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31/12/2012

2013: tout ce que je vous souhaite...

En forme de citations...

De Marianne Williamson

marianne-williamson.pngCe que nous redoutons le plus, ce n’est pas d’être confrontés à notre médiocrité ou à nos insuffisances. Notre crainte la plus profonde, c’est au contraire de mesurer toute l’étendue de notre puissance. C’est notre lumière, et non notre obscurité qui nous fait peur. Nous nous demandons : « Qui suis-je donc pour me montrer si habile, si talentueux et si brillant ? »

Mais qui serions-nous donc pour ne pas nous montrer ainsi ? Nous sommes des fils de Dieu. Ce n’est pas en nous faisant plus petits que nous ne sommes, que nous servirons le monde. Il n’y a nul mérite à se diminuer soi-même pour que les autres se sentent en sécurité. Nous sommes là pour briller de tout notre éclat, comme le font les enfants. Nous sommes nés pour manifester au grand jour la gloire de Dieu qui est en nous. Et cette gloire ne réside pas seulement en quelques-uns d’entre nous, mais en tout un chacun. Quand nous laissons resplendir notre propre lumière, sans le savoir nous donnons aux autres la permission de faire de même. Quand nous nous libérons de notre propre peur, notre présence libère automatiquement les autres.

 

De Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832)

Tant que nous ne nous engageons pas, le doute règne, la possibilité de se rétracter demeure et l'inefficacité prévaut toujours.

En ce qui concerne tous les actes d’initiatives et de créativité, il est une vérité élémentaire dont l'ignoranceGoethe.jpg a des incidences innombrables et fait avorter des projets splendides. Dès le moment où on s'engage pleinement, la providence se met également en marche.

Pour nous aider, se mettent en oeuvre toutes sortes de chose qui sinon n'auraient jamais eu lieu. Tout un enchaînement d'évènements, de situation et de décision crée en notre faveur toutes sortes d'incidents imprévus, des rencontres et des aides matérielles que nous n'aurions jamais rêvé de rencontrer sur notre chemin.

Tout ce que tu peux faire ou rêver de faire, tu peux l'entreprendre. L'audace renferme en soi génie, pouvoir et magie.

Débute maintenant.


Mes très chers lecteurs, je vous souhaite une année d'audaces et d’accomplissements dans tout ce qui est essentiel pour vous!

29/12/2012

Normes et normalité

 

 

On raconte que des agronomes s’intéressèrent un jour aux pratiques vivrières de populations andines. Ils se rendirent compte que celles-ci cultivaient plusieurs variétés de pommes de terre aux rendements inégaux. Ils expliquèrent alors à ces petits paysans aux méthodes archaïques qu’ils se nourriraient mieux s’ils choisissaient de cultiver la variété la plus féconde. Quoique embarrassés de contrevenir à des traditions qui leur venaient de leurs ancêtres, les petits paysans étaient impressionnés par ces messieurs au grand savoir qui venaient de la capitale, voire de pays et d’organisations dont ils ignoraient l’existence, et, finalement, ils les écoutèrent. Toute action colonisatrice, fût-ce à notre insu, se caractérise par l’imposition de normes. Constater entre des variétés de pommes de terre des différences de productivité - toutes choses égales par ailleurs - est scientifique. Edicter que la plus prolifique est celle qu’il faut privilégier est le début d’une norme. Quatre siècles et demi après l’évangile selon Pizarre, la civilisation occidentale débarquait de nouveau sur les hauts plateaux.  

