontre aujourd’hui que le réchauffement climatique n’est pas dû à l’accumulation de CO2 dans l’atmosphère et encore moins à l’activité humaine, voire même qu’il n’y a pas de réchauffement climatique du tout, mais un simple effet de cycle. Comment allez-vous réagir ? Vous me rétorquerez sans doute que nombre d’experts se sont déjà prononcés en faveur de l'hypothèse du réchauffement climatique et de son origine humaine, et qu’il me faut arrêter de dire tout et n’importe quoi. On a d'ailleurs vu des films qui emportent la conviction, comme celui d’Al Gore, Une vérité qui dérange. La cause est entendue !

 

Cependant, la compréhension que nous pouvons avoir du monde s'est toujours fortifiée de la volonté systématique de douter. Les certitudes sont le tombeau de l’esprit. A la fin du XIXème siècle, il y avait un consensus dans les milieux savants quant au fait qu’on connaissait à peu près tout de ce qu’il y avait à savoir sur la vie et l’univers. Puis il y eut Einstein – pour ne citer que lui – et il a ébranlé cette belle arrogance. Le petit employé du Bureau des Brevets de Berne s’était intéressé à une anomalie du monde physique que la théorie dominante considérait comme marginale et balayait négligemment. Construire un système qui intégrât élégamment cette anomalie conduisit notre homme à élaborer la théorie de la relativité, ce qui provoqua une révolution dans notre représentation du monde et de la matière.

 

Je reviens au CO2 et au réchauffement climatique. Les anomalies marginales, dans ce scénario, ne manquent pas. Nous avons affaire à un système éminemment complexe. Je ne saurais m’étendre sur les points d’affrontement entre les tenants de la thèse du réchauffement et les autres. Mais une chose m’inquiète, c’est quand on veut faire taire l’une ou l’autre des parties. Alors, je me demande ce qui est en train de supplanter la démarche scientifique : l’idéologie ou des intérêts matériels ? Il apparaît en tout cas (cf. http://www.irefeurope.org/viewEvent.php?eventId=139 ) qu’un récent Rapport de l’Agence Américaine pour la Protection de l’Environnement (EPA) a été interdit à la publication. Statistiques à l’appui, l’auteur de ce rapport, Allan Carlin, démontre en une centaine de pages que la Terre a déjà connu dans le passé des périodes de réchauffement et de refroidissement, que la planète a actuellement plutôt tendance à se refroidir et que les émissions de CO2 n’ont rien à voir avec la température globale. C’est un pavé dans la mare du consensus actuel. C’est un pavé aussi dans celle où s’organisait déjà un nouveau Monopoly mondial : si l’on suit la thèse d’Allan Carlin, on peut se demander si la lutte contre un réchauffement climatique illusoire ne serait pas une des dernières inventions de tycoons en quête de business.

 

Je suis incapable de vous dire si M. Carlin a raison ou tort. Je connais, dans notre pays, des personnes compétentes qui partagent son analyse. Mais ce qui de prime abord m’interroge, c’est le retour à des pratiques dignes des régimes totalitaires. En effet, lorsque M. Carlin a fait connaître ses conclusions, la réaction de l’EPA a été de lui en interdire la divulgation sous quelque forme que ce soit. On peut se demander pourquoi une société dite démocratique répugnerait ainsi au débat. Serait-ce qu’il ne faut plus inquiéter des citoyens devenus trop stupides pour comprendre ? En tout cas, c’est un constat que la crise ne fait que renforcer semble-t-il : dans certains milieux, il est de moins en moins supporté qu’une décision doive faire l’objet d’une discussion ou qu’une opinion qui diverge de la ligne du parti puisse s’exprimer.

 

Je vois au moins deux dangers dans cette dérive. Le premier, c’est qu’à être dépendante de groupes d’intérêt et non d’études impartiales, la représentation des enjeux cruciaux de l’humanité soit profondément biaisée. Si tel est le cas, nous gaspillons des ressources précieuses pour nous protéger d’un mal imaginaire, cependant que les vrais problèmes, ceux liés au pic des ressources de toute sorte ou à la pollution et à ses effets, continuent de croître et d’embellir. Deuxième danger, peut-être plus grave : le débat est à la démocratie ce que le doute est à la science. La seule voie possible.  La démocratie serait-elle en danger ? Et s’il était plus tard que nous le pensons ?

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