25.08.2009
Le progrès, ce serait quoi ?
D’instinct, je répondrais : la diminution de la souffrance subie mais aussi infligée.
La civilisation industrielle a fleuri et continue de fleurir parce qu’elle a apporté dans ce sens une contribution indéniable. La machine a remplacé nos muscles et même une partie de nos cerveaux. Elle a libéré du temps humain tout en multipliant les objets qui nous rendent la vie plus facile, plus agréable. C’est ce qu’on appelle l’augmentation du niveau de vie. Parallèlement, les échanges matériels n’ont jamais couvert d’aussi vastes espaces. Nous mangeons de l’ail d’Argentine, utilisons des téléphones asiatiques, buvons des vins d’Australie. Dans le domaine médical, notre pouvoir de soigner et éventuellement de guérir s’est considérablement accru. En ce qui concerne les télécommunications, l’interconnexion entre les êtres humains est maintenant de l’ordre de l’instantanéité et de l’ubicuité, quelle que soit la distance. A preuve ce modeste blog qui est lu aussi bien à Saint-Barth d’Agenais qu’à Pékin ou en Pennsylvanie – n’est-ce pas Jean-Marie, Xuemei et Janice ?
Le problème, c’est que cette civilisation industrielle qui, pour nous, a fini par se confondre avec le progrès, est devenue semblable au légendaire Catoblépas : elle se dévore elle-même. Pour que tous les habitants de la Terre puissent jouir du niveau de vie moyen des Américains du nord, il faudrait - en termes de ressources et de capacité d’absorption des déchets - environ six planètes. Sauf à nier cette réalité à l’instar d’un ivrogne qui s’entête à vanter les vertus de l’alcool, on voit bien que ce n’est pas viable. La pollution que dégagent nos activités et les mauvais comportements encouragés par la « société de consommation » ont amorcé un recul de la qualité de la vie. La mondialisation des échanges matériels ne durera que ce que durera le pétrole bon marché, c’est-à-dire plus très longtemps. Les NTIC nous promettent une « nouvelle économie » : pour autant, les « métaux rares » que nécessitent nos téléphones portables, nos ordinateurs et nos écrans sont de plus en plus rares – et convoités. Enfin, pour terminer une liste qui pourrait être plus longue, la recherche médicale fait toujours plus de la même chose – plus de substances chimiques, plus de vaccins – au détriment d’autres approches et, vraisemblablement, de la compréhension et du renforcement des équilibres naturels de la santé.
Cela dit, compte tenu de ce qui précède et aussi des factures qui s’accumulent – énergétiques, économiques, démographiques et sociales – nous serons amenés nolens volens et plus vite que nous ne le souhaitons à reconsidérer nos façons de vivre. Est-ce à dire que l’humanité va retomber dans des ténèbres dont elle avait réussi à sortir ? Boris Cyrulnik, dans Les vilains petits canards, et aussi les praticiens de la « narrative » – n’est-ce pas Dina* ? – disent que, plus ce que ce qui nous arrive, ce qui compte c’est ce que nous nous racontons à propos de ce qui nous arrive. Or que nous racontons-nous aujourd’hui ? Quelle est le récit qui porte notre génération ? Rob Hopkins, le promoteur des « villes de la Transition », dit** qu’il nous manque une histoire collective pour donner du sens aux temps qui viennent. C’est comme si – je le cite - nous n’avions que deux scénarios : l’un qui est faux, celui du « Circulez, il n’y a rien à voir, tout va continuer comme avant », l’autre, désespérant, celui d’un futur digne de Mad Max.
