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12/09/2009

Boutefeu

Les tribulations d’un ministre de la république auront peut-être l’avantage de nous éclairer sur les dérives de la démocratie quand ses serviteurs deviennent courtisans. Courtisans du Prince dont ils peuvent attendre faveurs, honneurs et avantages s’ils ont les mots qu’il faut. Mais aussi, et c’est plus grave selon moi, courtisans du peuple. Comment expliquer sinon qu’un homme intelligent ait pu tenir des propos incompatibles avec une charge qui, pour être exercée avec crédibilité, exige de son titulaire qu’il soit insoupçonnable du moindre arbitraire ? Mais notre homme sait ce que bon nombre de Français, hélas ! pensent et disent. Vraisemblablement, il aura voulu leur donner un signe de complicité.

 

Chercher les faveurs du prince ou celles du peuple est contraire à l’esprit même de la démocratie. Un vrai serviteur de la démocratie n'est pas là pour caresser le ventre des citoyens. Il est là pour les éclairer. Il doit de ce fait pratiquer la vertu de l’exemple et d'abord dans le langage qu'il tient. Et, tâche difficile et exigeante entre toutes, plutôt que flatter la bêtise, il doit faire comprendre la voie de l’intelligence. L’ascèse propre à ces fonctions, c’est le renoncement au désir de plaire. Etre droit dans ses bottes, ce n’est pas jouer les bravaches ou glapir avec les roquets des jardins de banlieue. C’est penser juste et dire ce qu’on pense. En l’occurrence, filer un couplet raciste, ce n’était pas penser juste. C’était faire d’obscènes papouilles au bof qui sommeille en chacun de nous.

 

Je vais vous faire entendre un autre son de cloche. Evidemment, la voie que je vais évoquer est sans doute trop peu spectaculaire pour les amateurs de la scène publique - et trop douce pour la violence de ceux que Brassens brocardait en les appelant les « honnêtes gens ». Parmi les femmes remarquables que j’ai la chance de connaître, il en est une qui intervient en ce moment dans des établissements scolaires de la banlieue parisienne. Sa mission : remettre dans une dynamique constructive des jeunes en plein décrochage, voire en désespérance. Si vous imaginez une population bigarrée, vous ne vous trompez pas. Il se trouve d’ailleurs que cette femme est elle-même issue d’une communauté qui a très lourdement payé son tribut au racisme européen. Alors, je vous demande ce que cela vous ferait si vous entendiez un gamin de quatorze ans, d’origine africaine, fermé comme une huître, vous dire enfin: « Je vous remercie parce que vous vous êtes adressée à moi comme à quelqu’un de normal ».

 

S’il y a quelque chose que nous devons craindre, ce n’est pas la grippe du cochon, c’est la bofitude ! Elle tue à coup sûr. Mais l’esprit seulement. Le bonhomme continue à s'agiter avec toutes les apparences de la vie. C'est trompeur.

11/09/2009

Mort du GRIT de Jacques Robin

La mort d’une organisation est parfois aussi triste que celle d’une personne. En l’occurrence, il s’agit du Groupe de Recherche Inter- et Transdisciplinaire qui était l’émanation et le reflet d’un homme hors du commun: le Dr Jacques Robin. Assez peu connu du grand public, Jacques Robin était pourtant une figure de la vie intellectuelle de notre pays. Avant le GRIT, il avait fondé le fameux « Groupe des Dix » - un cénacle qui réunissait Henri Atlan, Jacques Attali, Robert Buron, Joël de Rosnay, Henri Laborit, André Leroi-Gourhan, Edgar Morin, René Passet, Michel Rocard et Michel Serres - et peu de temps avant de nous quitter, il a publié, en collaboration avec Laurence Baranski, L’urgence de la métamorphose (Des Idées et des Hommes, Paris, 2007).

 

C’est ma psychothérapeute toulousaine, Marie-Jo Dursent Bini, qui, dans les années 80, m’avait recommandé la lecture de Changement d’Ere, livre que j’ai dévoré et qui m’a permis de me sentir moins seul avec les idées qui me traversaient la tête. Lorsque j’ai quitté Toulouse pour la capitale, elle m’a donné les coordonnées de Transversales, ce qui m’a permis de rencontrer Jacques Robin. S’il y a de grands esprits que je n’ai pu remercier de ce que je leur dois, j’ai eu le bonheur, dans le cadre de The Co-Evolution Project, d’organiser une de ses dernières interventions publiques : http://pagesperso-orange.fr/co-evolution/Soir%E9e%20du%20mardi%2021%20f%E9vrier%202007.pdf

 

On pourrait penser que, n’étant pas dépendante de la brièveté de la vie humaine, une structure a toutes les chances de survivre à son fondateur. Arie de Geuss, dans La pérennité des entreprises, révèle qu’étrangement il n’en est rien. L’histoire des entreprises montre que très rares sont celles qui deviennent centenaires. Le GRIT, quant à lui, n’aura survécu que deux ans à son fondateur. Si le grain ne meurt, il ne peut porter fruit... Je souhaite qu’il en soit de même pour ce que nous avait légué Jacques Robin.

 

PS : plutôt que d’essayer de résumer ce qu’on pouvait trouver auprès de Jacques Robin et du GRIT, je vous invite à visiter le site de Transversales Sciences et Culture, qui ne sera plus actualisé mais reste ouvert : http://grit-transversales.org/ 

25/08/2009

Le progrès, ce serait quoi ?

 

Cette note figure désormais dans le recueil

Les ombres de la caverne

Editions Hermann, juillet 2011