 

Dans nos propres pays, nous sommes colonisés par les faiseurs de normes. Ceux à qui elles profitent savent invoquer de nobles causes - votre santé, votre sécurité, l’alimentation de l’humanité, le développement économique - pour convaincre politiciens et administrations de règlementer, d’interdire, d’encourager ou de rendre obligatoire. Imaginez, quand on vit de manipulations génétiques ou de chimie, le gain que procurera les faveurs de la loi pour une variété qui a besoin de pesticides et d’engrais. Imaginez, quand on gère d’énormes unités de production, la concurrence que supprime l’extinction de mille petits producteurs locaux, tués par la promulgations de normes aux conséquences trop coûteuses pour eux. Imaginez le cash flow qui résulte, pour ceux qui le produisent, d’un nouveau vaccin rendu obligatoire à l’échelle du monde! Le domaine des semences, particulièrement sensible ces temps-ci, n’est en effet pas le seul que concerne cette stratégie. Une directive européenne a fait chuter d’une centaine la variété de nos fromages. Le gouvernement de Vichy avait décidé de la disparition des herboristeries: ses dignes héritiers veulent maintenant que l’on traque les médecines alternatives au motif qu’elles seraient associées à des pratiques sectaires. 

 

Pour ce qui est de nos petits paysans andins, ce fut une catastrophe. La diversité des variétés cultivées correspondait aux besoins du sol et à une nécessaire dispersion des risques face aux prédateurs. Leurs traditions culturales vérifiait en fait ce que, plus tard, modélisa le professeur Robert Ulanowicz: la résilience d’un écosystème est faite des diversités qu’il combine en son sein. Mais nos agronomes, quelque bonnes que fussent leurs intentions, étaient trop imbus de leur modernité et méprisants des longs apprentissages de l’humanité pour en avoir l’intuition. Gardons nous de croire que la promulgation de normes ne reflèterait que des intérêts financiers: il peut s’agir d’une idéologie ou du narcissisme des sachants. Que d’autres sauront utiliser à leur profit.

 

Poursuivons la parabole de nos solanacées. Puisque le choix de la meilleure pomme de terre est contrarié par l’inadaptation du sol et par les prédateurs, alors, au lieu de remettre en question le principe de la monoculture extensive et de reconnaître une intelligence écologique aux pratiques séculaires, on prescrira des engrais et des pesticides. Et, souvent, dans un système économique dont les acteurs n’ont pas les moyens de les payer. Vous voyez la suite ? La recherche de productivité qu’entraîne à lui seul l’achat des intrants entraîne la concentration des exploitations agricoles et l’émigration désespérée des nouveaux sans-terre vers les villes. Des gens qui ne demandaient rien se retrouvent dépossédés de leurs mode de vie, fût-il très modeste, de leur territoire, fût-il pauvre, et de la communauté au sein de laquelle ils avaient un rôle et un soutien. Mais ce n’est pas tout, pas encore. La norme crée des pouvoirs. De même que toute religion a besoin de prêcheurs et d’inquisiteurs, toute norme a besoin qu’on la promeuve et - comme il y a toujours des ignares et des fortes têtes - qu’on veille à son application. On créera donc des agences, des organisations internationales ou mondiales de ceci ou de cela, et des polices de toute nature, qui chercheront bien sûr - c’est la pente naturelle - l’accroissement de leur efficacité, donc de leur influence et de leur pouvoir.

 

Il y a plus grave. Du mot «norme» dérive l’adjectif «normal».Appliquez les normes aux êtres humains et vous allez vous retrouver devant des populations aussi distinctes que le 0 et le 1 des informaticiens: ceux qui sont normaux et ceux qui ne le sont pas. Il n’y a pas d’entre-deux et être dans la colonne de droite ou celle de gauche fait une sacrée différence. Le test d’intelligence le plus pratiqué vous dira si vous êtes du bon côté des 120 points sur l’échelle de la dignité. C’est une première norme, mais il y en a une autre et qui se situe en amont: en l’occurrence celle qui consiste à ne prendre en considération que les aptitudes logico-déductives. Or - Howard Gardner l’a montré - il y a d’autres formes d’intelligence qui ne le cèdent en rien à celle-là et qui permettent de s’accomplir dans une existence autre que crépusculaire. Autre norme qui engendre un jugement de normalité ou d’anormalité: l’autorité mondiale dont le nom m’échappe et qui détermine les normes pathologiques a décidé du nombre de mois au delà duquel ne pas guérir d’un chagrin d’amour relève de la médicalisation... Franchissez la ligne et, un jour, on pourra vous piquouser d’office et de force, voire vous interner. Pour votre bien.  