L’histoire que je suis tenté de me raconter, c’est que l’humanité avance en tâtonnant, au risque de trébucher et, si elle côtoie l’abîme, d’y tomber. Je dirais que nous avons suivi une route, peut-être la plus évidente, en ce qui concerne l’amélioration de la condition humaine. Parce que ce qui nous était le plus douloureux et nous a donc marqués, c’étaient les pénuries matérielles. Mais, au point où nous en sommes, cette route nous ramène maintenant vers des pénuries encore plus dramatiques. Heureusement, même si nous ne les voyons pas facilement, il reste d’autres voies à explorer. En définitive, notre civilisation – si on peut l’appeler ainsi – n’est pas sans relation avec les dérives qu’analysait Paul Diel au niveau des personnes, elle en est sans doute même rien de moins que le reflet. Pour ce psychologue, l’élan de base de l’humain est un élan de réalisation de soi. Mais les jouissances matérielles et narcissiques qui tirent leur pouvoir de nos blessures profondes, en gauchissant cet élan, en le détournant, nous égarent. Elles nous font perdre de vue ce qu’il appelait notre « motivation essentielle ». Peut-être cette motivation essentielle est-elle le lieu d’équilibre où nous pouvons recréer un monde qui soit en harmonie avec l'humain et avec les contraintes d’une planète finie ? Et si c'était cela le progrès ?
* http://www.dinascherrer.com/
* * Dans Transitions n° 2.
20:27 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : économie, développement, développement personnel, société, consommation
21.08.2009
Notre cher et vieux pays (codicille)
La vie ménage parfois des rencontres jubilatoires. Certains parleraient de synchronicité. Je vous laisse en juger...
Hier, après avoir "posté" une chronique ou je chantais - une fois de plus - les louanges de la diversité contre le fer à repasser de l'uniformité, j'avais enfourché mon vaillant destrier et m'attaquais à une côte un peu raide du centre des Sables d'Olonne, quand, passant devant un restaurant à l'enseigne du "P'tit bouchon", une ardoise a attiré mon regard. Quelle coïncidence! Le patron de l'établissement y expliquait que son ami Michel, un maraîcher du pays des Olonnes, cultivait dans son jardin une trentaine de variétés de tomates. Vous imaginez: une trentaine de variétés de tomates! Bien sûr, elles n'arrivent pas toutes à maturité en même temps, aussi le soir n'ai-je pu en goûter qu'une bonne dizaine. Mais, déjà, quelle palette de formes, de tailles, de couleurs, de parfums et de saveurs! - Au terme de la dégustation, j'ai gardé une préférence émue pour la noire de Crimée. Ce n'est pas mon copain Denis qui me démentira!
16:29 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : diversité, économie, épicurisme, gastronomie, tomates
20.08.2009
Notre cher et vieux pays
Il y a des photographies, à peine les avez-vous agrandies que vous voyez déjà les pixels. Inutile de les scruter davantage : elles n’ont rien de plus à vous donner que ce qu’elles livrent au premier regard. D’autres, à l’opposé, quelle que soit l’échelle de votre observation, ne cessent d’être généreuses. Chaque point de la grande image recèle un bouquet de plus petites images qui s’épanouissent dans une diversité foisonnante, et ainsi de suite presqu’à l’infini.
Ainsi de notre belle France selon moi. Ces dernières semaines, j’ai eu l’avantage, en bougeant de quelques kilomètres entre Quercy et Vendée d’en faire l’expérience. Sur un territoire réduit, l’entrelacement de reliefs contrastés, l’influence proche ou lointaine de mers différentes produisent, parfois à une échelle vernaculaire, une extraordinaire diversité de paysages, de terroirs et même de climats. Vous longez une côte ? La forêt succède au marais. Quelque pas encore et c’est le Donegal ou l’Afrique du Nord. Vous êtes à l’intérieur ? Une paire d’heures et vous passez de la plaine aux coteaux, des falaises blanches abruptes aux grasses prairies, de la touffeur à la fraîcheur… Cette diversité va jusqu’à la qualité acoustique de l’air que l’on respire : Alfred Tomatis montrait que, d’une région à une autre, il transporte différemment les sons et façonne ainsi notre oreille.
A son tour, cette diversité en engendre d’autres. Quel pays, sur une surface aussi modeste, a produit autant de savoir-faire singuliers, matérialisés par une multitude de productions culturales, par les matériaux et les formes de l’habitat, par les cuisines et les saveurs - par les fromages, les charcuteries et les vins ? Cette notre diversité résonne encore dans la variété de nos accents, héritiers de nos parlers disparus. Je vais faire plaisir à mon ami Xavier Dalloz dont c’est la marotte : oui, en France, quoi que l’on demande, la réponse est rarement unique. Nous avons porté à un point extrême la production de la diversité. C’est un axe majeur de notre génie pour autant que nous restions le reflet de notre territoire. Je voudrais bien retrouver le nom de celui qui a dit : « Apprendre, c’est apprendre à faire de plus fines et nombreuses distinctions ». La France est le lieu par excellence où l’on peut développer cet apprentissage.
