Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22/02/2011

De l'ordre...

Qu’il soit inique ou oppressif, en toute saison les privilégiés d’une époque préfèrent l’ordre. L’ordre, c’est rassurant. A tout le moins quand on en est le bénéficiaire : il nous garantit le maintien de nos avantages et de nos menus plaisirs et tant pis pour ceux qui sont moins bien lotis. Il faut voir les doctes considérations de certains à propos du vent de liberté qui souffle sur la rive sud de la Méditerranée : l’économie commence à souffrir, mauvaises perspectives pour le tourisme, les marchés s’inquiètent, les statistiques, etc.  C’est qu’il y a beaucoup de privilégiés, des grands et des petits, pour qui l’accès des peuples à la démocratie est moins que secondaire. Oui, même nous, vous et moi, quand nous nous sommes fait du souci pour nos vacances, nous avons eu un réflexe de privilégiés. « Enfin, mon cher, ces gens-là, de quoi se plaignent-ils ? Nous leur apportons nos sous quand même. Ils croient qu’ils vont s’en sortir s’ils ruinent le tourisme ? N’est-ce pas déraisonnable ?» Pour un peu, on croirait entendre parler d’enfants qui ne veulent pas quitter la cour de récréation pour revenir aux choses sérieuses - comme de travailler pour leurs maîtres, ceux de chez eux et ceux d’ici. « Ils n’ont pas de pain ? Ils n’ont qu’à manger de la brioche ! » Et s’ils préfèrent se serrer la ceinture pour reconquérir leur liberté ?

Certes, le désordre est redoutable. En tout premier lieu, il est destructeur de certitudes. La question qu’il nous pose et que nous n’aimons pas : et si nous devions changer d’avenir ? Les perspectives dans lesquelles nous nous étions installés, d’une reconduction illimitée d’un présent qui nous va si bien, ne sont plus gravées dans le marbre de nos palais. Oui, j’entends bien : le désordre ouvre bien sûr la porte au meilleur comme au pire. Nous en savons quelque chose, nous, les Français, les apôtres de la démocratie, qui sommes passés de la Terreur à Bonaparte puis de Bonaparte à Napoléon. Cependant, il est le prix à payer pour passer d’un état social à un autre. Est-ce la faute des peuples si le désordre est sur la route de la liberté et de la justice ? Non, c’est la faute de ceux qui refusent de desserrer l’étau. Quand on ne veut pas d’une évolution, on finit par avoir la révolution. Cela peut prendre du temps, faire verser beaucoup de sang, mais c’est inexorable. Je me souviens de Jules Roy, à Vézelay, en 1971, nous contant le projet du gouvernement Blum pour la démocratisation de l’Algérie. Ce projet a été rejeté par les privilégiés d’alors. La sanction a mis une vingtaine d’années à tomber. On la connaît. Par le choix de conserver les avantages immédiats, on a liquidé l’avenir.

Un peut partout et depuis quelques années, il semble que les privilégiés de notre époque s’inquiètent. Leur peur du désordre se ressent même dans notre pays : ce qui s’est passé récemment à Anduze ou devant le tribunal à Toulouse, relève de tout sauf d’un pouvoir serein et débonnaire. Comme s’il fallait vite éteindre la moindre étincelle, de peur qu’elle mette le feu aux poudres. Et sans doute a-t-on raison de le craindre. Alors que, malgré les agitations de nos inconsistants de service, la précarité et l’appauvrissement gagnent, le législateur marque une tendance croissante à obliger d’une main et à interdire de l’autre. Alors, que le bol se remplisse au point de déborder, ce n’est point surprenant.

Des exemples ? Il y a la multiplication de ces misérables trop voyants qui font… désordre dans le paysage, multiplication qui au surplus risque de nous révéler ce qui se passe. Alors - suivez mon regard ! - on légifère. Au-delà de la protection du paysage contre la présence de gueux de tout poil, on ressent aussi – mais là c’est du billard à trois bandes – comme une volonté de nous cantonner aux produits et services de l’industrie de haut vol. On a ainsi des lois, des décrets, des décisions publiques, qui protègent les forts – par exemple les grands semenciers – de la modeste liberté des faibles. Demandez aux gens de Kokopelli ou aux homéopathes ce qu’ils en pensent. Le soupçon d’activités sectaires est aussi très à la mode : out of the blue, on envoie la force publique chez des gens dont le seul crime est de produire des modes de vie allergiques aux artefacts de l’époque…

Les plus riches – les hyper-riches – se doutent quand même qu’il y a du risque à en vouloir toujours plus. Ces dernières années ils ont acheté d’immenses domaines, des kilomètres de rivages, aussi loin de tout que possible. Ils s’y construisent des châteaux-forts, y cultivent de quoi vivre en autarcie et recrutent des milices. Leur vision de l’avenir serait-elle celle d’îles bienheureuses, au milieu de l’océan d’une magna turba exploitée, vaccinée et anesthésiée ? Milice ou pas, comment voulez-vous que cela ne se termine pas à la fourche ?

Commentaires

Cher Thierry, nous sommes au pays de Louis XIV. Ce système de pensée, d'asservissement et de pouvoir qui a unifié la France est inscrit dans les gênes des élites de ce pays, mais aussi des politiciens et" décideurs" à tous les étages. Une crise sans précédent sera-t-elle salvatrice ? Le "Tu dois changer ta vie" d ePeter Sloterdijk résonnera-t-il par ici ? Eh oui, je te l'annonce, ce somptueux ouvrage est désormais disponible en Français dans toutes les librairies, 650 pages de délices

Écrit par : Christian Mayeur | 23/02/2011

Mon cher Thierry,

La crise, la crise, oui mais, je ne l'avais pas prévue, moi. Merci de me prévenir. Dois-je y participer? Tu la vois quand toi, et où, que je puisse au moins la programmer dans mon agenda! Je viendrai, surtout si, comme Christian semble l'indiquer, Louis XIV y participe. J'espère que ce ne sera pas avant le grand soir ...

Écrit par : Charles van der Haegen | 23/02/2011

Les commentaires sont fermés.