20.08.2009
Notre cher et vieux pays
Il y a des photographies, à peine les avez-vous agrandies que vous voyez déjà les pixels. Inutile de les scruter davantage : elles n’ont rien de plus à vous donner que ce qu’elles livrent au premier regard. D’autres, à l’opposé, quelle que soit l’échelle de votre observation, ne cessent d’être généreuses. Chaque point de la grande image recèle un bouquet de plus petites images qui s’épanouissent dans une diversité foisonnante, et ainsi de suite presqu’à l’infini.
Ainsi de notre belle France selon moi. Ces dernières semaines, j’ai eu l’avantage, en bougeant de quelques kilomètres entre Quercy et Vendée d’en faire l’expérience. Sur un territoire réduit, l’entrelacement de reliefs contrastés, l’influence proche ou lointaine de mers différentes produisent, parfois à une échelle vernaculaire, une extraordinaire diversité de paysages, de terroirs et même de climats. Vous longez une côte ? La forêt succède au marais. Quelque pas encore et c’est le Donegal ou l’Afrique du Nord. Vous êtes à l’intérieur ? Une paire d’heures et vous passez de la plaine aux coteaux, des falaises blanches abruptes aux grasses prairies, de la touffeur à la fraîcheur… Cette diversité va jusqu’à la qualité acoustique de l’air que l’on respire : Alfred Tomatis montrait que, d’une région à une autre, il transporte différemment les sons et façonne ainsi notre oreille.
A son tour, cette diversité en engendre d’autres. Quel pays, sur une surface aussi modeste, a produit autant de savoir-faire singuliers, matérialisés par une multitude de productions culturales, par les matériaux et les formes de l’habitat, par les cuisines et les saveurs - par les fromages, les charcuteries et les vins ? Cette notre diversité résonne encore dans la variété de nos accents, héritiers de nos parlers disparus. Je vais faire plaisir à mon ami Xavier Dalloz dont c’est la marotte : oui, en France, quoi que l’on demande, la réponse est rarement unique. Nous avons porté à un point extrême la production de la diversité. C’est un axe majeur de notre génie pour autant que nous restions le reflet de notre territoire. Je voudrais bien retrouver le nom de celui qui a dit : « Apprendre, c’est apprendre à faire de plus fines et nombreuses distinctions ». La France est le lieu par excellence où l’on peut développer cet apprentissage.
Cultiver les multiples registres de la diversité avec la sensibilité qui permet de les goûter, n’est-ce pas la réponse aux limitations de notre condition humaine ? N’est-ce pas mettre de l’infini, ou en tout cas de la surabondance, dans un espace et un temps comptés ? Alors, la philosophie à inventer ne serait-ce point celle du labyrinthe, cette figure bien connue de notre moyen-âge ? Le labyrinthe, c’est, dans l’espace le plus réduit, le chemin le plus long que l’on puisse parcourir. Notre cerveau, d’ailleurs, n’est pas sans lui ressembler : celui-ci s’enrichit non pas parce qu’il s’enfle, comme un sac, de chaque information qu’il reçoit – sinon nous ressemblerions déjà aux Sélénites d’H.-G. Wells – mais en se complexifiant.
Au détour de cette réflexion, je retrouve la théorie de Robert Ulanowicz* : la diversité en interaction est source de résilience. Au-delà du bonheur qu’elle procure, voilà une autre bonne raison de la cultiver ! Mais la diversité a deux ennemis majeurs : la volonté de pouvoir des uns qui tend à l’uniformisation du monde et des êtres - cf. ce fer à repasser qu'est la mondialisation - et la capitulation des autres. Les autres, c'est nous. Ne capitulons plus !
* Cf. Transitions n° 2, disponible en m’écrivant.
13:47 Publié dans Vivre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, économie, société, diversité, gastronomie


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