Cultiver les multiples registres de la diversité avec la sensibilité qui permet de les goûter, n’est-ce pas la réponse aux limitations de notre condition humaine ? N’est-ce pas mettre de l’infini, ou en tout cas de la surabondance, dans un espace et un temps comptés ? Alors, la philosophie à inventer ne serait-ce point celle du labyrinthe, cette figure bien connue de notre moyen-âge ? Le labyrinthe, c’est, dans l’espace le plus réduit, le chemin le plus long que l’on puisse parcourir. Notre cerveau, d’ailleurs, n’est pas sans lui ressembler : celui-ci s’enrichit non pas parce qu’il s’enfle, comme un sac, de chaque information qu’il reçoit – sinon nous ressemblerions déjà aux Sélénites d’H.-G. Wells – mais en se complexifiant.
Au détour de cette réflexion, je retrouve la théorie de Robert Ulanowicz* : la diversité en interaction est source de résilience. Au-delà du bonheur qu’elle procure, voilà une autre bonne raison de la cultiver ! Mais la diversité a deux ennemis majeurs : la volonté de pouvoir des uns qui tend à l’uniformisation du monde et des êtres - cf. ce fer à repasser qu'est la mondialisation - et la capitulation des autres. Les autres, c'est nous. Ne capitulons plus !
* Cf. Transitions n° 2, disponible en m’écrivant.
13:47 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, économie, société, diversité, gastronomie
14.08.2009
Jouvence
Si je vous demande, tout à trac, qu’est-ce que lutter contre le vieillissement, il y a gros à parier que vos premières réponses seront en rapport avec le corps. Des exercices physiques à la chirurgie esthétique, en passant par les crèmes, les onguents et les compléments alimentaires, il s’agit d’entretenir et éventuellement de radouber ce navire qui, usé, abimé, nous entraînera par le fond. Depuis quelque temps, je vois aussi mes voisins de train ou de métro remplir des grilles de chiffres : la mode est aux programmes d’entraînement cérébral, une forme d’exercice qui s’adresse plus spécifiquement à notre cortex frontal. C’est qu’il ne suffit pas que la coque du bateau soit en bon état, encore faut-il que le capitaine reste en état de gouverner.
J’avoue mon scepticisme. Certes le fonctionnement de notre intellect, comme celui de nos poumons, de nos muscles et de nos divers organes et cellules, est une dimension importante de notre vigueur. Cependant, j’ai l’impression qu’on reste à la périphérie du problème. Ce que l’on cultive là, c’est une intelligence d’ordinateur. Je n’en nie pas l’intérêt. Je crains seulement que ce soit l’arbre qui nous cache la forêt. Car, d’une part, comme l’a montré Howard Gardner, il y a plusieurs sortes d’intelligence et pas seulement celle que nous privilégions - la logico-déductive – en oubliant l’importance discrète des autres. Mais, surtout, nous ne sommes pas du hardware. J’ai été frappé par ce que racontait Françoise Dolto des pathologies du nouveau-né. Un bébé peut se laisser mourir faute de contacts, faute d’une parole humaine qui lui soit adressée.
Alors, si je devais élaborer un élixir de jouvence, j’y mettrais d’abord une bonne dose de relation avec mes semblables. L’entreprise aujourd’hui est notre principal lieu de socialisation. La cessation des activités professionnelles est un cap critique, surtout si elle s’accompagne, comme c’est souvent le cas, d’une migration géographique. La pesanteur naturelle peut incliner au repliement sur soi ou sur le couple. Peu à peu, les sujets d’intérêt se réduisent et même le vocabulaire qu’on utilise. On en vient à tourner en rond autour des courses quotidiennes – auxquelles monsieur accompagne madame en grognant –, des repas qu’on prend de plus en plus tôt, des problèmes de santé et de quelques routines qui se grippent peu à peu. Entropie.