 

Je ne suis pas en train de dire que les normes sont à bannir. Je dis que ceux qui les posent nous imposent leur monde. Ils se font maîtres de nos vies. Cela vaut quand même la peine d’exercer notre lucidité. Je terminerai en évoquant trois risques. Le premier, c’est celui de favoriser la consolidation de pouvoirs qui roulent la démocratie et les citoyens dans la farine. Vous avez peut-être remarqué qu’au nom de la protection de notre santé on traite plus sévèrement un fromage de chèvre qu’un vaccin chargé d’aluminium ou un OGM cancérigène. Cela se passe de commentaire. Deuxième risque: quand on imagine, par exemple, de dépister dès l’âge de cinq ans les futurs enfants à problème, ce qui suppose une norme comportementale, on met en route un processus qui s’appelle «prophétie auto-réalisatrice». Etre regardé si jeune comme faisant partie d’une catégorie singulière induit immanquablement une dérive dans la construction de l’identité. Si vous avez des doutes, vous pouvez demander à mes amis disciples de Michael White comment, par le biais d’une histoire subie et que reprend l’environnement social, on fausse une vie et entraîne une société dans la violence que l’on croyait combattre. Troisième risque: celui de la stérilité. L’effet de certaines normes est de favoriser le gigantisme de certains acteurs et le monopole de certaines solutions au détriment de la diversité des uns et des autres. La monoculture agricole est le reflet de la monoculture des idées. Cela va à l’encontre du processus de la résilience. L’asphyxie des modestes, celle des procédés marginaux, stérilise le génie de l’humanité. Les dinosaures ont disparu; les bestioles ridicules qui couraient entre leurs pattes ont survécu. C’étaient nos ancêtres. 

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26/12/2012

Tricksters

 

 

Il paraît que Patrick Jayne est la coqueluche actuelle des amateurs de feuilleton. J’avoue que je ne déteste pas cette série. Elle met en scène un «mentaliste», c’est-à-dire quelqu’un qui scrute les expressions, les gestes et les regards afin d’en extraire la signification cachée. En l’occurrence, Patrick Jayne est au service de la police et il aide à démasquer les assassins. On pourrait se contenter de dire qu’il y a quelque chose de l’ordre de la sorcellerie dans sa façon de lire les comportements et conclure que c’est la magie qui encore une fois fait recette auprès du bon peuple. Je suis quant à moi persuadé qu’il n’est pas nécessaire d’évoquer une forme d’extra-lucidité et qu’une observation très fine et assidue peut développer l’intuition. Goethe lui-même, qui herborisait, ne disait-il pas que l’on doit observer une plante jusqu’à entrer en elle pour pouvoir la comprendre ? Les chamans ne disent pas autre chose pour expliquer leur connaissance des vertus de leur flore locale. Mais laissons de côté les processus mentaux et revenons à Patrick Jayne.

 

images.jpegD’abord, avec, au coin des lèvres et des yeux, un sourire d’enfant sensible et farceur, l’homme a un charme indéniable. Il est loin de la rudesse misanthrope, de la boiterie hargneuse, des sourcils froncés et de la barbe de trois jours du docteur House, autre coqueluche de série télévisée que j’apprécie également. Pour autant, il pourrait partager avec l’impossible toubib une forme de cynisme. L’un comme l’autre dissimulent une blessure intime qui fait qu’ils ne peuvent plus croire aux promesses des bons sentiments. Mais je crois que ce qui plaît surtout en Jayne, c’est son irrespect des convenances, des règles du jeu, voire, parfois, des procédures officielles. Il est tout sauf l’observateur neutre et distant qui déchiffre les attitudes pour faire bénéficier ses collègues des informations qu’ainsi il recueille. Au grand dam de l’agent Lisbonne, qu’il est censé assister, il met ses grands pieds de clown dans n’importe quel plat, se plaît à brouiller les cartes et à renverser les dominos. Il aime à jouer un double rôle d’intrus et de pataud, à se faire passer pour un grossier personnage dénué d’intelligence. Mais c’est ainsi qu’il entre dans ces magasins dont les fragiles porcelaines sont mensonges et dissimulations. Il dérange, offusque, scandalise - mais, au bout du compte, révèle.