Dans ce registre des exercices relationnels, je raffinerais même en tissant des liens avec des personnes qui ne me ressemblent pas forcément, par exemple avec des jeunes qui me feraient partager leur monde et leurs préoccupations, des bébés qui me rappelleraient ce qu’est l’éveil à la vie. Pour peu que j’accepte de suspendre mon jugement, cela tiendrait en éveil ma capacité d’attention à l’autre, ma capacité à résonner – et pas seulement à raisonner. Cela m’éviterait de réduire éventuellement le monde à la portée de ma vue qui baisse et de mon égoïsme qui va croissant.
Je rajouterai là-dessus, en dose généreuse, un ou plusieurs projets d’apprentissage. Hélène, outre qu’elle reste très active, apprend à jouer de la harpe et cultive ainsi son ouïe et son doigté. Françoise, ma fidèle lectrice, s’est jetée dans l’aventure de la thérapie narrative qui l’amène, en interaction avec d’autres, de découverte en découverte.
Il reste à verser dans l’éprouvette une substance précieuse entre toutes : le sens de la vie. Dans les camps de la mort, Viktor Frankl, que j’ai déjà cité, observait que survivaient ceux qui conservaient malgré toutes les souffrances un sens à leur existence. Cette expérience extrême ne peut-elle nous servir dans nos vies, lorsque l’entropie menace ? C’est ce qui lierait au fond de mon éprouvette tous les ingrédients que j’y ai déjà déposés. Certains disent que le sens de la vie et aimer sont la même chose.
08:00 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : vieillesse, développement personnel
13.08.2009
Changements
Notre époque aura eu, en apparence tout au moins, la religion du changement. Une véritable obsession si l’on regarde plus particulièrement les modes managériales. Combien de livres auront-ils été écrits dans le style « Changez que diable ! », assortis d’anathèmes du genre « Il n’y a pas de bonnes habitudes » ! Combien de consultants auront-ils fait leur fromage du « changement organisationnel », et combien de formateurs de séminaires divers et variés sur le thème « faire bouger vos collaborateurs » !
Pour autant, aucune époque n’aura davantage pédalé, le nez dans le guidon, dans la direction du ravin. C’est que le changement dont on nous a abreuvés n’a qu’un objectif : ne rien changer à la finalité initiale du système qui est de mettre l’humanité toute entière, à chaque seconde de sa vie, au service d’une économie marchandisée. Non seulement n’y rien changer, mais faire plus vite et plus fort. Alors, changer, oui, mais pour mieux servir cette fin. Marcuse avait bien vu le biais introduit par l’américanisation de la psychanalyse : le bonheur par l’adaptation. La coercition s’est faite lénifiante. On ne la voit même plus. Le système a eu le dessus. Car il y a une forme de changement qui n’est que soumission. Comme l’écrivait Vauvenargues : la servitude abaisse les hommes jusqu’à s’en faire aimer. Et le risque est là. Robert Ulanowicz a montré qu’un système survit par la variété des réponses qu’il peut apporter aux changements de son environnement. Cette variété est contingente de la diversité qu'il entretient en son sein. Le problème de tous les systèmes totalitaires, qu’ils soient explicites ou larvés, c’est qu’ils ne supportent que des clones. C'est même le symptome du totalitarisme : marcher au pas même dans sa tête et visser le boulon selon la procédure.
De temps en temps, une intuition du danger, un individu mal cloné ou une erreur d’analyse provoquent un réflexe à l’opposé de cette mécanique. On va, par exemple, organiser un séminaire de « créativité », faire l’éloge de l’intelligence locale, encourager l’innovation à tous les niveaux. Illusion, manipulation ? Je ne connais guère que Jean-François Zobrist, quand il dirigeait FAVI, qui soit allé loin sur ce chemin, et semble-t-il avec bonheur. A l’opposé, les entreprises étouffent plus souvent dans l’œuf le poussin qu’elles ont fécondé. C’est que la capacité créative des gens est une manifestation de leur liberté. Les inviter à en faire usage dans des organisations qui ne tolèrent en fait aucun jeu, c’est dire au prisonnier : j’ouvre la porte, tu es libre, mais sois raisonnable : ne sors pas ! On s’étonne que les gens soient malades le dimanche soir et dépriment au moment de la rentrée !
La France se caractérisait par une micro-économie diffuse. Il existe encore des régions, comme la Vendée, où ce phénomène est palpable : il y a des petites ou moins petites entreprises de secteurs très différents à la périphérie de chaque ville, bourg ou village. Mais, entre la délocalisation des activités ou la suppression de la taxe professionnelle (dont l’Etat n’assurera que partiellement et transitoirement la compensation), que va-t-il rester aux communes ? Ceux qui se représentent le marché du travail idéal comme un système de vases communicants à l’intérieur duquel circulent les travailleurs, à l’image des devises dans les circuits financiers, ne se moquent-ils pas de l’humain ? Ne savent-ils pas que, lorsqu’on a de faibles salaires, l’écosystème familial et social – le potager du père retraité, la grand-mère qui garde le bébé, les services de bricolage qu’on se rend entre collègues – est pour moitié et peut-être plus dans la qualité de la vie ?
Ces écosystèmes locaux menacés ou déjà ébranlés nous montrent peut-être l’issue à la crise dans laquelle nous sommes entrés, dont il est important de comprendre selon moi qu’elle est consubstantielle au système. L’économiste sud-américain Manfred Max-Neef a montré que, pour répondre à ses besoins, l’humain développe quatre modes : le faire, l’avoir, l’être l’interagir. Le faire, c’est quand je cultive mes tomates. L’avoir, c’est quand je les achète. L’interagir, c’est quand je prends plaisir à créer et cultiver un jardin avec mes compagnons. L’être, ce sera mon rapport épicurien, respectueux, au légume qui est dans mon assiette.
Nous avons privilégié l’avoir jusqu’à l’exclusion de tout autre mode. Sommes-nous capables d’imaginer une société où celui-ci ne représenterait plus que 20% des réponses à nos besoins ? Pour répondre à cette question, je suggère de commencer par l’interagir. Pourquoi ne pas se retrouver ici et là, à Caylus, à Yeu ou à Villemur, en Vendée, en Corse ou dans le Ségala, pour en parler ? Ce serait cela, le vrai changement: nous retrouver.
08:03 Publié dans Prospective | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : société, économie, écologie, développement personnel
12.08.2009
Illusionnistes
Le grand art de l’illusionniste est de vous faire regarder là où il ne se passe rien de sorte que vous ne voyez pas ce qu’il prépare. Il ne faut surtout pas suivre la direction de ses yeux, car celle-ci fait partie du geste qui détourne votre attention de l’endroit que vous pourriez scruter.
J’y pensais en lisant un article qui rendait compte d’une étude anglaise au terme de laquelle les aliments bio ne présenteraient pas d’avantages nutritionnels sur les produits ordinaires. Une nouvelle charge de l’agriculture industrielle, me suis-je dit, et sévère celle-là. Pour autant, à lire de plus près, en ce qui concerne la comparaison des qualités nutritionnelles, il y a – c’est le cas de le dire – à boire et à manger. L’étude occulte un certain nombre d’informations et ne craint pas de se contredire elle-même. Mais, passons : si on la survole, impressionné au surplus par sa signature « scientifique », on peut décider de revenir aux fruits et légumes de l’agriculture intensive, d’autant que c’est quand même plus simple pour faire son marché.
Eh ! bien, détournement réussi! En effet, à braquer notre attention sur l’aspect nutritionnel, cette étude nous fait oublier – volontairement ou involontairement - un autre aspect, fondamental : la présence de pesticides dans les aliments. Or, à elle seule, cette présence-là justifie qu’on privilégie le bio. Cf. http://www.univers-nature.com/inf/inf_actualite1.cgi?id=3...