 

Selon moi, Jayne est une des incarnations de cet archétype que Jung avait repéré dans de nombreuses cultures, qu’il avait baptisé le trickster et qu’on appelle aussi «le fripon divin». C’est un personnage a priori dérisoire: un saltimbanque, un fou, un musicien vagabond. Dans la tradition allemande, c’est l’homme à la chouette et au miroir, Till Eulenspiegel, d’où vient notre mot «espiègle», mais une traduction irrespectueuse dit que ce nom signifie en réalité: «Je t’emm...» ! Chez les Amérindiens, on trouve Kokopelli, le joueur de flûte bossu, magicien, séducteur et farceur, mais aussi faiseur de pluie et guérisseur. Le renard du roman serait une autre figure de cet archétype. Je vois aussi dans le Joker du film The Dark Night un bel avatar moderne du trickster de Jung. Le maquillage de clown du Joker, la bosse de Kokopelli, le miroir et la chouette de Till se retrouvent chez Patrick Jayne sous la forme de la DS dans laquelle il se déplace, véhicule pour le moins incongru pour un spectateur américain.  250px-Till_Eulenspiegel.jpg

 

Le trickster est un personnage a priori plutôt désagréable, surtout si vous faites partie de ceux qui prisent particulièrement l’ordre, la respectabilité et l’immuabilité. Surgi du hasard, il déboule sans prévenir sur votre chemin, irrévérencieux au possible, et s’amuse à jeter désordre et chaos dans tout ce que vous avez bien rangé et bien organisé. Plans et projets sont pour lui une occasion de s’amuser. Mais ce n’est pas qu’un vulgaire trublion. C’est un esprit d’autant plus dérangeant qu’il a de la pénétration: il voit les pensées, les stratégèmes et les vices plus ou moins cachés et se fait un malin plaisir de les dire à haute voix. Pour autant, ce n’est pas qu’un mauvais génie, stérile semeur de pagaïe, de hontes et de zizanies: c’est aussi un révélateur, un iconoclaste et un fertilisateur qui, en nous libérant de choses trop bien agencées, peut amener dans notre vie des fécondités inattendues. Au sens où John Lennon disait que «la vie, c’est ce qui arrive quand on avait tout prévu», on peut dire que le trickster est la vraie vie, dans ses retournements, ses bifurcations, son impermanence et son imprévisibilité. Celle que nous tentons d’endiguer. 

 

Pourquoi, à travers Patrick Jayne, rendons-nous aujourd’hui cette sorte d’hommage au trickster ? Le trickster se moque de l’ordre établi et de ses tenants, et je crois que nous avons justement un problème avec ceux-ci et celui-là. Le trickster se permet de dire et de faire ce que nous aimerions dire ou faire et que nous ne nous autorisons pas. A travers lui, par héros interposé, nous satisfaisons donc dans le fantasme des désirs dont, en notre for intérieur, nous doutons peut-être même de la légitimité. Par exemple, sommes-nous légitimes, vous et moi, à contester tous ces experts qui vont nous expliquant pourquoi il est normal qu’avec une productivité multipliée par cent au cours de ces dernières générations, nous devons accepter le retour de la pauvreté ? 

 

Mais je crois qu’il faut aller plus loin. Lacan disait que la peur et le désir sont l’envers l’un de l’autre. Selon moi, tout le jeu psychologique dont le 21 décembre a été le prétexte illustre cela. Bien plus que la peur, ce que j’ai ressenti dans tout ce battage autour d’une fin du monde à laquelle en réalité personne ne croyait, c’était le désir. Le désir de voir se terminer une époque que nous trouvons de plus en plus absurde, afin qu’une autre ait sa chance de la remplacer. Mais, comme devant ce monde nous nous sentons impuissants; que, peut-être même, nous ne nous sentons pas le courage de le défier, nous aspirons au passage d’un trickster qui nous mettrait dans la situation que nous n’osons pas créer.