Sachant qu’un des jeux principaux auquel se livre notre époque est la capture de flux monétaires et qu'elle prime tout, on devrait toujours se demander quel est l’argent, les copains ou les coquins qui se cachent derrière les annonces spectaculaires. Cela me ramène à la pandémie. A la fin avril, elle était imminente, on sonnait le tocsin. Il ne s’est rien passé. On nous dit depuis quelques semaines que, trop occupée jusque là, la porcine nous donne rendez-vous à la rentrée. Peut-être, généreuse, a-t-elle jugé bon de nous laisser le temps de produire un peu plus de vaccins et autres substances à effets secondaires – et financiers - garantis. Et la rentrée, c’est bien connu, est traditionnellement pourvoyeuse de rhumes: bien conditionnés, nous verserons dans le pathos au moindre nez qui coule. Les milliards engagés par l'Etat seront légitimés. Mais n'oublions pas dans le scénario le double effet kiss cool: grâce à cette juteuse menace, le secteur pharmaceutique pourrait annoncer des profits remarquables, les seuls peut-être d'une bourse égrotante. Tous les joueurs de Monopoly en mal d'enrichissement facile vont se précipiter et les actions vont atteindre des sommets.
J'en reviens quand même au détournement d'attention. Les fins stratèges font toujours d’une pierre deux coups et même plutôt trois. Alors, que nous réservent les maîtres du monde en dehors d'un couvre-feu qui ressemble beaucoup à une manipulation de prestidigitateur ?
08:28 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : pandémie, crise, capitalisme, démocratie
11.08.2009
Lire ou relire Marcuse
Plus actuel que jamais!
http://internationalnews.over-blog.com/article-34586835.h...
08:38 Publié dans Indisciplinés historiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : économie, société, démocratie
09.08.2009
Penser, c’est résister
Cette affirmation est d’autant plus vraie quand on se trouve confronté non à des affirmations brutales qui pourraient susciter une révolte primale, mais à des discours lénifiants, mélange de séduction et de rationalisation. Devant quelques-unes de mes prises de position – assez radicales, je le reconnais bien volontiers – les réactions les plus fréquentes sont du genre : « Mais enfin, ils savent, ce sont des scientifiques, des professionnels, des dirigeants, etc.» Sous-entendu : qui es-tu pour te permettre de penser différemment de ces experts sur des sujets qui dépassent ta compétence ? Peut-être ai-je cette prétention parce qu’issu d’une double lignée vendéenne et gasconne à qui l’Histoire a appris qu’il vaut mieux se méfier de ceux qui prétendent bâtir le bien sur l’abdication des autres. Les légions de Thureau comme la soldatesque de Simon de Montfort ont eu des méthodes pédagogiques redoutables. Bien sûr, il s’agissait de sauver nos âmes ou à tout le moins de nous remettre dans le droit chemin. Mais, de fait, il s’agissait surtout de l’intérêt des justiciers eux-mêmes : médailles et récompenses, jouissance à persécuter, pillage des biens, appropriation des terres, consolidation du pouvoir.
Les méthodes, depuis lors, se sont sophistiquées. La stratégie n’est plus de nous contraindre par la brutalité - encore que les bonnes vieilles pratiques peuvent toujours ressurgir, ne serait-ce que pour l'exemple - mais de transfuser des représentations qui engendreront les comportements qu’on veut nous voir adopter. Alors, on nous parle de nos besoins et de nos désirs. On nous explique comment le monde fonctionne et que ce n’est pas à la portée de tout le monde de le comprendre. On nous dit qui sont les bons, les méchants et les imbéciles. On s’efforce de nous persuader que l'intérêt des puissants et le nôtre ne font qu'un. Sans cesse on nous susurre l’histoire que nous devons nous raconter, comme jadis le curé nous lisait celle du petit Jésus, une histoire qui en passant lui donnait le pouvoir sur nos chétives personnes. L’opium des peuples a changé de nature et de dealers, mais il est encore plus redoutable.
Je me souviens d’avoir remarqué, lorsque je demandais mon chemin dans des contrées reculées, qu’il valait mieux observer les gestes de mon interlocuteur qu’écouter son discours. Parfois, la langue fourche et dit « à droite » quand la main montre « à gauche ». Or, c’est la main qui dit vrai. Alors, s’agissant de nos guides en tout genre - politique, économique, médical, etc. - ma compétence c’est de me faire sourd aux discours et de regarder les mains. Et vous savez ce qu’elles font le plus souvent, les mains ? Elles ouvrent le tiroir-caisse et y déposent le prix de notre pusillanimité.
Dans le droit fil de cette réflexion dominicale, je rajoute aujourd’hui à la liste des sites que je recommande le blog du Docteur Alain Joseph : http://docteurjo.canalblog.com/ . En cette veille de pandémie porcine, cela peut vous être utile. Au fait, aviez-vous remarqué que le cochon est la forme la plus fréquente de tirelire ?
11:26 Publié dans Indisciplinés | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise, banques, économie, mondialisation, pandémie
05.08.2009
Cuisson de la grenouille
La fable commence à être connue. Mettez une grenouille dans une lessiveuse remplie d’eau à une température agréable pour la bestiole. Allumez sous la lessiveuse un feu discret et faites monter très lentement la température du bain. Jusque là, pour le batracien, les conditions restent supportables. Son organisme s’adapte tranquillement à l’élévation très progressive de la chaleur, dépensant toutefois au fur et à mesure un peu plus d’énergie pour maintenir sa température interne. Vient le moment quand même où, réveillée par la morsure du feu, la grenouille songe à sauter hors de la lessiveuse. Mais, à son insu, elle a déjà dépensé trop d’énergie à s’adapter. Elle retombe épuisée dans le bouillon pour y achever sa cuisson.
Je pensais à cette métaphore comme un collègue évoquait la situation de notre économie. Certains experts avaient annoncé il y a quelques mois un effondrement par raréfaction des crédits bancaires aux entreprises. Notre imagination s’était alors représentée une sorte d'apocalypse, avec des faillites spectaculaires, des magasins pillés, des hordes de sdf sur les routes, etc. Il ne semble pas que nous soyons dans ce scénario. Certains en profitent pour nous rassurer et nous préférons leur faire confiance. Mais ce que nous avons appelé la chute de l’empire romain n’a pas non plus ressemblé à la chute d’un arbre frappé par la foudre : ç’a été en vérité une métamorphose de plusieurs siècles. Alors, hypothèse cruelle, ne serions-nous pas dans le cas de la grenouille qui ne perçoit pas en raison de sa lenteur l’élévation de la température, tout en ayant commencé à cuire et à perdre son énergie ?
Certes, les affaires, entend-on quand même, sont un peu plus difficiles. Mais rien de spectaculaire : pas de scandales, pas de banques enchaînées au pilori, pas d’implosion suspecte d’une firme en bonne santé. Si on note un ralentissement, si certaines entreprises ont des difficultés, c’est le consommateur qui en est la cause. Il n’a pas envie d’acheter, d’emprunter, etc. Rien à voir, vous en conviendrez, avec la raréfaction du crédit à l’économie qu'annonçait par exemple Bernard Lietaer. Le crédit n’est là que pour permettre de satisfaire la demande. Si la demande est molle, il n'y peut rien! Bien sûr, telle entreprise qui a plusieurs banques, note que deux d’entre elles sont plus frileuses. Mais la troisième "suit". Alors la vie continue... Puis, ce sont les vacances. En septembre, ça repartira!
Nous avons peut-être plusieurs problèmes pour le prix d’un seul: une dégradation si lente qu’on la sent à peine et un phénomène tellement diffus qu’on ne peut mettre en exergue une cause majeure et encore moins dénoncer le traître de l’histoire. Car le consommateur lui-même a une excuse : vous le voyez faire confiance à la situation quand le père Noël se sert d’abord lui-même ? Alors, faute d'un méchant à condamner ou d'une cause identifiée, on s’y prend comment ?
07:08 Publié dans Aveuglement | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : économie, consommation, crise
04.08.2009
Pour une poignée... d'Euros
Jusqu'à présent on avait surtout vu des libéralités qui ne se cachaient pas. Voici venir une autre technique: les prêts aux copains:
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/08...
Quand je considère toutes ces manipulations qui se font sans plus de discrétion que de vergogne - les bonus des banques américaines qui en 2008 excèdent leurs bénéfices et qui, en 2009, repartent bon train malgré la crise, et maintenant le scandale islandais - je me demande si les rats ne sont pas en train de se servir avant de quitter un navire dont ils présument qu'il va couler...
Sinon, je ne comprends pas ce pillage aussi obsessionnel qu'impudent.
23:36 Publié dans Avanies | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crise bancaire, crise financière, mondialisation, économie, actionnaires, dirigeants

